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ÉditorialLes 100 jours de Villepin: ça commence bien avec la CNE
Villepin lorgnait le poste de Raffarin depuis déjà un moment. Finalement, à la faveur de l’échec du camp du « OUI » lors du référendum du 29 mai, il s’est fait nommer premier ministre par Chirac et s’est tout de suite autoproclamé grand pourfendeur du chômage. Il aurait la solution pour terrasser définitivement ce fléau. Il affirme que les premiers résultats commenceraient à être palpables dans 100 jours. Cet homme serait-il un égoïste irresponsable qui, connaissant la solution à apporter à un problème, a volontairement choisi de ne pas la dévoiler bien avant dans les deux gouvernements Raffarin dont il était membre?
A l’Assemblée nationale, le 8 juin, dans son discours de politique générale, il a donc dévoilé sa recette miracle. Il a d’abord pris soin de déclarer: « Nous ne reviendrons pas sur les fondements de notre modèle social »!
C’est la tarte à la crème à la mode. Depuis une vingtaine d’années, tous les gouvernements ont trafiqué sur les chiffres du chômage pour proclamer de brillants succès dans leur politique pour l’emploi. Mais la réalité est tout autre: le chômage ne baisse pas, parce que les patrons ont décidé de faire du profit sans avoir à étendre leurs entreprises ou à en créer de nouvelles. Et les gouvernements, soucieux de soutenir le patronat dans la concurrence internationale, ne créent pas non plus d’emplois, détruisant au contraire progressivement le service public. Villepin ne peut sortir que des remèdes qui arrangent le patronat. Il a donc fièrement annoncé la mesure phare: la création à compter du 1er septembre d’un nouveau type de contrat de travail à durée indéterminée (CDI), dénommé «Contrat Nouvelle Embauche» (CNE). Particularités de ce contrat: il s’adresserait aux entreprises de moins de dix salariés (pour l’instant!) et comporterait une période d’essai de …. DEUX ANS!
Applaudissements chez les patrons qui jubilent et se frottent les mains. Seillière, patron des patrons, lui, a trouvé que c’était encore modeste, mais que cela allait dans la bonne direction. Comme on comprend ces gens-là! Ils sont en train d’obtenir ce qu’ils réclament depuis longtemps: la mise en charpie du Code du travail.
Ainsi, avec le CNE/CDI Villepin, le salarié sera vraiment traité comme un Kleenex: jeté après usage avant de recourir à un autre. Ce qui signifierait tout simplement une précarité accrue.
Si ce CNE voit le jour, ce sera la mort du Contrat à Durée Déterminée (CDD). Pourquoi? Un CDD, c’est une durée maximale de 18 mois (24 maxi dans certains cas), renouvellement compris, une prime de précarité de 10% des salaires perçus pendant la durée du CDD. Avec une possibilité pour le salarié de demander la requalification du CDD en CDI devant les Prud’hommes en cas de non respect des conditions par le patron.
Quant aux salariés qui en seraient bénéficiaires, on imagine la tête du banquier à qui ils présenteraient un CDI/CNE dans le but d’obtenir un prêt pour acheter une voiture, par exemple, pour aller travailler!
Sachant l’accueil qui sera réservé à sa trouvaille, Villepin, bien que se disant démocrate, a choisi la procédure des ordonnances, donc pas de débats et pas de votes, et la période des examens et des grandes vacances, comme pour les retraites et la décentralisation, pour tout mettre en forme avant une application prévue dès le 1er septembre 2005.
Les travailleurs pourraient eux aussi prendre toutes les dispositions pour signifier à Villepin l’arrivée à terme de son contrat dans les plus brefs délais. Mais le plus important pour eux, ce n’est pas vraiment le sort de Villepin ou de tout autre politicien, qui ne sont que des valets du grand patronat. Ce sont les patrons eux-mêmes qu’il faudra contraindre à reculer sur leur comportement actuel. En commençant par les obliger à de réelles augmentations de salaires, en interdisant les licenciements dans les entreprises qui font des bénéfices, ou qui prétendent délocaliser. Les résultats du referendum ont montré que le mécontentement était grand dans la population laborieuse. Il reste aujourd’hui à donner une forme pratique, active, dans la rue et dans les entreprises, à ce mécontentement grandissant.
Guadeloupe
Les grévistes de la SORI résistent
Lundi 13 juin n’a pas été le jour de reprise du travail attendu par les responsables de la SORI. Ils avaient envoyé une lettre à chaque salarié, lettre accompagnée d’une proposition de protocole de fin de conflit.
Ils voulaient sans doute que chaque travailleur dans son coin fasse la négociation avec eux. Dans ce document, aucune réponse favorable aux revendications des grévistes. Juste une vague promesse de formation pour la jeune secrétaire administrative soi-disant pour l’aider à trouver du travail ailleurs, alors que les grévistes exigent son embauche définitive. Pour le passage à temps plein de collègues anciens dans l’entreprise, très longtemps intérimaires, aujourd’hui à mi-temps, une promesse de passage à 75% du temps, seulement dans deux mois, et sous réserve que Air Caraïbes … Quant aux jours de grève, ces patrons proposent de les étaler sur 2 mois. Généralement une partie des jours de grève est payée par le patron qui se sait responsable de la durée de la grève et l’étalement se fait sur 8 mois voire 36 mois comme pour la grève des banques! Or actuellement les grévistes n’ont rien touché.
