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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 10 septembre 2005      N° 929
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Page 3

Guadeloupe
Danone en grève

Après 2 mois de grève le directeur et principal actionnaire de Danone, De Lavigne, n’est toujours pas décidé à donner satisfaction à l’ensemble des revendications des 45 travailleurs.
Il y a deux semaines, il a bien accepté d’augmenter le salaire de ceux de la production de 298 euros.
Mais, concernant les chauffeurs livreurs, il utilise des faux fuyants. Il a affirmé dans un premier temps que ces derniers sont des indépendants, alors qu’ils reçoivent une fiche paye avec l’en-tête de la S.G.P.Y Danone. Il a été obligé devant l’inspecteur du travail de reconnaître qu’ils sont bien ses employés et qu’ils sont payés à la commission, sans fixe. Ce qui est une violation du code du travail! De plus, ces chauffeurs, sont polyvalents: manipulateurs, commerciaux, démarcheurs. Mais ils gagnent en moyenne 1,50 euros de moins par mois que ceux de Yoplait- Guadeloupe et ceux de Danone-Martinique qui ne sont que chauffeurs.
La mobilisation se poursuit donc pour obliger De Lavigne à respecter les travailleurs. Le matin du lundi 29 août, ils ont dressé un barrage à l’entrée de la zone de Jaula au Lamentin, où est située leur usine. Les CRS sont intervenus et ont fait usage de gaz lacrymogène. Le 1er septembre tous les travailleurs de la zone ont débrayé en solidarité avec leurs camarades de Danone. Des délégués de Danone se sont rendus en Martinique pour prendre contact avec leurs collègues de l’île sœur.



Saint-François
La grève au jardin de Courcelles

En grève depuis le 9 mai pour la réintégration d’un des leurs injustement licencié, les travailleurs de «Jardin de Courcelles» et de «Vitro plants» poursuivent leur mouvement. Leur patron, Bebin, refuse toujours de négocier avec leur syndicat affilié à l’UGTG.
Bebin fait tout pour les décourager. Il a bloqué les salaires. Il fait courir le bruit qu’il a déposé le bilan et même vendu les deux entreprises. Bref on est au point de départ. Rien ne semble bouger de son côté.
Les travailleurs s’organisent pour résister le plus longtemps possible. Ils font circuler des listes de souscription. Un meeting de soutien et d’information a été organisé le 5 août sur la place de la mairie de Sainte-Anne. Le 2 septembre les travailleurs ont tenté de pénétrer dans la société, les CRS sont venu les déloger. Ils maintiennent donc la pression sur Bebin et les autorités pour les obliger à céder.



Martinique
Il y a quarante ans: l’affaire Marny

UN CONTEXTE EXPLOSIF
Il y a 40 ans, début Septembre 1965, l’affaire Marny secouait la Martinique.
Au début des années 60, la situation économique et sociale est déplorable pour les masses pauvres de Martinique. Les fermetures d’usines à sucre et de nombreuses distilleries ont jeté au chômage des centaines de travailleurs et de familles qui ont quitté les campagnes pour chercher du travail dans la zone urbaine de Fort de France. Le gouvernement colonial de l’époque cherchant à éviter l’explosion sociale met en place le BUMIDOM, bureau d’émigration de la jeunesse vers la France.
A cette époque, La misère, le sous développement s’étalent sans fard, le colonialisme aussi. Cette situation entraîne une certaine agitation de groupes nationalistes. En 1963 l’affaire dite de l’OJAM (organisation de la jeunesse anti-colonialiste martiniquaise) avait révélé la répression du pouvoir sur des groupes nationalistes soupçonnés d’action subversive. Mais elle avait aussi révélé l’existence d’une certaine contestation et d’une révolte sourde au sein de la jeunesse. Une fraction de cette jeunesse est alors sensible aux idées anticolonialistes alors que la guerre d’Algérie vient de se terminer et que les effets de la révolution cubaine comme la révolte des Noirs américains marquent les esprits.

