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À la Une
ÉditorialLes vrais changements dépendent de la lutte des travailleurs
Comme le disent 13 organisations dans leur tract d’appel à manifester lors de la présence de Sarkozy: «Il y a bien longtemps qu’un gouvernement français, même de droite, ne s’était signalé par une politique aussi réactionnaire, anti-ouvrière, néo-colonialiste et par un tel mépris envers les pauvres! Il y a bien longtemps que les classes dominantes de France ne s’étaient montrées aussi sûres d’elles et dominatrices».
D’un côté, les salaires stagnent et en fait baissent en valeur relative, les travailleurs sont soumis à des cadences infernales dans le secteur privé et le secteur public comme aux Télecom, la précarité est de plus en plus généralisée avec les Contrats nouvelle embauche de Villepin. Et à propos de ces CNE, une anecdote récente est révélatrice: un cabinet spécialisé a envoyé à des dizaines de patrons de PME une publicité électronique disant: «embaucher sans risque! c’est possible depuis le 4 août, profitez en»!
Quant au chômage, il ne se réduit pas et, pire, le patronat vient d’annoncer qu’il veut «jouer» sur l’organisation de l’indemnisation des chômeurs soit par la dégressivité, soit par la réduction des durées, en bref, réduire les ressources des chômeurs et les forcer à accepter n’importe quel travail.
D’un autre côté on apprend par une enquête réalisée par un cabinet de conseils aux actionnaires que la rémunération moyenne d’un PDG du CAC 40 (les 40 plus grosses entreprises cotées à la bourse française) représente plus de 400 fois celle d’un smicard: 5,6 millions d’euros par an. C’est ainsi que par exemple le PDG de L'Oréal en tête encaisse 22,6 millions d’euros par an, celui de Vivendi 13,7 millions etc.
Ceux qui ont manifesté le mardi 29 novembre dans les rues de Pointe-à-Pitre ont donc eu raison de le faire. Plusieurs milliers se sont retrouvés dans les rues à l’appel de 12 organisations syndicales. Il s’agissait de la CGTG, la CFDT, la CFTC, la CTU, la FAEN-SNCL, la FSU, FO, le SNUI-Impôt, le SNETAA, le SPEG, l’UNSA et l’UGTG. Les représentants des mutuelles dissoutes ont participé à la manifestation et protesté contre les 60 licenciements et la dilapidation des cotisations. Suite au succès de la manifestation du 4 octobre, toutes les organisations syndicales avaient ressenti la nécessité de préparer un nouveau mouvement d’ensemble. Elles ont estimé qu’il fallait une riposte unitaire pour faire entendre au gouvernement et au patronat le mécontentement des travailleurs. Le mouvement a été bien suivi surtout dans le secteur public. Des travailleurs du secteur privé quoiqu’en nombre plus restreint étaient également présents.
Les manifestants scandaient des slogans contre le chômage, les bas salaires, la précarité. Les principales revendications portaient sur la défense du service public, la création d’emplois dans les services publics (santé, EDF, Poste et télécommunications, Education Nationale…), l’augmentation substantielle des salaires, l’arrêt des poursuites et amendes infligées à des grévistes et le remboursement des sommes déjà payées ( travailleurs de la banane). Les travailleurs de la Santé ont dénoncé la mise en place du plan Hôpital 2007 et la T2A (ou tarification à l’activité). Aux impôts il y avait un appel national à la grève pour des problèmes spécifiques.
Des journées réussies comme celle là, comme le 17 novembre en Martinique dans le secteur de la Santé, sont fructueuses. Mais pour faire plier le gouvernement et les patrons, il faudrait un grand mouvement de lutte d’ensemble et pas sur une seule journée, ni deux, mais une grève générale qui paralyserait l’économie capitaliste comme en mai 68 en France ou en février 74 en Martinique. A un certain niveau ces perspectives là ne dépendent pas uniquement des syndicats et des organisations ouvrières. Elles dépendent de notre niveau de combativité à nous travailleurs. C’est de nous tous, donc de chacun de nous que dépendront les succès ou les échecs futurs.
NON A SARKOZY! Manifestons massivement contre sa politique!
(Titre et texte extraits du tract signé par 13 organisations: syndicats, partis politiques et associations) « Les organisations soussignées estiment que la venue de M. Sarkozy en Guadeloupe appelle une réaction de protestation contre sa politique et celle du gouvernement…
…Au sein du personnel politique au pouvoir, Nicolas Sarkozy se veut l’incarnation de cette politique qui vise essentiellement à concurrencer l’extrême droite sur son terrain. Et visiblement, ça marche! Jean Marie Le Pen, chef de l’extrême droite raciste, celui qui croit en «l’inégalité des races » félicitait Sarkozy le 13 novembre au grand jury RTL-LCI après la mise en place de l’état d’urgence. Dis moi qui te félicites je te dirai qui tu es»!… Les organisations soussignées vous appellent également à manifester contre les cas de violences policières injustifiées, contre la répression syndicale, contre les reconduites dans les avions d’immigrés, contre la politique sociale du gouvernement qui n’est qu’un tir groupé contre les travailleurs et les couches défavorisées…
TOUS AU MEETING MERCREDI 7 DECEMBRE 2005 A 19H A LA SALLE REMY NAINSOUTA A POINTE A PITRE!
