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Martinique
Le 11ème congrès de la CGTM
Environ 300 délégués de différents secteurs représentant environ 6500 syndiqués se sont retrouvés les 22 et 23 octobre dernier au congrès de la confédération CGTM.
Durant ces deux journées, plusieurs militants ont pu exprimer démocratiquement leurs points de vue sur la politique du patronat et du gouvernement. Cette politique se traduit pour l’ensemble des travailleurs en Martinique par une dégradation de leur niveau de vie.
Certains ont pris la parole pour expliquer comment ils vivent quotidiennement l’exploitation patronale dans leur entreprise, par exemple les menaces de licenciement, les mauvaises conditions de travail, les profits réalisés par les exploiteurs sur leur dos et celui de leurs collègues. Cela a été aussi l’occasion pour eux d’expliquer comment ils font face à cette politique d’exploitation, comment ils s’organisent pour convaincre leurs camarades de travail, et faire reculer leur patron. D’autres délégués comme les dockers, ouvriers du bâtiment, employés municipaux et de la CFTU, ouvriers agricoles, travailleurs du commerce, travailleurs de l’EDF, salariés des PTT, agent de la santé et de la Sécurité sociale, et bien d’autres encore, se sont relayés à la tribune soit pour expliquer les luttes qu’ils sont en train de mener dans leur secteur, soit pour exprimer leur accord ou leur désaccord sur les différentes interventions.
Au cours des débats, les congressistes se sont prononcés sur différentes motions. Par exemple, contre la politique précaire des «contrats nouvelle embauche», la dégradation des services publics et les mesures de privatisation, contre la répression patronale qui frappe bon nombre de délégués syndicaux. Ils ont exprimé leur soutien aux ouvriers agricoles contre les licenciements, et aux conducteurs de la CFTU en grève. Une motion en direction des jeunes a été votée.
Il y eut aussi une motion de solidarité avec les travailleurs de la Caraïbe et du monde contre la dégradation de leur niveau de vie. Un fait nouveau est apparu, c’est la présence de jeunes militants qui ont tenu à s’exprimer à la tribune et à montrer qu’ils sont fiers d’appartenir à une organisation ouvrière. Et durant leurs interventions, ils ont montré qu’ils sont prêts à chercher à rassembler des jeunes autour d’eux. Ils ont été fortement applaudis.
Le fait le plus marquant a été l’expression de la volonté des travailleurs pour continuer l’après 4 octobre afin d’être le plus fort possible pour imposer un rapport de force favorable à l’ensemble de la classe ouvrière contre la politique scélérate des exploiteurs capitalistes.
Dans une période où bon nombre de travailleurs sont déçus et démoralisés par les attaques dont ils sont victimes, par l’attitude des partis traditionnels de gauche en France et en Martinique, et souvent par certaines directions syndicales, voilà qui était plutôt réconfortant.
A la fin de la deuxième journée, les délégués ont élu leur nouveau bureau composé de 13 membres. Ce bureau a par la suite réélu Ghislaine Joachim-Arnaud, secrétaire générale de la CGTM.
C’est au son de «l’Internationale» que tous les congressistes ont achevé leurs travaux du 11ème congrès.
Privatisation de l’EDF: un cadeau aux capitalistes
BIENTOT, LES ACTIONS EDF
Le 21 novembre seront mises en vente des millions d’actions EDF. Cette société chargée de fournir l’électricité en France va désormais devoir rapporter des dividendes aux futurs actionnaires. En juillet 2005, c’était la privatisation du Gaz de France (GDF), aujourd’hui c’est l’Electricité de France. Après la guerre de 1939-45 les usines de production d’énergie avaient été nationalisées, parce qu’à l’époque cela arrangeait les capitalistes. L’Etat se chargeait d’investir pour fournir l’énergie à bas prix à leurs usines. Mais depuis quelques années, la gauche, puis, avec frénésie, la droite au pouvoir privatisent. L’Etat brade ses entreprises: France Telecom (FT), La Poste, Air France, GDF… Comme le précise le gouvernement, «pour le moment», au maximum 15% de l’EDF sera privatisé.
