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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 24 septembre 2005      N° 930
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Guadeloupe
Chômage: après les 100 jours de Villepin, pas de quoi pavoiser

Le 31 juillet 2005 le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à l’ANPE en Guadeloupe était de 44 295. Ce nombre est supérieur de 1 % à celui des demandeurs d’emploi inscrits au mois de juin dernier. En Guadeloupe, le chômage s’aggrave donc alors que selon les chiffres officiels la tendance serait inversée en France où on constate une diminution du nombre de chômeurs en juillet par rapport à juin 2005.
La tendance à la hausse est aussi observée chez les jeunes Guadeloupéens chez qui le nombre de chômeurs au mois de juillet est supérieur de 1,2 % à celui de juin 2005. Alors qu’en France, le taux de chômage aurait officiellement diminué de 2,5 % chez les jeunes de juin à juillet dernier.
Le nombre des femmes au chômage inscrites à l’ANPE est de 24 381 au 31 juillet 2005, en augmentation de 1,7 % par rapport au mois de juin 2005.
La presse a pu dire en France que Villepin avait plus ou moins gagné son pari des 100 jours pour «obtenir des résultats». Avec 1% de chômage en moins! On se satisfait comme on peut! D’autant qu’on sait toutes les manipulations de chiffres et les mesures prises, notamment à l’ANPE, pour «faire diminuer» le chômage! Mais les régions dites « d’outre-mer » n’ont pas été prise en compte. Les brillants stratèges de Matignon, à l’heure où ils ont diffusé l’information, ont sans doute tenu compte du décalage horaire!



Elections municipales: bouillie à Bouillante

Les élections municipales partielles de Bouillante ont consacré la victoire de Robert Racon, maire sortant mais non élu au suffrage universel.
En effet Robert Racon fut élu il y a quelques mois par le conseil municipal après la démission de Chaulet ancien maire et près avoir subi un échec dans sa tentative de faire élire Cajasso. Peu de temps après, il y a eu une cascade de démissions de membres du conseil municipal et finalement l’organisation de nouvelles élections qui ont été remportées par R. Racon.
Au premier tour des élections qui a eu lieu le dimanche 11 septembre dernier, Racon est arrivé en tête, suivi par J.C Malo puis Doris Cheikmodine. Ce sont ces trois candidats qui se sont présentés pour le deuxième tour. Cajasso le poulain de Chaulet ne s’est pas maintenu ; quant au quatrième candidat, il n’a pas obtenu assez de voix pour avoir le droit de se maintenir au deuxième tour. Finalement R.Racon a obtenu 2022 voix, Malo 1447, et Doris Cheikmodine 347.
Racon est un Homme de droite, soutenu par Michaux Chevry. Quant à Jean Claude Malo, il est vice-président du conseil régional et indépendantiste, ex-membre du «camp patriotique». Malo est aujourd’hui membre de la majorité de gauche socialiste de Victorin Lurel. Et Chaulet qui avait tout fait pour que ces élections aient lieu, et qui a soutenu Cajasso, a été pris à son propre piège. C’est R. Racon qui occupera désormais le fauteuil de maire de Bouillante.
Le feuilleton électoral de Bouillante depuis des mois sinon des années, est à l’image de ce qui se passe un peu partout quand il s’agit de gagner un poste électif: tractations de toutes sortes, peaux de banane, arrivisme d’élus ne se souciant que de leurs intérêts personnels, de leur carrière politique, bref une infâme bouillie bien éloignée des intérêts de la population qui elle mérite bien mieux que tout ce cirque!



Martinique
Difficultés financières des communes: les vrais coupables sont l’Etat et les élus

E. Marajo, consultant de Martinique et gérant de la société «Open Soft system» a produit une étude montrant que les communes de ce pays étaient au bord de la faillite. Il pointait ainsi les difficultés financières, venant selon lui principalement d’embauches faites pour récompenser des électrices et des électeurs qui avaient été des soutiens de candidats ayant victorieusement conquis des communes. Il pointait aussi le fonctionnement des communes qui effectueraient trop de travaux «en régie» au lieu de les faire faire par des entreprises.
Mais ses commentaires ne s’arrêtent pas là. Interrogé sur une radio locale, il a jugé utile de rajouter une louche.
Il a ainsi signalé que les employés municipaux sont de plus en plus portés à réclamer leur titularisation, ce qui entraîne le versement des 40% de majoration de prime de vie chère qui vient encore aggraver une situation financière déjà dégradée. Mais il s’est bien gardé de dire que ces employés et agents communaux sont utiles pour le bon fonctionnement du service public.
Comme on le constate donc, Marajo se garde de rendre responsable des difficultés des communes l’Etat et les élus, et leur politique de restriction budgétaire, mais de fait, il désigne les salariés qui seraient trop gourmands.
Quant à Larcher, le maire du Diamant, sénateur de la Martinique, président de l’association des maires de la Martinique, enseignant dispensé d’enseigner pour cause de mandat politique, il a mollement contesté les conclusions de Marajo sur la faillite des communes, mais sans aller jusqu’à condamner ses propos sur les « salariés qui coûtent cher». Ce n’était certainement pas innocent de sa part!



