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Derrière la loi du 23 février 2005
FLATTER L’ÉLECTORAT DE DROITE ET D’EXTRÊME DROITE
La loi du 23 février 2005 et son article 4 reconnaissant «le rôle positif de la présence française outre mer», autrement dit le colonialisme, tire son origine d’un vieux projet. Il s’agissait au départ d’un mémorial qui devrait ouvrir ses portes en 2007. C’était un projet municipal émanant de plusieurs associations de rapatriés d’Algérie auquel l’Etat s’est associé. Dans un projet de loi présenté à l’assemblée nationale le 10 mars 2004, il était déjà dit: «durant sa présence en Algérie, au Maroc, en Tunisie ainsi que dans les territoires anciennement placés sous son autorité, les apports de la France ont été multiples dans les domaines scientifiques, techniques, administratifs, culturels et aussi linguistiques. Reconnaître l’œuvre positive de nos compatriotes sur ces territoires est un devoir pour l’Etat français: ce sera notamment la vocation du mémorial de la France d’outre-mer».
C’est donc ce projet de loi qui a accouché de la loi du 23 février 2005 dont l’article 1 stipule: «la nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l’œuvre accomplie par la France dans les anciens départements français d’Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine ainsi que dans les territoires placés antérieurement sous la souveraineté française».
Et même certains députés du Parti socialiste qui maintenant réclament l’abrogation de la loi du 23 février allaient dans ce sens. C’est ainsi que M Kleber Mesquida, député socialiste, déclarait le 11 juin 2004: «permettez moi donc de saluer tous ces compatriotes qui ont contribué à l’œuvre civilisatrice de la France».
Comme on le voit, ce n’est donc pas à la va vite que ce texte de loi a été voté et préparé. Il s’agissait depuis le départ de flatter certains lobbies dont celui des rapatriés d’Algérie et d’Afrique du nord, les anciens «pieds noirs». Ce milieu est connu comme un milieu de droite voire d’extrême droite et très souvent xénophobe, particulièrement envers la communauté arabe. Vivier de voix et terreau électoral de certains députés de la majorité, surtout dans le sud de la France, il est «soigné» par la droite en vue des prochaines élections. Que certains à gauche tentent aussi de le flatter n’est pas étonnant.
LES RAPATRIES D’AFRIQUE DU NORD
Rappelons que les ex- «pieds noirs», population d’origine européenne à l’époque en Algérie, s’étaient dans leur majorité illustrés par leur racisme envers les Arabes d’Algérie. Les gros propriétaires terriens pieds noirs exploitaient férocement des milliers de journaliers arabes sur leurs terres. Leur racisme était relayé par celui de milliers de «petits blancs». Ce milieu était violemment opposé dans sa majorité aux revendications indépendantistes des nationalistes algériens, à l’exception de ceux qui militaient au Parti communiste algérien et certains membres du Parti socialiste. A la fin de la guerre d’Algérie, c’est sur une bonne fraction des pieds noirs, en Algérie comme en France, que s’est appuyée l’OAS (organisation de l’armée secrète) créée et dirigée par un certains nombre de généraux et d’officiers de l’armée française dissidents. C’est par le terrorisme, des attentats aveugles, des centaines de morts dans la population arabe et des attentats ciblés contre certains gaullistes que l’OAS a exprimé la déception de ceux qui ne voulaient pas d’une Algérie algérienne. Rapatriés en France, déçus, aigris et ayant perdu leurs biens, un grand nombre de rapatriés se sont jetés dans les bras de la droite réactionnaire ou de l’extrême droite dont ils constituent l’une des forces d’appoint encore aujourd’hui.
