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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 20 mai 2006      N° 946


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Page 4

Éditorial

Haïti
Paroles vaseuses et promesses de Préval lors de son investiture

René Préval est devenu le 14 mai le président d’Haïti, en prêtant serment devant le Sénat et le Congrès. Il s’agit pour lui de la deuxième fois, à 63 ans, car il a été président du pays entre 1996 et 2001.
«Je promets de me dévouer à la Constitution, de respecter les lois haïtiennes et de protéger la souveraineté du pays», a déclaré Préval en créole. Il a appelé «les partis politiques, les patrons et syndicats, les étudiants et les secteurs religieux à apporter leur contribution à l'établissement d'un climat de paix par l'instauration d'un dialogue qui permettra la création d'emploi, la relance de la production nationale et le développement des infrastructures nationales avec le support de la communauté internationale pour réaliser le changement». Toutes ces paroles vaseuses cachent à peine le fait que Préval, pas plus que ses prédécesseurs, n’a aucune maîtrise de la situation et donc ne peut rien promettre et encore moins tenir!
A Port-au-Prince quelques maisons avaient été décorées, et une tentative de nettoyage faite, mais cela ne masquait pas l’insalubrité de la capitale, car depuis bien longtemps les services publics sont délabrés ; l’électricité n’a été fournie que pour les quelques heures de la cérémonie. Préval aura déjà bien du mal à respecter ses promesses en matière d’infrastructure!
Il aura aussi à faire face aux ex chimères partisans d’Aristide qui durant la prestation de serment ont organisé une manifestation devant le parlement pour réclamer son retour. Il devra aussi satisfaire la soif de profit de la bourgeoisie haïtienne qu’il a déjà servi durant son mandat précédent.
Elu sous la bannière de l’Espwa, il a été plébiscité par la population pauvre qui espère peut-être qu’il changera sa situation sociale. En retour, Préval lui sert un discours identique à celui de ses prédécesseurs, sur l’unité nationale, le développement de la production nationale, propos complètement dépourvus de tout contenu et destinés à gagner du temps si possible. Mais combien de temps parviendra-t-il à maintenir, ne serait-ce qu’auprès d’une partie de la population, l’illusion de l’homme providentiel?



Non à la répression contre les jeunes anti-CPE

Lors des manifestations contre le CPE, des milliers de jeunes ont été interpellés et sont depuis quelques semaines condamnés par les tribunaux. Les chiffres fournis par la chancellerie sont impressionnants: 4350 arrestations, 1985 gardes à vue, 637 procédures judiciaires dont 271 comparutions immédiates. Les peines sont le plus souvent lourdes, surtout en regard des faits reprochés: 71 peines de prison ferme, 167 peines de sursis, travaux d’intérêt général ou mises à l’épreuve, 188 mesures alternatives.
Le gouvernement aimerait sans doute convaincre l’opinion publique que tous ces jeunes arrêtés étaient des «casseurs». Mais nombre de ceux qui ont participé aux manifestations anti-CPE, jeunes ou vieux, peuvent témoigner de l’injustice et de l’arbitraire de la plupart de ces arrestations.
(article publié dans Lutte ouvrière)



