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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 11 février 2006      N° 939
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Mobilisation pour soutenir Fritz et Mathias Mathiasin

Le mercredi 1er février, plusieurs dizaines de personnes, parents, amis, membres du comité de soutien, et plusieurs travailleurs de la DDE, entreprise où travaillent Fritz et Mathias Mathiasin étaient venus au tribunal soutenir les Mathiasin. En audience publique, l’affaire a été reportée au 20 septembre, à la demande des Mathiasin et de l’avocat n’ayant pas eu le temps de préparer leur défense. A la sortie un meeting de soutien fut improvisé sur les marches.
Nous publions ci-dessous le tract distribué par les membres du comité de soutien «comité Lefort contre le racisme et l’humiliation» avant l’audience.

Halte aux violences policières!
Fritz et Mathias Mathiasin, tabassés au Lamentin, accusés de rébellion… un an après!

COMBIEN DE TEMPS LA JUSTICE SERA-T-ELLE BAFOUÉE?
Le 8 février 2005, pendant un entraînement de vélo, Fritz et Mathias Mathiasin, tous deux agents de la DDE, étaient tabassés par des gendarmes pour leur avoir fait remarquer qu’ils avaient arrêté un camion sur une piste cyclable. Envoyés au CHU de Pointe-à-Pitre, ils avaient reçu 14 jours d’incapacité de travail et avaient porté plainte. Aujourd’hui, plus d’un an après les faits, les gendarmes veulent faire passer leurs victimes pour des coupables! Ils accusent les Mathiasin de rébellion, menaces, insultes, etc. La raison, est simple. En octobre dernier, deux sous-brigadiers du commissariat de Strasbourg accusés d’avoir passé à tabac un prévenu dans la nuit du 2 au 3 avril 2002, comparaissaient devant la justice et se défendaient ainsi: « Si nous avions usé de violences, nous nous serions couverts par une procédure pour rébellion » (Libération du 01/09/05). C’est donc au tour des gendarmes du Lamentin qui ont agressé Fritz et Mathias de faire preuve du même intolérable culot.
Un an après les faits, ces messieurs se « souviennent » tout d’un coup que nos amis les auraient menacés et insultés en déclarant -et nous citons la plainte des gendarmes – «awêter fait chié l’moun sur la woute pendant vaval cougna mama». Ce faux créole frelaté, censé «faire authentique», non seulement témoigne d’une ignorance et d’un mépris du pays extraordinaires de la part de fonctionnaires ayant ici une mission de service public, mais constitue une véritable insulte à l’intelligence des citoyens et des magistrats.
Surtout, la plainte, transmise le 20 janvier 2006 devra être jugée… le 1er février! Le minimum légal! Rappelons que les véritables victimes, Fritz et Mathias, n’ont toujours pas obtenu de réponse à leurs plaintes. La première, celle du 14 février 2005, n’avait pas eu de suite puisque, prétendait la justice, on n’avait pas obtenu les noms des deux gendarmes agresseurs - ce qui ne les empêche pas de figurer maintenant bien clairement sur la plainte qu’ils ont lancée contre les Mathiasin - Nous sommes toujours sans nouvelle d’une seconde plainte avec constitution de partie civile déposée le 1er décembre 2005… Et les gendarmes agresseurs obtiendraient gain de cause avant leurs victimes? Nous disons que ces procédés d’une stupéfiante injustice ne peuvent qu’engendrer rancœur et colère et se retourner contre les dits représentants de l’ordre.

Le Comité Lefort contre le racisme et l’humiliation
Le comité tient une réunion ouverte à tous, tous les lundis à 18h30 au siège, Maison Lefort Petit Bourg (dans le bourg derrière le petit marché) Tel: 0590.95.71.65. / 0690.42.45.62



Lettre ouverte au Colonel Dominique Han

Nous publions ci-dessous des extraits d’une lettre ouverte que nous ont fait parvenir des parents membres de la FAPEG (association de parents d’élèves) de Bouillante, suite aux événements qui, en fin janvier 2006, ont troublé une école et choqué bon nombre de gens dans la population.
Des gendarmes sont en effet entrés et ont entrepris d’interroger des enfants dans une école. Il s’agissait de retrouver celui ou ceux qui avaient volé le goûter d’un autre élève qui se trouve être un petit de gendarme. Voilà qui explique le zèle et la «descente des lieux» dans l’école: la recherche de «grands bandits» de 5 ou 6 ans! L’indignation des parents a suivi et la Fapeg de Bouillante a sorti donc une lettre ouverte épinglant le colonel de gendarmerie, commandant les forces de gendarmerie de Guadeloupe!

