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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 6 mai 2006      N° 945


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Page 4

Éditorial

Haïti
Préval en quête d’une majorité au parlement

Les électeurs qui s’étaient déplacés massivement lors de l’élection présidentielle n’ont pas fait le déplacement pour les élections législatives du 27 avril. Les bureaux ont été quasiment vides pour ce vote.
Les résultats partiels publiés par le Conseil Electoral Provisoire (CEP) montrent que 84 députés sur 99 ont été élus et 27 sénateurs sur 30. Dans plusieurs circonscriptions les élections ont été perturbées et il reste 15 députés et 3 sénateurs à élire. Plusieurs contestations ont été transmises au CEP, notamment pour la circonscription de Cité Soleil. Le CEP envisage d’organiser un deuxième tour d’élections partielles, en même temps que les élections locales.
Avec 11 sénateurs et 20 députés élus, le parti de René Préval, la Plate-Forme l'Espoir, obtient une majorité relative au parlement. Les Sociaux Démocrates obtiennent 3 sénateurs et 19 députés , l'Alliance obtient 1 sénateur et 14 députés et Lavalas a gagné 3 sénateurs et 5 députés.
René Préval doit être investi président le 14 mai et d’ici là les tractations sont lancées avec les autres partis et les alliances sont ouvertes pour la formation d’une entente gouvernementale. Pendant ce temps Préval fait le tour des pays « amis » pour glaner des aides: le Canada promet 48 millions de dollars, le Venezuela la participation au programme pétro caribe, le Brésil envoie un contingent de casques bleus, le gouvernement américain est en bonne disposition pour augmenter le quota de textiles accordé aux patrons haïtiens. Il reçoit des signaux encourageants de la part des dirigeants de ces Etats.
Pour le moment c’est l’état de grâce pour Préval, sous le regard de la population pauvre qui l’a élu avec peut-être l’espoir qu’il changera leurs conditions d’existence misérables. Ils espèrent au moins la remise en route des services publics: l’eau, l’électricité, les transports. Ils voudraient une reprise du travail sur la zone industrielle et une augmentation du salaire minimum, une baisse du coût de la vie, du prix des denrées de base. Pour y arriver il leur faudra se montrer capables de faire sérieusement pression sur le gouvernement qui prendra la place du gouvernement intérimaire. Tout comme ils ont été capables de se mobiliser pour imposer l’élection de Préval dès le premier tour, ils doivent pouvoir se mobiliser aussi pour défendre leurs propres intérêts!



Hollande en campagne Outre Mer: un discours éloigné des préoccupations des masses populaires!

Dans une interview accordée au journal France Antilles de Martinique à l’occasion de la Convention Outre mer du parti socialiste qui se déroulait le 29 avril à Pointe – à – Pitre, le premier secrétaire du PS, François Hollande, a indiqué quelques uns des axes forts de cette politique élaborée en vue des élections présidentielles de 2007.
Ainsi, dans sa volonté de tenir un langage qu’il croit «attractif» le représentant du PS annonce d’emblée: «Notre démarche est nouvelle» et après avoir affirmé que le PS n’utilisait pas dans son vocabulaire, le terme «discrimination positive», il parle désormais de «droit à l’égalité réelle» pour l’Outre mer, «tenant compte de situations objectivement différentes».
Et tout en annonçant que la présence d’un originaire d’Outre mer au gouvernement était une nécessité pour «pouvoir peser pour que l’Outre Mer soit pleinement pris en compte dans chaque volet de l’action gouvernementale», il indique aussi «elle permettrait d’assurer une visibilité de notre diversité.». Langage qui n’est, somme toute, pas très éloigné de celui d’un Sarkozy sur la «discrimination positive».
Venant au volet économique, les propositions nouvelles du PS n’ont rien de très nouveau. L’essentiel consiste à proposer la mise en place d’un dispositif de zone franche globale, accompagnant les mesures d’exonérations fiscales et sociales accordées aux patrons par l’Etat, de compensations accordées aux collectivités qui diminuent les taxes locales au titre de l’aide à certains secteurs économiques. Le modèle de ce nouveau dispositif serait la Corse.
Quant à la jeunesse, qui doit être «valorisée», il est prévu pour elle un renforcement des possibilités de formation, avec création d’écoles d’ingénieurs, ou d’universités, de grande qualité, nous dit-on.
Et puis dans cette interview, on trouve aussi des phrases banales sur le nécessaire «accompagnement à la modernisation des secteurs en transition comme les filières canne et banane».
Ces mesures d’aides et d’accompagnement, les salariés de la banane licenciés par centaines ces dernières années, tandis que les gros planteurs continuaient à percevoir des aides juteuses, les connaissent!
On sait combien toutes ces aides, subventions, et autres accompagnements de toutes sortes, prévus dans le programme socialiste pour l’Outre Mer, correspondent à de l’argent des impôts payés par la majorité de la population, pris dans les caisses de l’Etat ou même des collectivités et donné aux patrons. En définitive, cet argent se trouve surtout canalisé vers les poches des plus fortunés, même si au passage il sert aussi à donner l’illusion du pouvoir à certains hommes politiques.
Non! Dans le discours pour l’Outre Mer de Hollande et de ses amis du parti socialiste, il n’y a pas de véritable «démarche nouvelle», et rien qui corresponde à un projet social face à cette société injuste. Aucun parti pris réel et immédiat en faveur des plus pauvres et des masses populaires, aucune mesure concrète permettant aux chômeurs de trouver du travail rapidement, pas d’amélioration de salaire notable non plus pour les salariés qui enrichissent les patrons et construisent journellement la société par leur travail. Par contre les décideurs, les investisseurs, les patrons eux, ont encore bien des garanties de voir leurs prébendes revalorisées et mises au goût du jour, tout en continuant à prendre les décisions économiques en fonction de leurs seuls intérêts.