Des brutalités policières en série

Deux familles du Moule et de Saint-François ont été victimes le l3 septembre d’une perquisition musclée opérée par un groupe d’intervention de la police judiciaire. A Dubédou, les gendarmes sont intervenus au domicile de M. Caroupanin à 6 heures du matin. Ils ont brisé la baie vitrée de la porte d’entrée et cassé une porte en bois. M. Caroupanin, en présence de sa femme et de ses deux enfants a été brutalisé jeté par terre et menotté. Après constat d’identité, les gendarmes ont reconnu qu’ils s’étaient trompés d’adresse. M. Caroupanin a porté plainte. A Saint- François les gendarmes sont également entrés de force chez des personnes âgées qui ont été traumatisées. Malgré l’intervention de la fille de ces personnes qui a insisté sur l’état de santé de ses parents, c’est sans ménagement que la police a continué ses investigations. Ils ont reconnu qu’ils s’ étaient trompés d’adresse. Ces familles ont également porté plainte. Pour justifier ces interventions, même en reconnaissant qu’il y a eu erreur d’adresse pour certaines familles, le procureur de la République a déclaré qu’il s’agissait de retrouver des trafiquants de drogue.
Il y a trois mois, les mêmes faits se sont déroulés à Grande Savane Petit- Bourg cette fois-ci dans le cadre d’une recherche de braqueurs. M. et Mme Baudoin ont été brutalement réveillés au petit jour par plusieurs gendarmes. Leur porte d’entrée a été cassée et des meubles brisés. Leurs deux fils ont été brutalisés. L’un d’entre eux, frappé au visage, a perdu une dent.
En début d’année il y a eu l’affaire Lefort puis l’affaire Mathiasin. M. Hilaire Lefort un homme âgé de 84 ans, domicilié à Saint Claude a été violemment agressé par des gendarmes de Basse-Terre, menotté et traîné dans un cachot à cause d’un différent de voisinage. Fritz et Mathias Mathiasin ont été pris violemment à partie par des gendarmes du Lamentin alors qu’ils circulaient à vélo et qu’ils n’avaient commis aucune infraction.
Avec la politique répressive de Sarkhozy, les forces policières se croient autorisées à utiliser des méthodes musclées au mépris du respect de la personne humaine. De tels abus risquent de se répéter. C’est pourquoi il est important de réagir, de porter plainte et de s’organiser pour se défendre.



Fort-de-France
Des mesures au compte-gouttes pour les crèches. Des élus qui gèrent la pénurie

Fort-de-France, plus grande ville de la Martinique qui se veut capitale, est incapable de répondre aux exigences modernes de l’accueil des nourrissons. Et les élus se trouvent une fois de plus à jouer les gestionnaires de la pénurie.
En effet une maman sur deux ne trouve pas de place en crèche pour son nourrisson. Les dix crèches municipales ont accueilli 566 enfants, alors que 1000 demandes avaient été enregistrées. Demandes qui ne reflètent pas les besoins réels, plus importants! Les crèches associatives de leur côté ne pouvaient proposer que 300 places.
Pour remédier à la pénurie, la municipalité envisage d’augmenter progressivement la capacité des crèches existantes, d’ouvrir 30 places supplémentaires en halte garderie, d’ouvrir deux haltes garderie en partenariat avec des associations.
Si la municipalité se contente de mesurettes, c’est qu’elle ne se donne pas les moyens dans l’immédiat d’évaluer les besoins réels dans ce domaine. On ne connaît aucun grand projet de prévu. Les structures anciennes comme à Dillon, Sainte Thérèse ou Floréal sont aménagées au fur et à mesure des besoins avec l’objectif d’ouvrir quelques dizaines de places alors qu’il en faudrait des centaines…
Mais surtout, c’est qu’elle gère la pénurie, sans dénoncer la participation de l’Etat de plus en plus étriquée dès qu’il s’agit de mettre en œuvre une politique sociale. Car dans cette société capitaliste, l’argent des impôts sert prioritairement à être distribué en aides et subventions aux patrons, pas à améliorer la situation des familles laborieuses. Et en grande majorité, les élus de gauche, de droite ou indépendantistes, se satisfont bel et bien de la politique du pouvoir. Ils se contentent de gérer les budgets au plus près.
En attendant, les besoins des familles ne sont pas satisfaits. Et d’année en année, ce sont les classes pauvres, les familles les plus modestes qui paient le plus durement ce manque de volonté des pouvoirs publics de défendre les services publics.



