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Haïti
18 Novembre 1803, les esclaves remportent la bataille de Vertières
LES PRÉMISSES DE LA RÉVOLUTION ANTI-ESCLAVAGISTE
En Haïti, le 18 novembre est un jour férié qui célèbre la victoire de Vertières. C’est en ce lieu que le 18 novembre 1803, l’armée des esclaves remporta une victoire décisive sur les troupes envoyées par Napoléon pour rétablir l’esclavage sur l’île d’Haïti. La bataille de Vertières est pour les esclaves d’Haïti la fin d’une longue et sanglante guerre de libération. Cette guerre a commencé par une lutte des esclaves pour se libérer de l’exploitation des colons français.
En France la révolution se développait depuis 1789 et l’abolition de l’esclavage n’était pas acquise en 1791. Pour la bourgeoisie maritime, abolir l’esclavage équivalait à abolir la source de leurs richesses. Aux yeux de cette bourgeoisie qui se révoltait contre l’aristocratie, les esclaves n’étaient pas des hommes.
Le point de départ de cette révolution fut la révolte de 1791 avec Boukman. Les bandes d’esclaves armés se répandirent sur la plaine du Nord. Dans leurs rangs se détachèrent des hommes qui prirent la direction des bandes tels Biassou, Jean François, puis Toussaint Louverture qui organisa une véritable armée d’esclaves.
On assista alors à une succession de luttes armées qui en plus d’opposer entre eux Noirs, Mulâtres et colons, opposa également Français et Anglais pour le contrôle de l’île. Les colons n’hésitant d’ailleurs pas à s’allier aux Anglais pour recouvrer des droits que la Révolution avait abrogés.
Tirant profit des affrontements entre les bourgeoisies française, espagnole, anglaise pour la possession de l’île de Saint Domingue, Toussaint mena l’armée des esclaves à des victoires qui obligèrent les représentants de la révolution, les commissaires Sonthonax et Poverel à proclamer l’abolition de l’esclavage dans la partie française de Saint Domingue le 21 août 1793, sous peine de perdre cette colonie.
TOUSSAINT LOUVERTURE
Toussaint Louverture, général de «l’armée française», occupa toute la partie française et les généraux de l’armée mirent la main sur les terres laissées par les colons en fuite. Il essaya de relancer l’agriculture de l’île comme axe de l’économie en ramenant les anciens esclaves vers les grandes propriétés en tant que travailleurs libres. Il fit appliquer la militarisation du travail sous la forme du «caporalisme agraire» dans le but de relancer la production sucrière qui était plus rentable pour la classe dirigeante que la production vivrière qui était plus nécessaire aux travailleurs.
Malgré le prestige qui auréolait Toussaint, cette politique éloigna de lui les anciens esclaves, alors que dans le même temps Napoléon Bonaparte, qui avait tiré profit tant de la révolution que du recul de celle-ci pour asseoir son pouvoir, se préparait à rétablir l’esclavage à Saint Domingue.
LA GUERRE D’INDEPENDANCE
Le 1er février 1802, une expédition coloniale faite de 86 vaisseaux transportant une armée de 22.000 hommes débarquait à Saint Domingue, sous la direction du général Leclerc le beau frère de Napoléon. Malgré une résistance acharnée, l’armée des esclaves fut battue par une force mieux équipée. Toussaint fut capturé par traîtrise et déporté au fort de Joux où il mourut le 7 avril 1803. Mais les troupes de Leclerc étaient décimées par la fièvre jaune, alors il temporisa dans son action pour désarmer les troupes noires.
Il obtint que les généraux noirs comme Dessalines, Christophe ou mulâtres comme Pétion et Clervaux gardent le commandement de leurs troupes en les intégrant dans les troupes françaises. Ainsi pendant quelques mois ces généraux et les hommes sous leur commandement se battirent contre les bandes d’esclaves insurgés. Mais bien que ces généraux aient la possession de domaines, les colons esclavagistes les considéraient, malgré leur uniforme, comme des anciens esclaves qui devaient retourner sur les plantations.
La masses des anciens esclaves n’avait accédé à aucun privilège, elle n’était aveuglée par aucun uniforme, elle n’avait rien à perdre et était déterminée à lutter jusqu’au bout. Les esclaves insurgés redoublèrent leurs attaques quand la nouvelle se propagea que la mission de Leclerc était le rétablissement de l’esclavage. Dans le même temps parvint la nouvelle qu’en Guadeloupe le général Richepance avait rétabli l’esclavage au nom de Bonaparte.
