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Incidents de Baie-Mahault. Des jeunes en colère, non sans raisons!
Des incidents ont eu lieu à Baie-Mahault le 23 et 24 novembre dernier dans la nuit. Des jeunes en colère s’en sont pris aux gendarmes, des voitures ont été brûlées, des pneus enflammés ont entravé certaines routes. Pourquoi les jeunes se sont-ils mis en colère? Parce que l’un de leurs amis, Steven Fulcher, roulant à scooter, a fait un grave accident, causé selon les jeunes par un contrôle de gendarmerie mal organisé.
Dans la soirée du mercredi 23 novembre, un contrôle routier était effectué comme souvent à cet endroit à hauteur de la station service Texaco, en face du supermarché carrefour. Le jeune homme, n’ayant pas vu les gendarmes à temps, surpris, a fait une embardée. Il a alors heurté un véhicule arrivant en sens inverse. Blessé gravement il devait décéder dimanche 27 novembre. Il est vrai que les gendarmes sont souvent dans la pénombre et que les chauffeurs ne les voient qu’au dernier moment.
C’est pourquoi les jeunes sont aujourd’hui animés d’un sentiment d’injustice et de révolte contre les gendarmes. De plus, Steven n’avait rien d’un délinquant. Son véhicule était assuré et il portait son casque. Gageons que si Steven n’avait pas été arrêté sur la route par les gendarmes il ne serait pas mort aujourd’hui!
Un tract distribué à Baie Mahault et signé «la clique de la Digue» déclare: «bizarre, cinq minutes après le choc, les gendarmes impliqués n’étaient plus là. C’est un autre jeune lui aussi à deux roues qui le premier se porte auprès du blessé.»
La tension reste donc vive parmi les habitants du quartier de «la digue» (proche du rond-point de Carrefour) et parmi les jeunes de Baie-Mahault.
Guadeloupe
L’incompétence de ceux qui dirigent
Le mardi 22 novembre dernier, le comité de suivi des fonds structurels européens était en Guadeloupe. Le comité a réuni à la préfecture les représentants des administrations locales, le fonds européen de développement régional (FEDER), le fonds européen d’orientation et de garantie agricole (FEOGA), l’instrument financier d’orientation de la pêche (IFOP) et le fonds social européen (FSE). Cette réunion a mis en relief que les crédits accordés par l’Europe à la Guadeloupe sont très peu utilisés. La région Guadeloupe est un mauvais élève et le comité considère même que cette situation est préoccupante.
La réalisation annoncée de grands travaux dont on nous a souvent rebattu les oreilles, n’a pas été effectuée. Il en est ainsi par exemple du bassin de retenue d’eau de Pointe à Bacchus à Petit-Bourg et d’autres barrages, de l’abattoir de Baillif, du nouveau CHU, de l’Université, etc. L’incompétence des responsables éclate au grand jour. D’autant plus que cette situation ne date pas d’aujourd’hui. En effet, elle existe depuis le début du DOCUP (document unique de programmation) 2000-2006. Il faut savoir que «le dégagement d’office» entraîne, pour les fonds européens non consommés par une région, une diminution des fonds du DOCUP 2007-2013. Dans une région comme la Guadeloupe où 39 % de la population connaît un chômage endémique, créer une telle situation relève de l’incompétence des politiciens et autres responsables décideurs.
Guadeloupe
Marché du sucre: au profit des gros trusts!
La production sucrière est issue de la transformation de deux productions agricoles de base: la canne et la betterave. Ces deux plantes sont cultivées sur une large partie de la planète. Les pays producteurs de sucre sont donc très nombreux.
La production et l’industrie du sucre des pays de l’Union Européenne (U.E) est regroupée dans l’organisation commune du marché du sucre. A travers ce système en vigueur depuis 40 ans, le sucre européen bénéficiait d’aides spécifiques. La tonne de sucre de l’U.E s’échangeait alors à 631 euros, soit trois fois les cours mondiaux.
Les capitalistes des autres pays producteurs, là où les salaires sont très bas, avec en tête le Brésil, premier mondial, l’Australie et la Thaïlande, ont attaqué ce système devant l’organisation mondiale du commerce (OMC). Le jeudi 24 novembre dernier les ministres européens de l’agriculture ont accepté un accord réformant l’organisation du marché européen du sucre.
