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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES - Samedi 6 mai 2006 N° 945
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A propos des rencontres “initiative emploi Martinique”
Le 27 avril Combat ouvrier était invité à une rencontre organisée par Initiative Emploi Martinique, qui s’est tenue dans les locaux du Conseil Régional. L’invitation était signée des organisations suivantes: UGTM, CSTM, SE-UNSA, UNSA, SGP-FO, SNOP, CDMT, CGTM-FSM SDPCDM, FO, CFDT, MEDEF et FDSEA, UPEM, BATIR, MIM et CNCP.
A cette réunion étaient présentes les organisations politiques suivantes MIM, CNCP, PCM, PALIMA, GRS et Combat Ouvrier, étaient présentes également des organisations syndicales: UGTM, CSTM, CDMT/ANPE, CFDT/SDPCDM, et une organisation patronale la FDSEA.
A l’origine de ce rassemblement un appel daté du 21 octobre du MIM 2005 et le CNCP qui invitait les Martiniquais à la mobilisation afin que les 41.000 emplois qui seront disponibles à l’horizon 2010, (chiffres de l’INSEE) suite aux départs à la retraite et à la création d’emplois émergents, soient occupés par des Martiniquais.
Le programme de la réunion du 27 avril proposait aux participants de discuter sur les propositions à mettre en œuvre pour satisfaire les besoins de la Martinique en matière d’emploi:
«Avec l’Etat, négocier sur le recrutement des personnels administratifs, la mise en place de politiques incitatives pour le retour des Martiniquais au pays, ou encore mener une concertation sur les questions de l’emploi dans le secteur de la santé.
Avec la Région, mener une campagne de sensibilisation, développer des outils statistiques pour connaître les besoins, mettre en place des politiques de pré-recrutement, poursuivre les politiques de formation, soutenir certains secteurs d’activité.
Avec le patronat, discuter des besoins en matière d’emploi dans le cadre d’une négociation annuelle.»
L’initiative peut paraître intéressante parce qu’elle évoque le problème de l’emploi et donc du chômage et se dit à la recherche de solutions. La démarche qui consiste à solliciter très largement partis, syndicats et associations, donne une indication sur la volonté de mobiliser très largement ceux qui peuvent se sentir concernés.
Cependant pour nous, la réalité est bien différente de ce qui est évoqué par le groupe «Initiative Emploi Martinique.»
En effet, si la question est le remplacement des départs à la retraite, comme l’évoque la démarche de ce groupe, le projet de négociation avec l’état pour un recrutement prioritaire n’est pas la bonne réponse, car il tend uniquement à juguler l’immigration des fonctionnaires français qui arrivent en Martinique.
Or, la question des départs à la retraite est liée aux politiques de suppression, dans tous les services publics, de postes effectuées par les gouvernements français successifs (de gauche et de droite) -dégraisser le mammouth- disait un ministre de gauche! Ces politiques sont menées au profit du développement d’intérêts privés dont le moteur est l’enrichissement des patrons et non la satisfaction des besoins de la population.
Aujourd’hui rien qu’à la Sécu pour 2006 la Convention passée entre l’Etat et les Caisses envisage 1000 suppressions de postes dans les URSAFF, 600 dans les CAF, 6000 dans l’Assurance Maladie qui ont déjà vu disparaître 3000 salariés entre 2004-2005.
C’est donc sur la base des plans de suppressions d’emplois que se situe l’urgence d’agir et de mobiliser dès maintenant contre les disparitions d’emploi, contre les politiques de décentralisation, contre la dite mutualisation des services, contre le démantèlement des services publics.
Un autre constat est la démarche politique du MIM et du CNCP, quand on observe qu’elle s’articule sur l’idée d’un consensus entre tous les Martiniquais (syndicats, patrons et politiques) qui doivent se mettre ensemble. Pour nous, cette idée n’est ni juste ni injuste, elle est tout simplement dangereuse.