Décès d’Eugénia Charles, femme politique dominiquaise représentante de la classe possédante

Eugenia Charles, qui fut premier ministre de la Dominique de 1980 à 1995, est morte le 6 septembre dernier à la Martinique, à l’âge de 86 ans.
Fille de John Baptiste Charles, grand propriétaire foncier et exportateur de produits agricoles, elle fit des études à Grenade, puis au Canada et en Angleterre d’où elle revint avec un diplôme d’avocat. Elle fut d’ailleurs la première femme avocat de la Dominique. Elle retourna en Dominique en tant qu’avocate et femme d’affaires, notamment à la direction de la « Penny Bank » fondée par son père. Cette banque, censée permettre aux plus pauvres d’ouvrir un compte, servit surtout aux Charles à accroître leur fortune. En effet, des prêts étaient accordés, mais il fallait mettre ses terres en caution: dès que le terme était échu, si vous n’aviez pas les moyens de régler votre traite, la terre était saisie.

Quand elle défendait la présence coloniale britannique

Dans les années 60, un parti fut créé par Edward Le Blanc, le DLP (Dominica Labour Party, parti travailliste de la Dominique). Ce parti s’appuyant sur les syndicats et les petits paysans, mit en avant un programme d’autonomie, puis d’indépendance vis-à-vis de la Grande -Bretagne. La bourgeoisie locale, à laquelle appartenait les Charles, était contre cette revendication. Dans les années 60, Eugenia Charles devint présidente de la fédération des Employeurs de la Dominique, donc porte-parole des patrons. Même à la veille de l’indépendance, elle défendait la présence coloniale britannique, en affirmant: «ce n’est pas eux qui ont apporté la haine de classes parmi nous – c’est notre propre peuple». Cela situe le personnage, prompte à absoudre le colonialisme britannique qui a pourtant laissé la Dominique dans un état de dénuement manifeste, sauf bien entendu pour les bourgeois locaux dont elle et son père faisaient partie.
Le régime de Le Blanc ayant adopté des mesures impopulaires, cherchant notamment à censurer toute opposition, E. Charles crée en 1968 le DFP (Dominica Freedom Party, «parti de la liberté »). Elle échoue aux élections, mais avec deux députés devient chef de l’opposition en 1970.
En 1978, le 3 novembre, la Dominique devient indépendante avec Patrick John comme premier ministre. Ce dernier ayant pris des mesures anti-ouvrières et menant une politique répressive, est renversé par une grève générale en 1979. Un Comité pour le Salut National est créé, alliance hétéroclite d’opposants de gauche et de conservateurs, dont Eugenia Charles.

Elle resta quinze ans au pouvoir et … vola au secours de Reagan!

Cette dernière, à la tête du Freedom Party, remporte les élections en 1980. Elle restera 15 ans au pouvoir. Elle est restée célèbre par son intervention en 1983 auprès de Ronald Reagan: c’est elle qui servit de caution à l’invasion de la Grenade par les troupes américaines. Cette île était alors dirigée par un gouvernement pro-castriste, mis en place par Maurice Bishop. Après l’assassinat de ce dernier, les Etats-Unis qui cherchaient un prétexte pour renverser ce régime qui avec le Nicaragua osait s’opposer à l’hégémonie des USA, ont trouvé en Eugénia Charles le complice idéal.
Durant ses années au pouvoir, son régime pro-américain se fit de plus en plus autocratique: c’est ainsi que lors de son second mandat, elle cumula les fonctions de ministre de l’Economie, des Finances, des Affaires Etrangères et de la Défense! Dire qu’elle fait figure aux yeux de certains d’exemple de démocratie …
Elle favorisa la pénétration des capitaux américains dans l’île, ainsi que l’entrée des Chinois de Taïwan avec lesquels un véritable trafic de passeports fut instauré (la nationalité dominicaine permettait aux Chinois de pénétrer plus facilement aux Etats-Unis et au Canada).

L’hommage des notables de la Caraïbe

Elle ne se représenta pas aux élections en 1995, où son parti fut sévèrement défait par l’UWP (parti uni des travailleurs) d’Eddison James. En 2000, le Freedom Party participa de façon très minoritaire au gouvernement de coalition dirigé par Rosie Douglas, qui, ironie de l’histoire, était un ancien pro-castriste. En 2005, le Freedom Party n’a eu aucun élu aux élections législatives.
Eugenia Charles, surnommée « la dame de fer de la Caraïbe », atteinte sans doute par la rouille des ans, est donc décédée ce mois-ci dans un hôpital de la Martinique. Saluée par la plupart des hommes politiques, y compris le socialiste (?) Lurel et l’indépendantiste Marie-Jeanne, on peut dire que ce n’est pas une grosse perte pour les travailleurs et les pauvres de la Caraïbe, qu’elle aura contribué à maintenir sous la domination des grandes puissances capitalistes.




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