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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 8 octobre 2005      N° 931
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Les soixante ans de la “Sécu” en France
Depuis 60 ans ce sont les travailleurs qui financent la sécurité Sociale

Cette année, comme les précédentes, le rapport de la Cour des Comptes sur la gestion de la Sécurité Sociale a voulu frapper les esprits des travailleurs en insistant sur le déficit de 13,2 milliards. Philippe Séguin le rapporteur insiste sur le fait que cette année, il ne s’agit pas seulement de la caisse maladie qui est en déficit de 12,3 milliards, mais aussi de la branche famille qui perd 500 millions, la branche accidents du travail et maladies professionnelles en déficit de 315 millions et enfin la branche vieillesse de 75 millions. A qui la faute? Sûrement pas aux travailleurs qui sont ceux qui cotisent.
Avec ce rapport, la Cour des comptes renforce les attaques du gouvernement contre le maigre dispositif de protection des travailleurs. L’année dernière c’est la retraite qui a été diminuée, cette année la cible est la caisse maladie. Les remèdes proposés pour combler le «trou» de la Sécurité Sociale sont de nouveau le déremboursement de médicaments, associé à la mise en place du système du médecin traitant et prochainement une augmentation du forfait hospitalier prévu de 18 euros pour tout traitement supérieur à 91 euros.
Le gouvernement applique le remède que les bourgeois préfèrent: faire payer les malades d’une part, diminuer sur le paiement de la part des patrons d’autre part. Car si le déficit de la branche maladie est de 12,3 milliards, il faut savoir que l’Etat doit plus de 9 milliards à la caisse de la Sécurité Sociale qui ne sont toujours pas remboursés depuis fin 2004.

LES PREMIERES LOIS EN 1930
L’Etat a toujours été un mauvais payeur et s’est désengagé de son rôle dans le domaine de la santé, et cela depuis la création des Assurances Sociales par les premières lois datant de 1930.
Ce dispositif prévoyait, au départ, le remboursement des soins, le versement d’indemnités journalières, pour compenser la perte de salaire en cas d’arrêt de travail, et le paiement des honoraires aux médecins par le biais des caisses d’allocations. Il devait être financé à égalité par des cotisations des salariés et des employeurs et l’Etat devait le financer jusqu’à son équilibre. Cela n’a jamais été fait, ce plan a été complètement dénaturé par le gouvernement d’alors.
Les patrons ont refusé de payer leur part sociale, les médecins ont refusé d’être sous la tutelle des caisses et ont instauré le paiement des honoraires par le malade lors des consultations et finalement l’Etat n’a pas payé. Ce sont donc les salariés qui ont subventionné les Assurances Sociales par des prélèvements de salaires de 4% en moyenne et ils ont reçu en retour des remboursements qui les défavorisaient. Les frais d’hospitalisations, les honoraires des médecins, les médicaments n’ont été remboursés qu’à 80 %, c’est ainsi que le ticket modérateur est ainsi mis en place et l’assuré doit payer 20% des frais. Cette mesure (déjà) était mise en place pour décourager les pauvres et les travailleurs afin que soi-disant ils n’abusent pas des soins!
L’indemnité journalière en cas de maladie était plafonnée à 40% du salaire moyen d’un ouvrier et le remboursement des médicaments, des honoraires de médecins, des frais d’hospitalisations était plafonné autour de 50%.
Enfin, pour avoir droit à cette assurance il fallait avoir travaillé au moins 60 jours pendant le trimestre précédant la maladie, ce qui excluait de fait une grande partie de la classe ouvrière: les travailleurs précaires, les chômeurs. Ainsi, avant la deuxième guerre ce sont les travailleurs qui payaient pour une assurance partielle.

