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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 11 février 2006      N° 939
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Haïti
Elections du 7 février

Au moment où nous écrivons nous sommes à la veille des élections du 7 février ; ceux qui sont prêts à braver l’insécurité pour aller voter ont d’énormes difficultés, il leur a fallu plusieurs heures pour récupérer leur carte et ils ne savent pas où se trouve le bureau auquel ils sont affiliés, qui peut être distant de plusieurs kilomètres. Des membres du CEP ont avoué leur impuissance à régler ces problèmes et affirmé que de toutes manières les élections doivent être faites.
Sous le regard des observateurs de l’OEA, de représentants européens et africains, le scrutin se déroulera donc. Le résultat, qu’il consacre Préval qui est en bonne position selon les sondages ou un des autres 32 candidats, n’améliorera pas le sort de la population pauvre. C’est sans illusion qu’une partie d’entre elle ira voter.
Nous publions ici un article des camarades d’Haïti qui publient le journal trotskyste «La Voix des Travailleurs» (N°du 1° février 2006)


VOTER OU PAS, MAIS RESTER CONSCIENTS
Si les échéances ne sont pas repoussées une fois de plus, les électeurs sont donc conviés le 7 février pour élire un président de la République, ainsi que les députés et les sénateurs de la prochaine législature.
Nombre de travailleurs, djobeurs ou chômeurs, confrontés à la difficulté de survivre au jour le jour, exploités pour des sommes dérisoires par leurs patrons quand ils ont du travail, menacés par la faim quand ils n’en ont pas, subissant l’insécurité et la loi des voyous, se désintéressent de ces élections, en pensant qu’elles ne représentent aucun espoir de changement. Et ils ont toutes les raisons de penser cela.
Pour d’autres, peut-être, qui ont vécu la dictature de Duvalier, le simple droit de vote est un bien trop précieux pour ne pas s’en servir, quand bien même ces élections se déroulent sous la tutelle de grandes puissances qui n’ont sûrement pas pour souci ni la démocratie, ni les libertés du peuple d’Haïti et encore moins, le souci de changer la vie de ses exploités.
Mais que l’on aille voter le 7 février ou que l’on estime inutile de le faire, ce qui compte, c’est d’être conscient et de ne pas croire ni les hommes politiques qui se présentent, ni que le simple fait de voter peut changer la vie des exploités.
Aucun des candidats ne représente le moindre espoir de changement pour les travailleurs et pour les pauvres. Ils ne le prétendent même pas: eux qui ne sont pas avares de paroles lorsqu’il s’agit de brasser des phrases vides, sont silencieux quant à des propositions concrètes qui pourraient améliorer un tant soit peu la vie des classes exploitées. Mais comment un Backer pourrait promettre une augmentation de salaires, ou même un simple rattrapage par rapport aux 3 $ US qui se pratiquaient sur la zone industrielle lors de la chute de Duvalier alors qu’il paye les ouvriers de ses usines aussi mal que tous les autres patrons? Les autres candidats ne le promettent pas plus, eux qui ne sont pas des grands patrons de la zone industrielle mais qui comptent gouverner en amitié avec ces grands patrons.
Et plus généralement, comment pourrait-on améliorer le sort des pauvres, donner du travail à ceux qui n’en ont pas, imposer un salaire minimum qui permette à l’ouvrier de vivre et de faire vivre sa famille? Comment si ce n’est en prenant l’argent là où il est, aux plus riches, en les obligeant déjà à payer leurs impôts, en établissant ces impôts à un niveau tel que l’Etat puisse disposer de quoi assurer un minimum dans les quartiers populaires: l’eau, l’électricité et le ramassage des fatras dans les quartiers populaires? Comment si ce n’est en empêchant au moins les affairistes de la bourgeoisie et les grands mangeurs de la politique de voler dans les caisses de l’Etat les sommes qui pourraient être utilisées à soulager la misère des plus pauvres?
Mais aucun des candidats n’a l’intention de toucher ni à la fortune des riches, ni même à la manière dont ils l’accroissent au détriment de la collectivité. Aux exploités, ils n’offrent que des mots. Et même leurs mots sont tellement semblables qu’il est impossible d’affirmer en votant pour la candidature de l’un ou l’autre d’entre eux quelle politique on souhaiterait voir mener. Ils seront même incapables de rétablir la sécurité, si ce n’est pour eux-mêmes, car ils n’ont que faire de la vie et de l’intégrité physique des habitants des quartiers populaires.
Il y a quinze ans, l’écrasante majorité des exploités a voté pour Aristide, car il semblait différent des autres et au moins, parlait des pauvres et respectait leur dignité. Cela seul lui valut la haine des possédants et le coup d’Etat des militaires. Mais on sait ce qu’il en est advenu à son retour. Dans les dernières années de sa présidence, il est devenu comme les autres, enrichi, entouré de grands mangeurs, protégé par les chimères qui ont beau être issus des quartiers pauvres, n’en sont pas moins devenus une calamité, surtout pour les pauvres, justement.
Alors, aller voter pour affirmer que l’on tient aux élections, ne serait-ce qu’en glissant un bulletin blanc dans l’urne, pourquoi pas?
Mais en n’oubliant pas qu’il n’y a pas de sauveur pour les exploités et pour les pauvres. Leur salut viendra d’eux-mêmes, lorsqu’ils auront la conscience de s’organiser et de se battre pour leurs propres exigences, lorsqu’ils auront la volonté de déployer leurs forces collectives pour peser sur les décisions politiques, comme ils ont su le faire lorsqu’ils ont renversé Duvalier ou lorsqu’ils ont sauvé Aristide face au coup d’Etat de Lafontant. Mais cette fois, pas pour d’autres, mais pour leur droit légitime à un travail, à un salaire correct et à une vie digne de ce nom pour eux-mêmes et pour leurs familles.



