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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 25 février 2006      N° 940
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Haïti
“Arrangement” pour l’élection de Préval

En Haïti, il a fallu au CEP (Conseil électoral provisoire) huit jours pour proclamer René Préval vainqueur des élections présidentielles. Après un changement de dernière minute du mode de comptabilisation des votes blancs, Préval a été crédité de 51,15 %. Le CEP évite ainsi un second tour qui aurait pu être plus difficile à gérer, mais il a fallu 5 jours de manifestations pour reconnaître le vote des masses populaires en faveur de Préval, au grand dépit de Manigat et de Backer qui avaient le soutien de la bourgeoisie.
Leslie Manigat n'obtenait alors que 11,8% et la deuxième position, loin derrière. Il a tout de suite contesté en brandissant la manipulation électorale. Mais il y avait déjà eu des fraudes flagrantes que les partisans de Préval dénonçaient durant la semaine en montrant que des lots de bulletins en faveur de Préval avaient été jetés dans des décharges publiques alors que les observateurs électoraux et la Minustah étaient censés être sur leurs gardes.
Mais bien plus que la fraude dans les 2 camps, c’est la pression réalisée par les supporters de Préval, la grande masse des habitants des quartiers pauvres, en ville et dans les campagnes, qui a obligé le CEP à faire marche arrière et à lui accorder la victoire. Pendant 5 jours les masses pauvres, les habitants des quartiers populaires, soutenus par les chimères, ont manifesté et réclamé «Préval président». Il y a eu les marches dans la capitale où les manifestants brandissaient des branches d’arbres en guise d’armes, puis le ton est monté avec des barrages de pneus enflammés jusqu’à l’irruption dans l’hôtel de la commission électorale et l’occupation des locaux. Les observateurs internationaux, la commission électorale, ont eu peur de la détermination des pauvres qui ne respectaient ni leur piscine, ni les beaux meubles.
Devant les risques imprévisibles d’extension des troubles, le CEP et les autorités internationales ont préféré s’entendre avec Préval, d’autant que c’est un homme qu’ils ont déjà pratiqué pendant les 5 années de sa présidence et qui n’a pas été le plus mauvais interlocuteur de leur point de vue. S’il est capable de tenir les chimères, de rassurer les banquiers et les patrons de la zone industrielle et du commerce il fera l’affaire de la bourgeoisie locale et internationale. C’est ce que lui demandent les divers ambassadeurs et consuls qui ont réagi positivement à son élection.



Europe
Manifestations contre la directive Bolkestein

C’est une version allégée de la directive Bolkestein qui a été adoptée vendredi 17 février par le Parlement européen. Mardi 14, des dizaines de milliers de manifestants s’étaient rassemblés à Strasbourg devant le Parlement européen pour exiger le retrait du projet de libéralisation des services appelé directive Bolkestein. Les aspects les plus contestés du projet ont été retirés, et avant tout le «principe du pays d’origine». Il était en effet prévu que des entreprises prestataires de services puissent employer, via des entreprises sous traitantes, des salariés venant d’un autre pays de l’Europe qui seraient payés au tarif en vigueur dans leur pays d’origine. Les travailleurs de ces pays, d’Europe de l’Est en particulier, ont des salaires extrêmement bas, bien inférieurs à ceux des pays les plus développés de l’Europe. C’était donc une nouvelle façon de favoriser le patronat en l’autorisant à embaucher des travailleurs pour des salaires dérisoires, et en tirant les salaires généraux vers le bas. Ceci dit, ce n’est pas le recul sur la directive Bolkestein qui empêchera les patrons de faire appel chaque fois que possible à des travailleurs étrangers payés un salaire de misère, car ce procédé est loin d’être nouveau.
Lors des manifestations, on pouvait lire sur une banderole: «l’ennemi, ce n’est pas le travailleur polonais, ce n’est pas l’Europe, c’est le gouvernement et le capital». L’intérêt des travailleurs serait de se mobiliser non pas pour empêcher l’embauche de travailleurs étrangers, mais pour imposer ensemble au patronat des salaires décents pour tous et dans tous les secteurs.



