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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 5 novembre 2005      N° 933

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À la Une

Éditorial

La violence dans les quartiers populaires et ses responsables

Nous publions ci-dessous le dernier éditorial de notre camarade Arlette Laguiller porte-parole de l’organisation Trotskyste française (Lutte Ouvrière) relatif aux manifestations qui se déroulent en banlieue parisienne.

Depuis quatre jours, depuis la mort de deux jeunes, électrocutés en cherchant à fuir la police, la ville de Clichy-sous-Bois est le théâtre, chaque nuit, d'affrontements entre la police et plusieurs centaines de jeunes d'un quartier populaire.
Clichy-sous-Bois, c'est la banlieue parisienne. Mais la violence aurait pu exploser dans les banlieues de Lyon, Strasbourg, Lille ou ailleurs, et pour les mêmes raisons.
Bien sûr, les principales victimes de ces violences sont les habitants de ces banlieues. Les voitures qui brûlent ne sont pas des voitures de milliardaires ou de ministres, mais celles de travailleurs qui vivent dans ces quartiers. C'est pourquoi, lorsque les jeunes s'en prennent aux pompiers en tant que représentants de l'autorité, cela ne montre pas une bien grande conscience.
C'est là-dessus que s'appuie Sarkozy pour déployer toute sa démagogie sécuritaire en promettant de "nettoyer au karcher" La Courneuve, "d'éradiquer la gangrène" à Argenteuil et de s'en prendre à "la racaille", à Clichy-sous-Bois. Et de tenter de se poser en défenseur des quartiers populaires en leur promettant d'y rétablir la sécurité!
Mais ce ne sont que les propos démagogiques d'un homme qui cherche à plaire à l'électorat d'extrême droite en surenchérissant sur Le Pen. Même sur le plan strictement policier, il n'y a pas, dans les quartiers dits sensibles, plus de police de proximité ou de postes de police permanents. La politique de Sarkozy, c'est d'envoyer ponctuellement une armada de CRS pour mener la guerre contre un quartier en s'en prenant à tout ce qui est jeune, à tous ceux dont le faciès leur déplaît, quand ils ne s'amusent pas à tirer des grenades lacrymogènes à l'intérieur d'une salle de prières. La démagogie de Sarkozy ne rend pas les quartiers populaires plus sûrs pour leurs habitants, mais, en revanche, elle encourage les attitudes les plus répressives de la police et le racisme de nombre de ses éléments. Et, en face, elle sème la haine.
Aujourd'hui, le Parti socialiste s'élève contre Sarkozy et ses méthodes. Même les concurrents de Sarkozy à l'intérieur de la majorité le font. Mais, au-delà du personnage du ministre de l'Intérieur qui ne se dit pas d'extrême droite mais en mène la politique, si la vie devient de plus en plus dure dans les quartiers populaires, les gouvernements de gauche du passé ont tout autant leur part de responsabilité que la droite.
Avec l'appauvrissement général des classes laborieuses, les quartiers populaires minés par le chômage de leurs habitants se transforment en ghettos: pas d'infra-structures pour les jeunes, pas d'éducateurs, pas d'animateurs de quartier, des écoles surchargées, des bureaux de poste fermés, des commerces qui désertent.
La violence au quotidien dans ces quartiers est peut-être le fait de voyous ou de trafiquants. Mais des voyous, il y en a toujours eu, pourquoi trouvent-ils aujourd'hui le soutien d'une bonne partie des jeunes? Pourquoi les explosions de violence entraînent-elles contre la police bien plus de jeunes que ces petits caïds de quartier? Parce qu'il n'y a pas un jeune dans ces quartiers qui n'ait touché du doigt qu'aux yeux de la police de Sarkozy, la "racaille", ce sont les pauvres, tous les pauvres, et pas seulement quelques voyous ou quelques trafiquants. Parce que, pour la majorité d'entre eux, l'avenir est bouché et sans espoir.
La dégradation de la vie dans les quartiers pauvres fait partie de la dégradation de la condition ouvrière sous l'effet des coups que le grand patronat comme les gouvernements qui se succèdent ont portés aux classes populaires. Et ce qu'on peut souhaiter, c'est que la classe ouvrière, en retrouvant sa capacité à réagir à l'offensive du patronat et du gouvernement, trouvera l'oreille de la jeunesse des quartiers populaires et que celle-ci, de son côté, pourra, aux côtés de l'ensemble du monde du travail, exprimer ce qui est légitime dans sa révolte en laissant les voyous et les petits trafiquants sur le bord du chemin.
      Arlette Laguiller



