logo COMBAT OUVRIER
PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 11 février 2006      N° 939
Sommaire > Page précédente > Page suivante > Accueil > Archives > e-mail 

Page 3


Sainte-Rose
Les précaires en lutte donnent l’exemple

Les employées à statut précaire du collège de Bebel font grève depuis plus d’une semaine, elles sont 14 pour 10 agents TOS titulaires. Leur lutte, au moment même du désengagement de l’Etat, met au grand jour la situation scandaleuse des collèges et lycées de Guadeloupe.
En effet, 50% des agents chargés du secrétariat, de l’entretien, ont de «petits» contrats, des CDD à temps partiel et donc des salaires bas. Les grévistes ont des CEC de 30 heures par semaine qui, au moment de leur engagement, devaient durer 5 ans ; mais le collège veut arrêter ce contrat CEC de 30 heures et sur 3 ans et le remplacer par un contrat Avenir à 26 heures. La direction départementale de l’emploi assure pourtant que seuls les nouveaux contrats CEC ne dureront que 3 ans: l’administration du collège cherche en réalité à faire des économies sur le dos des employées.
Celles-ci ont donné satisfaction, la direction du collège s’est même permis de leur demander d’assurer la formation de nouveaux agents! Les grévistes refusent toute baisse de salaire et demandent leur embauche définitive. Elles donnent l’exemple: elles ne se découragent pas: elles ont affronté les «forces de l’ordre» devant le collège, elles ont participé à la manifestation du jeudi 2 février à Pointe à Pitre. Elles appellent les précaires de tous les collèges et lycées de Guadeloupe à rejoindre leur lutte. On verra qui, en l’absence des précaires, fait le travail.



Extraits du bulletin “écho de l’Aéroport”

PASSAGE DE MARCHÉ: UN PATRON MESQUIN
Lors du transfert du personnel de sûreté au fret, l’entreprise Antilles Protection, attributaire du marché, a voulu rouler les agents de sûreté.
Ce patron a en effet décidé de déclasser l’ensemble du personnel venu de Bagage+. Celui-ci est pourtant qualifié et a plus de 5 ans d’ancienneté.
Il a même carrément refusé le transfert d’un collègue. Celui-ci s’est retrouvé à pied pendant 2 semaines.
Malgré la réintégration de cet agent la situation du personnel est au point mort. Rien n’est réglé.
Cette affaire révolte les collègues d’Antilles Protection. La vigilance et la mobilisation sont de mise.

LE RETRAIT DE BADGE: UNE MÉTHODE INFECTE DE LICENCIEMENT
La directrice d’Antilles Protection a tenté d’aider son patron en «coinçant» le collègue de Bagage+ pendant la période où il n’était pas transféré. Elle a chargé la gendarmerie de l’accuser de circuler sans autorisation dans l’aéroport. Cette dame qui insiste beaucoup sur le fait qu’elle est une «patronne guadeloupéenne» utilise les méthodes venues du froid: des centaines de travailleurs ont été licenciés dans les aéroports parisiens pour des problèmes de badge, «pas de badge, plus de travail!».
Comme quoi, quels que soient les patrons de France, de Martinique ou de Guadeloupe, ce sont toujours les mêmes magouilles.

ANTILLES PROTECTION: LES GUIGNOLS DE LA SÛRETÉ
Le combat continue de plus belle entre un chef – le patron a le pied dans sa gorge et, à entendre ce chef, la soute de l’A380 est trop petite pour ramener ses diplômes - et une directrice qui, elle, prétend avoir le pied dans la gorge du patron. Qui a le pied dans la gorge de qui?

SORI: STAGIAIRES, MAIN D’ŒUVRE GRATUITE…
Depuis la nouvelle direction, il n’y pas de remplacement des personnels en congé. Les intérimaires ne sont plus embauchés qu’au compte-gouttes. Dans certains cas, la direction fait tout pour que les stagiaires remplacent les intérimaires. Même s’il s’agit de travail délicat.

… BAISSE DE QUALITÉ A LA SORI
Le résultat c’est tout d’abord trop de pressions sur les collègues.
Et la qualité due aux clients est perdue, pour la propreté des avions, les repas, les horaires.



