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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 25 février 2006      N° 940

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À la Une

Éditorial

La valse des candidats aux Antilles-Guyane. Fabius et l’hypocrisie de la gauche socialiste

Après Bayrou, et avant Sarkozy et Villepin, Laurent Fabius vient aux Antilles Guyane pour préparer les élections présidentielles. Ce dirigeant du PS est en effet pour le moment candidat à la candidature au parti socialiste et tente de rassembler son camp au sein de son parti.
Fabius est actuellement adjoint au maire de Grand-Quevilly, en Seine maritime, et député. Il fut premier ministre de Mitterrand de 1984 à 1986, et quatre fois ministre de l’industrie, de l’économie, du budget.
C’est donc un vieux routier de la politique et un responsable de l’Etat français qui est aujourd’hui en déplacement. Mais il tente d’apparaître comme un homme neuf avec une politique de rechange. Qu’en est-il en réalité?
Fabius tente de redorer son blason par une politique et des propos en apparence plus «à gauche». Il a fait campagne pour le «non» au référendum sur la constitution européenne tant dans son parti que dans le pays. Mais lorsqu’on regarde de plus près son programme, il est insignifiant. Il promet par exemple un SMIC à 1400 ou 1500 euros d’ici 2012. Il ne prend aucun risque puisque cette augmentation équivaut grosso modo à l’inflation habituelle. Il promet de construire 12000 logements par an, mais c’est à peu près ce que promet le ministre de droite, Borloo.
Ah oui, Fabius propose d’abroger les Contrats Nouvelle embauche (CNE) et Contrat première embauche (CPE) ainsi que la loi Chirac-Fillon sur les retraites. Mais il ne s’engage pas à remettre en cause les augmentations d’annuités de cotisation pour tous pour avoir droit à une retraite pleine.
Lorsqu’il était au gouvernement, sous Jospin, il n’a jamais proposé de revenir sur le calcul des retraites établi par Balladur sur les 25 dernières années au lieu de 10, comme avant. Pourtant il y avait alors une majorité dite gauche plurielle. Alors aujourd’hui, quel crédit peut on lui accorder lorsqu’il critique ces mesures d’autant qu’il ne fait aucune proposition concrète?
Toujours dans sa motion «rassembler à gauche» avant le congrès du PS, Fabius déclarait: «considérablement augmentées par la droite, les exonérations de charges aux entreprises atteignent désormais 20 milliards d’euros par an…Plus d’exonérations sans contreparties en terme d’embauche et de progression salariale». Il ne s’oppose donc pas aux exonérations en faveur des patrons, il reconnaît même implicitement que la gauche en a bien usé.
Fabius déclare souvent que la gauche a déçu et doit reconquérir son électorat. Il tente pour cela en imitant son maître Mitterrand de renouer les liens avec l’ensemble de la gauche et le PCF. On l’a vu à la fête de l’Humanité tentant de redonner de l’espoir en une «union de la gauche» aux militants du PC avant d’échapper à quelques huées et bousculades de mécontentement.
Alors Fabius a beau se montrer dans les manifestations de rue contre le CPE et le CNE en France, il ne trompera que les naïfs. Il est au fond à l’image de son parti, même s’il cherche, avec difficulté du reste, à se différencier d’une série de candidats PS. Car aucun de ces candidats et pas plus le parti dans son ensemble ne proposent, s’ils parvenaient au pouvoir, de revenir sur les principales mesures anti ouvrières prises par les gouvernements de droite.



