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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES - Samedi 6 mai 2006 N° 945
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À la Une
ÉditorialNon à la loi dite de l’immigration choisie
Le gouvernement veut faire voter une loi proposée par Sarkozy qui va durcir considérablement les conditions de l’immigration en France. Il y aura des quotas par pays et les autorités auront le droit de refuser tel ou tel immigrant sous le prétexte qu’il n’a pas les qualifications qui intéressent les patrons en France. Il y a des chances que ceux venant de pays européens, plus industrialisés, soient prioritaires.
Le racisme croissant contre «les Noirs et les Arabes» pourra fleurir légalement. Les originaires des anciennes colonies aujourd’hui encore pillées par les capitalistes français en Afrique devraient, avec cette nouvelle loi, avoir de grandes difficultés à rentrer en France ou, pour ceux qui y sont déjà, à être régularisés. Les dizaines de milliers de «sans – papiers» sont condamnés à la clandestinité et la misère.
La loi prévoit également d’imposer toutes sortes de conditions pour autoriser les regroupements familiaux. Elle condamne ainsi les ouvriers immigrés à passer toute leur vie loin de leurs familles. Déjà, ceux qui sont actuellement à la retraite sont contraints de rester sur le territoire français plus de six mois par an sous peine de ne plus toucher les maigres retraites auxquelles ils ont droit après des années de travail et de sacrifices. La nationalité française sera plus difficile à obtenir. Toutes les conditions de l’immigration devraient être aggravées.
La nouvelle loi devrait présenter aussi des spécificités pour les DOM et en particulier pour la Guadeloupe et les immigrants venant de Haïti et de la Dominique. Une surveillance spéciale des côtes ainsi que de certaines communes est annoncée. Egalement les contrats de travail, leurs durées, seront particuliers. Si quelqu’un obtient par exemple le droit de travailler en Guadeloupe, son autorisation ne sera pas valable en Martinique et réciproquement. Une véritable restriction des libertés élémentaires.
Les particularités pour les DOM ont été proposées au gouvernement par les patrons et les politiciens locaux. Elles font suite aux déclarations xénophobes de certains d’entre eux. De ceux qui préparent les futures élections en comptant rafler les voix des partis xénophobes pro-Ibo ou pro-Le Pen présents dans la population. C’est aussi le résultat de la campagne de signatures menée en Guadeloupe par Radio Contact avec les discours pourris de ses animateur et animatrice.
Les travailleurs guadeloupéens et martiniquais n’ont aucun intérêt à se réjouir d’une telle loi. Car celle-ci ne peut que favoriser l’arrogance du patronat vis à vis des travailleurs, quels qu’ils soient. Les patrons se moquent de connaître la nationalité de leurs employés. Ils aiment qu’on leur donne beaucoup de travail pour de petits salaires. Aujourd’hui, on voit bien que la précarité n’est plus réservée aux seuls immigrés.
Les spécificités locales de la nouvelle loi signifient aussi la multiplication des contrôles de police dans les transports en commun, sur les routes, les plages. Or ceux-ci sont de plus en plus souvent des sources de comportements méprisants ou même de violences envers la population. On a déjà vu plusieurs personnes «prises pour» des Haïtiens qui en ont été victimes.
Les travailleurs, quelle que soient leur nationalité, ont des intérêts communs. Ceux qui sont «indésirables» ne sont pas ceux qui sont venus se faire exploiter, ceux qui offrent leur travail et par là enrichissent la société. Les indésirables sont les exploiteurs qui s’enrichissent sur le dos des autres et leurs serviteurs politiciens ou propagandistes racistes et xénophobes.
Avec la date des échéances électorales, (présidentielles et législatives) on assistera de plus en plus à cette course à la xénophobie plus ou moins ouverte de toutes sortes de politiciens. Sarkozy, lui n’y va par quatre chemins: car il est pressé de montrer au milieu qui vote Le Pen qu’il peut être aussi crapuleux et sans scrupule que ce dernier.
Mais il n’est pas du tout sûr que ces calculs politiciens lui fassent gagner les voix qu’il espère arracher au Front National. Car toute cette course pour occuper des positions d’extrême droite ne fait que renforcer cette extrême droite. Aujourd’hui, elle se frotte les mains et ne se prive pas de dire: «tout le monde veut reprendre nos thèmes anti-immigrés, cela montre que nous avions raison avant les autres»! Cela s’est toujours déroulé ainsi quand des politiciens de gauche ou de droite ont fait risette à l’extrême droite, c’est celle-ci qui en est sortie renforcée et parfois de façon dramatique!
Martinique
Les chauffeurs de produits pétroliers mobilisés arrachent leur revendication sur l’organisation du travail
Vendredi 28 avril, les stations service ont été prises d’assaut par tous les automobilistes qui ont eu connaissance d’un refus des chauffeurs salariés d’hydrocarbures en Martinique de livrer du carburant sans une rencontre préalable avec les patrons transporteurs.
En effet, ces salariés organisés au sein du Syndicat des Chauffeurs Salariés de Produits Pétroliers et Assimilés (SCSPPA-CGTM) souhaitaient rencontrer leurs patrons depuis plusieurs mois. Mais ces derniers faisaient la sourde oreille, ou ne répondaient pas tous aux différents courriers du syndicat. Trois au total les 14 mars, 10 et 20 avril 2006. En effet, le syndicat souhaitait rencontrer ces patrons pour discuter de la question du travail du samedi imposé de manière unilatérale, à cause des lundis fériés du mois de mai, notamment.