CGTG, CTU, FSU, SPEG, UGTG, ATTAC, COMITE CONTRE LE RACISME ET L’HUMILIATION, COLLECTIF GUADELOUPEEN DE SOUTIEN A MUMIA ABU JAMAL, COMBAT-OUVRIER, LES VERTS-GUADELOUPE, MOUVEMENT NONM, PARTI COMMUNISTE GUADELOUPEEN, UPLG.
Expulsions d’immigrés: le gouvernement s’enfonce dans l’ignoble!
Les expulsions d’immigrés se multiplient. C’est une véritable chasse aux sorcières, à laquelle participent malheureusement certains membres de la population en Guadeloupe. On se croirait revenus au Moyen Age. Dernièrement, Sarkozy a même fixé un quota à atteindre: 23 000 immigrés devront être expulsés en France en 2006, et 2000 en Guadeloupe. La chasse est ouverte! A quand les primes à la tête !
Ceux parmi les travailleurs qui participent à cette «chasse» honteuse en aidant à l’arrestation des immigrés ou même en soutenant cette politique, scient la branche sur laquelle ils sont en équilibre précaire. Ce n’est pas seulement des immigrés que Sarkozy et ses compères veulent se débarrasser: c’est de tout travailleur ou chômeur qui n’acceptera pas à un moment donné de se soumettre pieds et poings liés à la volonté d’un patron, pour n’importe quel salaire, dans n’importe quelle condition. C’est à l’ensemble des pauvres que ces gens là en veulent. Ceux qui ne l’ont pas encore compris se mettent eux mêmes en danger.
Chlordecone: la transparence... sur l’opacité
Le groupe régional phytosanitaire s’est réuni le 12 octobre dernier pour présenter les dernières mesures concernant le chlordécone. Il s’agit d’un pesticide dangereux utilisé en Martinique et en Guadeloupe jusqu’en 1993 pour combattre le charançon du bananier. L’agence française de sécurité des aliments (AFSA) a établi que les aliments fortement contaminés ou consommés en grande quantité, carottes, concombre, ignames, dachines ou madères, patates douces, melons, tomates et viande de volaille, ne doivent pas contenir une dose supérieure à 50 mg (microgramme) de chlordécone par kg frais. Pour d’autres aliments, consommés en moins grande quantité, la dose limite maximale est de 200 mg/kg. Pour l’AFSA il n’y a aucune raison de changer les habitudes alimentaires si les agriculteurs font les analyses de sol nécessaires.
C’est justement sur ce point que ces dernières décisions présentent de gros risques pour la population. L’Etat, sollicité par des associations et les syndicats, a dû se pencher sur l’utilisation massive de ce pesticide en Martinique et en Guadeloupe, alors même que sa toxicité était connue. Aujourd’hui il fait mine de jouer la transparence en donnant des recommandations sur le bon usage des produits. Mais pendant des années il a fait l’aveugle et le sourd, favorisant la fabrication et la vente du pesticide.
En effet le chlordécone était produit aux Etats Unis depuis 1958, pour 99% à destination des pays sous-développés. En 1975, l’usine a été fermée brusquement car elle avait pollué gravement son environnement en Virginie et surtout les ouvriers chargés de cette fabrication étaient atteints de troubles neurologiques, de tremblements, de convulsions. En 1976, fabrication et commercialisation du chlordécone ont été interdits aux USA. Cela n’empêcha pas le gouvernement français de donner au béké de Lagarrigue l’autorisation de fabriquer ce produit (à Béziers en France et au Brésil) pour le commercialiser en Martinique et en Guadeloupe. En une seule année 6000 tonnes de chlordécone étaient saupoudrées en Martinique et en Guadeloupe. Des ouvriers agricoles l’ont inhalé. Ils l’ont absorbé par la peau, et cela plus fortement à cause de la transpiration.
A partir de 1990 le gouvernement français a décrété cette substance «insecticide persistant et relativement toxique». Il a interdit de fabriquer et de commercialiser le chlordécone. Mais lui même a signé des dérogations qui ont permis l’utilisation légale du produit jusqu’en 1993 en Martinique et en Guadeloupe.
Aujourd’hui, refusant de prendre ses responsabilités, le gouvernement demande aux agriculteurs de payer, fort cher, l’analyse de leurs sols ou de leurs produits. Et seulement en Martinique, ils doivent, depuis 2003 également détruire à leurs frais les productions polluées.
Les agriculteurs le feront-ils ! Accepteront-ils simplement de cesser leur activité agricole ! Les familles qui font leur jardin créole cesseront-elles de consommer leurs produits ! La population cessera-t-elle de boire des eaux dont on est quasiment certain qu’elles sont polluées aux pesticides et au chlordécone en particulier !
Le gouvernement sait que le chlordécone restera présent dans les sols pendant des dizaines d’années. Il se donne bonne conscience en annonçant quelques chiffres à ne pas dépasser. Chacun n’a qu’à se débrouiller pour respecter ces recommandations. Mais qui va payer ! Qui va prendre en charge les ouvriers agricoles dont le sang -on l’a vérifié déjà- est chargé de chlordécone, s’il s’avère que ce produit, déjà classé «cancérogène potentiel» les rend malades ! En réalité tout reste à faire. Il n’y a pas de transparence.
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