Car qui d’autre que le patronat de l’agriculture a licencié pas moins de 2000 salariés sur les deux dernières années? Qui d’autre que le patronat du bâtiment s’est débarrassé de plusieurs centaines de travailleurs à coups de «plans sociaux»? Et quant à ceux de l’industrie qui, chaque jour qui passe, transforment une distillerie en musée?
L’alliance est douteuse et selon l’expression: moun paka ba chatt’ véyé lett’, il y a lieu de se méfier.
En tout état de cause, les travailleurs devront prendre en main sérieusement la question de l’emploi et du chômage en continuant dès maintenant à s’opposer aux suppressions de postes, à toutes les formes d’emplois précaires, et à exiger la création d’emplois permettant de répondre aux besoins de la population.
Martinique
Parti Progressiste Martiniquais. Éviter un mouvement destabilisateur
Après le congrès du Parti Progressiste Martiniquais en fin 2005 et la constitution en mars dernier du «Rassemblement des forces démocratiques pour la Martinique», autour du sénateur et président du Conseil Général (ex-PPM) Claude Lise, les médias se sont emparés de la question des conséquences des démissions, au moins douze, dont cinq conseillers municipaux de Fort-de-France, sur le PPM.
Le Maire de Fort de France et président du PPM, Serge Letchimy dit que les démissionnaires doivent assumer la responsabilité de leur acte. Ce parti n’a jusqu’à aujourd’hui pas demandé officiellement aux élus démissionnaires de remettre leur mandat PPM.
Tout au plus envisage-t-il de rencontrer dans les prochains jours les cinq démissionnaires du conseil municipal foyalais qui disent ne pas vouloir abandonner leur mandat et continuer à assumer leurs tâches habituelles.
Le président du PPM affirme ne pas vouloir alimenter le spectacle de la division et des divergences qui s’expriment à travers ces douze démissions. Au contraire, dit-il, il veut éviter de créer des vagues qui risquent de réduire à néant les efforts de réorganisation du PPM qui a connu une période difficile, avec des pertes de voix aux élections et avec la lutte des chefs pour la succession de Césaire.
La réorganisation de ce parti de notables, avec l’entrée de «personnalités de la société civile», tous patrons ou proches du patronat avait fait de ceux-ci des élus, mais aussi des rédacteurs du journal de ce parti «le Progressiste». Elle était destinée à restaurer la façade du PPM pour reprendre une place de leader dans un hypothétique rassemblement de la «gauche» en Martinique pour les prochaines échéances électorales.
Tout en réaffirmant son attachement à l’autonomie, l’objectif affiché de ce parti est de «gérer» la Martinique, «développer la Martinique», «trouver des solutions concrètes aux problèmes économiques» en concurrence ou en coopération avec les autres partis déjà installés dans les différentes collectivités. Et même lorsqu’il prête une attention au sort des jeunes lorsque ces derniers luttent contre le CPE ou à celui des travailleurs avec lequel il entend garder «un lien vivifiant», c’est dans le but de «redynamiser», «revitaliser» un vague «idéal socialiste», mais sûrement pas pour dénoncer et combattre l’exploitation capitaliste. Le PPM se trouve donc très bien comme parti gestionnaire des affaires de la bourgeoisie locale ou française et de l’état bourgeois. Aux travailleurs de ne pas se faire d’illusions sur ce qu’il est et ce qu’il vise!
Désormais il existe en plus du PPM sur ce même terrain du réformisme plus ou moins dilué et plus ou moins teinté de nationalisme, un nouveau parti de notables: le Rassemblement des forces démocratiques de Claude Lise.
Les comptes truqués du chômage
Une conseillère de l’ANPE dénonce dans un livre les trucages du gouvernement pour masquer la réalité du chômage et les moyens de décourager les chômeurs, en les changeant de catégories, voire en les radiant.
L’ANPE ne compte comme demandeurs d’emplois que ceux qui sont immédiatement disponibles et cherchent un CDI à plein temps, mais pas les employés à temps partiel, les saisonniers, les contrats aidés, les stagiaires, les formations, etc.
En septembre 2005, ils étaient 4,5 millions, soit 15% de chômeurs et non pas les 10% officiellement annoncés. Le chômage ne baisse que dans les statistiques!