Guadeloupe
Collège de Bébel Sainte-Rose. Les grévistes ne baissent pas les bras

Depuis la fin janvier, 10 agents en contrat CEC, essentiellement des femmes, se battent contre la cruauté d’une administration qui ne se soucie pas du renouvellement de leurs contrats. Ils sont soutenus par trois collègues en emploi-jeune. Ces agents sont des jeunes qui s’étaient battus il y a quelques années contre les nuisances de l’usine Bonne-Mère à La Boucan. Ils avaient pu par la suite constituer l’association MADICE. Ces contrats CEC renouvelables chaque année devraient durer 5 ans, mais les dernières années coûtent plus cher au collège où ils travaillent. Comme tous les établissements de l’Education nationale, le collège de Bébel utilise les personnels en contrats précaires pour faire le travail de fonctionnaires que l’on n’embauche pas.
Les responsables du collège ont donc annoncé à ces agents la fin de leur contrat après 3 ans de CEC. Ils laissent à l’association de M. Quiaba le soin de se débrouiller avec eux!
Deux visites des grévistes à la préfecture n’ont permis que de rencontrer des responsables «pas au courant du dossier». Quand on sait que toutes les décisions concernant ce type de contrats viennent de la Préfecture, on peut penser que ces messieurs ont choisi une position bien commode: ils se lavent les mains.
Mais les grévistes ne se découragent pas. Les parents d’élèves ont voulu rouvrir le collège! De toutes façons, il n’y a personne pour assurer les tâches de ces grévistes. Des titulaires leur font savoir qu’ils n’y arrivent pas.
Il a donc fallu se fâcher, tenter d’ameuter la population en barrant le pont de la Boucan, même un court moment, le 15 février. Et puis se fâcher encore face à des responsables de l’ANPE qui finissent par déclarer qu’il existe des possibilités de reprise, qu’il est possible d’avoir des contrats de 30 voire 35 heures au lieu de 20 comme il est dit depuis le début du combat.



Martinique
Grève au port du Marin

Les salariés de l’entreprise de location de bateau Sunsail poursuivent leur mouvement de grève contre le nouveau plan de licenciement du patron qui envisage d’abandonner sa base en Martinique.
Sunsail, selon sa propre publicité sur le Net, est le numéro un mondial de la location de voiliers avec près de 1000 voiliers et catamarans dans 34 bases situées dans 22 pays. De plus, Sunsail selon les salariés grévistes vient d’acquérir par le biais d’une fusion, la société Moorings.
Moorings Yachting est le leader mondial des vacances en voilier. C’est le spécialiste dans la vente de bateaux d'occasion à travers le monde.
Avec de tels moyens les salariés ont raison de douter des difficultés évoquées par la société Sunsail qui entend licencier, elle qui en 2004 avait déjà divisé par deux les effectifs de la société.
Rappelons que ce sont ces entreprises qui en se domiciliant en Martinique, ont principalement bénéficié des fonds du DOCUP (document unique de programmation) destinés aux équipements à vocation touristiques. Ces fonds destinés à l’aide dite au «développement» de la Martinique, pour les années 2000-2006, ont représenté 1 433 millions d’euros de crédits et servent en fait à développer les entreprises qui ferment une fois leur boulimie satisfaite.
Et pour le coup cela à tout l’air d’un faux départ de Sunsail. Il s’agit tout simplement d’une opération de redéploiement pour l’employeur puisque la fusion avec Moorings lui permet d’être présent à la Marina du Marin.
Ainsi après avoir largement bénéficié de subventions des Fonds européens, de défiscalisations, d’exonération de charges fiscales et sociales, après s’être bien engraissée, Sunsail décide de se reconvertir en délocalisant sans vergogne sa base et laissant sur le carreau les salariés pères et mères de famille du jour au lendemain sans aucun moyen.
Mais le camp des salariés n’est pas celui du désespoir. Ils n’entendent pas se laisser tondre sans agir. Désormais les bateaux de Sunsail sont bloqués sur le port du Marin et toute une dynamique semble vouloir s’enclencher. Tous ensemble les salariés envisagent d’aller plus loin si Sunsail maintenait son refus de négocier.



Profits records et licenciements

Les plus grandes entreprises françaises ont annoncé des bénéfices records pour l’année 2005. C’est Total qui est en tête de liste, avec un bénéfice net de 12 milliards d’Euros. La Société Générale réalise un bénéfice de 4,46 milliards, en augmentation de 35,5%. Ce sont les gros actionnaires internationaux qui toucheront le pactole: le dividende par action de Total par exemple enregistre une hausse de 15%. Quant aux travailleurs qui ont permis aux entreprises de réaliser ces profits, ils n’en auront que des miettes, ou rien du tout. Le PDG de Total, qui devait annoncer une telle magnificence pour ses actionnaires, n’a pas pu faire moins que de céder aux salariés une augmentation de 2,5% pour 2006, ainsi que des primes d’intéressement et primes exceptionnelles. Une façon sans doute de ne pas les renouveler l’an prochain, à moins que Total ne batte un nouveau record, ou que les travailleurs de Total ne se battent pour avoir une part plus substantielle du bénéfice.
Ailleurs, rien n’est prévu, si ce n’est des licenciements: c’est le cas à France télécom, dont les bénéfices enregistrent une hausse record de 89% et qui envisage de supprimer 17 000 emplois, dont 16 000 en France d’ici 2008. Suez le profit, et vous serez licenciés, voilà la logique de ce monde fou qu’est le système capitaliste.




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