DEPUIS 1945, LES MEMES ATTAQUES
A la fin de la guerre ce sont les travailleurs qui supportèrent le poids du délabrement de l’économie, des destructions massives des villes, des campagnes, des méfaits de l’occupation, des épidémies, de la famine. Ils étaient inquiets pour leur avenir en cas de maladie. La colère grondait. Pour désamorcer l’explosion sociale, remettre les ouvriers au travail et lancer la reconstruction, l’Etat réforma les Assurances Sociales qui étaient en cours par la création de la Sécurité Sociale le 4 octobre 1945. (Notons que dans les colonies des Antilles, il faudra attendre plus longtemps pour que la Sécu soit appliquée… et encore avec de nombreuses discriminations).
Ce nouveau régime est financé par des prélèvements sur les salaires, et pas sur les profits et il conserve les aspects restrictifs des Assurances Sociales. Alors que la cotisation ouvrière passe de 4 à 6%, les patrons, par le jeu d’indemnisations, ne payent pas plus. Le ticket modérateur de 20% du remboursement est conservé quel que soit le prix du médicament. Le montant des indemnités journalières reste fixé à 50% du salaire. Les quatre grands risques: maladie, accident du travail, retraite et famille seront gérés par des organismes distincts.
Alors que le nouveau régime de la Sécurité Sociale devait couvrir l’ensemble de la population, les professions agricoles, les mineurs, les marins, les cheminots refusèrent d’abandonner leur régime car il était plus avantageux que celui offert par la Sécurité Sociale. Ainsi lors de sa mise en place le régime général de la Sécurité Sociale ne concernait plus donc que les salariés de l’industrie et du commerce, ce qui faisait quand même 53% de la population. Puis en janvier 1947, les ouvriers de l’Etat, de l’EDF-GDF sont rattachés au régime de l’assurance maladie, suivis l’année d’après par les étudiants, les agents des collectivités locales, les invalides et les orphelins de guerre.
Dès ses premières années, la Sécurité Sociale fut confrontée à des difficultés financières du fait de la croissance des dépenses de l’assurance maladie. C’était l’époque du «baby boom», la découverte de nouveaux médicaments très efficaces, comme la pénicilline, et comme toujours vendus très chers. La mortalité chuta et l’hôpital qui était aussi un lieu d’asile devint un lieu de soins et de soins payants.
Les patrons, les bourgeois se saisirent de ces problèmes financiers pour mener une campagne contre l’assurance maladie. Ils accusèrent les ouvriers de frauder et de trop se soigner ce qui engendrait un prétendu déficit à la Sécurité Sociale. Ils dénoncèrent les cotisations patronales qu’ils jugeaient trop élevées. Pour les rassurer, le ministre du Travail de l’époque leur expliqua «que l’augmentation des charges sociales se traduit en définitive par un effort de solidarité imposé aux travailleurs salariés et à eux seuls, au profit de leurs malades, de leurs enfants et de leurs vieux».
Ainsi les attaques contre la Sécurité Sociale datent de plus de 50 ans et c’est le même fonctionnement et le même raisonnement que l’on retrouve aujourd’hui. La Sécurité Sociale n’a jamais fonctionné comme un moyen de redistribution des richesses entre les riches et les pauvres, mais comme un instrument de solidarité entre les travailleurs, entre les travailleurs actifs et les travailleurs retraités, les travailleurs bien portants et les travailleurs malades.
Ce sont toujours les travailleurs qui payent pour son fonctionnement.



Guadeloupe
Carabin-Chevry - Quand l’élève dépasse le maître

Gabrielle Louis-Carabin, Députée maire du Moule, a déclaré vouloir implanter en Guadeloupe une section de l’Union pour un Mouvement Populaire (UMP). Elle semble jouer la carte «Sarkozy», s’affranchir d’Objectif-Guadeloupe, le parti-relais chiraquien de Michaux Chevry et se préparer ainsi de bons lendemains en cas de victoire de ce dernier aux présidentielles. Mais surtout il semble que madame la députée-maire du Moule n’aurait pas du tout apprécié le choix de Michaux Chevry de nommer Bernier à la tête du parti «Objectif Guadeloupe». Ce dernier dont les scores augmentent à St-François pourrait être un sérieux concurrent à Mme Carabin dans la circonscription lors des prochaines législatives. Du coup, rien ne va plus entre elle et Michaux Chevry son ex-mentor et modèle. Lucette Michaux Chevry continue, elle, à jouer la carte Chirac et donc Villepin en espérant rebondir sur la scène politique à l’aune de ces mêmes présidentielles.



Guadeloupe
Poursuite de la grève à Caraïbes Import

Les salariés du magasin continuent leur grève commencée le 25 juillet dernier. Un protocole d’accord a été proposé par la direction. Le problème du départ en congé d’un salarié est réglé et satisfaction a été donnée à la plupart des revendications des salariés. Ce qui pose problème est le paiement des jours de grève. La direction fait de la résistance alors que c’est son attitude arrogante qui est à l’origine du conflit.
Une première proposition de la direction été rejetée par le personnel, à savoir récupérer le 13ème mois pour payer les jours de grève. Pas question pour les salariés qu’on touche à leur 13ème mois, ou alors que ces derniers paient 70 % des jours de grève contre 30 % pour le patron. Pour les salariés il faudrait que la direction paie au moins 50 % des jours de grève pour cesser leur grève car c’est elle qui a fait traîner le conflit en longueur.
De plus les grévistes veulent voir apparaître sur le protocole le problème du harcèlement dont ils font l’objet. Cela doit cesser et ils entendent le faire comprendre à la direction afin que cette attitude ne se renouvelle plus dans l’entreprise.
D’ailleurs le samedi 24 septembre dernier, le directeur financier n’a pas hésité à menacer avec son arme les grévistes venus en négociation. La déléguée syndicale face à cette menace a trébuché et a fait une mauvaise chute. Elle a dû être hospitalisée. Cette attitude inacceptable a fait monter encore plus la tension.
Pour l’heure la grève continue, tous les magasins sont fermés et aucune date de négociation n’est prévue.
Les grévistes restent déterminés car ils en ont assez de subir le mépris de la direction.



