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ÉditorialLa mobilisation a fait reculer Sarkozy!
Nicolas Sarkozy a donc préféré renoncer à son voyage en Martinique et en Guadeloupe devant la perspective de manifestations et de troubles. Les préfets de Guadeloupe et de Martinique lui ont conseillé de «différer» sa venue face aux difficultés que poserait l’organisation du maintien de l’ordre. Bref, il risquait de recevoir un camouflet.
Ce revirement de Sarkozy a été qualifié de recul politique, fort justement, par toute la presse antillaise et française, par l’ensemble de l’opinion publique. En même temps c’est un succès pour l’ensemble des opposants à la politique du ministre de l’intérieur, candidat à la présidence de la république. Parmi eux, bien des travailleurs ont ressenti une certaine fierté d’avoir contribué à rabaisser un peu le caquet de ce politicien si arrogant et méprisant à l’égard des travailleurs et des pauvres. De même les jeunes des banlieues françaises, bien des immigrés et des travailleurs français se sont sentis requinqués par cet épisode. En même temps c’était une bonne réponse à tous ces politiciens à tous ces racistes qui n’ont que propos hypocrites et méprisants sur les travailleurs, les pauvres, les immigrés.
Certes Sarkozy n’est que le représentant d’une vieille droite française dont on connaît la politique et les méthodes. Seulement il en incarne ouvertement les aspects les plus agressifs contre les travailleurs et les pauvres. Pour tenter de parvenir à la présidence de la république, ce qui est son seul véritable objectif, il soigne bien sûr l’électorat habituel de la droite mais flatte l’électorat de l’extrême-droite pour glaner des voix sur ce terrain. C’est ce qui explique ses propos sur le nettoyage au karcher ou sur la « racaille», sa politique sécuritaire et ses conséquences comme la répression dans les banlieues et les quartiers pauvres, la « chasse aux immigrés » et autres propos et actions spectaculaires contre les travailleurs, les pauvres. Mais toute cette politique n’est pas uniquement le fait de Sarkozy. Elle est la politique du gouvernement Chirac-De villepin. Après tout, ce sont eux qui ont proposé à Sarkozy tous les ministères importants qu’il a occupés. Et cela parce qu’il leur est utile et efficace pour faire «le sale boulot». Au fond, Chirac et Villepin ainsi que l’ensemble du gouvernement et de la droite s’accommodent bien de la politique et du ton de Sarkozy. Même s’ils arrondissent parfois les angles, ils surenchérissent parfois. Villepin s’est, par exemple opposé au vote des immigrés aux élections municipales.
La loi sur le rôle positif de la présence française, qui a entraîné de nombreuses et vives protestations en Martinique et en Guadeloupe, a été votée par la majorité UMP à l’assemblée nationale. Sarkozy est le président de l’UMP certes, mais la loi n’avait offusqué ni Chirac ni De Villepin. Il a fallu des manifestations pour qu’ils prennent leurs distances avec le texte et le vote de leurs compères.
Mais ce n’est pas seulement parce qu’ils sont «colonialistes» que les députés UMP ont voté le texte de loi. Soit dit en passant, les députés du PS ne le sont pas moins. Même s’ils ont voté cette fois contre la loi, Ils ont voté par le passé les pires textes. Par exemple, pendant la guerre d’Algérie, ils ont voté l’envoi des soldats du contingent pour aller réprimer le peuple algérien. Non, si la droite a voté ce texte inique, en plus de flatter l’électorat de l’extrême droite, c’est parce que certains réactionnaires de droite se sentent pousser des ailes derrière Sarkozy et poussent leur avantage en faisant voter des lois toutes plus réactionnaires les unes que les autres. Sans forcément en mesurer l’impact sur la population concernée et là ils sont tombé sur des gens qui résistent dans les populations des dits «DOM», car ils ont senti qu’il s’agit là d’une loi faite en faveur des oppresseurs contre les opprimés.
La manifestation de Fort-de-France contre Sarkozy
Plusieurs organisations politiques et syndicales et associations ont appelé la population à manifester le mercredi 7 décembre à Fort de France à partir de 18 heures. Toutes les organisations de gauche, indépendantistes, d’extrême gauche et associatives étaient présentes, et environ 800 personnes ont répondu à l’appel de cette manifestation. On pouvait noter la présence de travailleurs, d’enseignants, des élus locaux et municipaux manifestant contre la loi du 23 février 2005, et plus particulièrement son article 4 qui affirme le «rôle positif» de la colonisation française, réclamant ainsi son abrogation.
Mais les manifestants ont tenu aussi à montrer qu’ils s’opposaient à la venue en Martinique de Nicolas Sarkozy ministre de l’intérieur en visite pré-électorale et principalement à cause de ses propos politiques contre les immigrés tenus en direction de l’électorat de l’extrême droite.
En effet ceux qui ont manifesté dans les rues de Fort de France ont considéré la présence de Sarkozy en Martinique comme une insulte et comme ils le disaient eux-mêmes «missiè ni toupé vini la kaye nou». Les slogans le plus souvent repris ont été: «Le 6 décemb’ 1986 nou mété Lepen dérô, le 7 décemb’ 2005 Sakozy Kayé». «Sarkozy racaille nou pa lé ou an péï nou» ou encore «nég’ maron an lari-a Sakozy ka fê dêyê», «Nou pa lé loi kolonialis 23 févrié 2005 lan». On pouvait aussi noter le sourire des curieux sur le bord du boulevard approuvant ces différents slogans.
