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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 2 juillet 2005      N° 927

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À la Une

Éditorial

La loi Borloo, la “borlette” quoi!

On connaît bien cette loterie des pauvres qui fait fureur en Haïti et existe clandestinement en Martinique et en Guadeloupe, qui s’appelle la «borlette». Eh bien, une des mesures «phare» de la loi Borloo, soi-disant de cohésion sociale, se nomme «contrat d’avenir» et n’offre pas mieux aux pauvres que la borlette et même pire car là on perd à tous les coups.
Contrat d’avenir? mesure bien mal nommée car elle n’offre, à ceux qui pourront y prétendre, d’avenir que le nom. En réalité, comme toutes les mesures de ces trente dernières années, le contrat d’avenir organise la précarité.
Ce nouveau contrat, comme le contrat d’accompagnement dans l’emploi, est censé remplacer les CES (contrat emploi solidarité) et les CEC (contrat emploi consolidé). En Guadeloupe et dans les autres départements dits d’Outre Mer, les CES et les CEC sont prorogés jusqu’à la fin de l’année 2005, à la demande des maires et de nos représentants au parlement.
Le contrat d’avenir pourra être conclu uniquement par les entreprises du secteur non marchand: associations, collectivités locales, structures d’insertion, administrations. C’est un contrat à durée déterminée de deux ans qui peut être renouvelé pour un an maximum, sauf pour les demandeurs âgés de plus de 50 ans qui peuvent signer ce contrat pour 5 ans. Il est réservé aux personnes touchant les minima sociaux c'est-à-dire le RMI, l’API, allocation parent isolé, ou l’ASS, allocation solidarité, depuis au minimum 6 mois. Les conditions pour les demandeurs d’emploi sont donc encore plus draconiennes que celles qui étaient nécessaires pour obtenir un CES ou un CEC.
C’est aussi un contrat dont la durée de travail peut être modulée, en fonction des besoins des employeurs. En effet, la durée hebdomadaire de travail peut varier de 26 à 35 heures.
En fait, comme auparavant pour les CES, les employeurs bénéficient d’une main d’œuvre à bon marché avec le contrat d’avenir: les entreprises sont exonérées des cotisations de sécurité sociale pour ces salariés. Elles percevront une aide à l’embauche de 425,40 €. Cette aide peut être versée par l’état, mais aussi par les collectivités territoriales, conseil général ou mairies. La différence entre l’aide à l’embauche et la rémunération du salarié est prise en charge par l’Etat. Pour l’employeur, donc, quasiment pas de salaire à verser de sa caisse.
Par contre, à travers cette mesure l’Etat essaie de faire des économies en laissant le soin aux collectivités territoriales de verser une partie de l’aide aux entreprises. Ainsi, le Conseil général versera directement le RMI à l’employeur au lieu de le verser au RMIste. On comprend pourquoi, en Guadeloupe et dans les autres «DOM» les collectivités ont demandé la prolongation des CES et CEC qui étaient presque entièrement rémunérés par l’Etat! Pour être en capacité de mettre en œuvre cette mesure ou le CI-RMA, (contrat d’insertion revenu minimum d’activité) dont l’Etat s’est aussi déchargé sur les Conseils généraux, le Conseil général de Guadeloupe sera à n’en pas douter obligé d’augmenter ses moyens financiers. L’une des possibilités consiste à augmenter les impôts ou les taxes comme vient de le faire la Région Guadeloupe.
Les salariés eux devront exiger que leur employeur leur permette d’effectuer une formation ou une action d’accompagnement. C’est une des «obligations» du contrat d’avenir qui peut se révéler à double tranchant: si elle n’est pas respectée par l’employeur, le salarié peut obtenir la requalification de son contrat en contrat à durée indéterminée. Les CES et CEC qui ne bénéficient pas d’action de formation ou d’orientation pendant la durée de leur contrat peuvent eux aussi faire condamner leur employeur aux prud’hommes et demander la requalification de leur CDD (contrat à durée déterminée) en CDI (contrat à durée indéterminée). Mince consolation! En effet, l’obligation de formation peut aboutir pour le salarié en contrat d’avenir à être obligé d’accepter n’importe quoi, pourvu que ce soit une occupation. C’est bel et bien l’assurance, pour ceux qui sont exclus des emplois durables, d’être définitivement écartés d’un revenu stable! C’est bien le sens de toutes les mesures prises actuellement par le gouvernement.
A travers des mesures comme le contrat d’avenir, le CI RMA…, l’objectif affiché du gouvernement est de transformer les minima sociaux en revenus salariaux. C’est aussi une façon d’imposer un SMIC en dessous du SMIC officiel et de maintenir une grande partie des salariés dans des emplois précaires. Sans réaction collective contre ces nouveaux petits boulots ces contrats aboutiront à augmenter la pauvreté pour une fraction de plus en plus importante des travailleurs.



