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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 10 septembre 2005      N° 929

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À la Une

Éditorial

Face au cynisme et à l’arrogance du gouvernement et des patrons préparons une rentrée de luttes!

Les 100 jours de Villepin ont sonné au moment où nous écrivons. 100 jours pour préparer une panoplie de mesures anti ouvrières. 100 jours pour l’emploi nous avait-il dit. Mais ce sont 100 jours pour la précarité de l’emploi. Il y a d’abord le Contrat Nouvelle embauche (CNE). C’est un contrat pour les entreprises qui emploient jusqu’à 20 salariés. Il est sans détermination de durée, c’est un « CDI » (contrat à durée indéterminée). Mais comme le dit le texte: « pendant deux ans, il peut être rompu à tout moment». On voit donc que le salarié est vraiment traité comme un kleenex, jeté après usage. C’est encore du travail précaire que l’on propose aux travailleurs. Et dans le cas du CNE il n’y a aucun recours possible ; ni aux prud’hommes ni à l’inspection du travail. L’employeur n’a pas à fournir de motif de rupture. Un cadeau de plus au patronat.
Une autre ordonnance prévoit qu’il faut atteindre l’âge de 26 ans pour être pris en compte dans le calcul de l’effectif du personnel de l’entreprise pour mettre en place les délégués du personnel. Une manière d’écarter des électeurs et d’affaiblir les syndicats.
L’ordonnance concernant le «relèvement des seuils de prélèvements», elle, vise à réduire ce qu’un employeur doit verser en matière de formation professionnelle, de construction, et de logement, lorsque son entreprise dépasse l’effectif de dix salariés. Autre cadeau aux patrons.
Dans l’éducation nationale on a annoncé l’embauche de 45 000 «emplois vie scolaire», mais il faut savoir que parmi ces 45 000 emplois 25 000 remplacent les anciens «CES» (contrats emploi solidarité) ou les CEC (contrats emploi consolidé). Donc seuls 20 000 nouveaux postes seront créés.
Mais là aussi c’est toujours la même précarité de l’emploi. Ces embauches sont d’une durée de six à vingt-quatre mois maximum. Ils sont payés au smic pour 20 à 26 heures par semaine. Juste de quoi donc faire diminuer les chiffres du chômage, sans donner aux jeunes pauvres de quoi vivre décemment.
Villepin-Chirac se moquent du monde! Quand on ajoute à tout cela la hausse du prix de l’essence, le gel des salaires et les difficultés de toutes sortes auxquelles sont confrontés les travailleurs et les pauvres, face aux profits colossaux des entreprises, il y a de quoi préparer une rentrée sociale de luttes et de protestations. En France les syndicats, notamment la CGT et FO, envisagent d’organiser de grandes manifestations fin septembre début octobre. En Martinique et en Guadeloupe, les confédérations se préparent aussi à une riposte.
Les travailleurs peuvent en faire leur affaire à eux, de cette riposte, en s’y préparant dès maintenant dans les entreprises. Car si les directions syndicales ont une responsabilité dans l’impulsion de la dynamique des luttes, les travailleurs ont la leur aussi dans cette même dynamique. S’ils font entendre leur voix, leur mécontentement dans les entreprises, alors ils peuvent peser dans le bon sens sur ces directions.
Les Chirac, De Villepin, et autres Sarkozy, les Hayot, De la Vigne, le lobby béké et autres patrons du bâtiment en Martinique et en Guadeloupe sont si sûrs d’eux mêmes et arrogants que ce n’est que lorsqu’ils sont acculés, que lorsqu’ils ont peur qu’ils cèdent. On le voit bien dans la grève de Carrefour où visiblement si depuis plus de deux mois ils ne cèdent pas c’est parce qu’ils veulent faire payer très cher aux travailleurs le fait de faire la grève, parce qu’ils veulent les décourager de recommencer à l’avenir. C’est aussi un message à tous les travailleurs de Guadeloupe et de Martinique. Le cynisme des patrons c’est aussi le fait de vouloir faire récupérer aux travailleurs la journée de deuil en Martinique suite à la catastrophe aérienne. Eh bien, face à une telle arrogance, si demain des milliers de travailleurs se retrouvent dans la rue et en lutte, ces ministres, ces patrons n’auront pas d’autres choix que celui de céder car ils ne comprennent que le langage du rapport de force. On l’a bien vu à la SORI en juin dernier quand les travailleurs en grève devant un patronat retors et soi-disant intransigeant l’ont fait pourtant plier par la grande détermination des grévistes. Cela a été dur, mais ils ont rétabli le rapport de force maintenant au sein de l’entreprise. Imaginons un instant que cette même détermination soit partagée par des milliers de travailleurs à une échelle beaucoup plus vaste, ceux qui apparaissent aujourd’hui comme des rocs de patrons de combat, intransigeants, hautains, dominateurs, méprisants, en trembleraient de frousse.
Oui, pour faire céder le patronat et l’Etat seules comptent les luttes, les luttes offensives, généralisées. C’est pour cela qu’il faut souhaiter que les travailleurs soient très nombreux à se préparer et le moment venu à être le plus nombreux possible à participer aux prochaines luttes et mobilisations de la classe ouvrière.



