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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 22 octobre 2005      N° 932

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À la Une

Éditorial

Les travailleurs ont intérêt à participer nombreux aux manifestations et grèves appelées par les syndicats

Après la manifestation du 4 octobre, les organisations syndicales de Guadeloupe qui y avaient appelé ont décidé de continuer de se rencontrer afin de poursuivre les actions d’ensemble des travailleurs. Il semble qu’une nouvelle manifestation et journée d’action se préparent pour fin novembre.
Dans le climat actuel marqué de nombreuses grèves dans diverses entreprises, où les travailleurs se trouvent face à des patrons qui ne veulent rien céder, comme dans les négociations entre dockers et patrons manutentionnaires de Fort de France, dans la grève de Caraïbes import, grève de Carrefour en Guadeloupe, il faut montrer une volonté de riposte. C’est dans ce climat que des centaines de licenciements sont prévues en France chez Hewlet-Packard, que la privatisation annoncée de la SNCM a déclenché une lutte importante des salariés, qui ont réussi à faire reculer l’Etat sur une partie de ses plans de privatisation.
Bientôt le problème de la privatisation d’EDF sous une forme ou une autre reviendra sur le tapis. Alors que les travailleurs, lors d’un vote dans l’entreprise, avaient massivement rejeté cette transformation d’EDF en entreprise privée, avec les conséquences sur les emplois et les situations des travailleurs, mais aussi sur la marche de ce service!
Contrairement aux affirmations répétées de certains journalistes et autres commentateurs au service des intérêts des grands capitalistes, il est faux de dire que la privatisation améliore les services rendus aujourd’hui par les services publics. Partout où on l’a vue appliquer, une telle privatisation a été suivie d’une dégradation importante du service rendu et de diminutions importantes du nombre d’emplois!
Il n’y a aucune raison pour que les travailleurs acceptent que l’Etat remette aux actionnaires et groupes privés des entreprises publiques qui ont été construites avec l’argent public ; et encore moins que les salariés qui y travaillent acceptent la dégradation que cela entraîne au niveau des conditions de travail, des salaires et des emplois.
Aujourd’hui, chacun peut se rendre compte que c’est l’action organisée à l’échelle de l’ensemble des salariés qui pourra le mieux faire reculer ce patronat arrogant et sûr de lui, ainsi que le gouvernement qui est totalement de leur côté!
Mais une action d’ensemble ne se limite pas à faire une journée d’action de temps en temps, de loin en loin. C’est une action continue, s’intégrant dans un plan de lutte destiné à mobiliser progressivement l’ensemble des travailleurs et à frapper fort le moment venu. Mais ces perspectives doivent être ouvertement défendues devant les travailleurs de façon à ce qu’ils placent chaque grève, journée d’action, chaque manifestation dans le cadre de ce plan de lutte.
Pour l’instant les grandes organisations ouvrières ne mettent pas en avant un tel plan, se contentant d’aller d’une journée d’action à une autre. Mais ce serait une mauvaise réaction de n’y point participer par découragement ou parce qu’on ne voit pas sur quoi débouchent ces journées. Il faut y aller et tenter de leur donner plus de profondeur, plus d’étendue que ce qui est prévu.
Si les syndicats persévèrent dans la volonté de préparer une action pour la fin du mois de novembre, les travailleurs ont donc tout intérêt à y participer massivement.
Il faudra être nombreux dans ces manifestations et journée d’action car les travailleurs peuvent eux-mêmes les transformer en une préparation à des actions plus importantes. Ils peuvent essayer d’en faire des étapes d’un plan d’ensemble de lutte pour reprendre l’offensive contre le patronat et son gouvernement.
Dès aujourd’hui, puisque les directions syndicales y sont prêtes, partout, dans toutes les entreprises publiques ou privées de Guadeloupe, faisons de la période de préparation de l’action en fin novembre une réelle avancée dans notre mobilisation.



Martinique
La “priorité d’emploi” efficace, c’est celle gagnée dans la lutte par les travailleurs!

