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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES - Samedi 20 mai 2006 N° 946
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Martinique
BANANE. Commission paritaire-des directions syndicales pressées de se soumettre aux désirs des patrons
Depuis fin 2005, aucune des revendications présentées par les salariés n’a encore été discutée. Les employeurs ont remplacé les revendications salariales par une modification de la convention collective.
L’intersyndicale composée des syndicats CGTM-FSM, CSTM, UGTM, est prête à signer ces modifications sans même avoir lu le texte qui leur est proposé. Seul le secrétaire de la banane CGTM a relevé tous les articles modifiés et contraires au texte de la convention collective en faisant remarquer qu’il y avait une procédure pour modifier la convention et qu’elle n’avait pas été respectée.
Il semble que le patronat de la banane ne veut pas suivre une procédure trop longue à son goût. Il est surtout pressé d’imposer aux salariés une obligation de travail le samedi, le paiement des tâches selon le nombre d’heures effectuées et non au taux de la journée, et l’application d’une convention agroalimentaire nationale étendue aux DOM qui donne aux employeurs les moyens d’avoir une main d’œuvre corvéable à merci, sans la moindre augmentation de salaire conséquente grâce à la modulation-annualisation et des heures supplémentaires conventionnelles au-delà de celles prévue dans le droit du travail.
Le président de la FDSEA, le syndicat patronal, Louis Daniel Bertome a laissé entendre qu’il ne signerait aucune augmentation de salaire si la convention «réécrite» n’était pas signée.
Jusqu’à aujourd’hui l’intersyndicale n’a pas signé, car la CGTM a clairement affirmé son refus de signer dans ces conditions.
Cependant certains représentants de l’intersyndicale semblent eux aussi impatients de signer. Sans doute signeront-ils ces nouvelles conditions dans les prochains jours, sans l’aval des ouvriers de la banane et sans les mettre au courant des changements qui leur seront imposés par le patronat. Changements qui devront être respectés sous peine de sanctions, car sous prétexte de crise de la banane, les patrons ne se gênent pas pour continuer à licencier et à sanctionner ceux qui réclament leurs droits.
Pendant que l’intersyn-dicale joue le jeu de la crise de la banane, les deniers publics financent une campagne publicitaire pour sauvegarder les profits et les salariés licenciés sont promis aux contrats précaires et au RMI.
Guadeloupe
Ipomen Leauva proteste contre la situation d’abandon des schizophrènes
Depuis le vendredi 5 mai, Ipomen Léauva, chanteur et animateur très connu en Guadeloupe, a entamé une grève de la faim pour attirer l’attention des pouvoirs publics sur le manque de structures pouvant accueillir les schizophrènes. Cette décision a été motivée par une expérience personnelle, car il est père d’un enfant atteint de cette maladie. Ipomen Léauva, responsable du Sportif Club de Grand Camp, est connu pour la lutte qu’il mène depuis plusieurs années en faveur des jeunes en difficultés. Bien que nous ne partagions pas la forme de protestation qu’il a choisie, nous le soutenons totalement dans sa dénonciation des carences des pouvoirs publics en matière d’aide aux familles ayant à gérer seules la maladie de leur enfant. La schizophrénie est une grave maladie mentale qui ne permet pas à un individu de se prendre en charge. Elle a pour conséquences la dépendance et des troubles du comportement qui peuvent se dégrader à la longue et créer des conflits graves avec autrui, et particulièrement dans le milieu familial.
De nombreuses personnes, des militants politiques et syndicaux, des responsables d’associations, rendent visite au gréviste de la faim au local de son club à Grand Camp, pour le soutenir. Plusieurs parents d’enfants schizophrènes se sont manifestés et dénoncent également le manque de structures pour les malades. A l’heure où nous écrivons nous ne savons pas si l’état de santé d’Ipomen Léauva s’est dégradé. Il a déclaré qu’il irait jusqu’au bout de son action y compris en mettant sa vie en danger. Il s’est adressé à différents responsables de l’état.
Une telle carence dans ce domaine de la Santé comme dans d’autres est la conséquence d’une politique des gouvernements qui réduisent les dépenses allant aux services publics pour garder suffisamment d’argent à distribuer aux «entreprises »! Mais, en fin de compte, cet argent va aux patrons et aux actionnaires! Tout cela se fait au détriment de la population dans tous les domaines. C’est collectivement, en luttant tous ensemble, qu’on pourra y changer quelque chose. La récente lutte des jeunes contre le CPE a montré qu’on pouvait faire reculer ces gens-là sur leurs décisions et plans néfastes!
Guadeloupe
QUEIMADA. Un film à voir
En cette période de commémoration de l’abolition de l’esclavage, de la lutte de Delgrès et d’Ignace contre son rétablissement en 1802, le cercle Lénine-Trotsky projettera le film: QUEIMADA. Ce film du réalisateur italien Gillo Pontecorvo a comme acteur principal Marlon Brando. Il retrace la lutte d’esclaves insurgés.