1er mai et éducation des jeunes
A l’écart de la commémoration de la journée de lutte des travailleurs des syndicats de salariés ou des organisations politiques, ce premier mai 2006 a été l’occasion de plusieurs manifestations en direction des jeunes.
Le maire de Sainte-Marie M. Lordinot organisait un forum sur la politique et les jeunes. Ces derniers étaient invités à s’exprimer sur la vie politique. Il semble que ce forum ait eu un certain succès avec la présence de jeunes qui ont participé aux discussions.
Les jeunes interviewés disaient ne pas être informés sur la politique, et que c’était une bonne initiative, que le maire commençait à se faire vieux et qu’il fallait penser à la relève.
Au golf de Trois-Ilets, ce sont les patrons en la personne de leur représentant M.Michel Jean-Marie qui ont organisé une journée pour sensibiliser les jeunes a la «solidarité».Il s’agissait de mettre ensemble un patron et un jeune qui allaient ensemble réaliser un parcours de jeu.
Depuis la mobilisation des jeunes contre le CPE, certains cherchent à apporter leur savoir et savoir-faire aux jeunes. Mais comme dans tout apprentissage les jeunes ont intérêt à rester attentifs pour prendre ce qui peut être bon, mais surtout écarter tout ce qui va dans le sens d’une négation de leurs intérêts.
Martinique
Manifestation du 1er mai
Environ 1000 personnes provenant de différents secteurs d’activité ont manifesté dans les rues de Fort de France à l’appel de plusieurs organisations syndicales et politiques.
A la Maison des syndicats de Fort de France, on pouvait noter la présence de la plupart des organisations de l’île, à savoir la CGT/FSM, la CSTM, la CDMT, FO, la CFDT, l’UGTM, l’UNSA, le SE-UNSA qui appelaient unitairement les travailleurs à manifester sur les questions de l’emploi, privilégiant la question du «travailler et vivre dans son pays». La CGTM, elle, manifestait contre la précarité, sur la solidarité avec les travailleurs de Casino ou sur l’ensemble des revendications ouvrières.
On pouvait aussi noter la présence d’un groupe de jeunes derrière leur banderole le CLET (Collectif Lycéens, Etudiants, Travailleurs) sur laquelle était inscrite: vive la lutte des jeunes contre la précarité.
Plusieurs organisations politiques ont voulu afficher leur présence comme Combat Ouvrier, le Parti Communiste Martiniquais et des organisations nationalistes comme le CNCP ou le PPM.
La plupart des slogans ont été repris par les manifestants. Il s’agissait de dénoncer la précarité et la politique d’exploitation du patronat. Par exemple: «Travayé Casino solidarité». «Jinn kon vié ansamb’pou kombat’ sosiété ta-a». Et aux jeunes de lancer: «le CPE est mort. Non non non au CNE». Ou encore: « C comme Contrat, N comme Nouvelle et E comme Emmerde. Non non non à la précarité».
La manifestation s’est terminée par l’Internationale entonnée par le cortège de la CGTM.
Le grand patronat et la précarité
La présidente du Medef, Laurence Parisot, a déclaré que, dès le début, elle était "réservée" sur le CPE. Le grand patronat a déjà bien des moyens d'imposer plus de précarité au monde du travail. Alors un de plus, un de moins pour lui...
Et puis, la chef du Medef dit aussi qu'il faut ouvrir le débat sur la "flexibilité" contre ce qu'elle appelle "la rigidité du marché du travail", et réfléchir aux moyens de "réduire les risques de contentieux" en matière de licenciements.
En clair, le patronat aimerait que la loi lui permette de licencier encore plus facilement et prive les salariés de recours en justice, comme avec le CPE qui est maintenant à la poubelle et comme avec son jumeau le CNE qui, lui, reste en place.
En bref...
UNE STRATEGIE INCOMPREHENSIBLE
Alors que la CGT tient son Congrès, son secrétaire général, Bernard Thibault appelle les salariés à se battre aujourd’hui contre le CNE.
