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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 22 octobre 2005      N° 932
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Immigration: la mort aux portes de l’Europe

C’est le même enfer de la misère que ceux d’Haïti que cherchent à fuir des milliers d’Africains du Sénégal, du Mali en tentant de gagner l’Europe via le Maroc et les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Ils ont pris d’assaut dernièrement ces enclaves en tentant de franchir les clôtures. La police espagnole a fait feu, faisant une demi-douzaine de morts, tués ainsi ou piétinés par leurs compagnons d’infortune. Certains ont ensuite été refoulés par cars et abandonnés en plein désert par les autorités marocaines. Nombreux furent ceux qui périrent de faim et de soif. Il a fallu des manifestations en Espagne et que la presse internationale relate ces faits pour que l’opinion mondiale soit informée et que des mesures plus clémentes de rapatriement soient prises. On reste cependant horrifié par les images de désespoir vues à la télé et par le cynisme des Etats concernés.
Les mesures répressives n’empêcheront pas les pauvres, notamment venus d’Afrique, de tenter de gagner les pays d’Europe où ils pensent trouver une vie meilleure ou au moins ne pas mourir de faim. Car ces pauvres n’ont absolument plus rien à perdre et préfèrent risquer leur vie en tentant d‘émigrer. Il en sera ainsi tant que ces pays dits du sud seront opprimés et pillés par l’impérialisme.



Jamaïque
Huit-cents étudiants menacés de radiation pour n’avoir pas payé leurs frais d’inscription

Sur ordre des responsables de l’Université des West Indies, université d’Etat, les journaux annoncent que 800 étudiants du campus de Mona en Jamaïque seront rayés des listes des inscrits s’ils ne régularisent pas leurs frais d’inscription, qui vont de 30 000 à 60 000 dollars. Parmi ces étudiants certains sont boursiers mais les bourses ne leur ont pas été versées. La date limite du 30 septembre est atteinte. Cette année la direction de l’université essaie de négocier en accordant un délai de deux semaines. En effet l’an dernier les étudiants étaient descendus dans la rue pour manifester leur colère et avaient même fermé l’université.
Il reste que les frais d’inscription sont élevés et que les étudiants de familles pauvres sont de plus en plus rares.



Pakistan
Après le tremblement de terre

Le tremblement de terre qui a frappé le Pakistan a fait , selon le dernier bilan, 40 000 morts, plus de 65 000 blessés et plus de trois millions de sans abri ! Les images télévisées montrent la misère profonde que subissent les sans abri, qui sont plusieurs millions, privés d’eau et de nourriture, dans le froid. L’abandon dans lequel se trouve cette population pourrait faire encore des milliers de morts.
Lors du séisme, beaucoup de bâtiments publics se sont effondrés sur leurs occupants : des hôpitaux, des écoles. Des milliers d’enfants sont morts, et aujourd’hui, il n’y a pratiquement plus d’hôpitaux pour accueillir les blessés. Le Pakistan est certes un pays pauvre, mais la fragilité de ces bâtiments publics montre que la sécurité de la population, dans une zone à haut risque, n’était pas la priorité des autorités gouvernementales.
Dans le pays le plus riche du monde, les Etats Unis, rien n’est prévu pour protéger et secourir la population en cas de catastrophe, c’est ce qu’a démontré le cyclone Katrina. A plus forte raison dans un pays comme le Pakistan. Les quelques ressources du pays sont destinées à un autre usage : elles permettent à une classe possédante de vivre confortablement, laissant la grande majorité de la population dans la misère et à la merci de toutes les catastrophes.