C’est avec de l’indignation que nous avons lu dans le quotidien France Antilles du jeudi 26 janvier 2006, et entendu sur les ondes, vos propos notamment vos inter-rogations, dans le communiqué officiel que vous avez publié, soi-disant pour donner votre point de vue dans l’affaire des gendarmes de l’école de Pigeon. Hélas, c’était en partie de la désinformation. Pourquoi? Est-ce pour couvrir vos hommes?
Vous avez déplacé nos intentions ainsi que celles des parents du petit David. Vos interrogations, nous prouvent que vous n’avez rien compris de notre action, vous laissez penser ce que nous n’avons jamais dit et fait. Est-ce pour nous intimider ou nous ironiser? Ce n’est pas digne d’un Colonel.
Contrairement à ce que vous avez mentionné, aucun collectif de parents n’a été crée, mais bien quelques membres du groupement des Associations de parents d’élèves FAPEG des écoles de la commune de Bouillante, qui se sont réunis à la demande des parents du petit David âgé de 6 ans, qui a été désigné comme le voleur de goûter.
Nous avons voulu agir parce que nous trouvons injuste qu’un enfant de 6 ans soit entendu par des gendarmes à l’insu de ses parents, et que le Directeur de l’école ait laissé faire une telle chose.
Nous persistons et signons que lors de l’interrogatoire, l’enfant était seul dans une salle avec le gendarme, le Directeur de l’école n’a pas jugé utile de rentrer avec lui, il est resté dehors, il l’a reconnu. Donc sa présence n’était pas constante comme vous l’affirmez.
Nous aurions été contactés par les parents de la victime, nous aurions pu mener une action contre la violence à l’école, avec la collaboration des gendarmes.
Nous disons oui à la prévention et non à la répression, surtout quand il s’agit d’enfants en bas âge.
Nous trouvons tout à fait normal que des gendarmes viennent dans l’école pour rétablir l’ordre, mais nous désapprouvons qu’ils viennent interroger des enfants en l’absence de leurs parents qui sont civilement et pénalement responsables d’eux.
En tant que parents, nous avons le devoir de protéger tous les enfants, et si nous sommes en association c’est pour mieux les défendre.
Nous avons aussi, le devoir d’alerter l’opinion, surtout quand le droit est bafoué. Si nous avons attendu huit jours (non dix jours, comme vous dites), c’était pour permettre aux instances, à qui nous avons écrit pour informer, de recevoir leur lettre, envoyée en recommandé avec avis de réception et aussi pour vérifier le droit, en quelque sorte pour réunir les pièces du puzzle.
Vous le savez sans doute, quand on agit dans la précipitation ( moins de 24 heures) il y a souvent bavure, comme ce fut le cas.
En aucun moment, nous n’avons mis en doute que la violence dans les écoles ne nécessitait pas la présence de gendarmes. Nous dénonçons sim-plement la manière que cela s’est déroulé.
Nous disons qu’il y a eu favoritisme entre collègues dans la conduite de cette enquête judiciaire.
On pourrait croire que les gendarmes ont réagi de la sorte dans le but de terroriser le petit garçon, pour ne plus recommencer ce que nous considérons être des chamailleries entre enfants.
Cette affaire, éveille notre inquiétude, à savoir ce que nous adultes voulons faire démontrer en nous prenant à des enfants qui se retrouvent dans la cour de l’école jouant, partageant leur goûter, etc…
Nous nous demandons pourquoi tout cela pour un goûter qui serait «volé», y a –t-il eu vraiment vol de goûter? Est-ce la première fois dans l’école de la République un enfant en rentrant de l’école, fait part à ses parents qu’on lui avait chipé le goûter?
Vous avez l’air d’insinuer qu’un enfant de 6 ans peut être un délinquant et vous faites des amalgames pour laisser croire à la population que les enfants concernés sont des agresseurs. Nous considérons que de tels propos sont méprisants envers les parents concernés et leurs enfants.
Nous nous interrogeons aussi, sur la rapidité de l’instruction de cette affaire judiciaire.
Ce n’est pas la première fois, que des parents portent plainte pour agression à l’école, et cela ne se déroule pas comme ça. Nous avons des témoignages de parents qui nous permettent de confirmer notre point de vue.
Le groupement des Associations de parents d’élèves FAPEG, des écoles de la Commune de Bouillante.