On ignore à l’heure où nous écrivons le nombre de personnes qui ont répondu à l’invitation des patrons pour une reprise le 13. Toujours est-il que le centre de «cathering» est resté fermé ainsi que 2 bars sur 3. Et les briseurs de grève venus de SERVAIR ont été vus une fois de plus sur la piste où leurs agents de sécurité les avaient accompagnés. Il n’y avait pas d’ex-grévistes avec eux.
Par ailleurs, plus de la moitié des salariés ont signé une lettre collective au directeur et au PDG (en France). Ils étaient invités à prendre contact avec la direction. Ils l’ont fait en leur assurant s’insurger contre leurs «méthodes cyniques et méprisantes.» Dans la lettre, ils ajoutaient: «Comme vous l’avez demandé, nous prenons contact avec vous afin de vous faire connaître notre position qui reste ferme et plus que jamais déterminée à poursuivre notre mouvement.»
Cette lettre a été adressée aux responsables de la SORI en même temps qu’un meeting était organisé à l’aéroport Pôle Caraïbes samedi 11 juin. A cette occasion, l’Intersyndicale CFDT, CGTG, UGTG a présenté aux travailleurs de l’aéroport et au public présent, essentiellement des voyageurs, les raisons de la grève. Des témoignages de grévistes très poignants ont été donnés. Le meeting a été aussi l’occasion pour des militants syndicalistes d’autres entreprises d’apporter leur soutien. Notre camarade Max Céleste de Combat Ouvrier s’est aussi adressé aux grévistes pour rappeler que la lutte est indispensable face à la politique anti-ouvrière de plus en plus en plus agressive du pouvoir en place.
C’est dans ces conditions que les grévistes tiennent encore leur piquet de grève, tout en maintenant la pression, les actions. Actuellement patrons et intersyndicale attendent la convocation en conciliation annoncée par la préfecture.
DH: Les grévistes ont été convoqués pour le 22 en conciliation. Croit-on avec ce long délai décourager les grévistes? En tout cas pour l’instant le climat reste à la lutte.
Martinique
Colloque sur la prime de vie chère: G. Lordinot, au service du pouvoir et du patronat
Le mercredi 8 juin, la question de la prime de vie chère, appelée injustement sur-rémunération des fonctionnaires, était une fois encore mise à l’ordre du jour . Mais cette fois-ci, ce ne sont pas les pouvoirs de l’Etat qui ont fait plancher leurs experts. C’est Guy Lordinot, le maire de Sainte Marie, qui est à l’initiative d’une nouvelle étude sur les «40% des fonctionnaires». Qu’est ce qui préoccupe Guy Lordinot et l’association des cadres administratifs territoriaux, organisatrice du colloque? «Inciter les autorités à mettre en place une réflexion organisée» autour de «l’impact de cette sur-rémunération sur l’économie»!!! Tout un programme!
C’est l’occasion pour Guy Lordinot d’afficher qu’il est favorable à une suppression progressive de cette prime… avec réinjection de cet argent directement dans «l’économie martiniquaise».
Que veut G.Lordinot? L’homme est loin d’être un naïf en politique. Il sait bien que les 40% de prime de vie chère sont déjà bel et bien intégrés dans l’économie martiniquaise car cet argent est réparti dans la poche des 36 000 salariés de la fonction publique représentant plus d’un tiers des salariés. Il sait que cet argent est utilisé par un grand nombre des agents de la fonction publique pour faire vivre leur famille et d’une façon ou d’une autre permettre d’aider ceux qui sont en situation précaire, jeunes, chômeurs, etc. Et si les salaires de la fonction publique servent de référence, «tirent les salaires du privé vers le haut» comme le prétend le patronat, c’est tant mieux pour l’ensemble des salariés.
Une chose est sûre, la remise en cause de la prime de vie chère, comme le préconisent certains hommes politiques, si elle peut arranger l’Etat et certains maires, ne profiterait pas à des catégories plus larges de la population. L’argent mis dans une soi-disant caisse locale serait utilisé à coup sûr pour des opérations sur lesquelles la population n’aurait aucun contrôle, et il permettrait surtout à l’Etat de se dégager un peu plus de ses responsabilités budgétaires envers les collectivités locales.
Et G.Lordinot n’ignore certainement pas tout cela. Comme d’autres hommes politiques locaux démagogues, il fait un clin d’œil vers un électorat réactionnaire sensible à ce thème de la suppression des 40%.
En définitive, cet homme politique qui se prétend quelquefois de gauche, se comporte comme un petit roquet pour être bien vu de ses maîtres.
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