|
Sommaire > Page précédente > Accueil > Archives > e-mail
Page 4
Haïti
Les comédiens (2ème partie)
La presse internationale a commencé à parler des prochaines élections en haïti. On a annoncé la présence d’une cinquantaine de candidats qui veulent se lancer dans la course présidentielle! Pour mieux comprendre la situation en Haïti à la vieille des élections, nous publions ci-dessous des extraits d’articles de nos camarades haïtiens de l’OTR (organisation des travailleurs révolutionnaires) dans la dernière édition de leur journal Voix Des Travailleurs (VDT) . Les sous-titres sont de C.O. Ces extraits sont la suite d’un article que nous avons publié dans notre précédente édition sous le titre «LES COMEDIENS»
Le problème du gouvernement de transition et derrière lui, des puissances tutélaires n’est pas d’assurer la sécurité de la population des quartiers populaires. Elles peuvent tout à fait accepter que les bandes de voyous fassent la loi dans ces quartiers, à condition qu’elles respectent un certain modus vivendi avec les autorités et que leurs activités ne débordent pas trop au-delà de Cité Soleil, Bel Air et autres ghettos pour pauvres. Les zones de « non droit », ce n’est pas une spécialité haïtienne: de la Dominicanie au Brésil des favelas, bien des Etats dits démocratiques acceptent le règne de la pègre sur certains quartiers pauvres. Autant de travail en moins pour la police. Même si l’activisme préélectoral de la MINUSTAH et du nouveau chef de la police, formé et dressé aux Etats-Unis, parvenait à ramener un semblant d’ordre, les travailleurs, les chômeurs de cité Soleil ou de Bel Air n’auront pas à s’en réjouir. Ce ne sera pas un ordre pour les protéger, eux.
Voilà pour l’aspect «sécuritaire » du problème. Mais il y a, aussi, l’aspect politique. Les puissances tutélaires préfèreraient, évidemment, que Lavalasse participe aux élections. Cela les rendrait plus crédibles. Les pressions sur les dirigeants lavalassiens restés au pays pour les amener à participer aux élections, ou l’attrait de la gamelle, ont déjà convaincu certains d’entre eux à annoncer la participation de Lavalasse aux élections. Mais il s’agit de personnalités de second plan, aussitôt désavouées par d’autres et surtout par ceux qui prétendent parler au nom d’Aristide.
Les marchandages sont en cours!
L’intervention remarquée de l’ambassadeur américain sortant, James Foley, en faveur d’Yvon Neptune, dernier en date des premiers ministres d’Aristide, emprisonné depuis quatorze mois, en fait sans doute partie. « Le cas Neptune est une violation des droits de l’homme » - avait lancé l’ambassadeur lors de sa conférence de presse d’adieu. Et de menacer ceux qui se rendent responsables de « cette violation des droits de l’homme » de se voir interdire le visa d’entrée aux Etats-Unis. Un ambassadeur américain qui se soucie de la défense des droits de l’homme en Haïti! Plus exactement des « droits » d’un homme, d’un seul, dont la responsabilité dans le massacre de La Scierie à Saint Marc est pourtant notoire. Des broutilles, a l’air de dire James Foley, à côté des services que Neptune a rendus. «Quand le pays était en proie au chaos, à l’anarchie, il n’y avait pas d’institutions, il n’y avait pas de sécurité, rien du tout, il (Neptune) a choisi de remplir son devoir patriotique, il a choisi de rester en place et d’assurer une bonne transition constitutionnelle ».
Foley a été relayé par le responsable civil de la MINUSTAH Valdès, déclarant de ne pas « trouver de raisons valables pour retenir en prison aussi longtemps un Premier ministre »
Ce soutien est trop ostensible pour ne pas faire partie de tractations dont l’objectif pourrait être de faire prendre à Neptune la responsabilité de la participation de Lavalasse aux prochaines élections. Sans l’accord d’Aristide ou, qui sait, avec.
