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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 28 janvier 2006      N° 938
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Martinique
Grand Rivière. La contestation du projet de captage

L’assemblée générale de l’ASSAUPAMAR (Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais) n’a pas pu se tenir comme prévu à Grand Rivière le dimanche 22 janvier.
Dès 7 heures du matin un groupe d’habitants, d’ouvriers agricoles et de responsables de la commune, brandissant des banderoles: ASSAUPAMAR dewo, ASSAUPAMAR=chômage, travail=banane, eau=banane, s’étaient rassemblés au niveau de l’habitation Chesneaux, barrant l’accès de la commune avec des gros tracteurs et provoquant un important embouteillage.
Durant plusieurs heures, les deux parties sont restées ainsi face à face, les gendarmes présents ne cherchant pas à intervenir pour débloquer la situation. La tension était importante dans la commune et aux alentours. Ce n’est que vers 11 heures, suite à l’intervention de De Lucy, le béké, président du Syndicat des planteurs du Grand Nord, que le barrage fut levé. Ce gros possédant apparaissait clairement être le commanditaire de l’opération.
Après avoir cherché à expliquer leurs positions aux personnes présentes, dirigeants et militants de l’ASSAUPAMAR ont quitté le terrain et ont préféré aller tenir leur assemblée dans la commune voisine de Macouba.
Le conflit entre partisans et opposants au projet de captage de l’eau de la Grande Rivière couve depuis plusieurs mois. Il était déjà monté d’un cran la semaine dernière lorsque les militants de l’ASSAUPAMAR se sont opposés par leur présence sur les lieux au démarrage du chantier. Selon eux, le captage de cette rivière risque d’occasionner des déséquilibres au niveau de la flore et de la faune et donc des dégâts importants pour l’environnement.
Les propriétaires des principales habitations de la région eux, des gros possédants békés pour la plupart, ont obtenu un accord préfectoral après l’avis favorable des services de la DAF (direction de l’agriculture et des forêts) pour un projet d’irrigation de leurs terres en captant l’eau de la Grande Rivière. Ils ont présenté cette réalisation comme indispensable à la survie de la banane dans la région et donc à la survie des emplois. De ce fait, ils ont obtenu le soutien de la municipalité de droite dirigée par Bouquety et aussi des travailleurs agricoles qui sont régulièrement menacés de perdre leur emploi dans le secteur bananier. Par contre, ils n’ont pas l’aval de la présidente du Comité de Bassin, chargée de la concertation dans le domaine de la gestion de l’eau. Selon Madeleine De Grandmaison: «ce prélèvement n’est justifié par aucun plan discuté de l’aménagement agricole». Les propriétaires n’ont pas non plus l’aval du président de la Chambre d’agriculture qui déclare n’avoir pas été saisi du dossier.
Ces derniers mois, ces patrons ont licencié des centaines de travailleurs et depuis certaines de leurs plantations sont mises en jachères. Au moment d’accomplir leurs méfaits, ils n’étaient pas aussi bavards! Et bien malin celui qui pourrait affirmer aujourd’hui que l’irrigation avec l’eau de la Grande Rivière permettra de faire redémarrer l’emploi dans la région.
Alors, même s’il apparaît que sous les arguments des uns et des autres, il y a aussi des considérations politiciennes, la méfiance de nombreuses personnes à l’égard de ce projet ficelé par les possédants de terres du Nord de la Martinique est compréhensible. Il est normal qu’il soit exigé que ces derniers apportent tous les éléments prouvant que leur projet n’entraînera pas la désolation aux environs de Grand Rivière. Il est normal qu’avant de démarrer les travaux, ils prennent le temps de convaincre les différents partenaires qui interviennent dans la gestion de l’eau, et qu’ils rendent des comptes. Leurs méthodes de soi-disant grands seigneurs et maîtres sont inacceptables.
Les travailleurs agricoles, eux, défendent leur emploi et c’est légitime. Mais pour eux aussi, la méfiance doit rester de mise, tellement ils sont habitués à se faire mener en bateau par des gens qui défendent principalement leurs intérêts et qui n’hésitent pas à se débarrasser d’eux lorsque le vent tourne. Ils peuvent aussi profiter de la mobilisation pour exiger plus de garanties concernant l’emploi pour tous, que l’emploi se fasse dans la banane ou dans tout autre projet venant de l’exploitation de la terre.



