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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 20 mai 2006      N° 946


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À la Une

Éditorial

Nous publions ci-dessous l’éditorial d’Arlette Laguiller à propos des remous de l’affaire «clearstream»
Le vrai scandale, c’est le poids du grand patronat sur ceux qui gouvernent

Allez savoir qui manipule qui dans le marais nauséabond de l'affaire Clearstream où sombrent les sommets de l'État!
Et, au fond, quelle importance pour les travailleurs? Les coups qui leur font du mal, ce ne sont pas les coups bas que les Chirac, Villepin et Sarkozy s'assènent. Car ces gens-là, s'ils sont rivaux, ont mené ensemble la politique anti-ouvrière et pro-patronale du gouvernement.
Cette affaire lève cependant un coin du voile sur les relations entre les milieux d'affaires et ceux qui nous gouvernent. Ainsi, le dénommé Gergorin, soupçonné d'être l'auteur des lettres anonymes qui ont déclenché l'affaire, est un des dirigeants du groupe industriel EADS -celui qui vient d'annoncer la fermeture d'une de ses filiales, la SOGERMA, avec à la clé la suppression directe ou indirecte de 6 000 emplois. Ce Gergorin a été le bras droit d'un des plus puissants patrons de ce pays, feu Jean-Luc Lagardère. Et il est en même temps un ami personnel de Villepin. Il a été camarade à l'ENA d'Alain Juppé, un ex-Premier ministre de droite, de Laurent Fabius, un ex-Premier ministre de gauche, et de Dominique Perben le ministre des Transports. Le patron de la SNCF, Louis Gallois, et celui d'Air France, Jean-Cyril Spinetta, étaient dans cette même classe de l'ENA.
Cette affaire illustre, aussi, avec quelle facilité des hommes passent de la direction de l'État à celle des grandes entreprises, du "service de la République" à celui d'un grand patron comme Lagardère.
La presse rapporte que Sarkozy, lui, va souvent en vacances avec Bouygues et il reçoit à sa table Jean-Claude Decaux ou Bernard Arnault, patron du trust de produits de luxe LVMH, et bien d'autres patrons comme ceux de Suez, Alstom ou la BNP.
Le scandale des coups bas entre "amis" politiques est finalement mineur à côté de ce scandale permanent que sont les liens entre les dirigeants des grandes entreprises et ceux de l'État, entre ceux qui bénéficient des largesses de l'État et ceux qui prennent ces décisions-là en prétendant le faire "au nom du peuple". On consent aux électeurs le droit de voter une fois tous les cinq ans. Mais les grands trusts de l'armement, du bâtiment ou de l'industrie du luxe votent tous les jours et pèsent sur les décisions par copinage de leurs dirigeants avec les ministres ou en utilisant les médias dont ils sont propriétaires. Car, parmi ceux qui possèdent les grands titres de la presse ou les chaînes de télévision, on retrouve les mêmes: les Bouygues, Dassault, Lagardère et quelques autres, précisément les patrons d'industries qui s'enrichissent en grande partie, voire exclusivement, des commandes de l'État.
Ce sont ces gens-là qui expliquent pourquoi il est nécessaire de faire des réformes en demandant toujours plus de sacrifices aux travailleurs, aux retraités, aux chômeurs, pendant que leurs profits dépassent chaque année de nouveaux sommets.
A propos de la société financière Clearstream, le scandale se focalise sur la vraie-fausse liste contenant les noms d'hommes politiques. Mais le vrai scandale est l'existence même de ce type de banques spécialisées dans le blanchiment de l'argent. Mais il est vrai que Clearstream ne fait que pousser plus loin l'opacité légale du "secret des affaires" derrière lequel les grandes entreprises prennent leurs décisions les plus nuisibles à la société.
Histoire de conforter son image d'opposant au gouvernement de droite et surtout de se poser en alternative à l'échéance de 2007, le PS a déposé une motion de censure. Mais que la gauche à la tête de l'État donne ou pas la même image d'un panier de crabes que la droite, le poids du grand patronat sur les sommets de l'État reste le même.
La droite sert le grand patronat par inclination. La gauche le sert parce qu'elle est à plat ventre devant ceux qui dirigent l'économie. Pour les travailleurs, le résultat est le même car pour résoudre les problèmes vitaux du monde du travail, les licenciements, la précarité et l'insuffisance des salaires, il n'y a pas d'autre moyen que de s'en prendre au grand patronat en puisant dans les profits des entreprises et les revenus des actionnaires!



Martinique
La CGTM soutient les grévistes de Casino. Les actions de soutien se poursuivront pour faire aboutir les négociations au Casino Plazza Batelière!

La CGTM informe que les négociations engagées dans la soirée du vendredi 12 entre les salariés grévistes et la direction du Casino Plazza Batelière sont interrompues. Sans avoir daigné donner la moindre explication, la délégation patronale ne s’est pas présentée au rendez-vous du samedi 13 qu’elle avait pourtant proposé.
Cette séance de négociations qui s’était déroulée de 11h30 à 22 h30 dans les locaux de la Direction du Travail n’a produit aucun effet, par la seule volonté de la direction du Casino qui a voulu imposer à la délégation des salariés un odieux chantage.
En fait, les émissaires de la Direction du Casino ont proposé aux grévistes, une prime de 300 euros. Mais ils voulurent assortir le versement de cette prime à la signature d’un nouvel accord d’aménagement du temps de travail, qui annulerait et remplacerait celui qui est actuellement en vigueur au sein de l’entreprise. Bien entendu cette proposition a soulevé la colère de la totalité des travailleurs en grève qui n’entendent ni marchander, ni brader ainsi, un élément relevant des conditions de travail de l’ensemble du personnel.
Il est évident que cette nouvelle provocation des propriétaires du Casino Batelière ne manquera pas d’amplifier les réactions de soutien des salariés des autres secteurs d’activité, entraînant par là même, de nouvelles actions en solidarité.
En conséquence dès le début de cette semaine, la CGTM réunira sa direction dans le but de proposer à ses militants d’agir avec plus de fermeté et de détermination afin de d’œuvrer à la résolution de ce conflit qui n’a que trop duré.
Le 15 mai 2006 Ghislaine JOACHIM-ARNAUD



Guadeloupe
Affaire Cédric Annicette: décision des juges le 25 mai!