Lors d’une conférence de presse, fin septembre dernier, plusieurs syndicats: l’UGTM , la CSTM ; éducation, la CGTM-FSM, l’UNSA ; le SE-UNSA, le syndicat général de la police (SGP/FO ), le syndicat national des officiers de police (SNOP), le syndicat du personnel civil de la défense, FO et la CFDT, ainsi que deux mouvements politiques: le MIM et le CNCP, avançaient comme solution pour combattre le chômage: la priorité d’embauche aux Martiniquais.
Cette prise de position s’inscrit dans la perspective du remplacement de 41000 emplois à cause de départs à la retraite d’ici 2010 dans la fonction publique.
Le centre régional d’information à la jeunesse (CRIJ) avait organisé un forum pour sensibiliser les jeunes à cette perspective. Les organisateurs s’étaient rapidement rendu compte que le chômage touchait aussi beaucoup de moins jeunes qui étaient venus aussi s’informer.
Avec 30% de chômeurs, des entreprises privées et l’Etat qui licencient et n’embauchent pas, réclamer la priorité d’embauche aux martiniquais reste une solution illusoire qui ne résoudra pas le chômage. Il va de soi que des emplois créés en Martinique doivent avant tout permettre aux travailleurs vivant dans ce pays d’avoir un emploi là où ils vivent et non à 7000 kilomètres! Faire de la proclamation ou de la reconnaissance d’une telle évidence un cheval de bataille ou un objectif est une façon de détourner l’attention de la population laborieuse des véritables objectifs et des luttes à mener.
Même si les «autorités» locales ou centrales (à Paris!) admettaient le principe de la priorité d’embauche des Martiniquais cela n’aurait pas d’effet si au lieu de créer des emplois elles en diminuaient le nombre, comme l’annoncent aujourd’hui ministres et députés de la majorité gouvernementale pour les années à venir dans la Fonction publique!
On peut toujours proclamer le principe de la «priorité d’embauche» cela ne créera pas un emploi de plus si les travailleurs et les chômeurs ne décident pas de prendre en main eux-mêmes le problème de la création d’emplois.
C’est la priorité de la lutte qu’il faut proclamer comme seul moyen de créer des emplois, obliger l’Etat à non seulement commencer dès aujourd’hui à embaucher pour remplacer les travailleurs près de partir à la retraite mais aussi pour combler les trous, les insuffisances criantes de personnel dans certains services publics (dans la santé, les PT, la formation, la sécurité sociale, dans les agences d’ANPE, etc.)! Il y a des emplois à créer tout de suite et des formations à dispenser sans attendre pour répondre à des besoins qui sont immenses.
Alors ne nous laissons pas aveugler par des proclamations qui semblent fortes et radicales mais qui en dehors d’une véritable mobilisation des jeunes et moins jeunes, des travailleurs en activité ou au chômage, ne resteront que des vœux pieux propres peut-être à satisfaire certaines organisations et personnages politiques qui veulent se donner à bon compte une image «d’amis du peuple» ou de défenseurs acharnés des Martiniquais!
La meilleure défense des intérêts des travailleurs martiniquais, c’est dans la rue, dans les entreprises, en comptant sur leurs propres forces, qu’elle aura une efficacité et aboutira à un résultat.



France
Fin de la grève à la SNCM, respect pour les grévistes

Le 10 octobre dernier, après vingt-trois jours de grève, les travailleurs de la SNCM ont mis fin à leur mouvement. Ils luttaient contre la privatisation de cette entreprise publique et les 400 suppressions d’emplois qui allaient avec. Les grévistes ont certes repris le travail mais ont tout de même, par leur détermination, fait reculer le gouvernement Chirac, de Villepin.
En effet, devant la colère des marins qui n’ont pas hésité, en plus du blocage des trafics maritimes, en Corse et sur le continent, à détourner un ferry de sa destination en l’occupant, le gouvernement était forcé de revoir son projet de privatisation. Au lieu de privatiser à 100 % la SNCM, il proposa un nouveau projet: l’Etat conserverait 25 % du capital de l’entreprise, les salariés détiendraient 9 %, le Fonds d’investissements Butler Capital Partners 38 % et la Connex 28 %. Il est aussi précisé dans ce plan que la participation de l’Etat serait provisoire, BCP et Connex auraient la priorité pour acquérir les actions de l’Etat s’ils le souhaitaient.
Il est clair que le gouvernement a trouvé cette parade pour tenter de désamorcer la colère des travailleurs de la SNCM, mais qu’il laisse la porte ouverte à la totale privatisation, prévue par son plan initial. Rien ne dit que les deux sociétés capitalistes ne choisiront pas demain de se désengager si elles jugent que l’entreprise ne leur rapporte pas assez de profit ou si elles veulent récupérer leur mise, plus les profits rapportés.
Voilà finalement l’épée de Damoclès que les dirigeants syndicalistes de FO et de la CGT ont laissé suspendre au dessus de la tête des marins de la SNCM en refusant de donner à ce mouvement toute l’ampleur qu’il méritait alors qu’il rencontrait la sympathie de la population laborieuse de la France entière et de la Corse.
Cette solidarité aurait bien pu donner naissance à un grand mouvement de l’ensemble du monde du travail contre les privatisations, ne serait-ce que celles à venir comme l’EDF par exemple.
Mais ce combat-là, Thibault et les autres dirigeants syndicalistes ne veulent pas le mener. Ils préfèrent combiner dans le dos des marins de la SNCM avec de Villepin qui ne s’est pas privé de dire qu’il avait discuté avec Thibault de l’avenir de l’entreprise.
Ces bureaucrates syndicaux ne cessent pas de trahir la confiance que les travailleurs mettent encore en eux. C’est vrai aujourd’hui pour la lutte contre la privatisation de la SNCM comme ce fut le cas hier, notamment pour la lutte contre la réforme des retraites.
Si les travailleurs veulent éviter la trahison des bureaucrates syndicaux, ils auraient intérêt à prendre en main eux-mêmes la conduite de leur grève. En tout cas, la lutte des travailleurs de la SNCM mérite le respect de l’ensemble des travailleurs.




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