Réunion publique “contre les violences policières et abus de pouvoir”

«Le Comité Lefort contre le racisme et l’humiliation» a tenu une conférence de presse le mardi 31 janvier sur l’affaire Mathiasin. Puis il a tenu un meeting «contre les violences policières et abus de pouvoir» le jeudi 2 février à la Maison de Marie Galante sur la place de la victoire à Pointe à Pitre.
Devant environ 70 personnes, différentes victimes de violences ont raconté les circonstances dans lesquelles elles ont été malmenées par les gendarmes blancs ou les policiers locaux .Ce fut le cas de madame Clodéon, M Choisy, M Lefort. L’intervention de M Choisy a été particulièrement émouvante. Il s’agit de cet homme qui avait été tabassé par des policiers qui l’avaient pris pour un immigré clandestin, action policière doublement condamnable donc.
Valérie Calif victime de violences et de propos racistes de la part de civils, cette fois, a aussi raconté ce qu’elle a subi. Une représentante des parents d’élèves de la FAPEG a raconté l’incident récent de Bouillante où deux gendarmes sont entrés à l’école primaire afin d’interroger un enfant de 6 ans pour un banal incident de vol de goûter et coups de pieds entre gamins. La réunion se termina par un appel à participer au meeting du 14 février à Bouillante- section Pigeon- pour protester contre l’intrusion injustifiée des gendarmes à l’école.



NAO dans la filière canne-sucre-rhum

La dernière réunion des NAO s’est tenue le vendredi 3 février dernier sans qu’un protocole d’accord ne soit signé. En effet, les représentants des travailleurs et celui des patrons en la personne de Bernard Carbon sont tombés d’accord pour une augmentation de salaires de 2,50% à compter du mois de janvier 2006. Une seconde revendication a déjà été acquise, il s’agit de la prime de transport qui sera axée sur l’évolution des salaires.
Mais les autres points de revendications n’ont pas encore été discutés or les patrons voudraient qu’un protocole d’accord soit signé en l’état, ce que les syndicats refusent. Il s’agit, entre autres, de la formation des saisonniers, de problèmes de retraites et de licenciements, etc. ; toute une série de points importants que les patrons cherchent à minimiser.
Finalement, les parties se sont séparées sans fixer la date de leur prochaine réunion. D’ailleurs le représentant des patrons, Bernard Carbon, est «hors du département» depuis le samedi 4 février. Il ne sera de retour en Guadeloupe que le 13 février prochain.
Ainsi personne ne peut dire aujourd’hui quand va démarrer la récolte cette année. Pourtant l’homme fort de la filière, Ivan de Dieuleveult – le PDG de Gardel.sa - affirmait vouloir démarrer cette campagne le 30 janvier. On constate que chaque année les patrons utilisent le même scénario qui consiste à faire traîner les négociations en longueur tout en proclamant sur les ondes que c’est la faute des syndicats ouvriers.



Guadeloupe
De quel côté est le racisme? Non à l’injustice!