Guadeloupe
Nouvelle LBU (Lignières Bananière Unique)?

Après de laborieuses discussions qui ont duré des mois, la semaine dernière, les deux groupements bananiers de la Guadeloupe, Banagua et Karubana, ont fusionné pour donner naissance à un seul groupement: «Les Planteurs de Guadeloupe ». Et c’est à l’unanimité que le président, F. Lignières, et le bureau ont été élus par les membres du nouveau groupement. On a tenu à noter que les petits planteurs qui n’ont pas tous, loin s’en faut, une totale confiance dans les gros planteurs, on les comprend, ont deux représentants dans le bureau.
La fusion des groupements- il en est de même en Martinique- c’est, dit-on pour essayer de sauver la banane des Antilles devant la menace de sa disparition avec l’entrée en application, depuis le 1er janvier 2006, de la politique du «tarif only». Désormais, les bananes dollars entrant sur le marché européen seront frappées d’une taxe de 176 euros par tonne. Les planteurs des Antilles réclamaient un montant minimum de 183 euros. Selon eux, ils ne pourront plus tenir face à la concurrence des Multinationales américaines. Et c’est pour tenter de survivre que les plus gros planteurs ont tout fait pour obtenir la fusion des différents groupements de Guadeloupe et de Martinique. D’ailleurs F. Lignières a tenu à préciser qu’il ne pense pas occuper son nouveau poste de président plus de 6 mois. Le temps de voir si les choses s’améliorent. A savoir si les pouvoirs publics, Etat, Conseils Régional et Général, vont continuer à les arroser de subventions et autres aides comme cela a été le cas depuis des années.
Les choses ont l’air d’être, pour le moment, plutôt bien engagées pour eux compte tenu des déclarations d’élus et de certains spécialistes de la question qui pensent que les pouvoirs publics ne laisseront pas tomber les planteurs de bananes. Un gros importateur de France a déclaré notamment qu’il pense qu’il n’y aura pas de gros problèmes pour l’Europe et la France à soutenir les quelques 300 000 tonnes de bananes des Antilles qui ne sont rien par rapport aux près de 3 millions de tonnes de bananes dollars. Quant à V. Lurel, président de la Région Guadeloupe, il a estimé que le gouvernement français devrait verser au moins 90 millions d’euros aux planteurs des Antilles, en plus des aides compensatoires.
Alors la banane des Antilles sera-t-elle sauvée? Une chose est sûre c’est que les gros planteurs de Guadeloupe ou de Martinique ne risquent pas de se retrouver sur la paille comme c’est le cas pour les milliers de travailleurs de la banane des deux îles qu’ils ont licenciés depuis deux ans.