LES FAITS
Tout démarre deux mois plus tôt, à la sortie de prison du jeune Pierre-Just Marny. Celui-ci, un jeune «major» (caïd) de quartier âgé de 22 ans, vient de purger les deux ans ferme sur les quatre années de sa condamnation pour vols de voitures en bande, sans avoir dénoncé ses anciens complices. Mais lorsqu’il réclame à ces derniers sa part de butin comme cela avait été prévu par la bande, ils refusent de remettre à Marny ce qu’il considère comme son dû et font mine de l’ignorer. Celui-ci se sentant humilié, décide de se venger de ses anciens acolytes.
Ainsi, après s’être emparé d’un fusil, le jeudi 2 septembre, Marny part à la recherche de l’un de ses anciens complices. Sa folle équipée meurtrière qui dure toute la nuit fait trois morts dont un enfant de trois ans et trois blessés graves. Marny, se faufilant dans son quartier de la Cité Batelière à Schoelcher ou dans la campagne du Lamentin, échappe aux gendarmes lancés à sa poursuite durant trois jours.
Entre temps, la rumeur publique enfle. Les radios et le journal local l’alimentent avec photos et détails sur les faits. Mais les gens ne retiennent pas tous la même chose de l’histoire. Bien sûr Marny, le meurtrier, est présenté comme l’homme à abattre, mais le bruit court qu’il n’a fait des victimes que parmi ses anciens complices, et chez une partie de la population il acquiert l’image du justicier qui a cherché à mettre de l’ordre dans un milieu de truands. Quoi qu’il en soit, après son arrestation, alors qu’il se retrouve à nouveau incarcéré à la prison de la rue Victor Sévère à Fort de France, Marny est devenu une vedette. Sa rapidité à se sortir d’une situation, son agilité à échapper à la souricière des gendarmes font qu’un journaliste surnomme Marny, “la panthère”. Ce surnom devint populaire au point de se transformer en «panthère noire». Il devint même plus tard le thème d’une chanson.

ARRESTATION DE MARNY ET EXPLOSION DE COLERE
L’affaire rebondit quelques jours plus tard.
En effet, malgré la mise en garde reçue dans la prison, sur ce détenu «à surveiller tout particulièrement, détenu particulièrement dangereux», le dimanche 10 octobre, Marny se fait la belle en s’échappant par le toit de la prison.
Pendant neuf jours, il défie à nouveau les forces de police et de gendarmerie lancées à ses trousses. Il se déplace dans l’île avec des voitures volées, voire en transport en commun, et semble bénéficier d’une certaine complicité puisqu’il se déplace au vu et au su de nombreuses personnes qui le reconnaissent sur les voies publiques et dans les quartiers. Marny bénéficie d’une certaine auréole auprès des jeunes des quartiers pauvres parce qu’il défie ainsi les forces de police.
Mais le mardi 19 octobre, l’étau se resserre autour de lui. Alors qu’il stationne à proximité d’une petite épicerie du quartier pauvre de Sainte-Thérèse à Fort de France vers 18 heures, la propriétaire avertit discrètement la police. Les policiers en civil arrivent à bord d’une voiture banalisée et interpellent Marny. Alors que celui-ci, les bras en l’air et sans armes se rend, il reçoit une rafale de mitraillettes dans les jambes, avant d’être embarqué.
La foule, très rapidement s’est amassée dans ce quartier populaire. La tension monte immédiatement. La scène de l’homme désarmé sur lequel la police tire à bout portant choque le public composé en majorité de jeunes. Elle éclate d’abord contre l’un des inspecteurs de police blanc qui reçoit un projectile derrière la tête et tombe. Puis contre la propriétaire de la boutique. Son épicerie est saccagée, puis brûlée. Et durant la nuit, de nombreux jeunes et moins jeunes s’opposent à coup de pierres et de projectiles divers aux forces de police dans les quartiers de Fort de France. Marny est rapidement exilé en France pour être jugé et condamné à la prison à perpétuité.
L’émeute du quartier de Sainte Thérèse met un terme à la partie publique de l’affaire Marny en Martinique. Les réactions violentes consécutives à l’arrestation de Marny témoignent du fait qu’au delà des meurtres qu’il avait perpétrés, «la panthère» a pu apparaître aux yeux de certains, spécialement des jeunes laissés pour compte par la société coloniale et capitaliste, comme un rebelle, victime de l’injustice. Au-delà de la personne même de Marny, ce sont bien des rancoeurs, bien des révoltes contenues causées par le chômage, le racisme, le colonialisme, les réactions partiales des forces de répression dans ces années 60 qui s’étaient exprimées tant en paroles qu’en actes de colère.



Guadeloupe
Grève à Caraïbe Import

Depuis le 25 juillet 2005, les salariés du magasin Caraïbe Import syndiqués à la CTU sont en grève. Ils dénoncent:
- le refus de la direction d’accorder à un employé ses congés au mois de septembre à la dernière minute sous prétexte de la nécessité de service alors que cet employé doit s’absenter pour raison de santé et a fourni un justificatif;
- le non respect des instances par la direction et le harcèlement des représentants du personnel;
- le dysfonctionnement du Comité d’Entreprise.
En fait les salariés doivent faire face à un responsable qui est à la fois directeur des Ressources Humaines, directeur financier et administratif et qui prétend n’en faire qu’à sa tête. Il ne cesse de répéter «c’est moi qui décide» et ne respecte pas le Code du Travail. En ce qui concerne le congé annuel refusé, cela ne posait pas de problèmes de service puisque d’autres collègues avaient proposé de remplacer celui qui voulait partir au mois de septembre, mais le directeur qui veut jouer au petit chef a refusé et ne voulait pas revenir sur sa décision.
Le conflit s’enlise. Il y a déjà eu 5 rencontres qui n’ont rien donné. Maintenant ce monsieur veut tout simplement choisir l’inspecteur du travail qui devra négocier avec lui.
En fait il veut casser tous ceux qui se syndiquent. Une section CTU a en effet été créée. En attendant, les 3 magasins de Baillif, Jarry et Grand Camp sont complètement fermés. Les salariés se battent pour être respectés et expriment leur ras le bol de l’attitude méprisante de ce responsable. La grève continue.