LES “BIENFAITS” DES EXPLOITEURS
Quant à «l’apport» de ces français d’outre-mer ou encore des «bienfaits» de la présence française outre-mer, on nous dit que des routes, deS hôpitaux, des écoles ont été construits à l’avantage des populations autochtones. Mais le peu qui a été fait en la matière l’a été uniquement pour perpétuer l’exploitation coloniale. Il fallait bien un minimum d’infrastructures pour que les travailleurs coloniaux ne crèvent pas de faim, enfin, pas trop vite, pour perpétuer leur exploitation. Mais les infrastructures routières et ferroviaires étaient avant tout destinées à faciliter la circulation des marchandises, de l’intérieur des terres vers les ports. Et cela parfois au prix de milliers de vies humaines, comme le chemin de fer Congo-Océan qui coûta la vie à 25 000 Africains.
La scolarisation s’adressait surtout aux colons. Rappelons qu’au moment de la guerre d’Algérie, il y avait un million de pieds noirs ayant le droit de vote, contre seulement 60 000 Algériens sur une population de 10 millions de personnes. Motif invoqué: il fallait savoir lire et écrire pour être électeur. C’est donc une minorité de colonisés qui était scolarisée. Il fallait bien que certains aient un minimum de culture, au moins savoir plus ou moins lire et écrire pour faire face aux nécessités de l’exploitation capitaliste moderne dans les entreprises. C’est exactement pour les mêmes raisons qu’en France même, à la fin du 19ème siècle où sévissait l’esclavage, salarié, celui là, il fallait bien scolariser un certain nombre de travailleurs et les soigner plus ou moins bien afin de les exploiter mieux, plus longtemps pour qu’ils soient «rentables», comme un cheval de trait ou un quelconque animal de ferme. Mais aussi bien en France même qu’en Europe ou dans les colonies, les exploiteurs capitalistes ont fait mener une vie d’enfer à des millions de travailleurs, d’hommes et de femmes pour l’accumulation du capital d’abord et sa reproduction ensuite. Le travail des enfants, les journées de 12 à 15h de travail, les conditions de vie dans des taudis infâmes, les ravages des maladies endémiques, le prolétariat des colonies mais aussi celui de France les ont connus pendant des décennies. Et même si aujourd’hui, par la lutte des travailleurs, les conditions ont quelque peu évolué favorablement, des millions de travailleurs connaissent des conditions de travail ignobles et dégradantes.
La différence aux colonies, c’est que les travailleurs y subissaient une double exploitation: capitaliste comme tout le monde mais aussi coloniale. En gros lorsqu’on donnait quatre sous au travailleur français pour ses journées interminables, on donnait 2 sous au travailleur des colonies avec un coup de pied au derrière en guise de remerciement, en guise de supplément colonial. On s’embarrassait aussi de moins de scrupules qu’en France pour emprisonner, tuer, ou massacrer en cas de révolte.
COLONIALISME ET CAPITALISME
Encore que plus loin dans le temps, alors que l’esclavage sévissait dans les colonies d’Amérique, à l’époque ou le capitalisme forgeait sa puissance, n’a-t-on pas traité ainsi le travailleur français et européen lui-même, à l’époque de la domination de la noblesse, à l’époque ou les vagabonds étaient marqués au fer rouge et contraints au travail forcé dans les manufactures, où les révoltes étaient noyées dans le sang? Et ces bains de sang, les travailleurs français les ont connus encore en 1870 sous la commune de Paris et les fusillades encore au début du vingtième siècle pendant les grèves. Dans les pays coloniaux ces bains de sang furent commis directement encore bien longtemps après: les massacres de Sétif par l’armée française en 1945, de Madagascar en 46 avec plus de 50 000 morts, la guerre d’Indochine et d’Algérie avec leurs cortèges de massacres et de tortures, les tueries de mai 1967 à Pointe à Pitre et celle de Martinique à Chalvet en 1974 pour ne citer que les faits les plus récents. Mais les tueries se chiffrent par dizaines dans ces colonies, en Martinique et en Guadeloupe aussi après l’esclavage, au 19ème et au 20ème siècle.