LES CONSEQUENCES DES PRIVATISATIONS POUR LES SALARIES
Avec ces opérations le statut des salariés de ces entreprises change. Le statut de fonctionnaire ou d’assimilés ou simplement les quelques avantages, tant critiqués par les patrons sont progressivement limés. Le statut de contractuel et de précaire devient peu à peu presque la règle. Les nouveaux patrons font aussi appel à des entreprises sous-traitantes qui offrent des conditions de travail encore plus dégradées. Pour mieux se remplir les poches, les actionnaires sont de plus en plus exigeants avec les salariés: de nouveaux défis sont imposés, il faut vendre, rapporter de l’argent. Ainsi, les résultats de chacun sont affichés chaque mois comme à France Télécom. Les inégalités entre employés s’accroissent par le truchement de «primes au mérite». Pour «mettre la pression», des chefs «nouvelle-vague» sont encouragés par les directions à faire un sale boulot qui consiste à harceler les travailleurs, à les pousser à mentir les uns sur les autres. Il devient de plus en plus pénible de vivre dans une entreprise. Beaucoup finissent par craquer. Les témoignages de chefs ou de médecins du travail qui démissionnent sont révélateurs de la mauvaise ambiance qui règne dans les entreprises depuis les années 1990. L’exemple de France Telecom est connu de tous: FT bat le record des suicides d’employés.
Un autre aspect de la privatisation est qu’elle entraîne des licenciements ou encore plus de suppressions de postes. Les nouveaux patrons mettent un point d’honneur à économiser, comme ils disent, les frais de production. Ils oublient de préciser qu’ils sont les seuls bénéficiaires de ces réductions de personnel. Ceux qui font la queue à la Poste ou ailleurs dans les entreprises privées savent les conséquences du manque de personnel. En Angleterre, la privatisation des chemins de fer s’accompagne de retards énormes et d’accidents de trains.
Autre cause de licenciements liés à la privatisation, les opérations financières hasardeuses, les «gros coups». Dans leur course aux profits, les actionnaires font par exemple l’acquisition de nouvelles entreprises. Il arrive que l’ex-entreprise publique perde de l’argent par cette opération et les patrons licencient. Ainsi à France Telecom, quelques mois après la privatisation, ce sont des dizaines de milliers de travailleurs qui ont perdu et vont encore perdre leur travail. Bien sûr, les nouveaux patrons ont toujours la possibilité de leur reprocher de ne pas avoir assez de rendement. Et il se trouve des travailleurs pour les comprendre!
AVEC LA PRIVATISATION LA NOTION DE SERVICE PUBLIC DISPARAIT
Il n’est plus question d’organiser les transports, la production d’énergie ou les télécommunications pour mieux satisfaire les besoins de la population, il faut «faire du chiffre» pour que les actionnaires s’enrichissent. A l’heure où des familles de plus en plus nombreuses plongent dans la misère, se faire couper l’électricité ou le téléphone peut être un véritable drame. Le cas de personnes âgées ou malades qui sont mortes pour n’avoir pu payer leurs factures s’est déjà produit. L’Etat s’était trouvé obligé de tenir compte de certaines situations. Avec la privatisation, le problème ne se présente plus de la même façon. Il faut gérer en tenant d’abord compte de l’intérêt des actionnaires comme dans n’importe quelle entreprise privée. Il y a d’ailleurs des journalistes qui s’inquiètent du succès de l’opération vente d’actions EDF. Ils annoncent que des capitalistes susceptibles d’acheter hésiteront à cause de ce qui se passe en ce moment à GDF.
A GDF, les prix ont, de fait, augmenté de 19% depuis juillet. Mais le gouvernement demande à l’entreprise de freiner les hausses. A l’approche de l’hiver, il craint en effet la colère de ceux qui se chauffent au gaz. Même si les actionnaires ne perdent pas grand chose, ils trouvent que l’Etat n’est pas assez généreux avec eux.
