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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 2 juillet 2005      N° 927
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GUADELOUPE
Liberté pour Toto et Madassamy!

Armand Toto a été condamné à 12 mois de prison. Il a pu cependant bénéficier d’un régime de semi-liberté. Il dort en prison sauf le week-end et est libre durant la journée de 6 heures du matin à 20 heures. Cela lui donne la possibilité de travailler. Il avait d’abord été condamné à 15 mois de prison ferme mais il a obtenu un aménagement de sa peine pour trois mois. Au cours de ces trois mois il est resté en liberté avec obligation d’effectuer des travaux d’utilité publique. Il a donc été condamné à effectuer les 12 mois restants en prison. Ses avocats ont fait un nouveau recours pour qu’il soit définitivement libre. Armand Toto, membre du Conseil Syndical de l’UGTG et responsable du syndicat des agents de sécurité, a été condamné suite à une grève des agents de sécurité à l’hôtel Club Med. Il a été accusé d’avoir frappé des gendarmes. Il a subi la répression syndicale comme d’autres dirigeants de l’UGTG tel Michel Madassamy qui a été emprisonné et qui a fait une grève de la faim pour protester contre sa condamnation. C’est grâce à une forte mobilisation que Michel Madassamy a été libéré. Mais il risque de se retrouver en prison comme Armand Toto. Il avait bénéficié d’une liberté provisoire à cause de son état de santé mais la justice a maintenu sa condamnation et a refusé tout aménagement de sa peine malgré un projet de création d’entreprise qu’il a fait valoir. Avec d’autres camarades licenciés à la CABOTRA il envisageait de faire marcher l’entreprise. Il a fait appel de la décision des juges. Le verdict sera rendu le mardi 28 juin.
L’UGTG organise une conférence de presse le lundi 27 à 10 heures et un meeting le soir pour dénoncer l’acharnement de la justice à faire payer à des militants syndicaux leur combativité. Ces militants ne sont ni des bandits ni des gangsters. Ils défendent les droits des travailleurs face à un patronat arrogant en guerre contre les syndicats et les travailleurs combatifs. Seule la mobilisation fait reculer la justice y compris lorsque celle-ci procède à des aménagements de peine.



Le gouvernement hollandais contre l’émigration antillaise

Depuis le 16 mai, le gouvernement hollandais a adopté une loi pour arrêter le «flux migratoire» venant des Antilles hollandaises et Aruba. Ces nouvelles règles devraient refouler à la douane les jeunes âgés de 18 à 24 ans qui n’ont pas un titre de travail, de logement prévu, ou une inscription universitaire, même s’ils sont détenteurs d’un passeport hollandais en règle. La ministre de l’Intégration a pris comme prétexte qu’il y a un nombre de délinquants «élevé» venant des Antilles et a déclaré que ceux qui auront un casier judiciaire seront refoulés aussi.
Les jeunes Antillais sont furieux et appellent les organisations des Droits de l’homme et antiracistes à réagir et à organiser des manifestations contre cette discrimination raciale.
La ministre a aussi déclaré « la Hollande n’est pas une terre de miel et de lait pour ceux qui n’ont pas réussi aux Antilles ». Le colonialisme hollandais, lui, a réussi, bien sûr, mais comment? par des méthodes de gangsters et de criminels à côté desquelles les larcins de quelques jeunes Antillais apparaissent comme des peccadilles.
Les colons hollandais avaient institutionnalisé l’esclavage en massacrant les populations des Antilles pour transformer les îles en terre à sucre et exploiter les esclaves africains transbordés par le commerce triangulaire. Cela a été l’une des bases de l’économie bourgeoise en Hollande et toute l’Europe.
La richesse que le gouvernement défend aujourd’hui a été amassée sur la sueur et le sang de ses esclaves, dont les jeunes qui cherchent à entrer en Hollande sont les descendants. Ils y ont droit et plus que ces législateurs au service de leur bourgeoisie.



Communiqué du collectif guadeloupéen de soutien à Mumia Abu Jamal

C/o Lita Dahomay – 33 rue des Coquelicots – 97190 Les Abymes
Tel: 05 90 95 66 27 E-Mail: guiampo@wanadoo.fr
Nouveau deni de justice envers Mumia Abu Jamal

