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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 28 janvier 2006      N° 938

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À la Une

Éditorial

Non à la précarité généralisée pour seul avenir!

Le Premier ministre fait feu de tout bois et ce ne sont que de nouveaux cadeaux pour les patrons. Ainsi il va créer le «contrat premier emploi». Ce contrat va s’appliquer aux moins de 26 ans dans toutes les entreprises alors que le contrat nouvelle embauche (CNE) n’était valable que pour les entreprises de moins de 20 salariés. De Villepin n’a fait qu’accéder aux demandes de la patronne du MEDEF, Laurence Parisot, qui demandait l’extension du CNE à toutes les entreprises soi-disant pour permettre aux entreprises d’être plus compétitives.
Avec ce contrat de premier emploi, l’employeur aura les mains libres pour licencier à sa guise et sans motif. Il ne devra respecter qu’un préavis de 15 jours et surtout l’indemnité de licenciement de 460 € versée au licencié sera payée par l’Etat et non par l’employeur. Ce dernier bénéficiera de 3 ans d’exonération de charges sociales. A l’annonce de ce nouveau contrat, les étudiants de l’UNEF, les lycéens et les syndicats de salariés ont sonné la mobilisation générale en France. Des manifestations sont prévues le 7 février, avec un temps fort le 31 janvier. C’est en effet à cette date que le gouvernement a avancé l’examen de son projet de loi « sur l’égalité des chances ». Nous ne savons encore quelles seront les réactions sur le terrain en Martinique et en Guadeloupe.
Mais apparemment, les «CNE», CPE ne sont que des premiers paliers d’une escalade vers une généralisation totale de la précarité. Car de Villepin envisage purement et simplement de généraliser la période dite d’essai de deux ans à tous les contrats à durée indéterminée et de supprimer les CDD (contrats à durée déterminée) ; En réalité il supprimera et les CDD et les CDI. Le gouvernement ne se cache pas de vouloir casser le droit du travail. Il offre ainsi aux patrons des travailleurs qui pourront être licenciés à tout moment ou maintenus, mais tout cela strictement au gré des besoins de l’entreprise. Les travailleurs ne sauront jamais la veille s’ils garderont leur emploi le lendemain. Dans ces conditions comment par exemple obtenir des prêts, et organiser sa vie même à court terme? Toute la vie, dans l’espace et dans le temps sera « précaire ». Aucun projet de vie durable ne pourra être fait. Ce sera la vie au jour le jour.
Mais le pire dans tout cela c’est que l’on risque d’avoir à la fois le chômage et la précarité. Car les patrons n’embaucheront pas massivement pour autant. Ou alors ils embaucheront et licencieront en permanence, ce qui revient au même. Villepin dit qu’il y a urgence. Oui il y a urgence mais urgence pour créer de vrais emplois, et pas ces demi mesures qui ne résoudront rien à la longue. En fait Villepin-Chirac mènent une politique de l’emploi à courte vue, juste pour faire baisser les chiffres du chômage officiel dans les statistiques de manière à se présenter en bonne posture aux élections présidentielles. Mais au quotidien, dans les quartiers, les jeunes ne connaîtront au mieux que de petits boulots à la petite semaine et leur vie ne changera pas vraiment.
Quant à la gauche qui aujourd’hui prépare les manifestations et incite les étudiants, les lycéens et les syndicats à se mobiliser massivement, elle aussi ne pense qu’aux présidentielles. Elle utilise le mécontentement pour glaner des voix aux présidentielles prochaines. Mais en réalité les gouvernements de gauche ont fait autant que ceux de droite en matière de cadeaux au patronat. N’ont-ils pas décidé d’accorder 15 milliards d’euros annuels d’aides au patronat sous prétexte de compensation des 35 heures et 10 milliards d’euros en réduction de la taxe professionnelle?
Et tout cela alors que les coffres forts du grand patronat sont pleins à craquer avec des milliards de profits. Alors, bien sûr qu’il faut manifester et se battre pour récupérer au moins une partie de cet argent, mais il n’y a par contre aucune illusion à se faire sur les partis au pouvoir comme sur ceux de l’opposition officielle qui bernent les travailleurs d’élections en élections. Pour les travailleurs ce ne sont pas les élections qui comptent mais les luttes. Et plus ces luttes seront offensives, larges, et générales, meilleures seront leurs chances de changer vraiment leur sort.



