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Haïti
Les comédiens
Nous reproduisons ci-dessous un extrait d’un article publié par nos camarades haïtiens de l’Organisation des Travailleurs Révolutionnaires (OTR) dans leur journal «La Voix des Travailleurs», sur la situation en Haïti.
Pendant que les hausses de prix, l’insécurité et l’absence de travail rendent la vie des classes pauvres insupportable, l’excitation électorale commence à mettre en transe la classe politique. A l’approche de la date prévue pour les prochaines élections, les annonces de candidature se succèdent. Pour la présidentielle, on en est, à ce qu’il paraît, à 25 candidats déclarés.
Il y a de tout parmi les candidatures annoncées: des politiciens véreux, chacun avec un passé de trahisons et de retournements ; des militaires putschistes de promotions différentes ; un homme d’affaires féroce avec ses travailleurs ; un milliardaire américain en quête de sensations fortes, sans parler du lot habituel d’anciens dignitaires macoutes et d’hommes d’église. A égrener les noms, de Ronceray à Evans Paul, de Bazin à Gourges, de Manigat à Dany Toussaint, c’est un défilé de carnaval de cette caste politique veule, lâche devant les puissants, méprisante à l’égard des masses pauvres, incapable de changer quoi que ce soit à cette économie de prédation qui domine Haïti et qui laisse ses classes laborieuses exsangues.
A ce qu’il parait, se préparerait même un «ticket», réunissant Mézyeux l’ex-secrétaire général de la CATH, (centrale autonome des travailleurs haïtiens) avec le général Avril, l’homme qui l’a fait torturer au temps de la dictature militaire. Le bourreau avec sa victime - il fallait y penser!
Les candidats dits indépendants auront-ils les 100 000 signatures nécessaires pour pouvoir participer réellement à l’élection présidentielle? Les candidats présentés par des partis pourront-ils justifier de 5000 adhérents inscrits? Le cas échéant, combien d’entre eux ont les moyens d’acheter les signatures dont ils ont besoin? Pour les autres, l’annonce de leur candidature n’est qu’une offre de vente pour marchander leur désistement, pour se vendre au plus offrant en poste de ministre ou en sinécure. Mais puisqu’on nous présente cette infâme bouillie comme de la démocratie ou quelque chose d’approchant, prenons-le pour dit: c’est le mieux que les puissances tutélaires qui se penchent sur l’avenir d’Haïti aient à nous offrir.
Il est bien normal que les travailleurs et les pauvres regardent avec indifférence cette agitation. Il n’en sortira rien de bon pour eux. Mais ces élections ne sont pas faites pour cela. Elles sont faites pour montrer que l’intervention franco-américaine pour débarquer Aristide aura été utile et que désormais, Haïti s’achemine vers la stabilisation. Mieux: vers la démocratie.
La sinistre plaisanterie! Les masses populaires de ce pays ont eu l’occasion de vérifier que même lorsque les élections leur permettaient de choisir un homme à qui elles avaient accordé leur confiance, leur espoir a été, par deux fois, déçu. La première fois après 1991, parce que l’homme qu’elles avaient porté au pouvoir ne les a pas préparées à faire face au coup d’état de Cedras et de ses bourreaux. La seconde fois lorsque, leur candidat réélu, il s’est transformé lui-même en bourreau de son peuple. Et ni la première, ni la deuxième fois, il n’a amélioré en rien le sort des plus pauvres.
Alors, qu’attendre de ces élections dont les promoteurs du dedans et du dehors, ne veulent même pas susciter des illusions? Ce que la bourgeoisie haïtienne n’a jamais pardonné à Aristide, du moins à l’Aristide version 1990-91, ce n’est même pas ce qu’il a fait en faveur des pauvres, car il n’a rien fait. C’est d’avoir suscité un espoir. Et des masses qui se mettent à espérer risquent de se donner les moyens de réaliser leurs espoirs. Aristide a beau s’être comporté au pouvoir en pompier au service d’un système économique et social dominé par les Mews, Biggio et autres Accra, les riches ne lui pardonnent pas d’avoir été pyromane, fut-ce malgré lui.
Dans les élections à venir, il n’y aura pas de place à cela. Les partis admis à participer ont été dûment chapitrés dans des colloques ou rencontres, comme cet «atelier d’information» les réunissant tous sous l’égide de Latortue et de Valdès, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en Haïti et chef de la MINUSTAH.
L’association des Etats des Caraïbes, comme l’OEA et derrière eux, l’administration américaine ont apporté leur soutien au «processus électoral». Peut-être y mettront-ils un peu d’argent. Et si l’administration du gouvernement de transition se révèle incapable de fournir des cartes électorales aux quelques 4 millions et demi de personnes en âge de voter, et si en particulier, une bonne partie des zones rurales sont tenues, de fait, à l’écart, les puissances tutélaires se feront une raison d’une participation électorale faible.