Somalie
La famine menace

Des enfants déshydratés qui boivent leur urine, des enfants qui meurent telle est déjà la situation en Somalie où sévit la sécheresse avec son cortège de, famine, de manque criant d’eau, d’absence quasi totale d’eau potable. Les organisations humanitaires internationales annoncent déjà plusieurs millions de morts. D’autres pays, dans leurs zones frontières avec la Somalie, l’Ethiopie, le Kenya et Djibouti, dans la corne de l’Afrique, mais aussi la Tanzanie et le Burundi sont aussi menacés de famine par la sécheresse. En Somalie, des milliers de personnes fuient la campagne où les récoltes sont détruites et les animaux meurent, pour se rendre à la capitale Modigascio. Mais cette capitale est elle-même un centre de souffrances. Une véritable guerre civile y est menée entre candidats au pouvoir. Depuis 1991 cette guerre a déjà fait entre 300 000 et 500 000 morts. Et la sécheresse y entraîne aussi la faim, la soif. Cela dans l’indifférence totale des puissants de la planète.
Une sécheresse exceptionnelle provoque un drame dans la mesure où la situation du pays concerné est déjà catastrophique. Il paraît en effet incroyable qu’un pays plus grand que la France, avec seulement 11,5 millions d’habitants, avec des kilomètres de côtes sur la mer, n’arrive pas à les nourrir. Mais les infrastructures ne correspondent pas aux besoins des populations. Encore un pays qui a été colonisé, par l ’Angleterre, par l’Italie, abandonné sans ressources à des politiciens qui ont été plus soucieux d’introduire une nouvelle langue, bien somalienne, que de donner à manger aux populations.



Haïti
Quelles suites à l’enthousiasme électoral des pauvres?

Lors du vote pour les présidentielles, législatives et sénatoriales, le 7 février, le CEP ainsi que les observateurs internationaux ont été les plus surpris. Malgré une machine électorale défectueuse, malgré une insécurité permanente, une masse importante de la population des quartiers populaires s’est pressée pour participer au vote. Descendus des quartiers populaires avant le jour, les gens sont restés en files des heures durant pour voter, certains ont dû traverser Cité Soleil, Carrefour ou la zone de l’aéroport pour trouver le local où il a fallu chercher son bureau parmi des dizaines d’autres. Quant aux habitants des zones rurales c’est souvent après de longues marches qu’ils ont pu accéder aux bureaux de vote. Il fallait avoir de la volonté, de la constance, de l’opiniâtreté pour voter ce jour là.
Il est certain que les chimères ont favorisé, sinon permis, ce vote car durant une semaine il y a eu une accalmie dans les affrontements armés et les enlèvements. Mais cela n’enlève rien à cet élan pour le vote des masses populaires qui s’est concrétisé par le choix de Préval.
Un grand nombre des pauvres a voté Préval pour, d’une certaine manière, venger Aristide qui avait été évincé par les forces coalisées des 184, des anciens militaires, sous l’oeil bienveillant des Américains. Même si Préval n’a pas pris la bannière Lavalasse, beaucoup pensent qu’il a gardé un «fond lavalassien», mais il ne sera guère plus indépendant des Américains qui sont les principaux bailleurs de fonds.
D’autres ont voté contre Baker qui est connu comme un patron de la zone industrielle qui exploite sans vergogne les travailleurs. Préval fera-t-il pression sur lui pour augmenter le salaire minimum? Rien n’est moins sûr. Pour certains, Préval est plutôt l’agronome qui avait lancé la campagne de réforme agraire non aboutie et enfin il y a la grande masse de ceux qui ont voté Préval faute de trouver mieux en se disant que peut-être, lui, il fera entendre raison aux chimères et apportera un soulagement dans la vie au quotidien. Cela se comprend dans la mesure où il n’y avait aucun défenseur des intérêts ouvriers.
Cet engouement électoral des masses populaires a obligé le CEP à reculer, il peut amener les pauvres à arracher quelques autres concessions, mais à condition que les travailleurs, que les classes populaires ne se fassent pas d’illusions. A condition qu’elles se rendent compte que Préval ne donnera que ce que les masses pauvres en général et les travailleurs de la zone industrielle en particulier sont capables de lui imposer, à lui… et surtout à la classe riche qui détient le pouvoir économique dans le pays.



