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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 28 janvier 2006      N° 938
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“Les dissidents”

Mercredi 18 janvier RFO projetait le film documentaire, les «Dissidents» de la cinéaste antillaise Euzhan Palcy. Un très bon film qui retrace le parcours de ceux qui sont «partis en disssidence» comme on le disait, durant la deuxième guerre mondiale. Ces hommes et ces femmes rejoignaient clandestinement l’île de la Dominique ou Sainte Lucie, colonies britanniques et donc non soumises aux nazis qui n’occupaient pas la puissance coloniale de tutelle, la Grande Bretagne. Les dissidents partaient pour s’engager dans les troupes dites de «la France libre» à l’appel de De Gaulle et combattre les troupes hitlériennes. La Martinique et la Guadeloupe elles, colonies françaises, étaient donc soumises au régime de Vichy dirigé par Pétain. Ses représentants officiels, étaient en Martinique l’amiral Robert et en Guadeloupe le gouverneur Sorin. Les «dissidents» racontent comment ils ont préparé leur départ puis parlent de leur parcours ultérieur sur les champs de batailles d’Afrique du nord, d’Italie, de France.
Le régime de l’époque aux Antilles était marqué par les privations de toutes sortes. Les marchandises venant de la «métropole», dans cette période de la deuxième guerre de 1939 à 1944 étaient très rares. Tout était rationné. C’est l’époque où la population a dû produire des marchandises et des aliments en utilisant des matières premières du pays. Des Guadeloupéens et des Martiniquais qui ont vécu cette période ont gardé en mémoire l’organisation de la production locale. Mais le régime de l’amiral Robert et de Sorin a été marqué par une répression féroce et par une grande misère au sein de la population. Les opposants risquaient la prison ou le bagne. Le bateau militaire la «Jeanne d’Arc» détenait également des prisonniers. Le film montre bien comment de nombreux jeunes alors se sont organisés clandestinement pour partir sur de frêles embarcations au péril de leur vie. Et il y eut de nombreuses femmes aussi qui partirent dans les services de santé ou dans les transmissions. Les témoins racontent qu’ils ont été pourchassés par les militaires. Certains ont perdu leur vie. Le film est riche en témoignages. Il y eut ce témoignage de la ségrégation dans les camps d’entraînement aux USA où à leurs noms était accolée la lettre « C» pour « coloured people» (homme de couleur). Et cet autre épisode de l’arrivée des troupes noires dans un village d’Alsace après la fuite des troupes allemandes en 1945. Aucun habitant n’était visible à l’arrivée des troupes. Tous s’étaient cachés car les Allemands leur avaient dit que des Noirs cannibales arrivaient et allaient les manger. Et l’ancien combattant martiniquais raconta que ce ne fut qu’après qu’il eut donné un morceau de chocolat à une fillette que les habitants furent rassurés. Mais pour tous ces hommes la «récompense» fut amère. Ces dissidents, malgré leur courage et leur sacrifice pour aller «défendre la mère patrie» ont été oubliés par les gouvernements. Ce fut le lot de bien des anciens combattants et résistants des «colonies». Aujourd’hui encore ceux que l’on appelle les «anciens combattants» avec quelques décorations militaires déplorent ce mépris de l’Etat français. Ceux qui témoignent dans le film expriment ce sentiment de déception comme cet ancien «dissident» qui a perdu sa jambe en sautant sur une mine et qui déplore n’avoir jamais vu dans aucun des lieux de mémoire le nom et le parcours de ce bataillon des Antillais dissidents. Et c’est les larmes aux yeux envahis par l’émotion que ces hommes aujourd’hui âgés relataient ces faits face à la caméra.
L’impérialisme français a largement utilisé les combattants des colonies dans ses guerres mais a eu fort peu de reconnaissance envers eux. Ce fut le cas des harkis de la guerre d’Algérie, mais aussi des «tirailleurs sénégalais», des combattants des colonies d’Indochine et d’ailleurs. Certes, les «dissidents» n’étaient pas obligés de partir comme l’étaient les «mobilisés». Ils s’engagèrent par idéal, pensant que combattre Hitler c’était combattre pour «la patrie et la liberté». Mais comme le disait Anatole France: «on croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels». Et ce sont ces industriels, ces banquiers qui provoquèrent les deux guerres mondiales du 20 ème siècle, deux énormes boucheries pour se partager les colonies et les zones d’influence.