Pour la deuxième fois, la juge Pamela Dembe a rejeté le recours de la défense portant sur les très graves irrégularités du procès à l’issue duquel Mumia Abu Jamal a été condamné à la peine capitale.
Ainsi la justice américaine refuse-t-elle toujours d’entendre les témoins qui, aujourd’hui, sont prêts à reconnaître les menaces et la subornation dont ils ont été l’objet lors du procès de 1982.
Elle refuse également d’examiner les nombreuses preuves corroborant les faits l’innocentant.
Elle occulte les propos racistes tenus en marge du procès par le Juge Sabo, président du tribunal qui a condamné Mumia un 1982.
Elle fait passer à la trappe les aveux d’Arnold Beverly, qui depuis 1999, déclare être l’auteur de l’assassinat commandité du policier Faulkner, et innocente totalement Mumia Abu Jamal.
La décision du juge Dembe est d’une extrême gravité car elle vise à tourner définitivement la page de toute possibilité de défense, au mépris même des règles constitutionnelles américaines.
Maître Robert Bryan, l’avocat principal de Mumia, a déposé une nouvelle requête devant la Cour fédérale, avant de saisir en ultime recours la Cour suprême de Pennsylvanie qui, jusqu’à ce jour, n’a jamais donné raison à Mumia.
Cette situation extrêmement préoccupante a amené les organisations américaines de soutien à Mumia à organiser une manifestation le jeudi 16 juin devant le tribunal de Philadelphie.
Le collectif guadeloupéen de soutien à Mumia Abu Jamal invite tous ceux qui veulent soutenir Mumia à faire connaître leur réprobation en adressant des messages à l’Ambassade des Etats-Unis à Paris avec ce mot d’ordre:
« Non au déni de justice, oui à la libération de Mumia Abu Jamal. »
Par fax: 01 43 12 23 85 et 01 42 66 97 83 / Par courrier: 2 avenue Gabriel 75008 Paris
Vous pouvez également exprimer votre indignation contre cette décision injuste en téléphonant au juge Frédérica A. Massiah-Jackson, superviseur du juge Dembe. Tel 215-686-25 23.
Nous réitérons notre appel aux Collectivités Régionales et Départementales de la Guadeloupe afin que, par un geste fort, elles traduisent officiellement le soutien que la population guadeloupéenne a toujours porté à Mumia.
Empreinte de racisme et d’iniquité flagrante, les conditions dans lesquelles Mumia Abu Jamal a été jugé confinent au lynchage judiciaire et à l’assassinat programmé.
IL EST TEMPS QUE CETTE SITUATION INHUMAINE CESSE ET QU’UNE JUSTICE EQUITABLE PRONONCE ENFIN LA LIBERATION DE MUMIA ABU JAMAL
Pointe à Pitre, le 20 juin 2005



HAÏTI
Les ministres changent, la répression contre les pauvres continue

La hiérarchie catholique qui a toujours été du côté du pouvoir, a donné sa solution pour mettre fin à la guerre qui sévit entre les chimères et les forces progouvernementales. Elle a organisé une « journée de prière pour la paix » et choisi le quartier du Bel-Air, «l’église perpétuelle », pour célébrer la messe. Le gouvernement de Latortue a voulu lui faciliter la tâche en déclarant le lundi 27 juin jour férié. Cela n’a pas suffi, et les curés encadrés par les troupes de l’ONU (la MINUSTAH) ont été reçus à coups de balle et se sont repliés.
Cette initiative a fait suite à la mort de Dread Wilmé, un chef de gang recherché qui avait sa base à Cité Soleil. Il a été tué le 22 juin lors d’affrontements avec la MINUSTAH. Devant l’ampleur des manifestations de violence, le Conseil de sécurité a décidé, dans une résolution adoptée ce même jour, de prolonger le mandat de la MINUSTAH jusqu'au 15 février 2006. De plus, en prévision des élections prévues pour le mois de novembre, 750 militaires et 50 policiers supplémentaires seront déployés.
Le remaniement ministériel du 23 juin dernier ne change rien à la bataille que les partisans d’Aristide livrent au gouvernement. Le Premier ministre Latortue a remplacé un politicien par un autre pour tenir jusqu’à la fin de l’année et réaliser le processus électoral réclamé par la communauté internationale.
Alors que les politiciens s’affrontent à travers leurs hommes de main, les travailleurs chaque jour risquent leur peau pour aller sur la zone industrielle à la recherche d’un travail qui se fait de plus en plus rare. Depuis le départ d’Aristide, ce sont 50 000 emplois qui ont disparu, plusieurs entrepreneurs ont déplacé leurs activités vers la République dominicaine.
Les travailleurs subissent, ils font le dos rond sous les coups des hommes en armes, des patrons, des politiciens, en attendant le moment où les masses exploitées n’accepteront plus ce qu’elles ont subi la veille. Le jour où elles se rendront compte de leur force et de leur efficacité collective, elles se feront respecter dans leur quartier.