Haïti
Préval Président: portrait d’un démagogue

Le nouveau président d’Haiti, René Préval, a déjà occupé le poste de président de 1996 à 2001. Cet agronome de formation âgé de 63 ans (né le 17 janvier 1943), dont la famille a fui la dictature des Duvalier en 63, est revenu en Haïti au début des années 80 et a ouvert une boulangerie.
Il a un long cheminement au côté de J.B Aristide depuis les années 80 sous la dictature de Duvalier. Après son élection en 1990 Aristide l’appelle au poste de Premier ministre qu’il occupera jusqu’au coup d’Etat de septembre 1991. Préval ira rejoindre Aristide en exil aux Etats-Unis et sera là lors de son retour dans les hélicoptères américains en 1994. Comme la constitution haïtienne n’autorise pas deux mandats successifs, c’est Préval qui aura la charge de faire la transition en 1996 jusqu’à la nouvelle élection d’Aristide en 2001.
Bien connu du milieu paysan, Préval bénéficie d’une bonne image au sein de la population laborieuse qui ne retient de sa mandature que les moments acceptables: réfection de tronçons de route, construction d’école et surtout il est le seul qui ait fait son mandat en entier et ait remis son écharpe sans coup d’Etat. Mais Préval est surtout, sous des dehors populistes, un homme de la bourgeoisie. Durant son mandat les banques se sont multipliées, les bénéfices des possédants se sont accrus et le salaire des travailleurs a diminué en même temps que la gourde s’effondrait. A aucun moment il n’a usé de son autorité présidentielle pour mettre au pas les patrons d’entreprises qui exploitent les travailleurs à moins de deux euros la journée, il aurait pu décréter une augmentation du salaire minimum. Il a lancé le slogan de la réforme agraire qui lui a valu un succès, mais n’a pas apporté la terre aux paysans pauvres. Il est aussi célèbre pour sa formule «najé pou soti», le chacun pour soi qui va toujours au bénéfice des possédants.
Préval a été présenté comme le «marassa», le frère jumeau d’Aristide, cela est vrai dans la mesure où lui aussi s’appuie sur l’espoir que la population a de trouver un homme providentiel pour renverser les exploiteurs à sa place. Mais Préval, Ti René, est dans le camp de la bourgeoisie et il ne veut, ni ne peut donner aux masses pauvres les moyens de se défendre elles-mêmes face aux exploiteurs bourgeois.



Dominique
Démission du secrétaire du Dominica Labor Party

Le secrétaire du Dominica Labor Party (DLP, parti travailliste de la Dominique), William Riviere, a démissionné de ses fonctions courant janvier. Le Premier ministre, Roosevelt Skerritt, à la tête de ce même parti, a déclaré que sa première réaction a été de rire à la lecture de la lettre de W. Riviere.
Ce dernier, secrétaire du DLP depuis deux ans, affirme que le parti a abandonné les idéaux et principes de ses fondateurs, et que les décisions importantes sont prises par un petit comité au cours de réunions secrètes, en dehors de tout contrôle.
Il prétend s’en être rendu compte depuis plus d’un an. Lorsqu’on lui demande pourquoi il n’a pas démissionné avant, il rétorque qu’il ne voulait pas abandonner le parti au moment des élections (qui ont eu lieu en mai 2005).
En réalité, on se rend compte que ses reproches proviennent surtout du fait que malgré son titre de secrétaire du parti, les principaux leaders dont le Premier ministre et son adjoint ne tiennent aucun compte de son avis. En particulier, lors de réunions publiques, ils l’ont fait huer par leurs partisans et ils ont désigné leurs candidats sans le consulter.
Ce qu’il décrit est sans doute la réalité, à savoir qu’une petite coterie dirige le parti et l’Etat sans contrôle de quiconque. Mais si lui-même était aussi honnête qu’il le prétend, il aurait dû dénoncer ces agissements au moment des élections, au lieu de livrer la population à « l’homme providentiel » qu’il accuse aujourd’hui de tromper le peuple.




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