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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 10 septembre 2005      N° 929
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La terrible catastrophe et la politique de baisse des coûts

Nous publions ci-dessous le tract distribué en Martinique et en Guadeloupe à partir du 18 août dernier.
Le crash de l’avion de la West Caribbean Airways survenu le mardi 16 août au Vénézuéla a plongé la Martinique dans une stupeur et dans une peine incommensurables. En Guadeloupe pourtant moins directement touchée, tous se sentent concernés par le drame. Des familles entières décimées, des communes durement touchées par la perte de nombre de leurs habitants (au Saint Esprit, 49 disparus) des enfants désormais orphelins, c’est une partie de la très dure réalité.
Combat Ouvrier adresse ses plus sincères condoléances aux familles de toutes les victimes, tant martiniquaises que celles de l’équipage sud-américain. Nous avons une pensée particulière pour les familles des 28 personnes parties au Panama dans le cadre du Comité d’Entreprise de la Sécurité Sociale.
Nous ressentons douloureusement la perte de près de 13 camarades membres et délégués du syndicat CGTM de la Sécurité Sociale. Ils militaient aux côtés de nos camarades au sein de la Confédération. Ces camarades contribuaient par leur action au renforcement de la CGTM, des luttes des travailleurs et de la vie syndicale en Martinique.
Cela dit, cet accident relance le problème de la sécurité aérienne. La politique générale des compagnies aériennes est de réduire leurs coûts. Comment donc ne pas penser que les restrictions atteignent aussi les mesures de sécurité quand on sait que les restrictions sont légion, tant au niveau du personnel que dans les autres domaines?
Dans ce système capitaliste où tout est dirigé vers la réalisation du profit maximum, la sécurité est trop souvent négligée pour faire des économies budgétaires. On nous dit que l’avion de la West Caribbean a été contrôlé deux fois par les autorités françaises qui n’ont rien relevé d’anormal. Mais ces contrôles sur des avions de passage ne peuvent être que sommaires.
Certes les révisions essentielles sont certainement faites sur la plupart des compagnies. Mais peut-être pas les révisions détaillées. Dans un avion tout doit être entretenu, du réacteur aux portes d’accès, des toboggans d’issue de secours aux masques à oxygène. On apprend maintenant que cette compagnie avait déjà commis de nombreuses irrégularités, notamment par les temps de vol trop longs ou trop fréquents imposés à ses pilotes. Il y a quelques mois un de ses avions s’était écrasé dans des conditions douteuses, ensuite un autre avait été cloué au sol pendant une semaine parce qu’il ne respectait pas les normes anti-incendie. La compagnie connaissait des difficultés financières et seule la moitié de ses appareils était en service.
Dans les petites compagnies ou les compagnies à bas coûts, les marges financières plus étroites incitent à négliger certaines révisions quelles que soient les règles internationales en la matière. Même les grandes compagnies ne sont d’ailleurs pas exemptes de ce type d’économies.
L’accident du Vénézuéla vient s’ajouter à plusieurs catastrophes récentes: celle de l’ATR près de Palerme en Sicile, celle du Boeing de la compagnie Hélios Airways en Grèce le 15 août dernier et il y a un peu plus d’un an c’était le crash d’un avion charter en Egypte après son décollage de la ville de Charm el Cheick. Dans chaque cas, il est permis de se poser des questions quant au respect des normes de sécurité, de la qualité et des fréquences des révisions. La préoccupation du profit maximum ne relègue-t-elle pas automatiquement au second plan les questions de sécurité?
L’enquête, la recherche minutieuse de tous les indices concernant la compagnie et l’appareil, le droit de regard et de contrôle exigé par les familles des victimes, certes ne leur rendront pas leurs parents disparus. Mais ils pourront contribuer à faire respecter toujours plus les normes de sécurité et pas globalement mais dans le détail, totalement, à 100%.
C’est là que les actions des parents aujourd’hui dans la peine peuvent contribuer à ce que de tels drames ne se reproduisent plus. Elles peuvent contribuer, et nous le pouvons tous en soulevant les vrais problèmes, à ce que l’organisation des voyages prenne en compte en priorité la sécurité des passagers avant la course aux profits et la concurrence capitalistes.