C’est sous ce titre qu’est paru le tract que nous publions ci-dessous du «Comité Lefort contre le racisme et l’humiliation».
«Jeudi 19 janvier, Melle Valérie Calif s’est rendue à l’agence immobilière Simm Invest, dirigée par M. et Mme Cheminat, pour leur réclamer les quittances correspondant à ses trois derniers loyers. Après avoir refusé de les lui donner - et avoir essayé de faire passer un avis d’échéance pour une quittance, comme si Valérie Calif ne savait pas lire - Mme Cheminat, qui s’occupe de la comptabilité de l’affaire, a commencé à s’énerver. Melle Calif lui a alors déclaré: «An péyé’w, ban mwen kitans an mwen». Cela a suffit pour que le sang de Mme Cheminat ne fasse qu’un tour.
Elle s’écrie: « Vous aimez l’argent des français, alors parlez français! ». Puis elle marche sur sa cliente restée assise et la frappe à plusieurs reprises. Bilan: sept jours d’incapacité de travail pour Valérie Calif.
Un sous-traitant de la Simm Invest, témoin des faits, parvient à faire revenir un semblant de calme jusqu’à l’arrivée du mari, M. Cheminat.
Madame explique sa version des faits: «Elle m’a parlé créole, elle m’a insultée». Puis, intolérable inversion des faits elle jette: «c’est une raciste».
Il a donc suffit que cette dame entende parler le créole pour qu’elle l’assimile à une insulte raciste! Son mari a alors commandé à Melle Calif de «dégager», l’a assurée qu’elle «n’aurait rien» et qu’il la traînerait en justice (ce qu’il a fait dès le lendemain). Nous disons que les véritables racistes sont ces gens à l’esprit intoxiqué par leur mépris, leur peur pathologique de l’autre et la mythologie du racisme anti-blanc.
Nous disons que ces abus, ces insultes, ces comportements d’un autre âge se produisent trop souvent en Guadeloupe et que cela suffit!
Melle Calif a porté plainte contre Mme Cheminat et nous la soutiendrons jusqu’à ce que justice soit faite.
Nous exigeons également que les gérants de la Simm Invest restituent à Melle Calif les chèques de caution exorbitants qu’elle leur a remis et qu’ils ont encaissé contrairement à leurs engagements, mettant cette jeune mère de famille sans emploi dans une situation financière inextricable.
Nous appelons toute la population à soutenir Valérie Calif et à boycotter la société Simm Invest jusqu’à ce qu’elle ait obtenu réparation et des excuses.
Lundi 30 janvier 2006
Le comité Lefort contre le racisme et l’humiliation

L’action de soutien
Le lundi 30 janvier un groupe du Comité de soutien s’est rendu dans l’agence, au centre St John Perse sur les quais de Pointe à Pitre avec Valerie Calif pour demander des comptes au gérant. Ce monsieur n’a même pas voulu discuter mais nous a dit de sortir tout de suite de l’agence.
Evidemment nous sommes restés là. Seule sa femme a discuté avec nous insistant avec mépris sur l’argent des allocations de la France que percevait Melle Calif. Puis son mari, hargneux lui a demandé de cesser de discuter et de monter à l’étage. Plusieurs d’entre nous ne se sont pas gênés pour dénoncer fortement son attitude méprisante et raciste. Il a appelé la police qui est arrivée sur les lieux peu de temps après. Les policiers firent leur enquête pendant que les militants du Comité distribuaient des tracts dans la rue.
Un participant à l’action de soutien



“Y’a bon banania”. La nostalgie n’est plus ce qu’elle était

Senghor n’aurait pas eu besoin aujourd’hui de «déchirer les rires Banania sur tous les murs de France», comme il l’écrivit.
L’entreprise Nutrimaine a décidé le 1er février dernier de retirer définitivement le slogan «y’a bon Banania». Cette société avait racheté la marque Banania à Unilever en 2003 et voulait relancer l’image du tirailleur sénégalais avec la chéchia rouge disant «y’a bon Banania». Ce dessin et ce slogan étaient apparus en 1915 pendant la première guerre mondiale. Et, comble de cynisme, pendant que la société propriétaire de Banania réalisait de gros profits des milliers de tirailleurs sénégalais servaient de chair à canon sur les champs de bataille. En 1977 le slogan avait été retiré des emballages. Mais «Nutrimaine» souhaitant relancer la marque pensait qu’en faisant vibrer «la nostalgie» des slogans anciens, elle attirerait les consommateurs. Mais ce faisant elle a fait aussi fait vibrer de douloureux souvenirs colonialistes et racistes. Et c’est ainsi que le collectif des antillo-guyanais a porté plainte pour obtenir l’annulation du slogan et de la marque Banania. Nutrimaine n’a pas insisté. Le président de la société a même décidé que le slogan serait purement et simplement «radié de l’institut national de la propriété industrielle». Il a dit «comprendre» l’émotion des plaignants. Il n’empêche qu’il a fallu une mobilisation et un dépôt de plainte pour en arriver à «comprendre» ça.. Comme quoi, certains «comprennent» encore mieux quand on leur met carrément le nez dans leur… Banania.




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