Air Caraïbes fait des affaires

Un taux de remplissage de 82%, voisin de celui d’Air France, des bénéfices annoncés de 5 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 155 millions d’euros en 2005, tels sont les résultats annoncés pour la compagnie Air Caraïbes. Mais Air Caraïbes ce sont aussi des hôtesses de l’air payées pour les quelques vols qu’elles font par mois et qui peuvent donc ne pas gagner le SMIC mensuel, ce sont des conditions très stressantes de travail. Il n’y a pas de miracle, les profits se font grâce à l’exploitation des salariés.



Extraits de “plantations en lutte”

LE PLAN PATRONAL DE LICENCIEMENTS CONTINUE
Depuis deux ou trois semaines les médias n’arrêtent pas de parler des problèmes de la banane. En particulier du plan de relance.
Mais en attendant les planteurs continuent leur plan de destruction des emplois: mise en chômage technique ou licenciements déguisés d’un côté, diminution du nombre de journées de travail par là, tentative de fermeture de plantations sous prétexte de difficultés ici. Le constat est clair. La plupart des patrons de la banane veulent licencier tous les travailleurs actuellement en activité. Or on n’arrête pas de parler de relance de l’activité. Ce qui signifie que les patrons veulent redémarrer la production avec des travailleurs «nouveaux embauchés», c’est à dire sans ancienneté et donc sous contrat précaire. Corvéables et licenciables à n’importe quel moment. Une mise en application de la politique du gouvernement Chirac-De Villepin avec les CNE (Contrat Nouvelle Embauche) et le CPE (Contrat premier emploi) le second étant actuellement en débat à l’Assemblée Nationale. Et la fin du CDI (contrat de travail à durée indéterminée). Ce que souhaitent les patrons depuis bien longtemps.
Mais CNE, CPE ou RMA, quel que soit le type de contrats, cela ne nous empêchera pas de lutter contre l’exploitation (…)

IL N’Y A JAMAIS ASSEZ D’ARGENT POUR EUX!
Lors de la rencontre des bananiers de Guadeloupe et de Martinique avec le ministre de l’agriculture, celui-ci a annoncé une avance de fonds de 15 millions d’Euros pour la banane. Et quelle a été la réponse du béké De Lucy? Ce n’est qu’une avance de fonds et pas une subvention donc la somme aurait pu être plus conséquente.
Jamais satisfaits ces patrons. Mais pourquoi le seraient-ils parce qu’ils savent qu’il leur suffit de demander pour que les gouvernants s’exécutent. Ne sont-ils pas à leur service!



Epidémie de chikungunya à la Réunion: une réaction tardive

Nous publions ci-dessous un article d’un correspondant de Lutte Ouvrière à la Réunion. Il explique les conditions dans lesquelles les services sanitaires luttent contre l’épidémie et protègent la population. Comme on peut le voir, en Réunion comme aux Antilles ces services sont défaillants et en retard sur ces problèmes.
Mais on peut ajouter qu’ici en comparaison, les défaillances sont encore plus grandes. Si une telle épidémie survenait aux Antilles, la population serait encore moins protégée. Il n’y a qu’à voir la désinvolture officielle vis-à-vis de la prolifération des moustiques dont certains sont vecteurs de la dengue.
Il aura fallu attendre onze mois après que les premiers cas de chikungunya se soient déclarés à la Réunion, pour qu'enfin les autorités de l'État semblent prendre la mesure du problème. Mais en onze mois, la maladie qui aurait certainement pu être rapidement stoppée si les moyens nécessaires avaient été mis en œuvre en temps voulu, s'est aujourd'hui fortement développée, au point qu'il s'agit maintenant d'une véritable épidémie.