Le plan adopté est l’étalement sur 4 ans d’une baisse de 36% du prix du sucre. Le versement de compensations européennes aux betteraviers équivalent à 65% des pertes subies. Les industriels qui transforment la betterave en sucre blanc vont recevoir des fonds européens pour restructurer la filière et aussi fermer des unités de production, soit 720 euros par tonne produite la première année dans le cadre de cet étalement sur 4 ans.
Pour les "DOM", selon Paris, le compromis permettra d’octroyer jusqu’à 90 millions d’euros annuels d’aides nationales au-delà des aides communautaires déjà versées. C’est sans doute ce qui fait dire aux ministres que «la pérennité de la filière canne à sucre est assurée» ... mais jusqu’à quand?
En outre l’accord confirme la création d’un fonds de restructuration qui accompagnera les cessations volontaires d’activité dans le secteur. Dans ce cadre, des aides financières complémentaires ont été prévues, en direction des producteurs, mais aussi des régions.
Les organisations agricoles de l’île de la Réunion se sont félicitées de cet accord de Bruxelles. Pour eux le paysage est déblayé jusqu’en 2014. Le député européen Jean Claude Fruteau (PS) de la Réunion observe «qu’avec les 90 millions d’euros et les 44 millions d’euros déjà prévus, la compensation sera quasi intégrale». Il est vrai que l’île de la Réunion compte près de 4777 exploitations cannières et la Guadeloupe près de 4951 (sources: AGRESTE, recensement agricole de l’année 2000, DAF- direction de l’agriculture et des forêts). En Martinique ce secteur est moins important (366 exploitations). On y compte 3700 personnes pour toute la filière canne –sucre –rhum, dont 1100 pour la canne, 300 pour le sucre, et 1000 pour le rhum avec 9 distilleries. Les plus grosses unités sont contrôlées par des groupes industriels et financiers.
En ce qui concerne l’outre-mer «français» les aides et compensations sont prévues uniquement pour faire passer les mesures en douceur et que le choc ne soit ni brutal ni immédiat pour les petits producteurs. Mais dans quelques années qu’en sera-t-il? Et quel contrôle est-il prévu sur ces subventions et aides? L’exemple de la banane nous a bien montré que ce sont les plus gros qui en profitent!
Quant aux producteurs des pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique), ils sont plutôt pessimistes et avec raison. Ils déclarent que les accords de Lomé puis de Cotonou qui garantissaient leur prix sont remis en cause et qu’ils accuseront une perte de 300 millions d’euros par an non compensée.
Les petits producteurs de l’île Maurice avec un prix actuel garanti de 523 euros déclarent que le manque à gagner qui suivra les mesures prises entraînera la perte de 7000 emplois.
Cet accord de l’U.E avec l’OMC qui est l’organisation du capitalisme au niveau mondial préserve les profits de tous les grands groupes industriels et financiers européens de la canne en compensant toutes leurs pertes à venir.
Ces rapaces mondiaux se taillent des accords où les diminutions de prix s’accompagnent de plus de subventions aux plus riches.
Pour se mettre en conformité avec d’autres rapaces mondiaux qui exploitent les ouvriers en leur versant les salaires les plus bas de la planète, les plus faibles, petits producteurs et surtout ouvriers sont délibérément écrasés et sacrifiés afin qu’une bande de profiteurs conservent les avantages qu’ils ont volés aux travailleurs.
Banlieues françaises
L’hypocrisie du MEDEF
Prenant position à propos de la crise qui a fait flamber les banlieues, Laurence Parisot, Présidente du Medef, a proposé que l’on procède à une nouvelle répartition au profit des banlieues du prélèvement du 1% logement. Bien entendu la représentante des patrons a d’abord assuré son total soutien à la politique de fermeté du gouvernement tout en admettant qu’il fallait prendre des dispositions pour une rénovation du logement urbain.
Mais là où l’hypocrisie apparaît c’est que le 1% logement qui est une participation obligatoire de l’entreprise à la construction de logements sociaux en faveur des salariés n’a cessé d’être revu à la baisse par le même patronat que représente madame Parisot.