Le jeudi 11 mai, Cédric Annicette comparaissait en appel au tribunal de Basse-Terre. Le 13 avril, le juge des libertés et de l’application des peines avait décidé de le mettre en liberté provisoire sous contrôle judiciaire avec obligation de ne pas quitter la Guadeloupe. Le Parquet a fait appel de cette décision. L’avocat de madame Clin, venu de Métropole, pour plaider la culpabilité de Cédric Annicette, avait déjà déclaré sur les ondes que ce dernier devait être incarcéré. Selon lui, le jeune motard représente un danger pour l’ordre public.
Quelques minutes avant l’audience, la partie civile a ajouté une pièce au dossier, qui fait état des amendes que Cédric Annicette aurait eu à payer en 2001 pour non-respect du code de la route. Ce document de dernière heure a été utilisé par l’avocat de la partie civile et l’avocat général pour accuser Cédric Annicette d’être un récidiviste dangereux. Les avocats de la défense, Maître Alain Manville et Rolland Ezelin, ont mis en avant la responsabilité du gendarme Clin dans l’accident. Ils ont insisté sur l’acharnement dont est victime Cédric Annicette. Ce dernier est mis en examen pour homicide involontaire et différents manquements au code de la route. Selon la défense, ces dernières accusations, dont une partie est reconnue par le jeune motard, ne sont pas déterminantes dans les causes de l’accident. Elle fait valoir les résultats de l’enquête de l’expert qui permettent de conclure que cet accident a été brutal du fait que Cédric Annicette n’a pas eu le temps de freiner face au gendarme qui se trouvait au milieu de la chaussée.
L’avocat général a réclamé que Cédric Annicette aille quand même quelques jours en prison pour l’exemple. Il s’agit bien d’un acharnement et d’une affaire montée contre un jeune que l’on veut prendre comme bouc émissaire dans cette affaire, tout simplement parce que la victime de l’accident est un gendarme blanc. La défense dénonce le caractère orienté de l’enquête et réclame que la gendarmerie de Saint-Martin soit dessaisie de l’affaire.
Une trentaine de membres du Comité de soutien à Cédric Annicette étaient venus au tribunal pour le soutenir, ainsi que son père. Cette mobilisation prouve bien que le jeune menacé d’être jeté en prison, n’est pas seul. A Saint Martin, il est soutenu par le comité des motards. Le Comité de soutien à Cédric Annicette compte poursuivre la mobilisation pour dénoncer une affaire en réalité politique, menée par l’association des gendarmes et des organisations d’extrême droite en France qui ont fait une campagne médiatique et tapageuse sur internet pour accuser le jeune motard et les Saint-Martinois de racisme.



Guadeloupe
DANONE. Avec notre soutien, nos camarades feront céder De Lavigne!

Rien de nouveau dans le conflit de la SGPY-Danone. Le patron, actionnaire majoritaire de la société refuse de se mettre d’accord avec ses ouvriers et chauffeurs. Ces derniers depuis le mois de juin lui réclament environ 4% d’augmentation de salaire et le paiement des heures supplémentaires non payées. Si actuellement le patron De Lavigne reconnaît qu’il ne respectait pas les lois dans ce domaine, il s’oppose à ses salariés auxquels il tente d’imposer dans un protocole de fin de conflit, une renonciation à toutes futures revendications, et de plus il s’oppose à toute application des 35 heures.
Depuis le mois de juin les inspecteurs du travail, puis le directeur du cabinet du préfet et maintenant le conseil général ont tenté et tente de lui faire entendre raison mais rien à faire. Reinette, le dernier négociateur au nom du Conseil général vient d’abandonner cette mission, écoeuré par la malhonnêteté de Delavigne, qui refuse de coopérer. Ce dernier a fait détruire la construction du piquet de grève, où les travailleurs se protégeaient du soleil. Mercredi 10 mai, les travailleurs de Danone et quelques militants de l'UGTG ont bloqué les accès du Conseil Régional. Ils voulaient interpeller les conseillers et en particulier son volubile président. Si Lurel ne les a pas reçus, ils ont reçu eux la visite des gendarmes. Les charges des forces de l'ordre n'ont pas eu raison de la détermination des travailleurs. Le blocage de l'instance régionale a duré toute la journée. Elle a mis en évidence l'impossibilité des pouvoirs locaux d'imposer quelque chose à un patron. Delavigne lui, continue de faire venir ses produits laitiers de Martinique et de France en containers et à faire ses manipulations à Jaula sous la protection des gendarmes, une ou deux fois par semaine.
Dans notre société, les patrons peuvent tout se permettre. Les politiques et les autorités ne peuvent rien leur imposer. Si nous voulons que nos camarades de Danone préservent leurs droits et leur dignité, nous, travailleurs, devons les soutenir.