Les agissements des bandes de chimères peuvent cependant faire capoter, au moins dans une bonne partie de la capitale, l’organisation un tant soit peu crédible du scrutin. Ce n’est pas pour rien que la MINUSTAH qui, pendant des mois, a laissé les bandes de chimères lancer successivement «l’opération Bagdad» puis «l’opération métastase» sans pratiquement réagir, se lance depuis quelques semaines dans un activisme fébrile. Ce n’est pas pour rien non plus que ses responsables ne cachent pas qu’ils ont pris contact avec certains des chefs de bande pour essayer de les faire basculer du côté du gouvernement transitoire. Les annonces comme celle attribuée au «général Toutou», chef d’un des groupes armés du Bel-Air, qui serait prêt à se rendre « ...si l’ONU est disposée à garantir notre sécurité» sont peut-être des mensonges et procèdent de la guerre psychologique. Mais il n’est pas impossible que, aux yeux de certains chefs chimères, même avec des convictions politiques lavalassiennes, l’objectif d’un retour d’Aristide au pouvoir apparaisse de plus en plus irréaliste. D’autres peuvent être simplement achetés si l’ambassade américaine est prête à y mettre le prix. Certains «lynchages de bandits», à Solino, Ti-Chéri, Bel-Air ou ailleurs, présentés par la presse comme des «réactions populaires» ressemblent fort à des agissements de chimères ayant changé de bord. Mais que les bandes de voyous agissent avec la prétention de ramener Aristide ou, au contraire, pour appuyer la police, elles font la majorité de leurs victimes dans la population elle-même. Malgré les communiqués de victoire sur le recul du banditisme la vie reste un enfer pour les habitants des quartiers populaires.
Pétrole: spéculation et fabuleux profits
Mardi 6 septembre, le litre d’essence à la pompe était à 1,50 euros, 10 francs! C’est énorme. Avant que le cyclone Katrina ne touche les côtes américaines de l’Alabama et le Golfe du Mexique, le prix du pétrole s’enflammait sur les marchés boursiers. Spéculant sur la catastrophe annoncée par Katrina, les producteurs de produits pétroliers ont poussé le prix du baril de pétrole brut au delà de 70 dollars le baril. En Bourse, ils spéculaient sur une rareté du pétrole et des produits dérivés, les carburants.
Les compagnies pétrolières ont largement profité de cette flambée du cours du pétrole durant la semaine: la valeur de l’action Exxon a gagné 3,89 % et Total a gagné 5,49 % réalisant la deuxième plus forte hausse de la semaine, en engrangeant des milliards d’euros de bénéfice.
Le gouvernement français a emboîté le pas et annoncé que la hausse du prix du brut pourrait occasionner de nouvelles hausses sur le prix de l’essence à la pompe. Mais il n’annonce pas qu’il a la possibilité d’empêcher cette hausse, en réduisant les taxes que le gouvernement perçoit sur le prix du carburant, ainsi la hausse du brut serait amortie et le prix de l’essence resterait stable.
Au contraire il agite le spectre de la pénurie de pétrole et incite les habitants à se préparer à une rareté des dérivés pétroliers, selon une tactique bien rôdée.
Ce n’est pas nouveau. A chaque période où il y a eu ce que les médias appellent la «crise de l’or noir» les gouvernements ont, selon leur formule, «répercuté les prix du brut sur celui de l’essence à la pompe». C’est ainsi que les compagnies majeures, Exxon, British Petroleum, Shell, Chevron, Total ont profité des conjonctures des crises antérieures. En 1973, lors du «choc pétrolier», le prix du baril est passé à 40 dollars ; en 1980 lors du «conflit iranien» il est monté à 80 dollars et les compagnies pétrolières ont engrangé les bénéfices.
Cette fois-ci, c’est encore le même prétexte qui est utilisé. En janvier 2004 le baril de pétrole valait 40 dollars ; il est progressivement monté jusqu’à 60 dollars, soutenu par la guerre industrielle entre les patrons américains et chinois, et le coup final a été porté par les spéculateurs qui ont flairé l’aubaine du cyclone Katrina. Le prétexte avancé: les plates-formes du Golfe du Mexique sont détruites, il n’y a plus de raffinage et donc la pénurie menace. Voilà le scénario artificiellement entretenu par les compagnies pétrolières qui leur permet de faire pression sur le public et de réaliser des profits.
Ce n’est rien d’autre que le système capitaliste en action.
Alors que les familles qui ont tout perdu se battent pour survivre aux effets dévastateurs du cyclone, les patrons des compagnies pétrolières réalisent des bénéfices par milliards en spéculant sur le prix du pétrole et des carburants.