Il est évident qu’il n’est pas question pour les Etats-Unis de permettre à Aristide de revenir au pays en tant que « président constitutionnellement élu ». Mais à part cet interdit-là, les Etats-Unis ont pratiqué suffisamment Aristide et ses dignitaires pour savoir que leurs déclarations anti-américaines ne sont que des mots mais qu’en revanche, ils ont une plus grande capacité de se faire entendre des chimères qui encadrent les quartiers pauvres que la plupart des pantins qui se présentent aux élections.
Lavalasse d’accord pour cautionner les élections!
A la fermeture du processus d’enregistrement, le 17 septembre, le Conseil électoral provisoire (CEP) a inscrit le nombre record de 54 candidats à la présidence. Ils doivent maintenant être ratifiés par le CEP avant de se lancer dans la course au fauteuil présidentiel.
Les dirigeants de l’ONU qui portent à bout de bras cette comédie, pourront crier à la démocratie puisque le parti Lavalasse s’est décidé à entrer dans le jeu. C’est ainsi qu’à défaut de faire inscrire le père Gérard Jean-Juste qui est en prison, une fraction des dirigeants Lavalasse s’est rangée derrière l’ex sénateur Gérard Gilles. Une autre fraction a choisi Marc Bazin, l’ancien adversaire d’Aristide, ancien premier ministre du coup d’état, au sein d’ une alliance politique dénommée «Union pour Haïti». Un troisième groupe, soutenu par l’émigration, a choisi René Préval l’ancien président comme cheval de bataille.
Les puissances tutélaires devraient être satisfaites, Lavalasse a fait un pas en vue de participer aux élections. Cela les rendrait plus crédibles et, moyennant finance, les dignitaires lavalasse pourraient utiliser leur capacité à se faire entendre des chimères qui encadrent les quartiers pauvres pour que les exactions soit limitées. Les manœuvres en coulisses électorale n’en sont qu’à leur début.
Seule l’explosion de colère des pauvres peut changer la situation.
Mais que Lavalas participe aux prochaines élections par le biais d’un dignitaire reconnu, qu’il choisisse au contraire de les boycotter en créant un climat de terreur, ou qu’il éclate en deux, cela ne changera cependant rien du point de vue des masses pauvres. Avec ou sans Lavalasse, le régime qui sortira de ces élections ne touchera en rien aux inégalités criantes de la société haïtienne. Il ne voudra pas, il ne pourra pas mettre fin à l’immense misère des classes populaires – car pour améliorer un tant soit peu le sort des pauvres, il faudra puiser dans les richesses volées par la bourgeoisie tant nationale qu’étrangère. Même pour obtenir que les capitalistes de la zone industrielle payent des salaires équivalents en pouvoir d’achat à ce qu’ils avaient été avant la chute de Duvalier – un objectif oh combien modeste pourtant! - il faudrait les y contraindre. A bien plus forte raison pour les obliger à financer les infrastructures indispensables: eau potable, routes, électricité, ramassage des fatras, des hôpitaux dignes de ce nom, en donnant par la même occasion du travail à ceux qui n’en ont pas.
La pauvreté, aggravée par le délabrement de toutes les infrastructures, devient tellement catastrophique que même ceux qui en sont les principaux responsables en viennent à parler d’un «programme d’urgence de lutte contre la pauvreté». «Il est inconvenable, qu’un individu passe trois à quatre jours sans trouver de quoi manger» s’est permis de déclarer le ministre des Affaires sociales, Franck Charles, en présence de Boulos et de Laraque et autres dirigeants de la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Haïti et de l’ADIH qui hochaient gravement la tête. Les cyniques crapules!
Un de leurs compères, le président de la Chambre de Commerce du Sud, plus réaliste ou moins hypocrite, s’en est pris à la courte vue des siens, «membres du secteur privé des Affaires» qu’il accuse d’avoir une mentalité de boutiquier en ne se rendant pas compte que si la pauvreté continue à s’aggraver, cela «conduira à une explosion sociale».
Quand cela arrivera, ils ne l’auront pas volé!