Les futurs actionnaires d’EDF disent donc qu’ils ne veulent pas d’obligations de service public. Ils veulent pouvoir fixer les prix à leur guise. Ils ajoutent qu’il y a trop de syndicalistes à l’EDF. Alors, éventuellement, ils achèteraient mieux si les actions EDF coûtaient moins cher: ils demandent à l’Etat de brader cette entreprise. Ils veulent les bénéfices, mais en investissant le moins possible.
C’est bien là toute la pourriture du système. Les travailleurs produisent de la richesse qui va dans les coffres des capitalistes. L’Etat n’ose pas leur demander de payer des impôts afin de pouvoir remplir sa mission de service public. Au contraire il leur fait des cadeaux. Ainsi il vend des actions EDF au moment où il est prévu de faire des affaires juteuses en particulier avec la Chine. En même temps, l’Etat veut faire croire qu’il va, grâce aux actionnaires, développer les énergies nouvelles, les éoliennes par exemple. Or celles-ci ne seront jamais que des énergies d’appoint. L’Etat sait qu’il doit développer le nucléaire. Le nucléaire exige de gros investissements. Justement le gouvernement ne le privatise pas. Cette partie de la production d’énergie, AREVA, reste publique.
Les charges restent donc pour l’Etat qui ne se donne pas les moyens de faire les investissements indispensables. Il laisse les richesses dans les caisses des capitalistes. Et ce n’est pas la publicité pour les 7 milliards d’euros qui seront investis à l’EDF grâce à la vente des actions, ou pour la vente à prix réduit à des salariés d’EDF et aux particuliers qui va masquer que l’opération en cours est pro patronale. Les syndicats dénoncent cette privatisation de l’EDF. Feront-ils des actions suffisamment puissantes pour faire reculer l’Etat?
Martinique
Le PPM sans fard
Les 22 et 23 octobre, le Parti Progressiste Martiniquais (PPM) a tenu son 17ème congrès à Trénelle, à Fort de France.
C’est le maire de Fort de France, Serge Letchimy qui a été élu à la présidence de ce parti.
Le président du Conseil Général, Claude Lise qui a manifesté son désaccord sur l’organisation de ce congrès était absent. Sans doute, savait-il à l’avance qu’il ne serait pas élu président du PPM.
Au cours de ce congrès il fallait aussi assurer la succession d’ Aimé Césaire, et ce dernier avait depuis belle lurette choisi son dauphin, Serge Letchimy. Lise a expliqué sa mise par lui-même «en congé de parti» par des raisons de manque de démocratie interne. Son attitude peu convaincante et celle des autres dirigeants du PPM symbolisent bien les préoccupations des notables du PPM fort éloignées de celles des travailleurs et de la population pauvre.
Le journal du PPM du mercredi 26 octobre publie un article sur le discours de clôture du président sous titré: «évolution institutionnelle et projet sociétal, une même motivation à deux visages». On peut y lire:«le développement de la Martinique ne peut se concevoir sans une profonde réforme politique dotant la Martinique de pouvoirs réglementaires, voire législatifs, destinés à construire en conscience la responsabilité démocratique et citoyenne des décisions et des orientations».
Discours révélateur. Le PPM n’a plus rien à proposer aux travailleurs et aux déshérités de la Martinique qu’un vague projet institutionnel qui ne tient pas compte de leurs préoccupations. Par contre il est bien plus proche des préoccupations d’un certain nombre de notables, d’élus à la recherche de plus de pouvoir local pour eux-mêmes.
Ce n’est certes pas nouveau au PPM. Mais il y a une époque où les dirigeants du parti fondé par Césaire et Césaire lui même donnaient à ce discours un contenu social. A cette époque, et depuis les années 50, Césaire et le PPM avaient acquis pour cette raison une grande popularité au sein des masses. Le discours de Césaire heurtait les milieux bourgeois et de la droite, souvent liés à des intérêts financiers qui ne voyaient pas d’un bon œil la politique menée en direction des masses populaires et son succès auprès de la population pauvre de Fort de France. La majorité des petites gens de Fort de France ne possédait alors ni un robinet d’eau devant leur porte, ni une ampoule dans leur foyer pour ceux qui avaient la chance d’avoir une pièce où habiter. La dénonciation de cette situation par Césaire et une partie de la gauche dont les «communistes», la personnalité de Césaire, les avancées sociales obtenues progressivement firent notamment du PPM et de ses dirigeants en partie l’expression des aspirations de bien des pauvres. Le PPM en même temps que populiste est devenu un parti politique populaire et à chaque élection municipale ou législative la population lui a apporté de nombreux suffrages.