Les paysans avaient gardé les armes qui leur avaient été données par Sonthonax. Ils rejoignirent les bandes armées. Les officiers, Dessalines, Christophe, Pétion, finalement, comprirent que le jeu de Leclerc était le rétablissement de l’esclavage. En février 1803, à la Petite Rivière de l'Artibonite, Dessalines, le chef des insurgés Noirs et Pétion, le leader des Mulâtres, décidèrent de ne plus combattre aux côtés des Français. Ils se rallièrent à l’insurrection avec les soldats qu’ils commandaient et en prirent la direction au nom de l’unité nationale contre l’envahisseur. Dessalines réussit à imposer l’unité de commandement et elle fut proclamée au congrès de l’Arcahaie le 18 mai 1803. Il présenta symboliquement le drapeau de l'union des Mulâtres et des Noirs dans la lutte pour leur liberté, deux bandes, bleu et rouge et y fit inscrire la devise «Liberté ou la Mort». Dessalines fut alors nommé Général en chef de l'armée de l'insurrection, les différents chefs locaux qui avaient mené la guérilla prélude à l’insurrection devaient se soumettre ou disparaître. Les mots d’ordre de liberté, d’indépendance menaient les insurgés au combat. Aucun ne voulait le retour à l’esclavage. La guerre devint une guerre d’indépendance menée par une armée organisée bénéficiant de l’appui de la majorité de la population.
VICTOIRE DES ESCLAVES INSURGES
Le général Rochambeau remplaça Leclerc à sa mort et intensifia les attaques contre les insurgés, mais ses atrocités n’entamèrent pas leur détermination. La fièvre jaune et le harcèlement de l’armée des esclaves ravagèrent les troupes françaises et les armées insurgées s’emparèrent de grandes villes comme les Cayes et Port au prince. Dans sa progression vers la capitale, le Cap Haïtien, les armées noires affrontèrent celles de Rochambeau à Vertières le 18 novembre 1803.
L’histoire d’Haïti retient qu’à Vertières, ce 18 novembre 1803, les soldats noirs avec un équipement moindre, ont vaincu la meilleure armée d’Europe venue pour les remettre sous le joug.
La route de la capitale leur fut alors ouverte, et Rochambeau se rendit à Jean-Jacques Dessalines. Les garnisons françaises capitulèrent les unes après les autres. L’ancienne colonie proclama son indépendance le 1er janvier 1804, devenant la première république noire libre. Elle prit alors le nom d’Haïti que les premiers habitants amérindiens avaient donné à l’île.
DES « JACOBINS NOIRS » AUX «BOLCHEVIKS NOIRS»?
Les esclaves ont été les moteurs de la victoire, les fers de lance de l’indépendance. Leur détermination a obligé même leur chef à ouvrir les yeux sur les colonialistes et leur armée. Mais au lendemain de l’indépendance ils ne reçurent pas la terre qu’ils désiraient et qui était le garant de leur liberté, ce sont les généraux qui se la partagèrent. Ils devinrent ainsi l’embryon d’une nouvelle et cruelle classe oppressive noire et mulâtre.
Les intérêts des esclaves n'ont pas été préservés par ceux en qui ils avaient confiance au nom de l’unité.
Cette même unité est resservie par le gouvernement Latortue, le 18 Novembre 2005 quand il se déplaça en grande pompe à l’Arcahaie, lieu historique. Flanqué d’un cortège de politiciens, de beaux parleurs, de comédiens, Latortue a recousu symboliquement le drapeau national en appelant à l’unité de tous les enfants du pays, riches pauvres, noirs, mulâtres, en leur demandant d’être tous derrière les élections. Dans la foulée, les patrons, les bourgeois présentèrent leur contrat social où ils détaillèrent les nouvelles bases de l’exploitation des travailleurs dans les entreprises, toujours au nom de l’unité et du salut national.
En 1803 les esclaves se sont battus pour leur liberté, en 2005 ce souvenir est utilisé par les politiciens pour semer l’illusion et pour mettre les travailleurs sous le joug des bourgeois au nom de la nation haïtienne. Les esclaves modernes que sont les travailleurs surexploités d’Haïti, avec le parti révolutionnaire prolétarien qu’ils construiront, retrouveront un jour l’héroïsme de leurs ancêtres pour se libérer définitivement du joug de l’oppression impérialiste et des classes dirigeantes noires qui les oppriment si cruellement. Alliés aux ouvriers de la Caraïbe ils pourront alors contribuer à l’émancipation de tous les travailleurs de la Caraïbe et peut être aussi des travailleurs du monde entier.
Haïti
Vague de licenciements des ouvriers de la zone industrielle
Un net ralentissement des activités sur le parc industriel SONAPI est observé depuis plusieurs semaines. Le nombre des ouvriers a considérablement diminué. Ce sont maintenant les troupes des Nations unies qui occupent les nombreux bâtiments des usines d’assemblage. L’offensive des patrons contre les ouvriers est générale. Dans toutes les usines, les ouvriers sont renvoyés chez eux sans aucune forme de procès, jetés au chômage sans aucune compensation. Au numéro 43 du parc Sonapi, le patron est lui-même venu aider ses sous-fifres à faire le sale boulot. Les ouvriers sont harcelés de façon à trouver des prétextes à leur licenciement sans préavis.
Au numéro 38 du parc Sonapi chez le patron Richard Coles, la moitié des ouvriers est déjà révoquée. On met la pression sur ceux qui restent encore afin qu’ils réalisent tout le travail. Ils sont surveillés en permanence et au moindre écart, ils sont insultés.