Fièvre, douleurs articulaires intenses qui peuvent durer jusqu'à trois mois après leur apparition dans les cas les plus sévères, tels sont les symptômes du chikungunya. Ce terme désigne d'ailleurs certaines des caractéristiques de la maladie. En langage swahili il signifie "celui qui est courbé", en raison des douleurs articulaires qui obligent la personne atteinte à adopter cette posture. C'est dire que le chikungunya n'est pas une maladie bénigne. Et même si on n'en meurt pas (sauf les sujets fragilisés par l'âge ou une autre affection), ce que se plaisent à répéter les diverses autorités, sans doute pour justifier la lenteur de leurs interventions, la maladie est suffisamment handicapante pour être redoutée.
La prudence dont a fait preuve Xavier Bertrand, le ministre de la Santé, lors de sa venue dans l'île témoigne bien de la crainte qu'inspire le chikungunya. Lors d'une visite effectuée dans la ville de Saint-Benoît, située dans la partie est de l'île, la plus touchée, le ministre a pris soin de rester couvert. Malgré la chaleur et les regards étonnés, il n'a pas tombé la veste ni ôté la cravate, plus pour se protéger du moustique vecteur de la maladie que par souci d'élégance. Attiré par une chair blanche et grasse, un moustique aurait bien pu faire de Bertrand le premier ministre "chikungunyé" du gouvernement. Lors de sa tournée, y compris dans les couloirs de la clinique de Saint-Benoît, Bertrand était suivi par un de ses collaborateurs qui, le Mousti-cologne à la main, était prêt à intervenir au moindre vol suspect. Et comme deux précautions valent mieux qu'une, les services de la mairie étaient venus le matin même débroussailler et nettoyer une rue que devait emprunter le ministre.
L'actuel renforcement des moyens d'action sera-t-il suffisant pour venir rapidement à bout de l'épidémie? Il faut bien sûr l'espérer. Mais si c'est le cas, cela soulignerait, s'il en était besoin, les responsabilités du gouvernement. Car les moyens qu'il met en œuvre aujourd'hui: deux millions d'euros supplémentaires, plusieurs équipes médicales venues de France, quatre tonnes d'équipements de démoustiqueurs, des couveuses, des médicaments, du matériel de pédiatrie et 420 militaires qui doivent démoustiquer chez les particuliers étaient tout de même à la portée d'un des pays les plus riches de la planète.
En fait, c'est un laissez-aller dont n'était pas absente une volonté d'économie qui a conduit à la situation présente. Certains laissent entendre que si le gouvernement et les autorités locales n'ont rien fait pendant si longtemps, c'est qu'ils comptaient sur la saison la moins chaude et la plus sèche, l'hiver austral, pour voir la maladie reculer naturellement. Ce ne fut pas le cas. Et aujourd'hui l'épidémie, qui a déjà touché plus de 40000 personnes et fait plus de 5000 nouveaux cas par semaine, nécessite un traitement autrement plus important. Et le fait qu'elle touche dorénavant les zones les plus touristiques de l'île n'est peut-être pas étranger à l'empressement du gouvernement.
Les représentants de la CGT-Santé de la Réunion se sont insurgés, eux qui avaient depuis longtemps alerté les services. L'un d'eux a ainsi déclaré: "La négligence par rapport au virus reste incomprise... Le congrès de l'Union hospitalière, tenu en mars 2005, avait été marqué par l'intervention d'un représentant comorien, qui signalait l'existence du chikungunya. Le médecin inspecteur de la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales (Drass) avait complété ce propos en signalant à son tour que deux cas de chikungunya avaient déjà été révélés dans le sud de la Réunion."
À Mayotte, une île proche de la Grande-Comore où l'épidémie s'était répandue, des moyens de prévention avaient aussitôt été déployés avec 80 agents sur le terrain. Cela a suffi à enrayer la maladie et dans l'île de Mayotte il n'y eut que 64 personnes touchées par le virus. Par contre, à la Réunion, non seulement les choses ont traîné en longueur mais les personnels étaient en nombre très insuffisant pour faire face à la propagation de la maladie. Ceux de la Drass, par exemple, ne sont aujourd'hui que quarante à l'effectif, alors qu'ils étaient encore 160 en 1985.
Mais les grands moyens mis en œuvre actuellement contre le chikungunya restent tout de même mesurés. Pour l'heure, seules des interventions ponctuelles sont mises en place. Ainsi, il n'est pas prévu d'augmenter comme il se devrait le personnel de la Drass. Quant à la mise en place du service départemental de prophylaxie prévue par l'État et le Conseil général, on en parle encore au conditionnel. Tout cela fait dire à nombre de Réunionnais: "Un ministre n'a jamais tué un moustique."