Cyclone Katrina: l’incurie du système capitaliste au grand jour

Lundi 29 août, le cyclone Katrina atteignait la côte sud des Etats Unis. Son extrême violence était connue d'avance: des vents de plus de 280 km/h, et une menace imminente d'inondation de la ville de la Nouvelle Orléans, qui est construite au dessous du niveau de la mer. La population a reçu l'ordre d'évacuer la ville, et ceux qui l'ont pu se sont mis à l'abri: ceux qui disposaient de voitures pour fuir. Mais des dizaines de milliers de personnes n'ont pas pu fuir. Dans leur majorité, il s'agissait de gens trop pauvres ou malades, qui n'avaient pas les moyens de se déplacer. Pour ceux-là, rien n'était prévu. Les digues qui en temps normal protégeaient la ville se sont rompues. La Nouvelle Orléans a été inondée à 80%. Dans le seul Etat de la Louisiane, il y aurait selon les autorités locales, plus de 10 000 morts, mais le bilan réel reste encore inconnu. Le cyclone a touché la Louisiane, le Mississipi et dans une moindre mesure l'Alabama, trois Etats du sud des Etats Unis.
Les images que nous avons pu voir quotidiennement à la télévision sont une vision d'horreur. Plus de 80 000 survivants regroupés dans un stade ou dans des bâtiments publics tels que l'aéroport, ou encore dans leurs quartiers dévastés, sans nourriture, sans soins, sans eau. Les cadavres pourrissant dans les rues ou sous les décombres, les sinistrés affamés cherchant dans les immondices quelque chose à manger, des malades sur des brancards, mourant faute de soins.
Le président des Etats Unis, Georges W Bush, a attendu deux jours avant d’interrompre ses vacances et se rendre sur les lieux pour une brève visite. Quatre jours après la catastrophe, une décision était enfin prise pour envoyer des secours, et six jours après, les sinistrés ont commencé à voir arriver de l'aide. Les premières forces présentes sur les lieux, au lendemain du cyclone, étaient des forces de répression, qui avaient pour mission de réprimer les pillards, parfois tout simplement des gens qui tentaient de trouver eau et nourriture, mais aussi de contraindre les sinistrés à rester sur place et à attendre, sous la menace des armes.
Dans leur grande majorité, les principales victimes du cyclone sont des Noirs, qui constituent la population la plus pauvre. On a ainsi appris qu'à la Nouvelle Orléans, 30% de la population, en majorité des Noirs, vit en dessous du seuil de pauvreté. Cette grande misère au sein du pays capitaliste le plus riche du monde, qui était plus ou moins cachée jusque là, apparaît au grand jour. Comme on le lit dans la grande presse, c'est "le tiers monde aux Etats Unis". La catastrophe met par la même occasion à jour la crapulerie des dirigeants de ce pays. Bush est aujourd'hui bien embarrassé (mais sans plus!) par les critiques dont il est l'objet, il a lancé une grande campagne médiatique pour contrecarrer les critiques politiques, avec le soutien de Condoleezza Rice, seul membre noir du gouvernement qui lui sert d'alibi contre les accusations de racisme. Mais l'incurie dont il a fait preuve révèle tout le mépris avec lequel le système dont il est le représentant traite au quotidien la population pauvre.
On a aussi appris que les digues qui abritaient la ville étaient notoirement insuffisantes. Il était prévu de les renforcer, mais l'argent prévu à cet effet a été investi dans le financement de la guerre en Irak. C'est aussi en Irak que se trouvent les moyens militaires qui auraient pu être utilisés pour évacuer la population avant la catastrophe. Lorsqu'il s'agit d'une intervention militaire, le gouvernement américain fait preuve d'une grande rapidité de décision et ne lésine pas sur les moyens. Mais quand il s'agit de secourir la population pauvre, cela devient beaucoup plus difficile.
Nous partageons les conclusions de l’éditorial de notre camarade Arlette Laguiller qui écrit dans son éditorial du 5/09/2005: «Tous les témoins ont souligné la lenteur des secours et l'incapacité de l'Etat le plus puissant du monde à évacuer les victimes survivantes. Les Etats-Unis, qui ont déployé des merveilles de technologie pour bombarder l'Irak, pour y déplacer leurs troupes, se sont montrés en dessous de tout pour sauver leurs citoyens les plus pauvres. (….).
Plusieurs catastrophes naturelles ont montré au cours de l'année, le tsunami de l'Asie du sud-est en particulier, à quel point les Etats des pays du tiers-monde étaient désarmés face à ces catastrophes. Mais le cyclone Katrina a montré que le tiers monde se trouve, aussi, à l'intérieur des Etats-Unis. Et les pauvres de là-bas ont beau vivre dans le pays le plus riche, ils sont aussi abandonnés à eux-mêmes, aussi méprisés par leurs dirigeants, que le sont ceux des pays pauvres.
Le cyclone a été un phénomène naturel. Mais il a été aussi le révélateur des inégalités qui rongent la société et de son incapacité à réagir collectivement face à un désastre.
Les Etats-Unis sont l'incarnation même du système capitaliste. Ils possèdent, aussi, le plus de moyens. Ce système, si performant pour permettre à une minorité d'amasser de l'argent, vient de montrer, à La Nouvelle-Orléans, à quel point il est incapable d'organiser une action solidaire de la collectivité humaine face aux aléas de la nature.
Mais cette tragique démonstration ne vaut pas que pour les Etats-Unis. Même si on est à l'abri des cyclones ou des tornades, nulle part on n'est à l'abri du danger permanent que représente un système social où le profit individuel est roi, mais où les intérêts de la collectivité ne comptent pas.»



