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HAITI
Campagne de terreur contre la population pauvre
Depuis huit mois environ, sous le couvert de lutte pour le retour d’Aristide, des bandits, des assassins, des trafiquants de drogue, des criminels s’allient et terrorisent la population des quartiers. A Port au Prince la situation d’insécurité a empiré avec la recrudescence des kidnappings. Cela devient maintenant l’activité la plus rentable pour les bandits de tout bord. Chaque jour on entend des dizaines de plaintes, à la radio, au sujet de gens qui sont kidnappés en échange de rançons. Les vols de voitures, le pillage de marché, l’enlèvement des gens et le rançonnement des gens se font la journée et devant tout le monde.
Dans les «camionnettes», les magasins, les gens se font dévaliser au vu de tout le monde, parfois les bandits enlèvent un membre de la famille et vont dans le magasin pour dire que «telle personne est entre nos mains, vous avez telle somme à verser».
Il y a des cibles plus en vue, les directeurs d’école, on a recensé plus d’une centaine de cas, beaucoup d’écoles ont déjà fermé leurs portes, par peur pour les directeurs et pour les élèves qui se font eux même kidnapper et aussi par crainte de l’évolution de la situation politique.
Sur la zone industrielle, la situation est intenable, dans les entreprises qui fonctionnent encore, les cadences ne cessent d’augmenter, le salaire ne vaut plus rien face à la montée des prix rendant la vie encore plus chère. Cette semaine les prix on connu une croissance terrible.
A côté de cela, l’ensemble des ouvriers craint un massacre dans les usines, suite à des attaques contre certaines entreprises, des ouvriers ont été atteints. Au parc industriel Sonapi, un agent de sécurité a été tué dans la cour même, et à plusieurs reprises il y a eu un vent de panique dans les zones environnantes des usines.
Plusieurs patrons ont annoncé la fermeture des usines, comme par exemple Apaid et Backer. Les bandits ont kidnappé le directeur de Backer Entreprise et quelques jours après on a assassiné Medina le directeur de Pelican S.A devant l’usine de Backer (tout semble indiquer que Backer était la cible).
D’un côté les ouvriers subissent le chômage, les mises à pied et maintenant en plus des problèmes de salaire et de conditions de vie s’ajoute la peur de se faire tuer ou brûler par les chimères. Ceux-ci, en effet, annoncent tout le temps qu’ils vont en finir avec les patrons, et sont prêts à incendier les lieux de travail.
Malgré cela les ouvriers ne baissent pas les bras, il y a eu récemment quelques mouvement de revendication dans certaines usines comme à l’usine Pélican où les ouvriers ont débrayé pour obliger le patron à respecter les accords passés sur la baisse des cadences. A l’usine Gilanex SA: la main d’une ouvrière a été perforée par une aiguille, la directrice de l’usine lui a donné 15 gourdes (30 cts d’euro) pour aller en consultation. Les ouvriers vexés ont entamé une grève pour que l’ouvrière soit assistée par le patron. Et les ouvriers ont demandé la révocation de la directrice. Ce qui a été fait sur le champ. A Sonapi, les ouvriers ont fait une manifestation pour faire réouvrir une usine qui venait d’être fermée sous prétexte qu’il n’y a pas de travail. Ces mouvements montrent que les ouvriers sont toujours présents et défendent leurs droits.
Quant à la MINUSTAH chargée par l’ONU de ramener l’ordre, elle est passive et se fait aussi attaquer. Très récemment, une patrouille a été prise en sandwich et deux militaires ont été blessés grièvement. Pour essayer d’apaiser la population, la Minustah a fait des déclarations qui parlaient de débarraser les zones des chimères et des bandits. La police haïtienne a créé une unité spéciale d'intervention pour lutter contre les enlèvements, a annoncé sa porte-parole, Gessie Coicou. Encore des promesses d’un gouvernement dont l’unique but est d’organiser des élections au profit des possédants. Mais même cela il risque de le rater tant la situation est dégradée.
Le 21 juin, montrer que c’est la lutte qu’on choisit, et pas la résignation
Il n'a pas fallu attendre longtemps pour constater que le nouveau gouvernement Villepin-Sarkozy ne représente aucun changement par rapport à celui de Raffarin, si ce n'est en pire. Ses premières mesures sont autant de cadeaux aux patrons et autant de coups contre les travailleurs.