Haïti
Elections prévues en décembre, sur fond de misère

En Haïti, le CEP a décidé de repousser les élections à la première quinzaine de décembre, disant que les conditions techniques n’étaient pas réunies pour la date du 20 novembre. Les candidats à la présidence ont, néanmoins, commencé leur campagne à Port-au-Prince et en province.
Le CEP a repéché le candidat de la diaspora Dumarsais Siméus et cela fait grand bruit autour de sa nationalité, haïtienne ou pas ? C’est le sujet que rabachent les radios toute la journée pour tenter de faire oublier à la population pauvre des villes et des campagnes que la situation empire.
Le prix des denrées de base, riz, pain, huile, pois, augmente à cause des trafics sur les prix ; le prix du transport en bus grimpe en flèche sous prétexte de s’aligner sur le prix du pétrole. L’insécurité frappe en aveugle les passants quand ce ne sont pas les policiers qui font des descentes dans les quartiers, comme à Grande-Ravine, tuant plusieurs personnes. Ou bien des policiers sont démasqués à la tête de filières de kidnapping à Port-au-Prince.
Dans les grandes villes de province, Cap, Jérémie, Cayes, l’électricité, l’essence sont pour les rares possédants privilégiés et les trajets vers la capitale sont risqués à chaque fois.
Les travailleurs haïtiens qui avaient pensé trouver un job à Saint Domingue subissent le racisme et les assauts des militaires qui les refoulent par centaines à coups de crosse sur ordre du gouvernement dominicain.
C’est dans cette ambiance que le CEP pousse la campagne d’inscription, ainsi un bureau de vote a été ouvert à Cité Soleil sous la surveillance des soldats de l’ONU. Le CEP tente de dépasser le chiffre de 3 millions de cartes délivrées à des futurs électeurs.
Ce n’est pas pour autant que l’avis des travailleurs électeurs sera pris en compte, même si ces élections sont réalisées, ce qui n’est pas sûr. Car parmi ces candidats qui se lancent en campagne, il n’y en a pas un qui défende les intérêts des travailleurs.
Dans ces élections, le seul gain que puisse avoir la population pauvre, c’est d’avoir reçu un carton qui pourrait à l’occasion faire office de carte d’identification. Maigre consolation.



Il y a cent ans, la révolution Russe de 1905, la création des Soviets

Après la Commune de Paris en 1871, la Révolution de 1905 est la deuxième tentative de prise du pouvoir du prolétariat.
C’est en 1917 en Russie qu’il y réussira. La Révolution de 1905 a mis dans la rue des centaines de milliers d’ouvriers décidés à renverser le système autoritaire des tsars. Elle ne réussira pas du fait de la faiblesse du mouvement dans les campagnes où d’ailleurs le tsar a pu trouver des contingents de soldats en nombre suffisant parmi les paysans pour écraser l’insurrection ouvrière dans les villes. La Révolution de 1905 a vu surtout la création des soviets de députés ouvriers, organisations de lutte de la classe ouvrière pour l’établissement d’une société libérée de l’exploitation. Ces soviets (conseils ouvriers) vont, en 1917, devenir de véritables organes de pouvoir.
La Révolution de 1905 a culminé avec les grèves d’octobre et de novembre qui ont, par leur étendue, par les débats intenses qu’elles ont entraînés, amené les ouvriers de la grande industrie, récente en Russie, des chemins de fer et la classe ouvrière en général à aller au delà de revendications économiques, à poser les problèmes politiques et sociaux qu’ils résoudront par la prise du pouvoir en novembre 1917.

La Russie avant 1905

C’est seulement en 1861 que des propriétaires libéraux et des bureaucrates nobles ont mis fin au système de servage en Russie. Cette tardive demi-émancipation dans les campagnes ne mit pas fin à la misère, ni à l’arriération et à l’oppression dans les campagnes surpeuplées de ce pays. La Russie reste soumise à un régime autocratique, sans libertés. Cependant dans les villes l’industrie s’est développée rapidement sous le contrôle des finances européennes. Dans des usines gigantesques, un prolétariat jeune venu des campagnes arriérées et contrôlées par des grands propriétaires fonciers nobles va très vite détester ses exploiteurs.
En 1905, il y a 1,5 millions d’ouvriers, les conditions de travail sont exécrables, la grève est interdite. La classe ouvrière est minoritaire dans la société arriérée russe, mais elle est très concentrée et c’est cela qui fera sa force et provoquera la crainte de libéraux bourgeois, de tous ceux qui par la peur de ce jeune prolétariat n’oseront pas aller jusqu’au bout de leurs velléités démocratiques, réformistes anti-tsaristes.

Le dimanche rouge : 9 janvier 1905

La révolution a commencé par une grève économique aux usines Poutilov dans la capitale Saint Petersbourg, le 3 janvier 1905. Mais le mécontentement de la classe ouvrière contre les conditions qui lui sont faites est tel que le mouvement s’étend vite. Une pétition est portée au tsar le 9 janvier par des ouvriers pacifiques, accompagnés par un prêtre, qui sont déjà marqués par les idées du parti social-démocrate, le parti ouvrier révolutionnaire de l’époque, où militaient Lénine et Trotsky. Trotsky a 26 ans et a déjà connu la déportation en Sibérie. Dans son ouvrage «1905», il écrira plus tard à propos de cette pétition: «Elle énumérait tout : depuis les courants d’air qui traversaient les fabriques jusqu’à la servitude politique du pays. Elle demandait l’amnistie, les libertés publiques, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la journée de huit heures, le salaire normal et l’abandon progressif de la terre au peuple. Mais avant tout, elle exigeait la convocation d’une assemblée constituante, élue par le suffrage universel non censitaire».
Le tsar fait tirer sur le cortège, faisant des centaines de morts et des milliers de blessés. La population est révoltée et pendant plusieurs mois les grèves vont surgir dans tout le pays. Les sociaux-démocrates se font connaître et apprécier par la classe ouvrière. Ils étendent leur activité aux soldats. Ceux-ci, issus des classes pauvres, subissent eux aussi l’autoritarisme du régime qu’ils doivent défendre. En juin 2005, c’est la mutinerie du cuirassier Potemkine. Les matelots sont durement réprimés : 4 fusillés, 2 pendaisons, des dizaines envoyés aux travaux forcés. Dans tout le pays, grèves, meetings ouvriers se multiplient.