Affaire Lefort: à la cour d’appel de Basse-Terre jeudi 4 mai

Au moment où nous écrivons, nous ne savons pas quel a été le résultat de l’affaire Lefort, jugée en appel, le 4 mai au tribunal de Basse-Terre. C’est ce jour-là, que M. Hilaire Lefort aura su si les gendarmes contre lesquels il avait porté plainte seront poursuivis ou pas.
Pour permettre à nos lecteurs de suivre cette affaire que beaucoup de gens suivent déjà avec attention, nous publions ci-dessous des extraits du tract du Comité Lefort appelant à se rendre au procès du 4 mai!
« ….en première instance les juges ont considéré qu’il n’y avait pas lieu de poursuivre les gendarmes. Et pourtant, souvenons nous! Le 3 janvier 2005, M. Lefort, un homme de plus de 80 ans, malade cardiaque devait subir des violences inouïes de la part des gendarmes: ils sont rentrés chez lui, l’ont braqué sur la tempe, l’ont jeté au sol, l’ont traîné jusqu’au premier étage de sa maison avant de le redescendre, les pieds en sang, presque nu et de l’embarquer dans leur voiture. Il fut mis en garde à vue dans un réduit nauséabond pendant toute une nuit avant d’être relâché au petit matin. Pourquoi un tel acharnement? Tout simplement parce que le voisin, de M. Lefort, M. Babin, avait appelé les gendarmes pour un différend de voisinage et de plus accusait à tort M. Lefort d’avoir tué son chien. Non seulement le chien n’a pas été tué, mais Babin portait plainte contre M. Lefort pour menaces de mort. (Le jugement du 4 portera aussi sur ces faits). Après les violences subies, M. Lefort a dû être hospitalisé pendant plusieurs jours. Son état de santé s’est aggravé et aujourd’hui encore les séquelles morales sont graves. Hilaire Lefort a en effet été profondément blessé dans sa dignité d’homme. Voilà pourquoi il demande aujourd’hui justice et réparation du préjudice subi! Voilà pourquoi depuis quatorze mois, il se bat avec bec et ongle avec le comité de soutien. En fait, les juges ont tout simplement considéré en première instance que les gendarmes étaient innocents, feront- ils de même en appel? Il faut savoir que M Lefort et le comité Lefort contre le racisme et l’humiliation sont prêts à aller jusqu’au bout si cette fois ils n’obtiennent pas réparation. Nous irons en cour de cassation puis à la cour européenne des droits de l’homme. Mais surtout, peuple de Guadeloupe, surtout, le plus important est de soutenir massivement M. Lefort. Car si nous devions perdre en justice, nous devrons gagner dans l’opinion, au sein de notre peuple et ce serait notre plus belle victoire. Si cette fois encore justice n’est pas rendue à Hilaire Lefort, nous manifesterons avec force notre colère dans les rues de Basse Terre. Car il est impensable, révoltant, qu’en 2006 un homme, une personne vulnérable de par son âge, soit traité de la sorte. Nous serons tous complices passifs de cette intolérable atteinte aux droits de l’homme si nous nous taisons et si nous ne manifestons pas! Il faut savoir aussi que les violences policières augmentent sans arrêt. Voila que des gens qui sont là pour nous protéger nous agressent! Et quand il s‘agit de gendarmes blancs ils sont encore plus hargneux et violents quand ils se trouvent en face de Noirs, d’Indiens ou autres gens de couleur. Ce qui est arrivé à M Lefort peut demain arriver à n’importe lequel d’entre nous. Notre dignité d’homme et de femmes nous impose donc de manifester avec la plus grande vigueur si M. Lefort n’obtient pas gain de cause.