Son "contrat nouvelle embauche", avec une période d'essai de deux ans, livre aux patrons une main-d'oeuvre licenciable à n'importe quel moment. Avec la suppression de la "contribution Delalande", les entreprises qui licencieront des salariés de plus de 50 ans n'auront même plus à payer une pénalité financière. Cela ne créera pas un emploi de plus pour les travailleurs âgés mais facilitera le licenciement des anciens. Sous prétexte de lutter contre le chômage des jeunes, les embauchés de moins de 25 ans ne compteront plus dans le calcul des seuils de 10 et de 50 salariés qui déterminent les obligations en matière de droit syndical. Villepin confirme, en outre, la suppression totale d'ici 2007 des charges patronales de Sécurité sociale au niveau du Smic.
L'ensemble de ces mesures est intitulé, avec cynisme, "bataille pour l'emploi" alors qu'elles ne font que rendre plus précaires les emplois qui existent. Les patrons petits et grands ne créent des emplois que s'ils en ont besoin, s'ils y ont intérêt. Avec les mesures Villepin, ils pourront en revanche licencier encore plus facilement.
A l'annonce du résultat du référendum, il y en a parmi les travailleurs qui se sont dit: « ils ne peuvent pas ne pas tenir compte de l'importance du vote "non" ». Mais, contrairement à ce que nous disent les politiciens qui veulent tromper les travailleurs, le gouvernement n'obéit pas aux urnes. Il obéit au grand patronat. Il obéit aux groupes capitalistes qui détiennent le pouvoir économique.
De plus, l'opinion publique à laquelle le gouvernement veut plaire, en vue des élections présidentielle et législatives de 2007, c'est celle de l'électorat de droite. Ce sont les privilégiés grands et petits et, au-delà, ceux qui croient pouvoir le devenir grâce à la "réussite" individuelle, grâce au profit.
S'en prendre aux salariés, précariser leur situation, démolir le code du travail, plaît à cet électorat réactionnaire et anti-ouvrier. Comme lui plaisent les attaques de Sarkozy contre les travailleurs immigrés, qui essaie de montrer que ce que Le Pen dit, lui, il le fait.
Alors, à nous d'en tenir compte! Il fallait certes voter "non" au référendum par dignité et pour dire "non" à Giscard et à sa Constitution, à Chirac-Raffarin et à leur politique, pour dire "non" aussi à ceux qui, à gauche, ont choisi de servir la soupe à Chirac. Mais il ne faut pas attendre de ce vote plus qu'il ne peut donner.
Les travailleurs n'arrêteront les coups du grand patronat et du gouvernement que par leur propre détermination, en utilisant les armes qui sont les leurs. L'économie ne fonctionne que grâce aux travailleurs et ils ont le pouvoir d'arrêter la pompe à profit.
La CGT appelle à une journée de mobilisation le 21 juin. Les autres centrales ouvrières ont refusé de s'y associer sous des prétextes divers. Il est de l'intérêt de tous les travailleurs que cette journée de mobilisation en soit réellement une et qu'elle marche. Il est de leur intérêt qu'il y ait un maximum de débrayages, de grèves et de manifestations pour affirmer que la solution pour les travailleurs est dans cette direction, et pas dans la résignation devant les coups.
Une seule journée de mobilisation, même si elle est réussie, ne suffira certainement pas à faire reculer le patronat et le gouvernement. Mais elle peut montrer qu'il y a de plus en plus de travailleurs qui ne croient à aucun Père Noël et qui sont convaincus que seule la lutte peut stopper les mesures anti-ouvrières, contraindre le patronat à embaucher en répartissant le travail entre tous et imposer l'augmentation générale des salaires. (Editorial des bulletins d’entreprises de Lutte Ouvrière) Arlette Laguiller
Bolivie
Un nouveau président, mais tout reste à faire
Les députés et sénateurs boliviens se sont donnés un nouveau président: Eduardo Rodriguez, pour tenter de désamorcer la crise qui secoue le pays.
En effet depuis plus de trois semaines, les barrages, les manifestations populaires et des grèves bloquent l’économie du pays. La population s’oppose à la vente par l’ex-président à un prix très bas des droits d’exploitation du gaz bolivien à une vingtaine de multinationales étrangères dont Total. Les manifestants réclament la nationalisation du gaz et la tenue d’élections anticipées de toutes les autorités: président, députés, sénateurs.