Mobilisation pour Mumia Abu-Jamal

Le Collectif guadeloupéen de soutien à Mumia Abu-Jamal a décidé de réagir après la décision de la Cour Suprême fédérale de tenir compte de trois requêtes présentées par les avocats du journaliste noir américain incarcéré dans le couloir de la mort à Philadelphie dans l’état de Pennsylvanie. Ces trois requêtes ont été déposées le 17 janvier 2006. En particulier, elles relèvent des irrégularités de procédure lors des Assises en 1981 ainsi que le comportement raciste du juge Sabo qui a condamné Munia Abu-Jamal à la peine de mort.
C’est grâce à la mobilisation internationale que l’exécution de Mumia a été suspendue jusqu’ici. Après une longue bataille judiciaire, la décision de la justice de tenir compte de certains arguments de la défense est une avancée. Mais d’autres éléments qu’elle n’a pas retenus sont encore plus importants, à savoir les déclarations d’un homme du nom de Harold Berverly qui a déclaré que c’est lui qui a tué le policier Faulkner. Mumia est accusé d’avoir tué ce policier. Un autre témoignage a une importance. La greffière du juge Sabo a déclaré avoir entendu ce juge déclarer au moment des Assises: «nous allons les aider à faire frire ce nègre»! La justice américaine ne tient pas compte des témoignages après les condamnations. Pour elle il y a prescription. Cela signifie que même si l’on a des preuves de l’innocence d’un condamné après sa condamnation, il est quand même exécuté. Les avocats réclament l’audition de ces témoins.
Quelles seront les suites de ces procédures judiciaires que la justice américaine a rejetées pendant plusieurs années?
Les différentes organi-sations à l’échelle internationale demeurent vigilantes et main-tiennent plus que jamais la mobilisation. Si les avocats obtiennent satisfaction il est possible que le procès de Mumia soit révisé. En Guadeloupe le Collectif qui soutient Mumia s’est mobilisé durant plusieurs années. Il se prépare à organiser une conférence de presse au début du mois de février. Une délégation de quatre membres doit se rendre à Paris pour participer le 22 avril à l’inauguration d’une rue au nom de Mumia dans la commune de Saint-Denis près du stade Mandela. Cette manifestation a lieu deux jours avant la date d’anniversaire de l’incarcération de Mumia, le 24 avril. Cela fera 24 ans que ce journaliste se trouve dans le couloir de la mort. Le Collectif se prépare également à organiser une manifestation culturelle pour récolter des fonds à envoyer à la famille de Mumia. Cette solidarité est importante. Elle s’est déjà manifestée en Guadeloupe. Le Collectif avait recueilli plusieurs milliers de signatures et des fonds qui ont été envoyés à la famille du journaliste. Ce dernier a adressé un courrier aux Guadeloupéens pour les remercier. Le Collectif compte sur la même solidarité et même plus pour arracher définitivement Mumia Abu-Jamal du couloir de la mort.



Martinique
Agglomération du centre! “On ne nous transporte pas, on nous roule!”

La CACEM «Communauté d’Agglomération Centre Martinique» chargée d’organiser les réseaux des transports collectifs a mis en place une nouvelle organisation des transports. Cette organisation intercommunale a pour but de desservir les quatre communes du centre: Fort de France, Schoelcher, St Joseph et Lamentin.
Ainsi, un voyageur habitant St Joseph et voulant se rendre à Schoelcher par exemple doit normalement prendre deux bus différents en établissant une correspondance à Fort de France. Auparavant il lui fallait payer deux fois son trajet. Depuis le premier janvier 2006, il a la possibilité de voyager avec le même ticket en effectuant sa correspondance à Fort de France pour se rendre à Schoelcher. Et avec ce ticket, il a une heure pour avoir le droit de prendre la correspondance.
Mais la première semaine, de nombreux voyageurs se sont retrouvés à attendre en plein soleil leur bus de correspondance durant plus d’une heure sans voir l’ombre d’un bus. La durée d’utilisation du ticket étant dépassée, ils ont dû prendre un deuxième ticket pour rejoindre leur destination. C’est la direction de la CFTU qui empochait le surplus. Inutile de dire que les usagers ont manifesté leur colère, d’autant plus que le prix du ticket a augmenté de 30 % soit de 1€ à 1,30€.
Un peu plus de quinze jours après, le journal France-Antilles sous-titrait: «La Cacem et la CFTU ont admis leurs erreurs et tentent d’ajuster le réseau». La solution apportée à cette «erreur» a été de mettre le temps de correspondance à 1 heure 30 au lieu de 1 heure! C’était bien tard pour réagir!
Ces soi-disant corrections ne résolvent pas le problème des transports dans le cadre de «l’intercommunalité». Ainsi des voyageurs qui se rendent au travail vers Didier ou à Balata ont droit à leur scène quotidienne. Il n’y a jamais de bus qui parte à l’heure des stations malgré les horaires affichés: «Tous les jours, c’est la galère» disent les usagers. «Nous sommes obligés d’attendre près d’une heure avant d’avoir un bus qui doit nous conduire vers notre destination. Souvent c’est un autre bus desservant une autre ligne qui est réquisitionné par un chef de la CFTU pour nous transporter, et c’est la bagarre pour monter à bord. Du coup ce sont les personnes âgées qui se retrouvent hors circuit. Déjà, avec leurs euros on s’est fait avoir, maintenant le ticket de bus coûte 1,30 € soit 8,53 F pour un trajet simple et 1,70 € soit 11,15 F pour un trajet prenant en compte une ou plusieurs correspondances. En plus nos impôts locaux ont augmenté mais pas nos salaires ».
Voilà la réalité quotidienne pour les centaines de personnes qui prennent les bus. Elles ont bien l’impression d’être roulées, et non transportées.