Quand le patron ou ses sbires ne trouvent pas d’excuse pour renvoyer les ouvriers sans préavis, ils les laissent dans l’usine sans rien faire. Ainsi, durant une quinzaine certains ouvriers ne travaillent que 2 ou 3 jours et comme la situation perdure, ce sont les ouvriers eux-mêmes qui finissent par jeter l’éponge et laissent l’usine par dégoût.
Au numéro 43 du parc Sonapi, les cadences sont augmentées pour les travailleurs qui ne sont pas encore licenciés. Les opérateurs ont été sommés de faire le nettoyage de leur pièce. En temps normal, ce travail est effectué par une autre équipe mais cette section a aussi été révoquée et on demande aux opérateurs de faire le travail en plus de leurs travaux réguliers, pour le même salaire. Ceux qui refusent sont congédiés sans préavis.
Cette vague de licenciements arrive, à un moment où, d’habitude, les ouvriers font leur compte de fin d’année, calculent le boni et le congé annuel pour voir s’ils peuvent aller en province voir leurs proches parents.
Haïti
Nouveau report des élections
La commission électorale haïtienne a reporté les élections présidentielles et législatives. Le premier tour est prévu le 8 janvier 2006 et le second le 15 février, mais, après les reports successifs, rien n’est définitif. Le gouvernement Latortue avait prévu des élections à la mi-novembre puis il a promis le 27 décembre, mais l’enregistrement des électeurs sur les listes électorales, la distribution des cartes d’identification nationale, prônés à grand renfort de publicité par le gouvernement et par le Conseil Electoral Provisoire, ont été un fiasco.
La population des quartiers populaires qui avait crû un moment que les élections seraient pour elle l’occasion d’avoir au moins un document officiel abandonne cette idée ; elle assiste aux discours creux et aux promesses des candidats sur les radios et les télés. L’ambassade américaine a versé des subventions à divers partis pour payer des temps d’antenne et les politiciens ne s’en privent pas pour essayer d’accéder aux postes qui leur assureront de bonnes rentes.
Haïti
Mascarade électorale et misère pour les travailleurs
A croire le gouvernement Latortue qui s’appuie sur les militaires des Nations-Unies, «le calme est revenu dans les rues de Port-au-Prince et le processus électoral est en bonne voie». Ce n’est pas ce que disent les habitants de Martissant ou les ouvriers qui vont chercher un job en ville et sur la zone industrielle.
Les bandits qui ont fui les quartiers populaires, comme Cité Soleil ou Croix-des-Bossales, se sont repliés à Martissant, dans la banlieue sud de Port-au-Prince, et harcèlent les habitants. Les militaires de l’ONU ont établi des barrages. Le samedi 12 novembre un affrontement a fait un mort et des blessés du côté des bandits.
Le kidnapping est toujours présent et durant la semaine du 15 novembre, une étudiante en 5° année de médecine a été enlevée avec sa sœur par des bandits, elle a été abattue quand les assassins se sont trouvés bloqués par une panne du véhicule volé, la sœur a été grièvement blessée.
Les ouvriers rapportent que sur la route de l’aéroport, à «frères Simmons», ils découvrent des cadavres le matin en allant au travail, les médias n’en parlent même plus. Deux ouvriers, dont une femme ont été kidnappés, l’homme a été tabassé et la femme violée avant d’être relâchés quand les bandits ont vu qu’ils ne pouvaient en tirer une rançon.
Les chimères ont manifesté leur présence le 3 novembre, sous couvert d’une manifestation électorale en soutien à René Préval, l’ex-président. Sur leur parcours ils ont racketté les passants, volant des chaînes, bijoux, des téléphones. Depuis sa résidence à Marmelade, Préval, l’ex président, n’a pas fait de déclaration publique, il s’exprime à travers les spots publicitaires qui vantent les bienfaits de sa mandature de 1995 à 2000. Evans Paul, l’ancien maire de Port-au-Prince, l’a critiqué lors d’une manifestation de ses partisans le 10 novembre.
Ce sont les invectives entre candidats qui occupent les médias à côté des promesses des candidats. Ainsi, Guy Philippe, le chef de militaires qui avait renversé Aristide promet de combattre la corruption. Charles Baker, patron d’entreprise, déclare «il y a de la place pour tout le monde» ; pendant qu’il paye ses ouvriers 1,5 euros par jour pour 8 heures de travail harassant. Il engrange les bénéfices, montrant quelle place il réserve aux ouvriers. Serges Gilles, le social-démocrate, promet la sécurité, le travail, l’entente et la solidarité, vaste programme en faveur des possédants. Manigat, ex-président pro-putchiste, prône le sens des responsabilités…etc.
Ils sont trente trois, ratifiés par le conseil électoral, à couvrir les murs de leurs photos, à s’agiter sur les médias et dans quelques provinces en espérant avoir distribué assez d’argent et mobilisé assez de chefs de campagne pour avoir les urnes bourrées lors du vote. Quel jour? Il paraît que cela serait le 8 janvier 2006.
L’ambassade américaine fait pression pour qu’il y ait un président en place fin-février 2006, les organisateurs des élections finiront bien par trouver un homme de paille pour que la bourgeoisie continue d’engranger ses profits sur un océan de misère.
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