Alors oui, le capitalisme, pour asseoir la domination et la richesse d’une minorité, a partout dans le monde exploité, pillé, tué, massacré et comme dit Marx il s’est formé dans la boue, la sueur, le sang de millions d’êtres humains à travers les âges. Il a modelé le monde entier à la mesure de ses besoins et continue de le faire. Le colonialisme n’est pas un système spécial séparé du reste du processus d’exploitation. C’est comme disait Lénine le «stade suprême» du capitalisme parvenu à sa période «impérialiste».
Ceux qui manifestent pour l’abrogation de la loi du 23 février 2005 et singulièrement les partis, groupements et associations d’obédience nationaliste certes ont raison de le faire. Cet épisode fait partie intégrante de leur opposition, toute modérée du reste, au «colonialisme». Mais presque tous ne se placent que sur le terrain de «l’anticolonialisme». Ils se battent contre les effets d’un mal, mais pas contre le mal qui les induit. Ils ne prétendent pas le faire non plus, ni ne le veulent. Cependant, si parmi eux ou en dehors d’eux se trouvent des travailleurs et des jeunes qui se posent sincèrement le problème de savoir comment en finir radicalement avec l’oppression coloniale ou impérialiste, ils peuvent tirer parti de cet épisode des manifestations contre la loi du 23 février 2005 pour chercher, et trouver de vraies réponses.
Car le colonialisme, l’impérialisme ne sont que les formes prises par le capitalisme à une période donnée, s’exprimant plus nettement dans des zones géographiques données de la planète. Le combat le plus conséquent contre le colonialisme et l’impérialisme reste la lutte pour l’éradication du capitalisme lui-même.
A propos de la loi du 23 février 2005: les contorsions de Patrick Karam
Patrick Karam, dirigeant du Collectif des Antillais, Guyanais et Réunionnais à Paris, a fait des déclarations plutôt embarrassées à propos de la loi du 23 février 2005, tout comme précédemment sur les banlieues. L’homme, qui n’était pas avare de déclarations radicales sur la discrimination dont sont victimes les Antillo-Guyanais, a mis beaucoup d’eau dans son rhum. C’est ainsi qu’au sujet de ladite loi, il ne demande pas la suppression de l’article 4 («les aspects positifs de la colonisation») mais simplement il voudrait qu’on en exclue les DOM–TOM.
De même sur les banlieues, il avait déclaré que les Antillais étaient avant tout des «victimes» ; qu’il y avait bien quelques jeunes Antillais isolés parmi ceux qui brûlaient les voitures, mais que les «bandes» d’Antillais étaient en quelque sorte beaucoup moins méchantes que les bandes d’Africains ou de Maghrébins!
Autrement dit, nous Antillais sommes des gentils, et les méfaits de la colonisation en Afrique et en Algérie, cela n’est pas notre problème.
On comprend mieux ces contorsions verbales quand on sait que depuis quelques mois, P. Karam est devenu sarkoziste et pousse les membres du Collectif à adhérer à l’UMP. La perspective d’un petit poste en cas de victoire de Sarkozy en 2007 explique sans nul doute ces explications embarrassées.
Patrick Karam roule pour Sarkozy
Dans un communiqué le Collectif des Antillo-Guyanais dirigé par Patrick Karam, ce dernier déclare à propos de la polémique sur la loi concernant les bienfaits de la colonisation: «Nicolas Sarkozy est le seul homme politique à s’être prononcé sur cette question majeure. Le collectif ne saurait en effet tolérer aucun révisionnisme relatif aux génocides et aux crimes contre l’humanité». Karam avait par ailleurs fait l’éloge de Sarkozy sur les ondes de Radio Caraïbes il y a plusieurs jours. On s’en doutait déjà mais voilà qui est clair, Karam rejoint Sarkozy. Il cherche à faire de son association et du milieu antillais immigré un vivier de voix pour Sarkozy aux prochaines élections. Ceux qui suivent Karam doivent s’en méfier. Il ne roule surtout pour ses intérêts personnels.