Martinique
EDF: une production et un service insuffisants

Les moyens de production en électricité à la Martinique sont à la limite, car certaines zones ne sont pas suffisamment pourvues en énergie électrique pour alimenter convenablement chaque foyer. Et pour chercher à remédier à cette pénurie, EDF Martinique a fait installer rapidement en location 24 moteurs de 1,5 Mégawats. Mais comment en est-on arrivé là?
Il faut savoir que la centrale de Pointe des Carrières à Fort de France a une puissance installée de 136 Mégawats. Celle de Belle Fontaine a une puissance de 220 Mégawats, ce qui représente une puissance totale de 356 Mégawats pour une demande en heures de pointe. On estime que durant ces heures les foyers absorbent une puissance de 200 Mégawats environ. La marge de production reste donc limitée.
Etant donné que ce sont des générateurs qui produisent l’électricité en Martinique, des pannes sont envisageables, la maintenance doit être assurée, il faut établir des plannings d’interventions. Cependant pour entreprendre ces différentes maintenances il faut des ouvriers, des techniciens, mais aussi du matériel adéquat et de bonne qualité. Or la politique mise en place par la direction de EDF est d’abord la rentabilité au maximum, c’est à dire:
- Diminution des effectifs au niveau des centrales;
- Commande de matériel en petites quantités.
Avec cet objectif, il est bien évident que la politique qui devrait consister à répondre aux besoins des usagers n’est pas la priorité des directions des deux centrales. A titre d’exemple, la durée de vie de la centrale de Belle Fontaine qui devrait normalement être remplacée en 2005 a été prolongée, parce que rien n’a été prévu à temps pour la remplacer. Conséquence, les moteurs risquent de tomber en pannes d’un moment à l’autre. Quand on sait que pour monter une nouvelle centrale il faut cinq ans de travaux, on voit bien le risque que cela peut entraîner dans les années à venir.
Plus grave, la Centrale de la Pointe des Carrières qui devrait prendre la relève avec de nouveaux moteurs n’a jamais prouvé une bonne fiabilité. La preuve, parmi les moteurs reçus et installés, il y a en un qui restera en panne jusqu’en janvier 2006.
Résultat, des coupures intempestives se sont produites durant ces derniers mois. A tel point que, suite au mécontentement des usagers au début du mois de septembre à travers les radios, la direction de EDF a été obligée de s’expliquer dans la presse locale, cherchant ainsi à se dédouaner et se voulant rassurante vis à vis du public. Mais cette démarche n’a pas rassuré les usagers pour autant.
En définitive, la politique d’EDF consiste à attendre que des entreprises privées investissent dans la production, mais ces dernières ne sont pas pour l’instant prêtes à investir, parce que la loi les oblige à respecter le cahier des charges. Et cela les gêne, parce qu’ils aimeraient pouvoir faire librement le maximum de profits.



Michel Madassamy retournera-t-il en prison?

Le 27 septembre, la Cour d’Appel de Basse-Terre a rejeté la demande de mise en liberté conditionnelle de Michel Madassamy, responsable syndical de l’UGTG. Elle n’a pas pris en compte les nullités de procédure présentées par les avocats de la défense ni la situation familiale de Madassamy, père de deux enfants. Son projet de création d’entreprise a également été rejeté. C’est la même décision qu’avait prise le juge d’application des peines le 28 juin et qui est aujourd’hui confirmée en appel. Il reste au procureur de la République à donner son verdict. Selon les avocats de la défense Madassamy peut bénéficier de la loi Perben en obtenant des remises de peine.
Si la justice décide que Madassamy doit retourner en prison elle prend le risque de créer de nouveau l’agitation sociale qui a eu lieu après l’arrestation du responsable syndical de l’UGTG le 4 octobre 2004. Rappelons que ce qui est reproché à Madassamy est notamment d’avoir fait fermer un magasin, soi disant en y causant des dégâts, lors de la journée fériée du 27 mai, journée de commémoration de la lutte des esclaves pour l’abolition. Il lui est reproché aussi d’avoir dégradé du matériel lors d’une grève dans le secteur pétrolier, action au cours de laquelle il aurait été masqué. Sa grève de la faim en prison a déclenché un grand mouvement de solidarité qui s’est traduit par plusieurs meetings devant le local de l’UGTG, plusieurs manifestations dans les rues de Pointe-à-Pitre. Des grèves de soutien à Madassamy ont éclaté dans plusieurs entreprises: sur le port, à la Colas, à la Palette, dans le commerce, dans l’hôtellerie, parmi les agents municipaux de plusieurs communes. Une manifestation s’est terminée par une émeute dans les quartiers de Pointe-à-Pitre le 23 octobre. Des jeunes ont été arrêtés. Michel Madassamy transféré au CHU a été mis en liberté provisoire grâce à cette mobilisation.




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