U.S.A.
Condamnation tardive d’un ancien membre du Ku-Klux-Klan

La jeudi 23 juin, dans une petite ville du Mississipi, un ancien militant de l’organisation criminelle raciste, le Ku-Klux-Klan, a été condamné à 60 ans de prison pour le meurtre de 3 militants anti-racistes il y a plus de quarante ans. Ray Killen a été reconnu coupable d’avoir organisé le 21 juin 1964 le meurtre de 3 jeunes militants des droits civiques: James Chaney, Andrew Goodman et Michael Scherwner qui étaient venus aider les Noirs à s’inscrire sur les listes électorales durant l’été 1964. Cet épisode sanglant avait fait l’objet d’un film: «Mississipi burning».
Ces jeunes (deux Juifs new-yorkais, et un Noir) étaient descendus dans les états racistes du Sud des Etats-Unis, pour porter leur contribution à la lutte pour les droits de l’homme qui s’organisait contre la ségrégation raciale ; ils ont été abattus par les membres du Ku klux klan local. Une enquête rapidement menée par les juges blancs en 1967 avait relaxé les suspects dont Ray Killen qui a pu ainsi vivre 40 ans tranquille.
Dans ces états du sud des Etats Unis, comme le Mississipi, l’Alabama, et d’autres, les Noirs étaient maintenus en esclavage sur les plantations de coton, jusqu’à la fin du XIXème siècle. Les Blancs avaient mis en place un carcan juridique, en réaction contre l’émancipation des esclaves, et adopté des lois qui donnaient des droits supérieurs aux Blancs et des dispositions qui gardaient chaque communauté à la place qui lui était réservée. Elles interdisaient aux Noirs de fréquenter les lieux réservés aux Blancs ; cette interdiction s’étendait à toutes les facettes de la vie, depuis le transport en commun, les toilettes, jusqu’aux magasins, bars, cinéma, écoles. Les Noirs n’avaient pas le droit de vote, ni le droit à l’instruction.
La répression sanglante contre les Noirs était menée par le Ku-Klux-Klan, une organisation qui regroupait les blancs racistes et dont faisaient partie des hommes influents dans chaque région. Ainsi des shérifs, avocats, médecins, notaires, patrons, commerçants aux côtés de « petits blancs » se réunissaient pour préparer des attaques contre les Noirs qui osaient tenir tête et remettaient en cause la ségrégation raciale. Dans les églises, des pasteurs blancs, comme Ray Killen, prêchaient la haine contre les Noirs et le soir ils mettaient leur uniforme de Ku klux klan, une cagoule blanche, une robe blanche et montaient à cheval pour «aller casser du nègre».
Au début des années 1900, l’Association nationale pour le progrès des gens de couleur (National Association for the Advancement of the Colored People, N.A.A.C.P.) fut fondée pour lutter contre la ségrégation, obtenir que la justice protège les Noirs au lieu d’aider à les opprimer.
Des années 30 à 50 elle mena des actions, notamment au niveau des écoles pour démontrer que la ségrégation scolaire était illégale. En mai 1954, elle obtint un premier résultat: la Cour suprême proclama que dans l’enseignement public toute ségrégation raciale était contraire à la Constitution.
Ces lois ne furent pas appliquées pour autant, mais la communauté noire s’engouffra dans cette brèche et ce fut le début d’une nouvelle lutte: des manifestations de masse à partir de 1955, sous l’égide notamment du pasteur Martin Luther King ; la désobéissance civile devint un des moyens de lutte. Des marches pour les droits civiques furent organisées dont une gigantesque en 1963 qui se termina à Washington, la capitale.
Ces pressions amenèrent le vote en 1964 et 1965 des lois interdisant la ségrégation dans les services ouverts au public et protégeant le droit de vote ; la lutte contre la pauvreté, la discrimination positive (affirmative action) devait être impulsée par les tribunaux. Mais il fallut bien d’autres actions de masse pour obtenir quelques avancées comme l’ouverture de certaines universités aux étudiants noirs. Elles coûtèrent sa vie à Martin Luther King qui fut assassiné le 4 avril 1968.
D’autres dirigeants noirs affirmèrent que l’objectif de l’intégration ne pouvait être qu’un leurre et appelèrent les jeunes Noirs à la lutte pour le «Pouvoir Noir» (Black Power). Pour eux, il n’était plus possible d’attendre qu’on applique les lois, ni de se contenter de la promotion de quelques Noirs au sein de la société blanche américaine.
Malcom X organisa l’auto défense armée des Noirs, il dirigera les Black Muslims avant d’être assassiné en 1965.
Le Black Panther Party, lui, fut créé en 1966 en affirmant que les Noirs devaient se défendre par les armes contre la police. Bobby Seale, Huey Newton, Eldridge Cleaver en furent les dirigeants les plus connus. L’été 1967 fut marqué par de violentes émeutes dans les ghettos noirs des grandes villes (Newark, Detroit, Cleveland).
Le Black Panther fit reculer le gouvernement américain dans cette période des années 70 où dans le même temps la contestation, les mouvements contre la guerre du Vietnam se développaient. Mais la répression fut à la hauteur de la peur de la bourgeoisie américaine et décapita la direction des Black Panthers.
Dans les années 1990, l’une des retombées de la bataille pour les droits civiques des Noirs américains fut la présence de représentants parlementaires noirs au sein des institutions, ils forment le groupe du «Black Caucus». Les pressions parlementaires menées pour «l’intégration des Noirs» aboutissent de fait à l’intrégration de la bourgeoisie noire à la bourgeoisie américaine. Mais elles n’aboutissent pas à lever la ségrégation économique qui laisse les travailleurs noirs au niveau le plus misérable de la société américaine.
C’est ainsi que ce procès contre un membre du Ku Klux Klan a pu avoir lieu et une condamnation prononcée contre un petit chef raciste… quarante et un an après les faits. Cette condamnation a certes soulagé les familles des victimes, mais les plus gros responsables, les dirigeants du KKK restent impunis et au service de la bourgeoisie américaine. Et ils continuent encore à manifester publiquement et impunément.




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