L’histoire se déroule en 1830. Un officier anglais Walter se rend à Quelimane, une colonie portugaise des Caraïbes où transite toute la production locale de cannes à sucre. Cet officier a pour mission de fomenter une révolte des esclaves afin de pouvoir mettre en place un gouvernement fantoche contrôlé par la Couronne Britannique.
Mercredi 24 mai à partir de 18h30, salle Rémy Nainsouta à Pointe à Pitre.
Martinque
Le RDM de Lise, nouveau parti de notables dans le Marigot!
Suite à la convention constitutive du 26 mars, le sénateur et président du Conseil Général et ex PPM, Claude Lise, a créé son nouveau parti, le Rassemblement démocratique pour la Martinique (RDM), le dimanche 15 mai. Les assises du RDM se sont tenues devant plusieurs centaines de personnes. En dehors de Claude Lise et d’autres responsables, scissionnistes du PPM depuis son dernier congrès, tels Pierre Suédile, ex-secrétaire général du PPM et conseiller général, Claude Cayol, Madeleine de Grandmaison, le maire du Carbet et ex-PPM, Alexandre Mouriesse, tous élus des Assemblées locales, le nouveau parti fait une place confortable à de nombreux élus jusqu’ici étiquetés «divers gauche». Pas moins de sept maires se trouvent désormais membres fondateurs et dirigeants de cette formation entraînant dans leur sillage bon nombre d’élus de leurs communes. Dans cette lignée là se retrouvent aussi les maires du Robert, de Grand Rivière, d’Anses d’Arlet, du Marigot, de Saint Joseph. Le maire de Saint Pierre semble lui aussi, proche du RDM. Le RDM d’un seul coup se constitue ainsi une assise territoriale importante.
Le nouveau secrétaire général, C. Lise a délivré à la presse un certain nombre de banalités habituelles des politiciens sur «le fonctionnement démocratique» et sur sa volonté que le parti soit «un outil pédagogique» pour réconcilier la population avec la politique. Et bla-bla-bla… sur les «valeurs de la gauche» et sur l’héritage d’Aimé Césaire, et sur le «développement de la Martinique et de la responsabilité des Martiniquais». Autre tarte à la crème: il s’est affiché «pour l’autonomie dans le cadre de la république française et de l’Europe». Rien de bien intéressant pour les travailleurs dans tout cela!
Le RDM fondé à la veille des prochaines échéances électorales, notamment législatives, semble avoir «doublé» P.Samot, le président de «Bâtir le pays Martinique», maire du Lamentin et S. Letchimy, leader du PPM et maire de Fort de France, dans leur volonté affichée d’être les «rassembleurs de la gauche»! Le RDM, c’est une machine de guerre contre le PPM, pour arracher plus de places pour ses notables, c’est de bonne guerre entre vieux crocodiles, électoralistes jusqu’à la moelle des os!
Quant à la politique réelle que tous ces élus ou notables plus ou moins de gauche, il n’y a guère d’illusions à se faire! On fait du neuf avec du vieux! On sait bien que tous ces carriéristes ne sont en aucune manière prêts à mener quelque lutte que ce soit contre les injustices et la pauvreté et en faveur de la majorité laborieuse de la population.
Le 10 MAI ET L’ESCLAVAGE. En Martinique et en Guadeloupe on n’a pas attendu le décret présidentiel!
Le 10 mai dernier, des cérémonies de commémoration des souffrances endurées par les Noirs pendant l’esclavage se sont déroulées en France pour la première fois. cette date ayant été officiellement retenue comme date de commémoration.
Il aura fallu bien des luttes, des manifestations, des pressions, en Martinique en Guadeloupe, en Guyane et à la Réunion, pour que le gouvernement français accepte de telles manifestations officielles.
En effet, depuis déjà près de trente ans, en Martinique et en Guadeloupe, une fraction combative des travailleurs et de la population avait littéralement imposé les dates du 22 mai en Martinique et du 27 mai en Guadeloupe comme dates de commémoration des souffrances et surtout des luttes des esclaves noirs. Car les 22 mai et 27 mai 1848, les esclaves méfiants envers les possédants esclavagistes et les autorités à leur service n’avaient pas attendu que soit promulgué le décret d’abolition qui devait venir de Paris! Ils s’étaient soulevés massivement et avaient contraint par leur soulèvement les gouverneurs de l’époque à décréter l’abolition sur place.
Mais combien de manifestations a-t-il fallu organiser pour que le gouvernement français accepte que ces journées soient commémorées et aussi fériées! Au cours des années 70, en Martinique chaque 22 mai était commémoré illégalement dans les rues par les partis anti colonialistes et ouvriers. Et c’est en faisant face aux gendarmes et autres gardes mobiles armés, face aux grenades lacrymogènes et aux coups de matraque que se déroulaient les manifestations. En Guadeloupe, ceux qui commémoraient le 27 mai 1802 et la lutte de Delgrés et Ignace à la tête des troupes insurgés contre le rétablissement de l’esclavage par Bonaparte étaient taxés de séditieux, de dangereux et étaient inquiétés, fichés par la police et la justice coloniales. Il n’y a pas si longtemps, un militant de l’UGTG, Madassamy, fut emprisonné pour avoir fait fermer un magasin le 27 mai, jour férié. Eh bien, là encore une partie de la population et des travailleurs n’a pas attendu le décret présidentiel pour commémorer les souffrances et la lutte des esclaves. Et fort heureusement car s’il fallait uniquement attendre sur l’Etat français pour reconnaître son entreprise esclavagiste, on aurait attendu bien longtemps encore.