La grève d’octobre 1905. La création des soviets

En octobre les cheminots décident la grève générale. Trotsky écrit : « La grève s’étend maintenant à tout le pays et le domine… la grève commence à sentir qu’elle est elle-même la révolution et cela lui donne une audace inouïe. …Elle poursuit un plan colossal : elle veut arrêter la vie industrielle et commerciale de tout le pays, et elle n’omet aucun détail. Quand le télégraphe refuse de la servir, avec une résolution toute militaire, elle coupe les fils ou bien renverse les poteaux. Elle arrête les locomotives inquiètes et lâche la vapeur. Elle arrête également les stations d’électricité, ou bien, si cela représente des difficultés, elle détruit les câbles et plonge les gares dans la nuit. … Elle ne déroge à son vœu d’arrêter le travail que pour mieux atteindre ses fins. Elle ouvre une imprimerie quand elle a besoin de publier les bulletins de la révolution, elle se sert du télégraphe pour envoyer ses instructions, elle laisse passer les trains qui conduisent les délégués des grévistes».
Le 13 octobre, le soviet des députés ouvriers de Saint Petersbourg se réunit. Les membres du soviet ont été élus et représentent leurs camarades d’usine. Le soviet -il y en aura dans toutes les grandes villes- va devenir un second pouvoir. Face au tsar qui s’appuie sur l’armée, le soviet s’appuie sur les ouvriers. Les différentes tendances du mouvement ouvrier y sont représentées. A côté des sociaux-démocrates, révolutionnaires prolétariens bolcheviks, partisans de Lénine, ou des mencheviks, il y a d’autres partis notamment les socialistes révolutionnaires, des anarchistes.

Avec le soviet, les ouvriers en grève organisent la lutte:

- extension de la grève à différents secteurs qui se fait par l’action de détachements d’ouvriers grévistes dans les usines;
- ouverture de locaux par exemple les universités, pour les réunions où affluent des milliers d’ouvriers;
- assurer le ravitaillement des quartiers ouvriers gênés par la grève elle même;
- armer le prolétariat;
- organiser l’impression des Izvestia, le journal du soviet dans les imprimeries des journaux bourgeois. Notons que ce fut un des succès importants des soviets et des militants sociaux-démocrates qui durent mener des actions dangereuses pour imprimer leurs journaux et les faire circuler dans les différentes villes.
Naturellement toutes ces tâches du soviet pouvaient être accomplies grâce à la mobilisation des ouvriers en grève. Le soviet coordonne les actions décidées par ceux des usines.
Le 17 octobre, le pouvoir recule, le tsar publie un manifeste qui sera lu et discuté dans les soviets. Le tsar Nicolas promet «toutes les libertés, le droit de légiférer pour la Douma et l’extension du droit électoral ». Mais en fait, rien ne change, la troupe continue de cerner les réunions, les prisons sont remplies de combattants. Le soviet voit que le conflit est inéluctable et appelle à poursuivre la grève générale. Dès le 18, les manifestations se multiplient aux cris de « Amnistie, aux prisons ! ». Le mouvement est tel qu’il va contraindre le tsar à l’amnistie, mais assortie de menaces de mort pour les prochains manifestants. La grève d’octobre s’arrête le 21. Elle est suivie d’une atroce répression. Le pouvoir fait payer la peur qu’il a eue. Il arme des voyous, les saoule pour les lancer dans de véritables massacres avec pillages, mutilations et assassinats de familles ouvrières, d’étudiants révolutionnaires.
A Saint Petersbourg, le prolétariat s’arme pour se défendre contre ces bandes. Il va empêcher les massacres dans cette ville. «Des groupes se chargent en outre de monter la garde dans les locaux de la presse révolutionnaire” (1905 de Trotsky).
Grèves et manifestations de rues, vont continuer en novembre, allant jusqu’à l’insurrection des ouvriers des villes.
La deuxième partie de cet article sera donc publiée dans le prochain numéro de C.O.




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