Averti qu’une manifestation «d’accueil» lui était réservée, Sakozy a préféré annuler son déplacement. Sarkozy a manifesté son désir de revenir une fois les esprits calmés. Ces propos n’ont pas calmé pour autant les militants des différentes organisations politiques, syndicales et associatives qui ont décidé de continuer à se mobiliser pour obtenir l’abrogation de cette loi scélérate.
Meeting du “Non à Sarkozy” à Pointe-à-Pitre
C’est à l’initiative du Comité contre le racisme et l’humiliation que plusieurs organisations syndicales et politiques ainsi que des associations et comités se sont réunies plusieurs fois pour dénoncer la répression policière.
En apprenant l’arrivée de Sarkozy ces organisations ont décidé de profiter de la venue de ce représentant du gouvernement, ministre de l’intérieur, pour exprimer leur mécontentement contre les violences policières, contre les attaques du gouvernement à l’encontre des travailleurs, contre la répression syndicale et contre le chômage qui touche une fraction importante de la population active et de la jeunesse. A chaque réunion des organisations nouvelles adhéraient. C’est au cours de cette mobilisation que les organisations ont décidé de dire «non à Sarkozy» et de l’attendre de pied ferme.
Un «comité unitaire» s’est constitué. Il fit son apparition publique au cours de la manifestation des syndicats du 29 novembre qui rassembla plusieurs milliers de personnes. C’est là que fut distribué le tract intitulé «Non à Sarkozy».
La décision du ministre d’annuler son voyage n’a pas démobilisé le comité unitaire. Le meeting prévu à Rémy Nainsouta le 8 décembre a été maintenu et a rassemblé 300 personnes. Une conférence de presse s’est tenue samedi 10 décembre devant l’ensemble de la presse et des télés locales qui furent rejointes par un journaliste du Figaro, présent sur place. Les organisations se sont engagées à contacter celles de Martinique, de Guyane et de tout l’Outre-Mer pour mener des actions communes jusqu’à l’abrogation de l’article 4 de la loi.
Loi du 23 février: les bains de sang du colonialisme passés sous silence
Un article de la loi du 23 février 2005 oblige à souligner dans les programmes scolaires le «rôle positif de la présence française Outre-mer, notamment en Afrique du Nord», et particulièrement le rôle des armées coloniales françaises! Ainsi, les aspects sanguinaires de la colonisation devraient être passés sous silence, au profit de contes bleus. La présence française Outre Mer a commencé avant l’esclavage. Les populations amérindiennes ont été décimées ; le continent africain a ensuite été dépeuplé de plusieurs millions de femmes, d’hommes et d’enfants, dont beaucoup sont morts en route, pour fournir une main d’œuvre abondante et captive aux grands planteurs blancs des Antilles et de toute l’Amérique. L’horreur de l’esclavage a duré plusieurs siècles.
La déstabilisation créée par la traite négrière, la désorganisation sociale, économique et la multiplication et l’exacerbation des conflits créés à l’intérieur de l’Afrique ont fait irrémédiablement régresser ce continent pendant plusieurs siècles et il en souffre encore violemment jusqu’aujourd’hui.
L’Afrique du Nord, colonisée plus tard, n’a pas subi cette période esclavagiste. Mais la présence française s’est traduite par un tel mépris, un tel écrasement de la population que celle-ci s’est révoltée et en Algérie, a obtenu l’indépendance au prix de sept années de guerre, de massacres.
Dans toutes ses colonies, la présence française s’est traduite par des violences contre les populations. Toute tentative des travailleurs d’arracher une petite amélioration de leurs conditions de vie a été brutalement réprimée. La répression la plus féroce s’exerçait aussi contre toute volonté de libération.
A plusieurs reprises, en Guadeloupe et en Martinique, des grèves ont entraîné des tueries de travailleurs par diverses forces armées du colonialisme. Ce fut le cas depuis l’abolition de l’esclavage, en 1848, durant toute la fin du 19ème siècle, pendant presque tout le 20 ème siècle de Février 1900 à février 1974, en passant par mai 1967!
Ajoutons une pression morale permanente, une volonté de rabaisser, d’infantiliser, de déresponsabiliser en permanence les peuples colonisés, de les soumettre au «maître Blanc», homme supérieur qui avait toutes les qualités et à qui l’on devait se soumettre!
Il n’y a pas une seule colonie de la France qui ait échappé à ces traitements brutaux et et humiliants!
C’est tout cela que le gouvernement voudrait cacher aux écoliers et lycéens de France . Et il voudrait en plus l’approbation des victimes et de leurs descendants, ils voudrait «l’oubli », et demande de ne plus «se complaire dans le passé»! Comme le disent les politiciens de droite! Mais là où ils se trompent, c’est que les descendants de colonisés ne sont pas simplement des gens qui cultivent «une mémoire du passé », ils sont eux-mêmes victimes, marqués profondément par ce passé colonial de leurs ancêtres et de leurs parents. Leur esprit, leurs comportements d’aujourd’hui sont en grande partie marqués, imprégnés de ce passé.
Face aux critiques et protestations soulevées par cet article, en particulier dans les dits DOM, le gouvernement a dû faire machine arrière, dans ses déclarations (mais pas dans les faits!) pour essayer de «calmer les esprits», en fait pour démobiliser ceux qui sont indignés et veulent en finir avec cette loi scélérate du 23 février.
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