Loi du 23 février: l’embarras du gouvernement
Chirac a confié au président de l’assemblée nationale, Debré, la mission de réécrire le texte de la loi du 23 février 2005 et de le représenter devant les députés. Il a reconnu que la loi était inadéquate et avait choqué en outre-mer. Mais Chirac et la droite sont bien hypocrites, car si cette loi a été votée et l’amendement socialiste repoussé, c’est bien l’œuvre de cette même droite chiraquienne. Et sans les manifestations d’opposition en Martinique et en Guadeloupe, obligeant Sarkozy à ajourner son voyage aux Antilles, rien n’aurait été fait.
Pour le gouvernement cette question est d’autant plus urgente à régler que Villepin a affirmé son intention de se rendre aux Antilles et il faut désactiver les raisons de troubles et de manifestations avant sa venue. Il s’agit aussi de calmer le mécontentement sur ce point dans la communauté antillaise de France avant les élections. Mais selon l’Elysée, Debré devra tout faire pour satisfaire tout le monde: ne pas vexer les députés UMP, mais satisfaire les protestataires d’outre-mer, faire en sorte que la gauche vote le nouveau texte, sans repentance gouvernementale ni avoir l’air de se déjuger… C’est la quadrature du cercle!
Mais le mal est fait et le parlement aura bien du mal à «réécrire le texte» puisque c’est l’ensemble de la loi qui est truffé de propos tendant à accréditer les bienfaits de la présence française outre-mer. Un comité pour l’abrogation de cette loi a été constitué sur lequel militent activement les notables du Parti socialiste, tout aussi hypocrites que la droite du reste, puisque certains de ses députés avaient soit voté le texte, soit tenu des propos allant dans le même sens. En Martinique et en Guadeloupe une kyrielle de partis et d’organisations militent aujourd’hui pour l’abrogation pure et simple de la loi et envisagent toute une série de manifestations.
On ne les savait pas “masos”
« Il y en a assez de l’auto flagellation », de « la repentance permanente », « bientôt on devra s’excuser d’être français », voilà autant de propos qui reviennent dans la bouche des dirigeants de la droite à propos de la loi sur les bienfaits du colonialisme. Sarkozy les répète sans arrêt, mais aussi Chirac et Villepin. Mais étaient-ils vraiment tenus de pondre cette loi, malgré les pressions des rapatriés d’Algérie et de quelques députés en mal de reconnaissance identitaire française? Bien sûr que non. Et maintenant que la droite a soulevé un tollé, ses dirigeants seraient contraints de se «flageller»! Voyez-vous ça!
Pauvres dirigeants de l’Etat français! qu’ils sont à plaindre! Mais tous ces propos sont aussi «petits» que leurs lois et en fait procèdent même du racisme ordinaire, à l’envers!
Voilà donc ce qu’ils répondent, quand on leur demande tout simplement de dire la vérité. Il est vrai que ces gens-là sont tellement habitués à raconter des mensonges, des contes à dormir debout au « bon peuple » que lorsqu’on leur assène quelques vérités, ils sortent tout estourbis de leur monde de faux semblants, de chausse-trappes, de crocs-en-jambe et de tromperies. Et ils hurlent d’autant plus que la vérité est dure à entendre.
Libres à eux, après tout, s’ils veulent être solidaires des esclavagistes, de Bonaparte rétablissant l’esclavage, des tortionnaires d’Algérie, des massacreurs d’Indochine et des Antilles.
Mais, au fond, tout cela n’est que le cadet de leurs soucis. Seul compte pour eux leur avenir personnel, les élections et à cet effet comment chanter une musique et des paroles qui plaisent à tous les «franchouillards» et autres « Dupont la joie » de l’électorat de droite et d’extrême droite.
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