Les grandes compagnies aériennes ont aussi leurs anomalies

Les récents accidents sont survenus lors de vols charters avec des «petites» compagnies appartenant à des pays du tiers monde: Indonésie, Colombie, Pérou, Chypre, Egypte. Il semble que les difficultés rencontrées par ces compagnies sont extrêmes: avions vétustes, mal entretenus, avec de gros ennuis techniques, équipages épuisés, peut être peu compétents, hausse du prix du carburant. Des listes «noires» sont révélées en Europe et en Amérique.
Cependant les grandes compagnies ne sont pas exemptes de défauts et les voyageurs réagissent. Bien sûr, l’essentiel des plaintes ne concernent pas la sécurité, mais des retards de vols, des pertes de bagages, le surbooking ; de plus en plus, il est question de personnel débordé, épuisé, et qui le montre aux voyageurs. Il est aussi question de matériel défectueux, de sièges trop étroits, de problèmes de repas. Particulièrement, la récente association Air France / KLM, classée 4 étoiles, suscite des courriers de protestation, et partout dans le monde, des clients réguliers d’AF ou de KLM dénoncent une dégradation des conditions de voyage et le mépris de ces compagnies.
Concernant les DOM, les compagnies sont soupçonnées de s’être entendues pour augmenter leurs tarifs considérablement. Les prix sont passés par exemple de 600 à 1200 voire 1500 euros pour certaines périodes. Or les prestations médiocres dont les clients des grandes compagnies se plaignent ailleurs dans le monde sont celles habituellement en vigueur sur les lignes entre l’hexagone et les DOM: personnel réduit, sièges trop étroits dus à un réaménagement spécial pour embarquer plus de passagers, queues interminables, retards intempestifs. Ces désagréments ont poussé le «Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais» à monter au créneau pour dénoncer le fait que «les compagnies aériennes qui desservent l’outre-mer, sous couvert de lignes régulières, fonctionnent en réalité comme des charters» (déclaration de son président A. Karam à la presse le 22 août 2005). Ce comité a également dénoncé publiquement: «d’octobre 2004 à janvier 2005, des dizaines d’incidents graves et répétés qui pouvaient présenter un danger pour la sécurité des passagers» et qui «ont affecté plusieurs compagnies aériennes et particulièrement Corsair». Contrairement à ce qu’ont déclaré les autorités préfectorales, il ne s’agit pas d’abus de langage. A cette période effectivement la Direction générale de l’Aviation civile a dû menacer Corsair de clouer ses avions au sol pour que des mesures soient prises.
Ainsi, même sur des lignes toujours remplies - avec un taux moyen de remplissage de 83% entre la France et les Antilles pour Air France -, les compagnies organisent une sorte de monopole qui leur permet de réduire les prestations offertes, risquant même de mettre en danger la vie des voyageurs. Ces mêmes grandes compagnies, dans leur souci unique de faire du profit, refusent de s’intéresser aux destinations comme par exemple Panama à partir des Antilles, laissant les voyageurs à la merci de petites compagnies «marrons» à la limite de la faillite. Tel Air France qui continue à engranger des profits malgré les hausses du prix du prix du carburant.



Bien des causes étaient réunies pour que le crash se produise

Comment ne pas ressentir de la colère quand on sait que si toutes les conditions de sécurité avaient été réunies, cet accident n’aurait vraisemblablement pas eu lieu.
On sait maintenant que la «West Caribbean», compagnie qui transportait les victimes du crash du Venezuela ne comptait plus que deux appareils à bout de souffle après une série d’anomalies. On sait qu’au mois de juillet cet avion avait dû être immobilisé pendant toute une semaine et quelques jours avant le drame il avait déjà perdu une partie de son fuselage sur un tarmac colombien. Puis, la semaine précédant le drame il a connu un problème de pressurisation qui l’a contraint à revenir précipitamment à Medellin. Les équipages étaient exténués en raison des rotations excessives et des horaires déments, alors que les retards de paiement de salaires s’accumulaient. L’appareil effectuait son douzième vol d’une journée commencée à 7h30.
Oui, les victimes ont bel et bien été sacrifiées sur l’autel des profits, de l’appât du gain par un certain nombre de requins capitalistes qui pour réaliser le plus de bénéfices possible négligent les questions de sécurité, mettant la vie de centaines de personnes en péril.