MAI 1802: Bonaparte rétablit l’esclavage

Dès avant la Révolution française, des hommes comme l’Abbé Grégoire qui anime la « Société des Amis des Noirs » militent en faveur de l’intégration des Noirs et des Juifs. Mais même lors de la nuit du 4 août 1789 qui abolissait tous les privilèges des nobles un seul homme envisagea d’étendre aux esclaves le principe d’égalité devant la Loi. Plus tard l’Assemblée Constituante accorda en mars 1790 quelques droits politiques aux mulâtres et aux affranchis. Puis le 28 mai 1792 en dépit de l’opposition des représentants des colonies qui menacent de proclamer leur indépendance si l’on abolit l’esclavage, la nouvelle Assemblée Législative va un peu plus loin et établit une égalité de droit entre tous les hommes libres (à l’exception des esclaves).
Ces demi-mesures ne concernent pas les esclaves, notamment ceux de Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti). Ces derniers vont se soulever sous le commandement de Toussaint Louverture. Les menaces d’invasion de l’Espagne et de l’Angleterre contraignent les commissaires de la République Sonthonax et Polverel à abolir l’esclavage le 29 août 1793 dans la province du Nord de l’île, puis le 4 septembre de la même année au sud. Et la Convention généralise cette décision par le décret du 16 pluviôse An II (4 février 1794).
Mais ce décret est appliqué de façon très variable selon les colonies: il n’a pas le temps d’être appliqué en Martinique, cette île tombant aux mains des Anglais en mai 1794. Ni dans l’Océan Indien (Réunion, Ile Maurice, etc.). La Guadeloupe, également tombée aux mains des Anglais est libérée dès mai 1794 par Victor Hugues qui applique le décret d’abolition de 1794. Mais les Noirs sont tout de suite astreints à travailler comme salariés sur les plantations …pour les anciens maîtres! Autant dire qu’ils ne trouvent guère de changement à leur sort.
Mais même cela, c’est trop pour Napoléon Bonaparte, premier consul. Son entourage et lui-même sont soucieux de rétablir l’ancien ordre des choses donc permettre aux colons de continuer à s’enrichir sur le dos des esclaves. Nous citons un extrait d’une déclaration d’un d’entre eux: « …nous nous priverions des avantages que nous retirons de la traite, et nous ferions passer dans les mains des étrangers les 39 millions que le commerce de la Côte d’Afrique versait dans notre commerce. ». Pour un autre de ces esclavagistes: « ….ces capitaux, c’est du sol colonial qu’il faut les tirer ; c’est là qu’on peut recueillir cent pour un des avances qu’on fait à la culture et qu’on peut ouvrir à la République une source féconde et rapide de reproduction et de réparation de ses pertes… ». Tout un programme donc.
Bonaparte envoie à Saint-Domingue une expédition militaire sous le commandement du Général Leclerc pour reprendre l’île aux mains des insurgés commandés par T. Louverture. Tentative qui va se solder par un échec et la déclaration d’indépendance d’Haïti, le 28 novembre 1803.
Quant à la Guadeloupe, elle sera reprise aux insurgés par l’expédition dirigée par le Général Richepanse. Mais ce ne sera pas sans difficultés. On connaît la farouche opposition des anciens libres à se retrouver à nouveau sous les chaînes. Les Delgrès, Ignace et autres vont préférer la mort. C’est ainsi par exemple que Delgrès et plus de 300 des ses compagnons vont préférer se faire exploser le 27 mai 1802 sur l’habitation Danglemont à Matouba (St Claude). L’esclavage sera rétabli conformément au décret pris par Bonaparte le 20 mai 1802.



Martinique
Meeting du GRS avec Besancenot

Le Groupe Révolution Socialiste GRS a organisé le vendredi 5 mai 2006 un meeting à l’AMEP à l’occasion du passage dans le département du représentant de la Ligue Communiste Révolutionnaire, Olivier Besancenot.
La salle était comble. On pouvait noter la présence bien entendu de militants du GRS, de la CDMT de l’Union des femmes de Martinique. Certains dirigeants du PPM (Parti Progressiste Martiniquais) du MIM (Mouvement Indépendantiste Martiniquais), du CNCP (Comité National des Comités Populaires) du Parti socialiste, du Parti communiste Martiniquais et du MODEMAS (Mouvement des démocrates et écologistes pour une Martinique souveraine) et quelques démocrates étaient présents. Combat Ouvrier avait également répondu à l’invitation du GRS.
Durant plus d’une heure, Olivier Besancenot a dressé un tableau de la situation politique et sociale en France et dans le monde. Avec juste raison il a montré les effets néfastes de la politique du gouvernement Chirac-de Villepin mais aussi de la politique démagogique de Sarkozy en faveur de l’extrême droite et de sa politique anti-immigrés. Il a tenu à mettre l’accent sur le fait que les travailleurs, les jeunes en France et dans les départements d’outre mer ont raison de se battre contre la politique anti sociale des différents gouvernements qui se sont succédé mais aussi contre la précarité, qu’il s’agisse de CPE ou du CNE.
Dans son allocution, le représentant de la LCR a fustigé la politique de l’impérialisme américain dans les Caraïbes. Il a également indiqué que son organisation apporte un salut fraternel à la population du Venezuela et à la population de la Bolivie, tout en faisant l’éloge des présidents Hugo Chavez et Evo Morales. Cette position ne pouvait que plaire aux dirigeants de gauche et nationalistes présents dans la salle.
Après son intervention, plusieurs militants de courants différents et de démocrates ont posé des questions au représentant de la LCR, par exemple sur la position de son organisation concernant les prochaines échéances électorales de 2007.
Sa réponse a été assez claire. La LCR propose une sorte d’alternative politique, à laquelle, d’après Besancenot, elle pourrait participer en faisant une sorte d’alliance avec la Parti socialiste de France. En effet, ce dernier a indiqué à l’assemblée que son organisation a fait plusieurs démarches en direction des dirigeants du PS. A notre avis, sans jamais montrer de méfiance vis-à-vis de ces dirigeants de la gauche classique française.
Une dernière intervention a été celle d’un camarade de Combat Ouvrier. Après avoir salué fraternellement le représentant de la LCR, le camarade a approuvé ses interventions concernant toute la politique du gouvernement actuel contre les travailleurs et les exploités, mais aussi sur la partie où Besancenot a mis l’accent sur le fait qu’il faut «interdire les licenciement aux entreprises qui font du profit».
Mais notre camarade a aussi mis l’accent sur le fait que nous ne faisons pas confiance aux partis de la gauche dont les représentants ne sont rien d’autre que des serviteurs de la bourgeoisie qui sont prêts à recommencer la même politique qu’ils avaient menée sous le gouvernement de Mitterrand. Notre camarade a expliqué qu’à notre avis, il ne faut se faire aucune illusion sur cette gauche, ni chercher à voter utile et que seule la lutte et la mobilisation des travailleurs et des exploités sont susceptibles de renverser la vapeur.
Concernant la politique au Venezuela et en Bolivie et dans les Caraïbes, tout en apportant notre soutien à la population pauvre de ces différents pays, notre camarade a tenu à montrer sa méfiance vis à vis des présidents de ces pays qui tout en faisant de grandes déclarations sur la lutte anti-impérialiste ne préparent pas la classe ouvrière à une éventuelle riposte de leur bourgeoisie, en alliance avec la politique scélérate de l’impérialisme. Tôt ou tard, les populations se rendront compte à leurs dépends que l’espoir et les illusions qu’elles ont mis en leurs présidents ne suffisent pas à changer réellement leur sort. Le meeting s’est terminé par une réponse de Besancenot en direction de notre camarade tout en nous saluant fraternellement mais n’approuvant pas notre intervention sur la situation au Venezuela et en Bolivie.