Manifestations contre les caricatures de Mahomet: prétexte à l’exaspération et à la colère des pauvres

Toute la presse est remplie de nouvelles et de commentaires sur les manifes-tations dans les pays où la religion musulman est dominante. Mais il se trouve aussi que tous ces pays sont à des degrés divers des pays pauvres, sous développés, dominés par les pays impérialistes, les pays riches.
Qu’un journalistes ait produit une caricature de Mahomet pouvant être interprétée comme un amalgame entre Islam et terrorisme ne serait qu’un épisode sans importance si cela ne suffisait pas à enflammer les populations de ces pays pauvres. Celles-ci manifestent au nom de la défense de Islam ou de l’honneur de Mahomet créateur de l’Islam, mais la cause de leur colère ou de leur exaspération est ailleurs. Car même si ces manifestants sont manipulés comme l’a dit un homme politique français cela ne change rien au fond.
Le fond ce n’est pas le droit de critique ou de caricature ou la liberté de la presse. Une telle liberté va de soi dans les pays dits «occidentaux», en fait les pays riches de la planète (encore qu’il faille bien souvent la défendre contre toutes sortes de curetons extrémistes dès qu’on touche à la religion catholique ou à ses personnages symboliques). Les commentaires se sont limités délibérément à en rester à ce problème de liberté de critique: les imams musulmans ne peuvent tout de même pas imposer leur loi et leur obscurantisme en pays chrétien!
Mais pourquoi des masses pauvres acceptent-elles d’être instrumentalisées ou si ce n’est pas le cas n’y aurait-il pas d’autres raisons qui expliquent une sensibilité à fleur de peau ou à fleur de conviction religieuse provoquant tant de manifestations violentes dans ces pays à religion musulmane?
Derrière les critiques de l’Islam, beaucoup de pauvres de ce pays ressentent l’arrogance des pays dominants et de leurs dirigeants, ils ressentent l’humiliation de leur situation d’éternels accusés, toujours victimes de toutes les attaques des puissants.
Les dirigeants religieux et politiques de ces pays musulman sont toujours prêts à se donner la main ou à s’opposer pour détourner la colère, le désespoir ou la haine des pauvres dans des voies sans issue de la religion islamique. Comme ils l’ont fait aussi dans d’autres religions, ailleurs. Les mollahs, les imams et autres religieux qui prêchent parfois la révolte s’arrangent toujours pour que leurs fidèles, les masses en colère ne remettent pas en cause la domination des riches, musulmans comme eux, des notables liés par toutes leurs richesses au camp de ceux qui provoquent la colère car elles provoquent la misère et le sous développement des régions où ils vivent.
Que les islamistes utilisent à leur profit cette situation ne fait aucun doute ; que des journalistes danois liés à des milieux de droite ou d’extrême droite expriment avec leurs caricatures non pas des idées anti-religieuses en général mais uniquement dirigées contre les musulmans et même pas contre les seuls islamistes ne fait aucun doute non plus.
Le poids de la religion islamique sur les masses de pays à religion musulmane est un obstacle vers leur libération, vers leur prise de conscience que le relais de la domination impé-rialistes sur leur pays, sur leur peuple se trouve en fait parmi eux, à la tête de leur propre gouvernement. Les classes possé-dantes de leur pays sont en fait les responsables de leur oppres-sion, de leur écrasement, de leur humiliation de leur pauvreté! C’est en se battant contre ces gens là, contre leur classe de riches et de notables qu’il ouvriront une autre possibilité d’organiser la société autrement! Dans ces pays comme ailleurs la religion et les religieux, même les soi-disant extrémistes, islamistes, sont des ennemis des classes pauvres!
La voie vers l’éman-cipation nécessite d’échap-per à leur emprise, à leur influence souvent dominante. Ce n’est pas dans les pays riches que la liberté d’expression et de critique est nécessaire mais surtout dans les pays mêmes ou les mollahs et autres religieux musulmans ou islamistes prétendent dicter leur conduite et toutes leurs idées aux masses pauvres.