Le colonialisme français a, de tout temps, occulté cette partie de l’histoire, volontairement. Il ne fallait pas en parler sous peine de susciter des rancoeurs et des révoltes de Noirs. Des générations d’écoliers et de lycéens antillais n’ont jamais rien appris de l’esclavage, ni même si leurs ancêtres avaient été esclaves. Cette attitude délibérée fut un des plus grands chapitres de l’entreprise d’aliénation opérée sur les Noirs des Antilles par le colonialisme. De même en ce qui concerne l’usage du tambour du «gwo-ka» qui était encore interdit par les autorités dans les années 1930. Et c’est clandestinement que cette musique se pratiquait dans les faubourgs de Pointe à Pitre ou dans les campagnes.
Pour changer cela, il aura fallu les luttes d’abord des travailleurs noirs, à l’époque des premières organisations socialistes ayant des dirigeants issus de la population noire, Légitimus et Lagrosillère, puis les luttes ouvrières liées aux syndicats ouvriers (CGT) et aux partis ouvriers qui se réclamaient du «communisme», d’après la deuxième guerre mondiale. Puis ce fut l’apparition d’un mouvement nationaliste et de groupes d’extrême gauche dans les années 60. Cette évolution politique traduisait l’apparition d’une prise de conscience anti colonialiste dans une fraction de la population. Et par là même, petit à petit, devenait plus évidente aux yeux de la population la nécessité de connaître son passé, l’histoire des opprimés dont ils étaient les continuateurs et d’affirmer sa solidarité avec les luttes menées par ses ancêtres esclaves.
Cette prise de conscience fut favorisée non pas avec l’aide du gouvernement français et des autorités mais contre eux! Il y a trente ans, un enseignant qui parlait de l’esclavage ou parlait créole à ses élèves pouvait être purement et simplement sanctionné, ou même muté ou exclu.
Les colonialistes qui décidaient du sort des Antilles et de leurs dernières colonies ne pouvaient qu’être opposés à toute idée d’enseigner le passé ou même de parler les langues locales. Car ce n’était pas une pure affaire culturelle de connaître ou d’enseigner l’histoire ou le créole, mais c’était surtout la traduction d’une montée revendicative sociale et politique qui s’exprima de façon combative, pendant plusieurs années, sous la forme plus ou moins directe d’une revendication anti-colonialiste.
Aujourd’hui, et malgré eux, les dirigeants français ont fini par accepter un fait déjà accompli par une fraction de la population antillaise. Mais c’est une concession acceptée surtout parce que le danger d’une explosion sociale et politique semble s’être aujourd’hui affaibli. Et ils peuvent donc aujourd’hui se servir de ce type de revendication comme dérivatif.
Aujourd’hui, ces gouver-nants français reconnaissent officiellement les méfaits du système esclavagiste. Ils ont dit beaucoup de choses dans leurs discours mais ils ont occulté un aspect et non le moindre: c’est que c’est ce système qui, en partie, a permis l’accumulation de capitaux nécessaires au développement et à l’enrichissement de la bourgeoisie française ou anglaise notamment! Ce n’est pas un hasard s’ils ne l’ont pas dit. C’est parce que ces gens là sont les tenants et les bénéficiaires d’un autre esclavage, l’esclavage salarié. C’est celui qui permet à une minorité d’exploiteurs, les capitalistes, d’exploiter des centaines de millions de travailleurs de par le monde, blancs, noirs, de toutes couleurs et origines pour qu’ils créent toujours plus de profit. Cette forme d’esclavage est fondée sur un vol gigantesque: cette bourgeoisie capitaliste accapare l’essentiel de la production résultant de l’exploitation de la force de travail des salariés! Et bien sûr il faudra un jour l’abattre aussi par les luttes!
Martinique
Les grévistes du Casino Plazza Batelière victimes du chantage des patrons
En grève depuis le 31 mars, les travailleurs du Casino Plazza, malgré les concessions faites sur leurs revendications de départ constatent que la direction joue le pourrissement.
Rappelons que leurs demandes portent principalement sur une augmentation de 100 euros nets mensuels (l’équivalent de 75 litres de carburant à 1,33, prix actuel) et sur l’attitude du fonctionnaire représentant le ministère de l’Intérieur.
Les salariés sont descendus à 85 € mensuels, mais la direction n’a pas bougé. Mieux, elle a voulu revenir sur certaines dispositions déjà en application dans l’entreprise comme l’aménagement du temps de travail. C’est ainsi que le 15 mai, lors d’une nouvelle session de négociation, elle a proposé qu’une prime de 350€ soit versée en deux temps, et surtout si et seulement si un accord était signé.
La direction du casino n’a qu’une méthode pour gérer ce conflit: aller de provocation en provocation. Mais les travailleurs tiennent bon et lui répondent en affichant leur détermination.
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