Les petites mutuelles liquidées

Les adhérents des mutuelles liquidées se mobilisent et se battent car ils ont le sentiment d’avoir été spoliés. Avec le nouveau code de la Mutualité les mutuelles devaient se mettre en conformité avec les nouvelles dispositions en ce qui concerne la marge de solvabilité et surtout le fonds de réserves obligatoire qui est devenu beaucoup plus élevé. La barre a été mise tellement haut que certaines mutuelles pour survivre devaient s’associer avec une Assurance ou une mutuelle plus importante. C’est dans ces conditions que l’UDMG n’a pu résister à ces nouvelles exigences et du fait d’une gestion jugée un peu floue a été liquidée.
Le problème c’est que toutes les petites mutuelles avaient des conventions avec l’UDMG et sa chute a entraîné également leur liquidation même si elles faisaient face à leurs obligations vis-à-vis de leurs adhérents.
La situation est d’ailleurs très confuse car un liquidateur judiciaire a été nommé et, sans consulter les responsables des mutuelles, a décidé de les liquider. Les salariés de ces mutuelles, plus de 60 personnes, ont été licenciés. C’est dans ce contexte que les mutualistes de la Mutuelle de la Prévoyance de Petit-Bourg sont montés au créneau le jeudi 19 janvier dernier au tribunal de commerce pour exprimer leur refus de voir le bâtiment de la Prévoyance vendu aux enchères. Le maire de la commune était en tête des manifestants et a décidé de faire jouer son droit de préemption. L’affaire a donc été reportée au 16 février car la mairie n’a pas encore dit à quel prix elle comptait acheter le bâtiment.
C’est l’incompréhension pour les mutualistes qui sont pour la plupart des personnes âgées qui cotisent depuis de nombreuses années. Lorsqu’on prend l’exemple de la mutuelle «les Grenats» à Petit-Bourg qui existe depuis 1840, à l’époque de l’esclavage, on comprend la vive émotion des mutualistes. Les travailleurs ont toujours créé des associations de solidarité et cotisaient pour pouvoir enterrer décemment leurs proches et maintenant ils apprennent qu’ils ont perdu tout leur argent.
Il est clair que ces liquidations ont été faites pour répondre à des exigences de l’Europe qui veut se débarrasser des petites mutuelles. Il s’agit d’une opération qui se fait au profit des grosses compagnies d’assurances privées. Il n’y a plus de place pour les petites mutuelles.



Martinique
Grève chez Mercédes

Les travailleurs de la société qui commercialise la marque Mercédes en Martinique sont en grève principalement pour réclamer la réintégration d’un salarié licencié et la constitution d’une unité économique et sociale. S’agissant du salarié licencié, les grévistes assistés de leur syndicat, la CSTM, font valoir que la direction a eu recours à un licenciement abusif, non justifié pour régler ses comptes avec un salarié qu’elle avait déjà pris en grippe.
Pour ce qui est de la demande de constitution d’une unité économique, là également, les réclamations des grévistes sont justifiées.
Le garage Mercédes est implanté juste au dessus du centre commercial «La Galleria», dans un site qui regroupe plusieurs entreprises dont la SGCA (Société Générale de Commerce aux Antilles). On y vend entre autres choses, des matériaux de construction, sanitaires, etc. Tout cela appartient à la riche famille béké Hayot.
Pour ne pas avoir d’instances représentatives du personnel dans l’entreprise, Hayot a créé diverses entreprises ayant une activité précise et unique. Par exemple, une société vend les voitures Mercédes, une autre société vend les pièces détachées Mercédes, et une autre effectue les réparations des voitures Mercédes précédemment achetées. Tout cela pour ne pas atteindre un effectif dans une seule entreprise qui l’obligerait à mettre en place des délégués du personnel, mais surtout un Comité d’entreprise qui pourrait poser des questions sur les comptes de l’entreprise.
Hayot pensait ainsi pouvoir tenir éternellement les travailleurs en respect. Mais ces derniers lui ont montré que leur patience avait une limite, depuis le temps qu’ils lui demandaient de se mettre en règle avec la législation sociale en la matière.



Sarkozy: deuxième tentative

Récidiviste, Sarkozy. Après le revers subi au mois de décembre face au tollé de protestations contre sa venue en Guadeloupe et en Martinique, il a annoncé une nouvelle visite. Il s’annonce pour le mois de mars.
Le hic c’est que les députés de son parti UMP dont il est le président ont voté une loi sur les «aspects positifs de la colonisation» et qu’on assiste contre cette loi à une levée de boucliers. En Martinique des collectifs manifestent activement. En Guadeloupe aussi les protestations sont nombreuses. On sait que M Debré, président de l’assemblée nationale, prépare un nouveau texte. Sarkozy se dit aussi favorable à une réécriture du texte. En y enlevant les Antilles et en ne laissant que l’Afrique du Nord. Face à tant d’hypocrisie, les associations et partis de Guadeloupe et de Martinique réclament l’abrogation pure et simple de la loi. Car il est vrai que c’est l’ensemble de cette loi qui est mauvais, pas seulement l’article 4.
Alors si au moins le texte n’est pas abrogé ou fondamentalement remanié, Sarkozy risque fort d’essuyer des manifestations de méconten-tement importantes lors de sa venue. Mais même si le texte était bien remanié, voire abrogé, il serait quand même nécessaire de manifester contre la politique de Sarkozy qui vise à concurrencer l’extrême droite raciste de Le Pen.




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