Haïti
Que le monde est petit pour les exploiteurs!
(D’après le journal trotskyste haïtien VDT)
En 1996, plus de 200 enfants avaient été contaminés après avoir absorbé des médicaments contre la fièvre ; des dizaines ont été handicapés et plus de quarante sont morts. Les produits ayant été à l’origine de cet accident, Afébril et Valodon, avaient été fabriqués par le laboratoire Pharval à partir d’alcool toxique. Les parents s’étaient associés pour faire transférer certains enfants aux USA, et puis avaient porté plainte contre les propriétaires du laboratoire, la famille Boulos, notamment Rudolph Boulos, le directeur de Pharval.
Malgré plusieurs procès qui ont permis de remonter la filière d’achat des produits toxiques jusqu’en Europe, les plaintes ont été réjetées par la Cour de Cassation dont le président d’alors était un certain Boniface Alexandre.
Aujourd’hui les parents des victimes relancent le dossier et demandent de nouveau justice pour les enfants morts et handicapés mais subissent les pressions du président de la Chambre de Commerce Haïtienne, Réginald Boulos, frère de Rudolph qui empêche de rouvrir le dossier. Après avoir épuisé les recours, en démarche ultime elles pourront faire appel à la justice du président de la République, le même Boniface Alexandre. On devine en faveur de qui la justice penchera.
Le monde des exploiteurs est petit, l’un couvre l’autre.
Pauvreté et racisme dans le pays le plus riche du monde
Selon le «Census Bureau», l’équivalent américain de l’INSEE, la pauvreté aux USA n’a cessé de s’aggraver depuis quatre ans. Elle touche aujourd’hui pas moins de 12,70 % des Américains. Fin 2004, on comptait 37 millions de pauvres.
Est considérée comme pauvre toute famille de 4 personnes ayant un revenu inférieur à 19 300 $ ou le célibataire qui vit avec moins de 9 645 $ par an (soit environ 800 euros par mois!).
En 2004, comme en 2003 d’ailleurs, 15,70 % de la population américaine n’avait pas de couverture sociale. Ce chiffre représente 45,8 millions de personnes qui ont donc les pires difficultés pour se faire soigner. Et parmi ces personnes non couvertes il y a 21 millions de salariés à temps plein.
Il y a deux Amériques, celle des riches où 20 % des plus riches accaparent 50,10 % des revenus des ménages et celle des pauvres où 20 % ne disposent que 3,40 % de ces mêmes revenus.
Une autre analyse a révélé que le fossé économique entre les familles dites «anglo-saxonnes» et celles afro-américaines ou latino-américaines continue d’augmenter aux USA.
L’étude fait ressortir que la richesse moyenne nette des familles de Latinos en 2002 était de 7932 $, et celle des familles afro-américaines d’à peine 5988 $. Cependant, ajoute-elle, la part des familles «anglo-saxonnes» s’est élevée à 88 651 $. Dans ce chiffre global concernant les dits «anglo-saxons», on ne voit pas si toutes les communautés blanches sont incluses ou pas. Car si on parle de Blancs, la situation des ouvriers, employés, ouvriers agricoles blancs n’a rien à voir avec ces 88 651 dollars! Ni un ouvrier de l’automobile, du pétrole, ou des champs de coton, ni des employé(e)s de divers services ne disposent d’un tel niveau de ressources.
Ce que mettent surtout en lumière de tels chiffres, c’est que la situation économique des Latinos et des descendants d’Africains a décliné de 27%. Tandis, nous disent ces statistiques, que dans les foyers blancs, la situation se serait améliorée de 2%! Mais là aussi de quels «foyers blancs» est-il question? Des petits bourgeois des grandes villes, des gros agriculteurs du Middle West ou des propriétaires de vignobles californiens, des cadres blancs du pétrole, des super-markets ou des ouvriers de l’industrie américaine? Les deux communautés, noires et latinos, sont évidemment plus vulnérables que d’autres catégories de la population américaine aux crises économiques et les plus touchées par le chômage, les maladies et dépenses inattendues. Dans l’Amérique capitaliste, fondée sur l’écrasement des salariés et des pauvres, il ne fait pas bon être membre d’une minorité dite «visible »! Car cela vous désigne pour la dernière place dans la hiérarchie des opprimés et humiliés.