Les pauvres de Bolivie (63% de la population vit sous le seuil de pauvreté) veulent profiter eux aussi des richesses que l’exploitation des 1550 milliards de mètres cubes de gaz rapporteront. Il ne veulent plus être des laissés pour compte. Dans le passé l’exploitation des mines d’argent de Potosi et d’étain de La Paz ne leur ont pas permis de sortir de la misère. Ils demandent la nationalisation du gaz pour sortir de leur misère. Cette revendication a été reprise par le parti de l’opposition Le MAS (mouvement pour le socialisme) que dirige Morales, et par les dirigeants de la COB (la centrale syndicale ouvrière) ainsi que par ceux du syndicat paysan et de la FEJUVE (fédération des associations des voisins). Ce sont les fers de lance du mouvement: les mineurs munis de dynamite et les paysans, qui ont obligé le président à démissionner et le président du Sénat, Vaca Diez, à s’effacer. C’est le président de la cour suprême qui a été installé au pouvoir le 10 juin. Sa seule promesse d’élections anticipées sans qu’une date soit fixée semble suffire à ceux qui se sont placé à la tête du mouvement de protestation. Mais la masse des mécontents en mouvement ne se contentera peut être pas de si peu! Le nouveau président n’a pris aucun engagement vis à vis de la revendication de nationalisation des hydrocarbures que ces dirigeants proposent une trêve. C’est ainsi que Loayza, un élu du MAS, déclare «nos camarades ont faim et froid, ils sont fatigués par trois semaines de marches, il est temps qu’ils rentrent». Ces dirigeants sont plus préoccupés par la démobilisation des manifestants que par la satisfaction de leurs revendications. Ils veulent pousser la population à quitter la rue maintenant que la voie du pouvoir leur est ouverte pour récupérer quelques strapontins ministériels. La droite écartée, ces politiciens de gauche ou populaires se voit déjà aux manettes.
Si les pauvres de Bolivie veulent que leurs aspirations soient prises en compte ils devront maintenir leur mobilisation pour prendre la direction eux-mêmes et contrôler ceux qu’ils auront placés à la tête du pays, sans se démobiliser.
Côte d'Ivoire
Les massacres se poursuivent
Depuis le 1er juin des affrontements inter ethniques ont fait une centaine de morts au Nord est de la Côte d’Ivoire. Ces massacres ont lieu autour de la ville de Duékoué, une zone de production de cacao. Dans cette région stationnent non seulement des soldats ivoiriens, mais des soldats de l’ONU. La présence de ces forces armées n’a pas pu empêcher ces tueries. Visiblement les 10 000 soldats de l’ONU dont 4 000 français n’ont pas pour mission de protéger la population Dioula réputée proche des rebelles du Nord ni celle des Guérés plutôt favorables à Laurent Gbagbo. Ces soldats sont présents dans cette région de Côte d’Ivoire pour protéger les grandes plantations de cacao appartenant aux occidentaux et rien d’autre.
Dominique
Roosevelt Skerrit remporte à nouveau les élections
Le Labour party, dirigé par le premier ministre Skerrit, a remporté les élections, avec 12 sièges sur 21 au Parlement. Skerrit, qui est âgé d’une trentaine d’années, avait succédé à Pierre Charles, décédé en janvier 2004. Depuis qu’il a accédé à la tête de l’Etat, sa politique n’a pas été différente de celle de son prédécesseur. Son principal opposant, Edison James, du United Workers party, critique sa politique d’obéissance au Fond Monétaire international, qui a entraîné une augmentation des impôts et du chômage. Mais s’il avait été au pouvoir, il n’aurait certainement pas fait mieux.
Depuis 2002 en effet, la population déjà pauvre a vu s’accroître les pressions: baisses des salaires, du nombre des fonctionnaires, baisse des crédits en matière d’éducation et de Santé, augmentation des impôts et du tarif de l’eau et de l’électricité.
La campagne électorale s’est déroulée sur le thème de la politique internationale: Skerrit accordait une préférence à la Chine au détriment de Taïwan dans ses liens commerciaux. Pour la première fois depuis 35 ans, le parti de l’ancienne premier ministre Eugénia Charles n’a obtenu aucun siège. Le fait que les votes aient donné une majorité de sièges au parti de Skerrit montre surtout que la population n’a pas d’illusion dans les autres candidats.
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