Plusieurs incendies ont frappé les mal-logés de la région parisienne
En cinq mois, plusieurs appartements abritant des pauvres, des émigrés, ont été ravagés par des incendies dans la région parisienne. Le 15 avril, l’incendie de l’hôtel Opéra, bâtiment vétuste où logeaient de nombreux émigrés africains, a causé la mort de 24 personnes dont la moitié était des enfants. Au mois d’août, deux incendies ont eu lieu également dans des immeubles délabrés. L’un a causé la mort de 17 personnes, l’autre 7. Ces victimes sont aussi une majorité d’émigrés africains. Les plus pauvres.
Ces drames affreux qui ont décimé des familles entières ne sont pas dus au hasard. Ce sont en particulier des mal-logés qui ont été touchés. Les logements qu’ils occupent sont dans un état de délabrement scandaleux. Ces familles vivent dans la promiscuité. Les bâtiments sont vétustes, insalubres. Il n’y a ni eau ni électricité. Le chauffage n’existe pas, l’humidité est importante. Quant à la sécurité elle laisse à désirer. Il n’y a pas d’issues de secours ni d’extincteurs: difficile d’être protégé en cas d’incendie.
Les pouvoirs publics n’ignorent pas l’état de ces logements. A chaque drame de ce type, des élus, des membres du gouvernement rendent visite aux familles et leur font des promesses. Mais pour la plupart, leurs demandes de logement n’ont jamais été satisfaites. Elles sont obligées de payer des loyers à des propriétaires peu scrupuleux qui n’effectuent pas de travaux de réfection. La véritable solution serait de construire des logements sociaux. Il y aurait 320 000 demandes en attente en Ile-de-France. Des solutions d’urgence existent. Selon une loi de 1998, l’Etat peut réquisitionner les nombreux appartements vides qui existent à Paris. Mais ce n’est pas le souci du gouvernement. Ces émigrés et ces pauvres qui veulent vivre décemment peuvent toujours crever ainsi que leurs enfants. Ils attendront encore des années avant d’avoir des logements et seront obligés de vivre dans des appartements vétustes et dangereux. A moins que leur colère et celle de tous les mal logés ainsi que ceux qui les soutiennent contraignent les pouvoirs publics à construire les milliers de logements décents nécessaires.
Côte-d'Ivoire
La guerre civile couve
En Côte d’Ivoire, les menaces de l’ex-chef des forces armées, Mathias Doué, de déboulonner le chef de l’Etat par «tous les moyens» ont créé un climat tendu illustré par une panique créée à Abidjan, il y a une semaine, par un feu d’artifice. Ce climat fait suite à une série d’accords de paix avortés entre le gouvernement ivoirien et l’opposition rebelle des «forces nouvelles».
Ces accords n’ont pas permis de réunifier le pays, coupé en deux depuis la tentative de coup d’état contre Gbagbo en septembre 2002. Plusieurs dates limites fixées pour le désarmement des milices ont expiré sans aucune remise d’armes. La tension monte depuis que les «forces nouvelles» ont décidé de boycotter les élections prévues le 30 octobre en faisant valoir que les lois promulguées par le président concernant la commission électorale, la nationalité et les droits civiques, ne répondaient pas aux exigences de l’accord de paix. Aujourd’hui la rébellion des «forces nouvelles» exige même, par la voix de son dirigeant, le général Guillaume Soro, une transition politique sans le président Laurent Gbagbo.
Pendant ce temps, Gbagbo, lui, voudrait que les élections se déroulent le 30 octobre. Il tient le pouvoir. Il peut peser sur le résultat des élections.
L’épreuve de force est lancée! Les milices pro-Gbagbo s’agitent, l’armée est suspectée par les forces présidentielles. Des propos d’officiers appelant à renverser Laurent Gbagbo, se multiplient. Les «forces nouvelles» deviennent plus exigeantes. La propagande dresse l’une contre l’autre les ethnies du sud et celles du nord. La guerre que tous ces gens préparent, si elle a lieu, relancera les massacres par les milices, aggravera la misère.
Plus s’approche la date prévue pour l’élection présidentielle, plus il apparaît évident que cette élection ne constituera pas la fin de la crise qui déchire le pays, mais l’annonce de nouvelles catastrophes. Elections ou pas, la guerre que mènent les clans qui se disputent le pouvoir sera relancée avec toutes les conséquences dramatiques pour la population. Voilà la situation créée par la politique de division ethnique commencée sous le colonialisme français puis sous Houphouët Boigny et creusée par ses successeurs. Quant à l’impérialisme français, seule compte pour lui la protection des intérêts des grosses sociétés capitalistes françaises.
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