Aujourd’hui, ce parti continue de surfer sur cette vague et ne s’embarrasse plus de propos dénonçant la situation des pauvres. Sa nature de parti de notables arrivistes qu’il tentait de masquer hier sous un langage social, est aujourd’hui mieux mise à nu. Tout en ayant conservé une forte popularité au sein des masses des quartiers pauvres de Fort de France, il apparaît ouvertement comme sans ambition réelle pour les masses pauvres.
Du reste, Serge Letchimy dans son discours du 23 octobre exprime une partie de la nature de ce parti: «Parti historique dans le paysage politique martiniquais, le PPM est un parti nationaliste». En clair, c’est un parti qui tout en utilisant son influence dans les couches pauvres des quartiers est en réalité l’expression des aspirations des couches sociales privilégiées se battant pour la sauvegarde de leurs intérêts. Ces intérêts coïncident parfois avec ceux des mêmes milieux en «Métropole» et parfois s’en écartent. Et c’est dans ce dernier cas que les notables du PPM revendiquent alors «plus de pouvoirs réglementaires et législatifs» ou «s’enhardissent» jusqu’à réclamer…. l’autonomie.
Alors, la «réorganisation», la «refondation» et même la «remise en avant» du mot d’ordre d’autonomie qui étaient à l’ordre du jour de ce 17è congrès du PPM auront tout juste permis de remettre une couche de peinture sur une maison vieillie.
Sarkozy et le vote des immigrés
Alors qu’il s’est jusqu’à présent particulièrement distingué dans ses attaques tous azimuts contre les immigrés, Sarkozy cette fois se dit partisan du droit de vote des immigrés non ressortissants de l’Union européenne, aux élections municipales et européennes, à condition qu’ils soient en situation régulière et présents en France depuis au moins dix ans. Cette annonce favorable aux immigrés est la contrepartie d’une recrudescence de la répression contre eux. Mais il est vrai aussi que quelques voix de plus venant d’immigrés c’est toujours bon à prendre pour les prochaines élections. Et puis de toute façon cela n’engage à rien. F. Mitterrand, président de la République pendant quatorze ans, n’avait-il pas inscrit dans son programme dès avant 1981 ce même droit aux immigrés? Et voilà maintenant que Sarkozy nous ressert le même plat, un peu réchauffé certes mais qui lui permet d’apparaître comme étant plus à gauche que le parti socialiste, plus soucieux que Villepin et Chirac des intérêts des immigrés.
Il est tout de même scandaleux que tout ce beau monde en soit encore à discuter ce qui en fait devrait aller de soi et être déjà entré dans les mœurs. Oui, il est scandaleux que des hommes et des femmes, qui travaillent et donc participent à la création des richesses en France depuis des années, qui y payent des impôts de toutes natures, soient considérés comme des citoyens de seconde zone et n’aient pas le droit de dire leur mot sur le choix des gens qui vont diriger le pays. Bien des parasites pourtant ont ce droit là: capitalistes et rentiers de toutes sortes. Et qu’un député comme E. Jalton prétende que le fait d’accorder le droit de vote aux immigrés comme le propose Sarkozy, pourrait entraîner un afflux d’immigrants attirés par l’espoir de jouir de ce droit qu’ils n’ont pas chez eux, où règnent la plupart du temps des dictatures, voilà qui est à la fois stupide et méprisant. Stupide parce que ce n’est évidemment pas pour cette raison que des immigrés viendront plus nombreux en France, méprisant parce qu’il dénie le droit de vote à des centaines de milliers d’hommes et de femmes parce qu’ils sont immigrés.
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