Guadeloupe
La grève à Carrefour Destrellan

Le personnel de l’hypermarché de Destrellan est en grève depuis plus de deux mois à l’appel de FO et de l’UGTG. Il réclame 5,51% d’augmentation du salaire de base, une prise en charge par le patronat du coût du chèque déjeuner, une augmentation de 9 euros de la prime de transport. Il revendique également la prime de l’assurance prévoyance dont seuls les cadres bénéficient ainsi que le paiement du jour de la Pentecôte. Les patrons, voulant faire durer la grève et décourager les travailleurs, ne se sont pas empressés de négocier. Ils ont surtout utilisé la force et la répression en mobilisant des forces de l’ordre dans le centre commercial. Mais ces tentatives d’intimidation n’ont pas marché. La grève est suivie par l’ensemble du personnel. Quelques non-grévistes et les cadres pénètrent dans l’entreprise mais l’activité commerciale n’a pu reprendre.
Les négociations qui ont eu lieu n’ont rien donné. Les patrons déclarent que les travailleurs demandent trop. A les croire ils seront obligés de fermer l’hypermarché. Quelle hypocrisie! Quand on sait que Carrefour et le groupe Bernard Hayot qui en est l’un des plus grands actionnaires est une multinationale qui contrôle une partie importante de la distribution, on comprend à quel point ces rapaces se moquent des travailleurs. En Guadeloupe, le groupe Bernard Hayot contrôle également des centres commerciaux dans l’automobile. Il est propriétaire de la GUP, Bamy Pneu, Michelin. Il contrôle également la location d’automobiles, Monsieur Bricolage, Photo First sans compter des centres commerciaux dans la Caraïbe et dans d’autres «départements d’Outre Mer». Il vient d’investir dans l’immobilier à Pointe-Noire. Ces patrons réalisent des profits énormes et ils ont le cynisme de proposer aux travailleurs l’augmentation de 5,51% à condition qu’ils ne réclament aucune augmentation de salaire jusqu’à 2007! Pour le chèque déjeuner ils ne veulent participer qu’à hauteur de 1,25 euros sur les 6,50 euros que coûte le chèque. Cela ne suffit pas pour payer un sandwich.
Malgré les concessions faites par les responsables syndicaux qui ont renoncé dans l’immédiat à la prime de transport et à la prime de prévoyance, les patrons ne veulent pas céder un euro de plus. Le chantage à la fermeture est des plus grotesques car ces magnats du commerce font des travaux supplémentaires pour agrandir Carrefour Destrellan.




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