L’Afrique de l’Est menacée par la famine

Onze millions de personnes sont menacées par la famine dans cette région de l’Afrique. Le Kenya, l’Ethiopie, la Somalie, Djibouti sont touchés. La famine est due à la sécheresse qui sévit depuis deux ans, entraînant de mauvaises récoltes, un manque de fourrage et d’eau pour les éleveurs de bétail, et l’épuisement des semences, qui sont consommées. Mais elle est surtout due à la pauvreté chronique de ce pays et de sa population. Elle est due à la politique impérialiste mondiale des puissances de la planète qui pour enrichir leurs trusts appauvrissent la majorité des peuples. Si on ne peut éviter toujours les catastrophes naturelles, au moins pourrait-on éviter leurs conséquences dramatiques. Chèvres, chameaux, vaches, meurent par milliers à cause du manque d’eau. Plusieurs dizaines d’enfants sont déjà morts au Kenya, et 2,5 millions de personnes sont menacées dans le nord et l’est du pays. Le gouvernement a ordonné la semaine dernière aux fermiers kenyans des régions épargnées par la sécheresse de lui vendre toute leur récolte afin que les 2,5 millions de personnes qui souffrent de la faim puissent manger. Mais certains exploitants agricoles préfèrent céder leur maïs aux marchands étrangers, plutôt qu’au gouvernement, de peur de ne pas être payés.
Le PAM, programme alimentaire mondial, estime qu’il faudrait 64 000 tonnes d’aliments d’ici le mois de juin pour éviter le pire, mais il ne dispose que d’un quart de ce tonnage. Il manque 47 millions de dollars. C’est infime en comparaison de ce que coûte par exemple la guerre en Irak, ou de ce que rapportent les profits boursiers. De plus, quand on sait avec quelle rapidité les puissances mondiales interviennent en cas de guerre, quels moyens techniques elles peuvent déployer pour acheminer hommes et matériels en un temps record, ne pas le faire dans des cas comme cette famine est tout simplement un choix criminel.
Une société qui peut envoyer une sonde faire le tour de l’univers à des milliards de kilomètres pendant 7 ans et la faire revenir se poser sur terre, intacte, pourrait au moins nourrir «sur terre» les habitants de la planète, quels que soient les aléas climatiques.



Guadeloupe
Les avocats dénoncent le sort réservé aux Haïtiens demandeurs d’asile

L’ELENA – France est une association d’avocats liés au Conseil Européen pour les Réfugiés et exilés. Ces avocats interviennent généralement à Montreuil-sous-Bois, seul lieu où se tient la commission de recours des réfugiés, lorsque leur demande d’asile a été rejetée. Or en Guadeloupe 97% des demandes faites par des Haïtiens ont été rejetées. Ceux-ci ont donc droit au recours à Montreuil. Mais cette année où le nombre de demande a été important (3000) l’Etat a pris des mesures dérogatoires et mis en place des structures exceptionnelles sur place, en Guadeloupe même. Jugeant cette action dangereuse pour les droits des demandeurs, plusieurs membres de l’ELENA se sont rendus en Guadeloupe. Ils dénoncent tout d’abord «le traitement massif et «à la chaîne» d’un contentieux concernant une communauté unique.» En effet 300 Haïtiens passeront en une dizaine de jours devant une juridiction décentralisée exceptionnellement en Guadeloupe. Ces avocats de l’ELENA dénoncent également «le risque d’un manque de publicité et de transparence, indispensables au fonctionnement de toute juridiction». Ils s’inquiètent du «risque d’absence d’avocat et mépris du droit de la défense puisque la grande majorité des demandeurs d’asile concernés, totalement démunis, étant entrée clandestinement sur le territoire, n’aura semble-t-il pas droit à l’aide juridictionnelle». Dans un tract, cette association donne ses coordonnées:

Me Marianne LAGRUE
tél: 06 88 39 35 50

Me Thierry JACQMIN
tél: 06 11 08 06 64



ST KITTS
Fin de l’industrie sucrière

La fin de l’industrie sucrière, programmée depuis 2003, a mis au chômage de nombreux travailleurs. L’an dernier, ce sont 4% de la population qui ont ainsi perdu leur travail. Dans les années 70, au plus fort de la production de sucre, cette industrie employait 2500 personnes. Il restait 20 travailleurs du sucre fin 2005, et la dernière unité de production a été fermée à la fin de la récolte.
Le gouvernement de l’île a fait le choix de renoncer à cette production déficitaire, au profit du tourisme. Mais rien n’indique que cette reconversion permettra la réembauche dans l’industrie touristique de luxe qui est pratiquée à St Kitts de ceux qui ont perdu leur travail.
Cette petite île proche de St Martin compte 46 000 habitants. Sa capitale est Basse Terre. Avec sa voisine Nevis, elle est depuis 1983 un Etat indépendant du Commonwealth, après avoir été une colonie anglaise, puis un Etat associé à l’Angleterre depuis 1967. St Kitts et Nevis sont aussi des «paradis fiscaux». En 2003, l’île de Nevis comptait 17 000 sociétés «offshore», avec des comptes secrets. Petit paradis pour les riches donc et pour certains trafiquants. Mais la majorité de la population qui a trimé pendant des siècles dans les champs de canne sous l’esclavage et ensuite l’esclavage capitaliste se retrouve les poches vides.