Malgré toutes ces difficultés, cette misère révélée par les données statistiques, l’administration républicaine dépense plus de 4 milliards de dollars par mois pour occuper l’Irak et l’Afghanistan.
Voila un aperçu du vrai visage de la plus grande puissance mondiale. Le cyclone Katrina a pu faire d’autant plus de victimes et causer d’autant plus de désarroi que des millions de gens connaissent une pauvreté chronique.
Niger
Une famine prévue contre laquelle on fait à peine le minimum!
Depuis la fin d’octobre 2004, l’ONU et les instances internationales ont été averties que dans la région désertique du Sahel la famine allait sévir en 2005. En effet les pluies ont été rares. De plus les effets de la sécheresse ont été aggravés par une invasion de crickets pèlerins. Conséquence: la production de céréales a diminué de 20 % et celle des fourrages de 40 %. La famine dans la région était inévitable dans ces conditions. Cette région est constituée d’une partie des pays suivants: Sénégal, Mauritanie, Mali, Tchad et Niger. Ce dernier est le plus gravement touché par cette famine. On estime à 3 millions le nombre de personnes touchées soit un quart de la population du pays. On compte déjà plusieurs milliers de victimes essentiellement des enfants. Malgré cette mise en garde précoce, sur les 16 millions de dollars dont l’ONU estimait avoir besoin seuls 5 millions étaient dans les caisses au début de l’été. Le Sahel, le Niger, régions pauvres et désertiques n’intéressent pas les bourgeois et leurs gouvernements. Il n’y a pas de profits à espérer. Les affamés n’ont qu’à mourir en silence.
Il a fallu attendre la fin du mois de juillet, et en particulier la compétition par médias interposés entre B. Kouchner et le ministre Douste-Blazy, pour voir la prétendue «communauté internationale» faire un geste plus qu’insuffisant. La France, ancienne puissance coloniale du Niger n’a donné que 4,6 millions de dollars. Ce qui constitue une miette face au désastre et au nombre de pauvres à secourir. Par comparaison, il faut savoir qu’une semaine de la guerre actuelle en Irak coûte 1milliard de dollars par semaine!
De plus le gouvernement dictatorial du président du Niger, Mamadou Taudja, soutenu par la France et autres pays impérialistes est contre la distribution de vivres gratuits à la population affamée, sous prétexte qu’elle déstabilisera le marché des céréales. Les gros commerçants, à l’annonce de la pénurie, ont stocké le petit mil (céréale de base de l’alimentation de la population) pour attendre la hausse des prix et donc pour réaliser de juteux profits sur cette famine. En effet les prix ont plus que doublé et leur profit avec. Ces commerçants agissent en toute impunité et savent qu’ils ne risquent rien de la part du gouvernement de Mamadou Taudja car ils sont les soutiens de son régime.
Une fois de plus, on voit que le profit, pour les bourgeois africains et européens, a plus d’importance que la vie des affamés.
Jamaïque
Grève contre la hausse des prix
Jeudi 15 septembre, une grève générale contre la hausse des prix a paralysé la Jamaïque. Cette hausse touche de nombreux produits et services de première nécessité: l’électricité, les transports, la nourriture, la nourriture pour animaux et autres.
Le parti d’opposition au gouvernement, le Jamaîca Labour Party, a appelé aux manifestations. Mais l’ampleur qu’elles ont prise semble bien avoir débordé la volonté des politiciens de l’opposition. Ils avaient appelé à manifester dans le calme, sans barrer les routes, mais ces consignes n’ont pas été suivies: selon le ministre de la Sécurité Nationale, des routes ont été barrées, il y a eu des tirs contre la police. Cela révèle l’exaspération de la population face aux énormes difficultés qu’elle rencontre pour survivre.
|