Martinique
Bâtiment: une direction qui ne manque pas de toupet

Depuis le mois d’août dernier, les travailleurs de l’entreprise «Idex Energie Antilles» sont sur le pied de guerre. Leur direction envisage de licencier sept salariés dont certains ont plus de 15 ans d’ancienneté. Cette entreprise travaille notamment en sous-traitance pour le CHU de la Meynard et est chargée de la maintenance des dispositifs froid et climatisation.
Selon les travailleurs de l’entreprise, cela fait quelque temps que la direction cherche la petite bête. Elle essaie de créer la zizanie, voire la division au sein de l’équipe de maintenance. Elle n’a jamais digéré les différentes grèves qui ont été menées par le personnel et qui ont réussi à lui faire respecter la convention collective du bâtiment (augmentation de salaires, prime de panier, prime de transport, 13ème mois, requalification du personnel).
Profitant d’un manque de vigilance des travailleurs, elle s’est associée à une petite poignée de «petits chefs» passés sous sa coupe. Ainsi aux dernières élections de DP (Délégué du personnel) et du CE (Comité d’entreprise) au début de cette année, elle a présenté sa propre liste et a obtenu au deuxième tour des délégués sans étiquette syndicale qui marchent main dans la main avec elle.
Par ce biais, elle se sent plus à l’aise pour mener sa politique anti ouvrière et chercher à se débarrasser de travailleurs, notamment les plus combatifs au sein de l’entreprise: parmi ceux qui sont sur la liste des licenciés, figurent des ouvriers qui ont été durant les 10 dernières années à la tête des différentes grèves.
Cependant les travailleurs organisés autour de leur syndicat CGTM ne l’entendent pas de cette oreille, d’autant plus que la direction a eu le toupet de prendre ses mesures, d’une part pendant les vacances mais encore comme le souligne la section syndicale, «sans informer suffisamment le CE sur le projet de licenciement envisagé».
Certains travailleurs avancent que: «la direction n’a pas réfléchi à ce qu’elle est en train de faire. Elle a donné un coup de pied dans la fourmilière pour tester les travailleurs!». A ces derniers de faire en sorte que son test se révèle négatif pour elle.



Rentrée scolaire 2005: sous le signe de la provocation et de la démagogie

La rentrée scolaire de septembre 2005 se caractérise par deux mesures nouvelles. L’une relève du domaine de la démagogie, il s’agit de l’annonce du recrutement des «emplois vie scolaire». L’autre mesure est à classer dans le domaine de la provocation, il s’agit d’un décret publié le 27 août 2005 au JO et supposé organiser les remplacements pour absence de courte durée dans les établissements scolaires.
A son arrivée au pouvoir en 2002, le gouvernement Raffarin avait décidé de supprimer les «emplois jeunes» créés par le gouvernement Jospin. Il n’avait pas de mots assez durs pour qualifier ces contrats à durée déterminée d’une durée maximale de 5 ans.
Et voilà que Robien annonce, à partir de cette année, l’embauche de 45 000 précaires appelés «Emplois vie scolaire», autant dire des «emplois jeunes version Robien», mais avec un contrat qui atteindrait au maximum 24 mois. Une mesure purement démagogique pour dire que le gouvernement lutte contre le chômage des jeunes.
Quant aux remplacements d’absence de courte durée par les collègues du même établissement, sans embauche supplémentaire, il s’agit là d’une provocation qui vient compléter une disposition de Claude Allègre, ancien ministre de l’Education de Jospin, avec son fameux slogan: «pas de classe sans professeur». La voie étant tracée, Robien a pris un décret pour appliquer une loi préparée par Fillon et donner une base légale à cette disposition. Du même coup, il envoyait un signe en direction d’un électorat réactionnaire à qui il se dispense de donner les vrais raisons de certaines absences: pas d’enseignants remplaçants recrutés, nombreuses suppressions de postes, de classes, etc.
Ce gouvernement qui disait avoir tiré les leçons du résultat du référendum du 29 mai 2005 n’en fait qu’à sa tête et n’a d’oreille que pour les dirigeants du Medef.




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