Catastrophe aérienne. La CGTM durement touchée

Parmi les victimes du crash du Vénézuela figuraient 18 adhérents de la CGTM, dont 16 de la Sécurité Sociale de Martinique, un de Biometal et un du syndicat CGTM des municipaux.
Le mardi 23 août, le comité d’entreprise de la Sécurité Sociale organisa une soirée de commémoration au siège de Place d’armes au Lamentin. Près de 500 personnes s’y sont retrouvées. On comptait aussi des délégations de Guyane et de Guadeloupe dont les dirigeants de la CGTG et de l’UGTG. Des camarades de Combat Ouvrier de Guadeloupe et de Martinique étaient présents. Poignante et digne cérémonie faite surtout de témoignages des camarades de travail des victimes!



Journée de deuil. Les limites de la compassion patronale

Les faux semblants dissimulent souvent la bassesse et la cupidité dit-on, c’est bien vrai concernant les patrons suite au crash du 16 août.
Face à la catastrophe aérienne, de partout se sont élevées des voix et chacun à cette occasion a pu dire sa tristesse ou encore a cherché à offrir son soutien face au tragique événement qui venait de se produire. Le patronat local s’est également joint à cet élan de fraternité, ou du moins c’est ce que chacun a cru, en appelant à la fermeture des entreprises ce jour là sans autre précision.
De manière générale lorsqu’un employeur prend la décision de fermer son entreprise, il prend dans le même temps la décision d’accorder aux salariés la journée non travaillée, qui prend la forme d’un congé exceptionnel. En tout cas dans une circonstance où les intentions charitables étaient de mise, beaucoup, naïfs sans doute, étaient loin de penser qu’il s’agissait là d’un coup de bluff.
Pourtant, une fois revenus dans leurs entreprises, certains travailleurs durent déchanter. Ils furent mis en présence d’un comportement sans scrupule qui leur intimait de fixer un jour de récupération afin de remplacer la journée de congé qui leur avait été délibérément accordée.
Quelle cupidité, quelle rapacité que celle des patrons de la banane, des officines pharmaceutiques ou encore du commerce et quelle mauvaise surprise pour ceux qui y ont cru! Ceux là se retrouvent aujourd’hui à leur tour victimes du profit, même si cela ne prend la forme que d’une journée de salaire qui ne sera pas payée. C’est cela la marque des patrons, celle de la tromperie et du cynisme.



Martinique
Conférence de presse de la CGTM sur le crash du 16 août

Le vendredi 26 août la CGTM a tenu une conférence de presse concernant le crash du 16 août 2005 au Venezuela qui a coûté la vie à 160 personnes. Une trentaine de militants ont assisté à cette conférence sans compter les journalistes. A la tribune, aux côtés de la secrétaire générale de la CGTM Ghislaine Joachim-Arnaud, il y avait le secrétaire de la section syndicale de Biométal Luc Thibot et le secrétaire adjoint de la chambre syndicale de la Sécurité Sociale. A propos de la disparition des 18 membres de la CGTM, la secrétaire générale devait déclarer: «le départ brutal de ces camarades crée un vide immense dans leurs services et dans notre organisation.»
Elle a ensuite dénoncé les conditions de transport au mépris de la sécurité en déclarant: «Nous sommes dans une économie de marché et ce qui compte pour ces entrepreneurs, qu’ils soient du transport ou d’autres c’est de faire le maximum de profit au mépris de la vie des gens…».Et, d’ajouter: «Quand en général des travailleurs refusent des conditions de travail où la sécurité n’est pas respectée, ils sont pointés du doigt… Et cela c’est la règle dans cette société…»
Durant cette conférence, Louis Maugée, secrétaire général CGTM de la Sécurité Sociale et d’autres militants ont tenu à manifester leur colère et leur révolte contre cette société d’exploitation. Ils ont tenu à souligner auprès des journalistes présents comment toutes les interventions faites sur la catastrophe durant plusieurs jours sur les ondes, ne mettaient en avant que les émotions légitimes de la population et des sentiments religieux, sans dénoncer une seule fois les vrais responsables: les capitalistes et leur système. D’autres militants ont aussi pointé du doigt les élus locaux qui au cours de leurs différentes déclarations ont évité de remettre en cause cette société d’exploitation dont ils se vantent d’ailleurs d’être de bons serviteurs.




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