Mort de Coretta King

Coretta King est morte à l’âge de 78 ans, dans un hôpital du Mexique. Coretta Scott avait épousé en 1953 le pasteur Martin Luther King. Noire américaine, elle a milité pour les droits civiques avec son mari pour que soit abolie la ségrégation raciale qui plaçait les Noirs dans une position d’infériorité sociale: considérés comme une catégorie inférieure de citoyens, ils n’avaient pas droit à la même instruction que les Blancs, pas le droit d’aller dans les mêmes écoles et universités, pas le droit de fréquenter les mêmes établissements publics, ou alors ils étaient cantonnés dans une zone réservée, comme c’était le cas aussi dans les bus.
En 1955, le Pasteur Martin Luther King fut un des leaders du mouvement de boycott des bus en Alabama. Une femme Noire, Rosa Park, fit un geste qui devait avoir une grande répercussion sur la mobilisation des Noirs: elle refusa de céder sa place dans un bus à un Blanc. Elle fut arrêtée et emprisonnée. Les Noirs de la ville de Montgomery refusèrent alors d’emprunter ce moyen de transport. Ce mouvement de boycott, qui dura une année, fut repris dans d’autres villes, et ce fut un premier succès: la loi qui imposait la séparation des Noirs et des Blanc dans les bus fut abrogée. Rosa Park est décédée il y a quelques mois. Martin Luther King continua la lutte pour les droits civiques des Noirs, et en devint le principal leader. Coretta King l’a accompagné dans son combat, sans pour autant être une personnalité de premier plan. Cependant, lorsque Martin Luther était empêché, c’est elle qui intervenait dans les assemblées et prononçait les discours.
Le 4 avril 1968, Martin Luther King était assassiné à Memphis, semble-t-il sur ordre de la CIA (service secret américain). Il était venu dans la ville pour soutenir une manifestation des éboueurs noirs. Quatre jours après la mort de son mari, Coretta prit la tête de la manifestation, signifiant ainsi qu’elle continuait son combat. Par la suite, elle fonda dans la ville d’Atlanta le Centre King, qui défend la mémoire de Martin Luther King. En 1986, elle défendit avec succès l’idée qu’un jour de commémoration férié soit institué pour célébrer le combat de Martin Luther King pour les droits civiques.
Aujourd’hui, le gouvernement américain prétend célébrer la mémoire de ceux qui se sont opposés à la ségrégation raciale, tout au moins ceux qui comme Martin Luther King, ont prôné l’action non-violente. Ce dernier a obtenu le prix Nobel de la paix en 1964. Condoleeza Rice, femme noire porte parole du gouvernement américain, qualifie Coretta Scott King de «championne des droits humains», de «pionnière dans le combat de notre pays pour l’égalité et la justice pour tous les citoyens». Les lois racistes ont été abolies, au prix de dures luttes, et d’une féroce répression: arrestations, tabassages, condam-nations arbitraires, assassinats... Cependant, le racisme est toujours bien présent dans la société américaine: la partie la plus pauvre de la population, le plus grand nombre des sans logis, la proportion la plus forte de chômeurs, la majorité des prisonniers, des condamnés à mort sont des Noirs.
Pour mettre fin à cette injustice, il faudra d’autres combats que ceux visant à l’intégration des noirs dans la société américaine. La constitution d’une petite ou moyenne bourgeoisie noire qui a accès aux mêmes privilèges que son homologue blanche ne résoud en rien le problème de l’inégalité sociale et ne réduit en rien la détresse de ceux qui sont les laissés pour compte. Seul un changement radical de la société américaine pourra y mettre fin, en abolissant les inégalités de classes. Ce combat là est celui de tous les travailleurs noirs, hispaniques ou blancs qui sont écrasés dans cette société.




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