D’accord, mais nombreux sont les travailleurs qui ne comprennent pas pourquoi les grandes centrales syndicales en France n’ont pas appelé plus tôt, dès la publication du décret d’août 2005 ou encore pendant la mobilisation des jeunes à en finir aussi avec le CNE!
DES JEUNES ENCORE MOBILISES
Il y en a encore. Dans certaines facultés, malgré la reprise des cours, des centaines d’étudiants appellent encore à la lutte: ils ont bien compris que le recul du gouvernement sur le CPE ne suffit pas.
Pour eux, c’est contre la précarité dans son ensemble, pour toutes les catégories de salariés qu’il faut se battre. Et ils ont bien raison!
LES MEDIAS AUXILIAIRES DU PATRONAT
Une partie de la presse en France fait croire que dans tous les autres pays d’Europe on ne comprend pas pourquoi en France les salariés n’acceptent pas la flexibilité du travail ou sont réfractaires à toute réforme.
Ce que ces journalistes bien pensants essaient de cacher c’est que des manifestations et grèves ont lieu aussi en Grande Bretagne, en Allemagne et en Italie contre les réformes des retraites ou contre l’allongement de la durée du travail.
La précarité, quel que soit le pays, les salariés sont contre!
LA RETRAITE OU LA BEREZINA
Le conseil d’orientation des retraites estime que pour équilibrer les régimes de retraite, il faudra trouver au moins 18 milliards d’euros d’ici à 2020. En 2003, on nous avait dit qu’il n’y aurait pas de problème si on acceptait de cotiser plus longtemps. En fait, c’était faux! Cette soi-disant «réforme» préparait la baisse généralisée des retraites.
Le pire, c’est qu’on prévoit que les jeunes salariés précaires d’aujourd’hui se retrouveront à la retraite avec une retraite minable en 2050. Raison de plus pour continuer à lutter, jeunes et moins jeunes contre la précarité aujourd’hui.
LES PROFITS DE TOTAL AUGMENTENT...
Il ne se passe pas un jour sans qu’on entende publier les chiffres d’une grosse multinationale. Ainsi, Total a annoncé en février dernier, un bénéfice record de 12 milliards d’euros pour 2005 ; soit une augmentation de 31% par rapport aux bénéfices de 2004 qui étaient supérieurs de 23% à ceux de 2003!
Dans le même temps, en 18 mois, Total a procédé à 6 restructurations jetant près de 500 travailleurs à la rue, en France. Les profits se font sur le dos des salariés…
…. ET, LES PRIX AUGMENTENT AUSSI
Le prix du baril de pétrole a franchi ces jours-ci la barre des 70 dollars. Cela signifie pour nous, consommateurs qu’il faut s’attendre à une nouvelle augmentation des prix de l’essence.
Que les prix de l’essence suivent ceux de l’augmentation du baril n’est pas une fatalité. Il suffirait de réduire de quelques millions d’euros les bénéfices des multinationales pétrolières.
A LA POUBELLE LE CNE!
Les recours devant les prud’hommes des salariés embauchés en CNE se multiplient. Il y en a à Nîmes, à Montpellier, à Lunéville, à Marseille, etc. On entend de tout dans les audiences. Un patron a licencié son employé qui «ne le saluait pas, ni ne se levait à son arrivée» ou encore cette secrétaire pour ne pas avoir à lui payer ses heures supplémentaires…
Le CNE censé, selon le gouvernement, créer des emplois, est en réalité un instrument de plus destiné à offrir, pour l’instant, au patronat des petites entreprises de la main d’œuvre corvéable à merci. Le CNE mérite le sort du CPE.
LARMES DE CROCODILES
Selon un sondage, les dirigeants des petites et moyennes entreprises auraient pris un coup au moral à la suite de l’abandon du CPE. Ils espéraient tant avoir le droit d’embaucher puis de virer à leur guise qu’ils sont forts déçus de la reculade du gouvernement. Gageons que certains d’entre eux se rattraperont avec le CNE.
Quant aux gros patrons, eux ont opté pour le licenciement en masse, et ne s’en privent pas.
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