Mexique
Grève des ouvriers de la métallurgie

Depuis le 2 avril, les ouvriers d’un grand complexe sidérurgique sont en grève. Le jeudi 20 avril, la police est intervenue pour faire évacuer l’usine. Plusieurs centaines de policiers ont attaqué les ouvriers sur les piquets de grève, qui ont répondu à coups de cocktails molotov, de jets de billes d’aciers et d’excavatrices utilisées comme béliers. La police a ouvert le feu, faisant deux morts et 112 blessés.
Depuis le début du mois d’avril, les ouvriers de plusieurs usines sidérurgiques se sont mis en grève, en particulier ceux de Mittal Steel, deuxième producteur d’acier du Mexique. La grève s’est poursuivie dans l’entreprise Sicartsa, qui produit des fils métalliques et des armatures pour la construction. C’est là que le syndicat des mineurs et métallurgistes est le mieux implanté. En 2005, les ouvriers de cette usine avaient obtenu des augmentations de salaire importantes après une grève de 45 jours.
Cette fois, les revendications concernent surtout la défense du syndicat, qui compte 200 000 membres. Son dirigeant, Napoleon Gomez Urrutia, est fortement décrié par les médias et le pouvoir, qui l’accusent d’utiliser les travailleurs pour préserver ses avantages personnels, qui sont importants. Jusqu’ici, le personnage ne semblait pas gêner le pouvoir. Cependant, depuis qu’il s’est opposé à une réforme de la législation du travail, et après qu’il ait dénoncé la catastrophe du 19 février dernier, où 65 mineurs ont trouvé la mort dans une explosion, il est devenu indésirable. Tous les détails sur sa fortune personnelle ainsi que celle de ses proches ont subitement été mis à jour.
La corruption de certains dirigeants syndicaux en Amérique Latine en particulier, est sans doute une réalité, et leurs relations avec le pouvoir et les capitalistes ne sont pas toujours claires. Mais cela ne change rien au fait que les travailleurs sont dans une situation révoltante qui les pousse à mener des grèves dures, parfois au péril de leur vie.



Guyana
Violence et trafic de drogue

Satyadeow Sawh, ministre de l’agriculture du Guyana, a été assassiné par une bande d’homme armés. Deux membres de sa famille ont également été tués, ainsi que son garde du corps. Si ces meurtres ont ému le pouvoir et l’opinion publique, la violence et la criminalité sont monnaie courante dans ce pays. Depuis le mois de janvier, au moins cinquante personnes ont été tuées par des bandes armées, qui selon les autorités, sont liées au trafic de drogue et d’armes à feu. Le département d’état américain estime que les trafiquants de drogue gagnent l’équivalent de 20% du produit intérieur brut du pays. Le Guyana, ancienne colonie anglaise, est un pays frontalier du Venezuela. Il est séparé de la Guyane française par le Surinam (ancienne Guyane hollandaise).



Trinidad
Un ancien premier ministre condamné

A la grande surprise de la population trinidadienne, Basdeo Panday, ancien premier ministre, a été condamné à deux ans de prison ferme avec travaux forcés et à une forte amende pour avoir omis de déclarer une partie de ses revenus lorsqu’il était au pouvoir. Le prévenu lui-même a, aux dire des journalistes, été comme assommé par le verdict. Il est en effet bien rare que des notables soient ainsi pris la main dans le sac et condamnés. Si cela devait faire jurisprudence, beaucoup d’anciens dirigeants auraient du souci à se faire.