Guadeloupe
Fin de la grève à la SORI: la détermination des grévistes a payé

Après 2 mois et 4 jours de lutte, les grévistes de la SORI-SERVAIR ont repris le travail la tête haute. Malgré toutes sortes de pressions ils ont tenu bon. Les multiples lettres de la direction n’avaient amené que 18 salariés, sur un total de 158, à reprendre le travail. De toutes façons, le centre de catering où l’on travaille en équipes, n’avait pu ré-ouvrir.

La grève avait commencé sur une revendication unique, le maintien au poste de secrétaire administrative d’une jeune femme renvoyée chez elle après deux CDD et dont travailleurs comme direction appréciaient l’efficacité et la discrétion. Au fil des jours, la grève s’est prolongée. La colère finissait par éclater contre des années de politique d’économies sur les salaires et de précarité imposées par la SORI et en particulier par le dernier directeur Conton. Ce dernier a d’ailleurs été désavoué par la direction de Paris qui l’a remplacé par un autre au milieu de la grève. Tout le monde a pu remarquer que ce renvoi n’avait pas suffi pour obtenir une reprise du travail comme l’espéraient la direction de Paris et les actionnaires.
Fin mai, le piquet a quitté la SORI pour s’installer devant Pôle Caraïbes. Les grévistes y sont restés 24 heures sur 24, distribuant des tracts aux collègues de l’aéroport, aux touristes et recevant beaucoup de sympathie. Il y eut aussi des prises de parole et quelques conflits avec les briseurs de grève. La solidarité des travailleurs du site et de syndicalistes CGTG et UGTG de l’extérieur a peut-être aidé les grévistes à tenir ; mais cette solidarité signifiait qu’il y avait risque de contagion de la lutte dans tout l’aéroport. La journée de grève du 31 mai suivie dans plusieurs entreprises et en particulier au fret et chez les pompiers était un avertissement que les patrons ont enregistré.
Malgré cela, avant de céder, la direction de la SORI a fait durer la négociation-conciliation du 22 juin plus de 12 heures. Toute la journée, elle a tenté mensonges sur mensonges à la commission de conciliation constituée de syndicalistes et d’employeurs locaux. D’abord elle déclare que seuls 5 (au lieu de 8) employés quittent la SORI, ensuite qu’elle n’a pas les moyens d’embaucher une secrétaire, puisqu’elle n’en a pas besoin, enfin que son second client, après Air France, va la quitter. Même les employeurs et les responsables du Travail ont reconnu l’abus de la précarité dans une entreprise qui chaque année fait des centaines de milliers d’euros de bénéfices et qui depuis des années ne remplace pas les départs en retraite.
Finalement la direction a accepté de verser 4000 euros pour une formation pour la jeune femme à l’origine de la grève. Cette somme pourra d’ailleurs être complétée par l’état. Elle embauche deux travailleurs sur des postes spécialisés. Enfin 12 collègues jusque là à mi-temps, avec moins de 500 euros par mois, seront embauchés à temps plein.
Les camarades en grève ont découvert leurs collègues, ils connaissent aujourd’hui la solidarité du combat. Ils ressortent de la grève avec un moral d’acier.



Nouvelle mobilisation des contractuels de la Poste

Après deux jours de grève les 6 et 7 juin les contractuels de la poste ont de nouveau cessé le travail les 20 et 21 juin. Ils ont bloqué les services à la poste principale de Pointe-à-Pitre.
Les contractuels réclament une revalorisation de leur salaire. Nombreux sont ceux qui perçoivent moins que le SMIC. Ils effectuent le même travail que les fonctionnaires au niveau des guichets et de la distribution et sont sous-payés. Ils n’ont pas les 40% de vie chère et perçoivent une prime dite « ultra marine » de 200 euros par trimestre ce qui est nettement insuffisant quand on considère que le salaire de base n’est pas élevé. Certains contractuels ont un salaire qui représente la moitié et même moins que la moitié de ce que perçoit un fonctionnaire. Même ceux qui ont été embauchés depuis plus de 10 ans sont sous payés. Ce personnel représente une partie non négligeable de l’effectif: 450 contractuels sur 1600 agents.
Après ces quatre jours de grève les contractuels ont repris le travail. Ils ont obtenu un rendez-vous avec la direction en France et ont réclamé une date plus rapprochée. La rencontre qui était prévue en septembre a été fixée au 18 juillet. Ils ont également obtenu le remboursement de deux jours de grève sur quatre. La première grève leur avait permis d’obtenir 0,8% d’augmentation sur la prime. Ces deux mouvements ne sont que des grèves d’avertissement. Les contractuels s’organisent pour une mobilisation plus large avec ceux des autres «départements d’Outre Mer» qui eux aussi ont fait grève pour les mêmes augmentations de salaire.




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