CHILI
Le changement... dans la continuité

Michelle Bachelet a été élue présidente du Chili le 16 janvier dernier au deuxième tour avec 53,5% des voix, contre 46,5% à l’adversaire de droite le milliardaire Sebatien Pinera. Michelle Bachelet était la candidate de la concertation démocratique, alliance électorale du Parti socialiste et de la démocratie chrétienne au pouvoir au Chili depuis 1990.
Bachelet avait été deux fois ministre dans le précédent gouvernement du socialiste Lagos. La presse a souligné outre la victoire d’une femme, celle de la gauche, et la gauche modérée en France comme ailleurs se félicite de cette victoire électorale comme gage de changements importants.
En réalité, c’est un compromis entre le centre gauche et le centre droit qui assure au Chili depuis 1990 une certaine stabilité politique. Et cela a permis de renforcer de beaucoup la richesse des possédants (les 5% plus riches disposent d’un revenu 203 fois supérieur à celui des 5% plus pauvres). Par contre, le pays compte 20% de pauvres. Michelle Bachelet n’a jamais remis cela en cause au cours de sa campagne. Son programme était fait de promesses de réformes limitées.
Autant dire que la bourgeoisie chilienne n’a rien à craindre de cette «gauche» là.



CÔTE D'IVOIRE
Manifestations téléguidées

Les partisans du président en place Laurent Gbagbo, «les jeunes patriotes» ont organisé des manifestations et bloqué la capitale Abidjan durant 4 jours. Il ont mis fin aux manifestations le vendredi 20 janvier. Il s’agissait ni plus ni moins d’un coup de force de Laurent Gbagbo qui veut démontrer à la France et à l’ONU qu’on doit compter et composer avec lui. L’ONU et l’OUA (Organisation de l’unité africaine) avait déjà fait en sorte que ce soit Konan Banny, un opposant, qui soit Premier ministre, conformément aux accords de Marcoussis après la rébellion dans le Nord du pays. Konan Banny a comme mission de désarmer les milices pro-Gbagbo et les rebelles du Nord, et d’organiser les élections avant la fin d’octobre 2006. Dans le même temps l’ONU maintenait Gbagbo au pouvoir un an de plus jusqu’à ces élections. En réalité Banny n’avait aucun pouvoir. Gbagbo avait tous les pouvoirs par l’intermédiaire de la chambre des députés dans laquelle ses partisans ont la majorité. Le 16 décembre, le mandat des députés est arrivé à son terme. La Cour constitutionnelle de Côte d’Ivoire a prorogé le mandat des députés. La France, par l’intermédiaire du GTI (groupe de travail international) a fait dissoudre la chambre, privant Gbagbo d’un instrument très important de son pouvoir. Il a donc appelé ses partisans à manifester pour dénoncer «la mise sous tutelle du pays par la France et l’ONU». Il a fallu les menaces de sanctions de l’ONU et la médiation du président du Nigéria pour faire revenir le calme. Pour combien de temps?
La Côte d’Ivoire vit une situation d’instabilité chronique depuis la quasi partition du pays en deux zones, le Nord et le Sud après la rébellion. C’est le résultat de plusieurs années de luttes ethniques et de xénophobie. Les partisans de la pureté ivoirienne, «l’ivoirité», ont lancé cette politique ethniste pour garder ou conquérir le pouvoir et écarter des opposants. De luttes de clans en luttes de clans, les notables au pouvoir ont fini par plonger le pays dans une situation de guerre civile larvée.
L’impérialisme français avait déjà, au temps de la colonisation, joué les ethnies les unes contre les autres pour «régner». De plus le découpage territorial qu’il avait organisé ne pouvait que favoriser les divisions. Aujourd’hui l’armée française est là pour protéger les gros intérêts de ses sociétés comme Bouygues ou Bolloré et n’hésite pas à l’occasion à tirer dans la foule comme elle l’a fait l’année dernière faisant des dizaines de morts, ou à liquider des individus sur ordre de ses généraux. (cf. affaire Mahé). Les manifestants le disent, mais leurs chefs, Gbagbo en tête, n’utilisent leurs sentiments de révolte périodiquement que comme faire valoir face à la France et à l’ONU.




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