Guadeloupe
De grands projets avec l’argent des autres!

Christian Viviés, le responsable du MEDEF local, a un projet ambitieux. Selon ses déclarations, le chômage peut diminuer de 1% par an pendant 15 ans. C’est «l’avenir en rose» pour une Guadeloupe frappée par un chômage important: plus de 40% de la population active. Pas question pour Viviès, bien sûr, de puiser même en partie sur les profits des patrons.
Pour la réalisation de ses «rêves», le représentant du patronat propose un pacte économique et social. Il invite les partenaires sociaux et les élus à participer à la réalisation de ce projet. Ses clins d’œil vont particulièrement au président de la Région pour débloquer des fonds. Encore une manœuvre pour ces patrons de tenter d’engloutir la manne publique sans pour autant créer des emplois. La politique «d’arrosage» en faveur du patronat menée par les gouvernements de droite et de gauche a donné les résultats que l’on sait: beaucoup de cadeaux aux patrons et aux entreprises d’un côté, fermetures d’entreprises et délocalisations avec aggravation du chômage de l’autre. Reste à savoir comment réagiront les élus et les partenaires sociaux sollicités par Christian Viviès. Les patrons ont déjà cherché à séduire tous ces partenaires avec le «dialogue social» pour imposer en douceur aux travailleurs des conditions de travail de plus en plus difficiles.



Martinique
Bernard Kouchner en quête de soutien

L’ancien ministre de la Santé de Jospin et ancien administrateur du Kosovo pour le compte de l’ONU, Kouchner, était en tournée pré-électorale en Martinique en compagnie de la journaliste Christine Okrent, sa compagne et agent électoral.
Membre du Parti socialiste, Kouchner souhaite être son candidat pour l’élection présidentielle de 2007. Mais pour cela, il doit d’abord vaincre ses camarades de parti dans ce qu’il appelle des primaires. Alors, il est venu se montrer, à côté de Césaire notamment, faire des déclarations allant dans le sens de la mobilisation contre la loi sur les bienfaits du colonialisme, pourtant votée par des députés de son parti en février 2005, et rencontrer ce qu’il appelle des «représentants de la société civile». Tout cela pour bénéficier de soutien et améliorer son image.
On aura remarqué qu’il n’a, à aucun moment, prévu de rencontrer les travailleurs ou leurs représentants. Mais il n’y a là rien d’anormal. Leur situation n’est pas au nombre des préoccupations de cet homme. C’est pour cette raison qu’il s’est contenté de balancer des généralités qui, pense-t-il, devraient suffire pour s’attirer les bonnes grâces des électeurs de Martinique. Pas un mot ou une prise de position ferme contre la politique du gouvernement Chirac-Villepin. Rien d’étonnant là non plus. Les socialistes ont mené une politique pas très différente et s’ils devaient revenir, ils n’agiraient pas différemment.
Les seuls à avoir fait des commentaires sur cette visite sont les médias qui ont cru y voir un événement. Mais pas les travailleurs qui n’ont jamais manifesté un quelconque intérêt pour ce visiteur préoccupé surtout par sa carrière politique personnelle.




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