Martinique
Grève pour l’augmentation des salaires à Leaderprice

Les deux cents salariés des Etablissements Leaderprice de Martinique sont en grève depuis le mardi 25 octobre après avoir présenté, avec leur syndicat CGTM, une plate-forme revendicative à la direction dans le cadre des NAO. Ils réclament notamment une augmentation de salaire de 130€ pour tous et le respect des jours fériés du mardi gras et du vendredi saint.
Le patron des magasins Leaderprice est Joseph De Jaham. Créées il y a une dizaine d’années, les affaires de ce patron béké se sont développées plutôt rapidement, puisqu’en 10 ans, il a multiplié par 8 le nombre de ses magasins ouverts dans les communes. Cette chaîne de magasin à bas prix, vise une clientèle jeune et souvent modeste. Une nouvelle structure devrait ouvrir prochainement à Sainte-Marie. Pour Joseph De Jaham, les affaires sont florissantes. Oui mais voilà, ce monsieur voudrait que son personnel se contente de ce qu’il veut bien leur donner alors que lui se remplit les poches sur leur travail! Ainsi, interviewé sur une radio, il ne s’est pas gêné pour affirmer que ses salariés étaient mieux traités que les autres employés de commerce et qu’ils touchaient 1600€ par mois. Les grévistes, écoeurés par ce mépris et de tels mensonges, ont fait connaître la réalité de leur situation. Les salaires vont de 800 à 1200€ pour les responsables. Lors d’une première rencontre, il a carrément déclaré qu’il reviendrait discuter lorsque les travailleurs feraient des revendications plus raisonnables.
Face à tant d’arrogance, les salariés ont renforcé leur mobilisation. Les grilles des huit magasins sont restées fermées depuis mardi. Manifestement le patron n’a pas l’air pressé de donner satisfaction aux salariés. Au moment où nous écrivons, la grève continue!



Guadeloupe
Caraïbes Import: la grève continue

Il n’y a toujours pas d’accord signé avec la direction. Celle-ci a voulu dans un premier temps mettre les salariés en chômage technique. Cela a été refusé par l’inspection du travail car c’est interdit lorsqu’il y a une grève dans l’entreprise. Puis ce fut une tentative de déposer le bilan, mais le tribunal n’a pas accepté car il y avait trop d’argent sur les comptes de l’entreprise qui n’est donc nullement en difficulté. Toutes ces manœuvres ont échoué. Le tribunal du Commerce a donc nommé un mandataire ad hoc dont la mission est de trouver une solution au conflit.
Les salariés du magasin ont commencé leur grève le 25 juillet dernier au départ pour soutenir un employé à qui la direction refusait son départ en congé pour raisons de santé. En principe la plupart des revendications ont été satisfaites par la direction. Il reste le gros problème du paiement des jours de grève. Au début la direction ne voulait rien entendre. Aux dernières nouvelles elle proposait 40 % de prise en charge. Mais les salariés estiment qu’ils ne sont pas responsables de la prolongation de la grève et qu’il n’y a aucune raison pour qu’ils en supportent financièrement toutes les conséquences. Ils réclament donc 75 % du paiement des jours de grève.
Le mandataire a rencontré l’ensemble des salariés le vendredi 21 octobre. Il avait même signé un accord avec les grévistes sur le paiement des jours de grève. Mais la direction a refusé sa proposition.
Pour le moment il n’y a pas de négociation. La situation reste bloquée. En principe les négociations doivent reprendre le lundi 31 octobre car le mandataire a dû s’absenter durant la semaine dernière.
Les grévistes en ont assez de l’arrogance et du mépris de la direction et restent déterminés à obtenir le maximum en ce qui concerne le paiement des jours de grève car ils n’ont fait que réclamer le respect de dispositions légales.



Guyane
Révolte des pauvres

Le préfet de Guyane a procédé à la destruction des maisons construites sans permis à Matoury dans la banlieue de Cayenne les 12 et 26 octobre. Le 12 ces démolitions touchaient surtout des maisons habitées par des étrangers. Le 26 tout le monde était concerné: étrangers et Guyanais mais tous pauvres. Sur 17 maisons visées ce deuxième jour, la pelleteuse et la centaine de gendarmes ont eu le temps d’en détruire 9 avant que les jeunes des quartiers pauvres de Cogneau et de la Cotonnière ne se révoltent. Les gendarmes, la mairie de Matoury, les véhicules de la télé, de la DDE, de l’EDF ainsi que la maison du conducteur de la pelle ont été visés par des jets de pierre et des incendies. La route nationale a été bloquée obligeant les forces de l’ordre à intervenir pour rétablir la circulation.
La Guyane compte plus de 13 000 habitations insalubres, la plupart construites illégalement et qui risquent d’être détruites. En face, les services sociaux de l’Etat ne construisent qu’une centaine de logements sociaux par an. C’est largement insuffisant. Devant cette carence de l’Etat et des instances locales les pauvres de Guyane se débrouillent donc pour se loger. Ils construisent des maisons sans permis. Dans les deux quartiers de Matoury des centaines de maisons sont dans ce cas. Même celle du maire l’était. Il a profité de son élection pour régulariser sa situation. Les pauvres eux n’ont que leur révolte pour se faire respecter par les responsables politiques locaux et par la préfecture.
Ils leur demandent la mise au point d’un plan concerté de résorption de l’habitat insalubre et la mise aux normes puis la régularisation des maisons. Le préfet veut faire mieux que son ministre: nettoyer pas au «karcher», lui, mais au bulldozer. Les jeunes des quartiers pauvres de Matoury n’acceptent pas ces agissements. Ils ont raison.




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