Grave crise budgétaire à Porto Rico

Le 1er mai, le gouverneur de Porto Rico, reconnaissant un déficit catastrophique de l’Etat, a décidé de fermer 1600 écoles et de mettre 100 000 fonctionnaires à pied. Il ne peut les payer. Plusieurs services administratifs sont fermés et 600 000 enfants sont privés d’école. L’Etat est le plus gros employeur de Porto Rico: 200 000 fonctionnaires au total.
Depuis 2004, une telle faillite est attendue, l’Etat dépensant plus qu’il ne gagne. Il faut dire que les entreprises paient moins de 5% d’impôts sur leurs bénéfices nets. Et apparemment Porto Rico n’attend rien du gouvernement américain. Son statut spécial, ni indépendant ni un vrai état de la fédération, en fait une zone pauvre soumise à une sorte de colonialisme. A l’heure où nous écrivons, il n’y a eu aucun geste des Etats Unis face à la crise.
De nombreux Porto-Ricains sont révoltés par l’ampleur de la crise financière qui laisse les fonctionnaires sans paie, les enfants sans école. Il y a eu des milliers de manifestants en colère. Ils dénoncent le blocage politique qui fait qu’aucune solution n’est trouvée. En effet deux camps politiques s’opposent sur le moyen de remplir les caisses de l’Etat.: d’un côté le gouverneur Anibal Acevedo-Vila et le Sénat, de l’autre le Parlement où l’opposition est majoritaire. Le gouverneur propose d’instaurer une nouvelle taxe à la vente (comme la TVA en France), de 7% . Celle-ci défavorisera les plus démunis et le parlement refuse de la voter. Il propose, lui, une taxe supplémentaire de 5% sur les entreprises qui font plus de 10 millions de dollars US de bénéfices annuels. Le gouverneur et le Sénat refusent cette hausse.
Le 10 mai à l’appel d’une autorité religieuse qui semble avoir un poids important dans l’île, un accord entre les deux camps serait intervenu. De nouvelles taxes devraient permettre de garantir un prêt bancaire à l’Etat.
Mais beaucoup restent pessimistes. Porto Rico a une économie en déclin, presque plus d’agriculture et beaucoup envisagent de quitter l’île. Les Porto Ricains ont en effet la citoyenneté américaine. Et malgré la décision des dirigeants syndicaux d’annuler la grève du public et du privé annoncée pour le 11 mai, il y a eu des centaines de manifestants dans les rues ce jour là.



La saison pluvieuse fait des victimes au Surinam

Le week-end du 7 mai, de graves inondations ont touché les régions du sud et du centre du Surinam, ex-colonie hollandaise voisin de la Guyane française, où 175 villages ont été inondés par la montée des eaux. Environ 37 000 personnes seraient affectées par cette catastrophe et on déplore le décès de 3 enfants emportés par les eaux. Pour la plupart, il s’agit de Maroons, descendants des esclaves noirs, qui vivent dans des cases sur pilotis en bordure des fleuves. Ils ont abandonné leurs maisons pour se réfugier sur les hauteurs.
Le Président du Surinam, Ronald Vanetiann, a déclaré la zone sinistrée, envoyé des soldats pour renforcer l’action des secours locaux et demandé l’assistance des Nations Unies et de la communauté internationale pour coordonner l’aide humanitaire.
Cette même zone pluvieuse a frappé la Guyane où dans les villes de Cayenne, Kourou, Matouri des quartiers ont été inondés et le pont de Cacao a été fermé pendant quelques jours.
Au Surinam, le mois de mai annonce le début de la saison pluvieuse, cette année le début est catastrophique et a pris de court le gouvernement et les centres de secours.