Les chauffeurs, 21 au total, se sont donc retrouvés le vendredi 28 dès 6 heures du matin sur le parking de la SARA avec les 21 camions citernes soigneusement rangés, attendant leurs patrons qui avaient été prévenus par leurs soins.
Très tôt, les responsables de TOTAL (49 stations sur les 78 que compte la Martinique), qui n’emploient pas directement de chauffeurs puisque sous-traitant cette activité, sont arrivés ventre à terre sur le site pour tenter de débloquer la situation, rejoints par la suite par deux autres.
Après s’être réunis au siège de TOTAL pour se concerter, ils ont invité les responsables du SCSPPA à les y rejoindre pour négocier, car selon eux, «craignant pour leur sécurité». Refus du syndicat qui avait déjà signalé que la SARA mettait à la disposition des parties une salle. «Ou alors rendez-vous à la CGTM».
Finalement, les patrons (distributeurs et transporteurs) se sont déplacés et ont retrouvé les représentants des chauffeurs pour négocier, avec la présence acceptée par les deux parties d’un responsable de la SARA, mais en posant une condition: que le chargement et la livraison des produits se fassent pendant la négociation. Ils ont essuyé un refus ferme et une contre proposition de négocier sans préalable. Après une courte suspension demandée par eux, la discussion a pu reprendre, mais quelques minutes après, tirant prétexte du fait qu’un représentant syndical leur faisait remarquer qu’en face d’eux, il n’ y avait pas «cinq petits cons», ils se sont levés et ont quitté la salle. Le syndicat a publié un communiqué informant qu’il avait appelé à une grève non limitée à partir de 12 heures.
Cette situation a amené le préfet à proposer une réunion en début de soirée. A la grande surprise des responsables du SCSPPA, des gérants de stations service avaient décidé d’y participer avec l’accord du préfet et des distributeurs et des transporteurs. Les délégués du syndicat ont demandé que ces gérants s’en aillent car ils ne sont pas en conflit avec les chauffeurs. Ce qui fut obtenu en quelques minutes.
Au cours de la négociation, malgré les précautions oratoires prises par le directeur de cabinet du préfet qui présidait, on sentait une volonté de mettre une pression sur les salariés car «le pays, les martiniquais souffraient, que de nombreux appels téléphoniques sollicitaient le préfet pour qu’il intervienne». Ce qui n’a pas fait changer de cap aux délégués syndicaux.
Finalement, après discussions et suspensions pour analyser les termes de l’article unique ainsi rédigé: «un chauffeur ne peut se voir imposer de travailler le samedi et le refus ne peut être sanctionné. En conséquence, le travail du samedi se fait sur la base d’un commun accord entre le salarié et son employeur», un protocole d’accord a été signé à 23 heures 45.
Les salariés n’ont pas manqué de manifester leur grande satisfaction. Et après avoir récupéré chacun une copie du protocole et en avoir discuté, ils se sont séparés à une heure du matin. Ce sentiment contrastait avec celui des patrons qui étaient tout juste soulagés, mais pas tranquilles. Peut être parce que les délégués syndicaux leur ont annoncé qu’ils seraient à nouveau sollicités sur d’autres points.
On les comprend: après avoir joué au major pendant des années, ils ont été ramenés à la raison en moins de 24 heures et ils ont constaté que les chauffeurs n’entendaient plus subir.
Guadeloupe
Succès de la manifestation du 1er mai 2006
Cette année la manifestation du premier mai s’est déroulée à St-François à l’appel de douze organisations syndicales: la CFTC, la CGTG, la CTU, FO, la FAEN/SNCL, le FSU, le SNETTA/EIL, le SNUI, le SPEG, l’UGTG, l’UIR/CFDT, l’UNSA. Le choix de la commune a été dicté par la nécessité de montrer la solidarité des travailleurs avec le secteur de l’hôtellerie touché par des fermetures d’hôtels comme le Callinago, Kalinda (ex-Méridien), l’UCPA (Union des Centres Plein Air), le Club Med et les nombreux mises en chômage technique et licenciements qui s’en suivent.
De plus le thème de la manifestation portait sur la lutte pour des emplois durables, des salaires décents, contre les licenciements, la précarité, l’exclusion, l’exploitation, la discrimination et la répression anti-syndicale.
Plusieurs milliers de travailleurs ont répondu à l’appel des organisations syndicales et les slogans scandés reprenaient les différents thèmes de la manifestation.
La récente lutte contre le CPE qui a obligé le gouvernement à faire marche arrière, a certainement renforcé l’unité syndicale. Pour la première fois en effet toutes les organisations syndicales ont manifesté ensemble. Il est vrai que ce 1er mai unitaire fait suite à toute une série de manifestations communes, notamment contre le CPE, manifestations qui ont suivi la mobilisation des étudiants et des lycéens contre cette tentative du gouvernement qui en fait n’est ni plus ni moins qu’une remise en cause du Code du travail. Les organisations syndicales, et surtout peut-être l’ensemble des salariés, commencent à comprendre la nécessité d’une lutte d’ensemble pour répondre aux attaques des patrons et du gouvernement à leur service.
Après le défilé les responsables des différents syndicats sont intervenus et ont tous souhaité que cette unité syndicale continue car les attaques contre les travailleurs seront de plus en plus importantes.
Une bonne partie des manifestants se sont retrouvés par la suite sur la plage de Raisins Clairs pour déjeuner et passer ensemble un bon moment de détente et de convivialité au son du gwo-ka.
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