En réalité ce 1% n’est plus vraiment 1% mais 0,45% de la masse salariale, base sur laquelle cotisent les entreprises. Et comme si cela ne suffisait pas, pour soustraire un peu plus le patronat au dispositif de financement, le plan Borloo vient de décider de faire remonter le seuil d’effectif des entreprises soumises à contribution à 20 salariés au lieu de 10. Tout un symbole qui nous montre que ces gens là nous jouent constamment du poker menteur.
Cela étant dit, il est clair qu’il faut une autre politique de l’habitat. Et nous les travailleurs nous pouvons imposer d’autres choix que ceux proposés actuellement par le gouvernement. Mais point besoin de dame Parisot pour cela, c’est de la mobilisation du plus grand nombre que dépendra la qualité de ces choix.
Des décisions “bêtes et méchantes”
Dans sa déclaration du 14 novembre, le président de la République a menacé les parents «démissionnaires» de leur supprimer les allocations familiales. Le député UMP du Val de Marne prépare une loi sur «la prévention de la délinquance» dans laquelle une telle suppression serait introduite. Le 14 novembre même, le maire UMP de Draveil dans l’Essone, un certain Tron, a déclaré la suppression immédiate des aides aux familles des «fauteurs de trouble» de ces derniers jours.
Mettre en évidence l'existence de parents «démissionnaires», dépassés par les conflits avec leurs enfants adolescents, appelle à des solutions visant à aider ces parents, leur proposer un soutien moral, les recevoir, comprendre ce qui leur manque afin de mieux les conseiller et leur donner les moyens de mieux s’occuper de leurs enfants, tel devrait être le souci des maires et autres élus des banlieues. Mais pour ces gens là, l’argent de l’Etat ne devrait servir qu’à subventionner leurs amis patrons. Cela leur fait mal que des aides soient affectées à l’éducation des jeunes de familles pauvres. Comme si cela sortait de leur poche! Ces décisions sont aussi bêtes que méchantes. «Bêtes» elles le sont car elles ne peuvent que renforcer la colère et la révolte qui risque d’éclater de nouveau à la figure de ces politiciens stupides mais surtout aveuglé par la politique anti-pauvre.
La polygamie, le “rap”, responsables? Tout pour se dédouaner!
Qui a dit que la droite française était bien la plus bête du monde? Voilà qui se vérifie. La droite en France, quand elle réfléchit, tente de trouver toutes sortes de raisons, sauf les vraies, à l’explosion de colère des jeunes des banlieues. Il y a eu les délires de l'académicienne Hélène Carrère d'Encausse et de certains ténors de la majorité sur les responsabilités du rapprochement familial et de la polygamie. Déjà en 2003 Sarkozy avait porté les mêmes critiques puis présenté et fait voter la loi de durcissement des conditions d’entrée des immigrés en France. Voilà aujourd’hui que 153 députés et 40 sénateurs de droite demandent au ministre de la Justice d’engager des poursuites contre des groupes de Rap. Selon ces parlementaires, sans cette musique et ses paroles de colère, les jeunes resteraient calmes, ils accepteraient sans protester leurs vies sans perspectives, les logements pourris, les formations au rabais ou inexistantes. Ils ne seraient pas choqués par l’arrogance des riches, des patrons, des politiciens insolents. Ils ne seraient pas tentés par les activités de ceux qui vivent de trafics divers. Et surtout s’ils se révoltent c’est pour avoir écouté ces cris de colère des jeunes noirs et beurs.
En cette période d’état d’urgence, il n’est pas étonnant que les artistes contestataires soient mis à l’index. Avant les rappeurs, des chanteurs, des poètes, au 16ème siècle Marot, plus récemment Boris Vian, Brassens et d’autres, pourtant bien français, ont été censurés pour attaque anti-française. Cette fois, la critique se teinte de ce racisme qui plait aux électeurs d’extrême droite. Ces parlementaires anti-Rap se souviennent de ceux qui ont donné à Le Pen la 2ème place aux dernières présidentielles. Ils voudraient qu’aux prochaines élections, ces gens votent pour eux, pour la droite de Villepin et de Sarkozy. Alors ils n’hésitent pas à en faire trop, même si c’est ridicule.
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