Guadeloupe
La modernisation de l’élevage à la sauce capitaliste

La modernisation de l’élevage s’accompagne d’un désengagement de l’Etat, comme on le voit dans d’autres secteurs. Ainsi les groupements de défense sanitaire du bétail (GDSB) ont disparu. Ces organismes pour lequel les éleveurs cotisaient, s’occupaient du détiquage des animaux, bovins, ovins. Ils étaient subventionnés par l’Etat, les collectivités locales et les communes. Suite à des problèmes de gestion opaque, l’Etat a cessé de subventionner les GDSB.
La tique est mortelle, de très nombreux éleveurs ont alors perdu des animaux: ce service de détiquage était donc d’utilité publique. Pour le personnel des GDSB cette décision a mis 3/4 d’entre eux au chômage. Peu de temps après cette fermeture, il est apparu que le produit qu’ils utilisaient, le Taktic, était très toxique. Mais de nombreux éleveurs continuent de l’utiliser, cette fois pas à distance avec les lances des GDSB, mais avec des pulvérisateurs à dos. Le produit conseillé aujourd’hui, le Bayticol déclaré non toxique, coûte très cher (100 € le litre). Tous ne sont d’ailleurs pas au courant de son existence. A ce propos il est choquant d’apprendre qu’il existait déjà depuis des années. Que deviendront les ouvriers licenciés par les GDSB qui ont respiré le Taktic, souvent sans porter les masques, mal supportés à cause de la chaleur?
Le nouveau mot d’ordre de l’administration est qu’il faut «faire la chasse à l’assistanat». Ainsi l’identification des animaux, introduite avec l’Europe, mise en vigueur en Guadeloupe vers 1997-98 pour les bovins (elle existait déjà pour les porcs et les ovins depuis les années 1980), avec du retard par rapport à la France, devait, au départ, permettre un meilleur suivi du cheptel. Avec la maladie de la vache folle, la notion de traçabilité a été introduite.
Au début, des agents de la Chambre d’Agriculture se chargeaient de l’identification par boucles numérotées, moyennant un forfait à la portée de tous. Ces techniciens aidaient les éleveurs pour les dossiers administratifs européens qui par ailleurs leur donnaient accès à des primes. En juillet 2005 le prix des boucles a augmenté de 25%. Mais surtout les techniciens de la Chambre d’Agriculture ne passent plus les voir. Ils sont en effet affectés à des tâches de bureau et, aussi, ils sont de moins en moins nombreux.
L’éleveur souffre donc du manque d’encadrement. Les paperasseries sont lourdes et compliquées. Aujourd’hui, qu’il soit de Saint-François ou de Marie-Galante, l’éleveur doit aller à la Chambre d’agriculture où tout est centralisé à Destrellan, et parfois à Basse-Terre. Les rares antennes locales sont inopérantes: diminution des agents et des horaires d’ouverture. Ainsi, après de longues queues, l’éleveur repart sans avoir obtenu d’explications, sans avoir pu terminer son dossier, il se fait houspiller pour avoir oublié tel ou tel document. Cela signifie que les éleveurs n’ont qu’à se débrouiller avec la paperasserie ou abandonner la profession.
Beaucoup, surtout parmi les plus petits, se découragent. Désormais, les primes européennes, dont on annonce la diminution, ne seront attribuées qu’à ceux qui ont plus de 2 hectares de prairie et qui pourront le prouver. Contrairement aux patrons qui ont le droit d’exercer dans tous les secteurs, la chasse aux éleveurs exerçant une autre activité est ouverte. Ils n’auront plus le droit de se déclarer, plus le droit d’exercer. L’activité du petit producteur traditionnel en Guadeloupe concurrence-t-elle si gravement l’importation de viandes par les supermarchés?




Sommaire > Page précédente > Page suivante > Accueil > Archives > e-mail 

Copyright © 2001-2005 Combat Ouvrier - Tous droits révervés aux militants.

Valid XHTML 1.0! Valid CSS!