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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES - Samedi 1er juillet 2006 N° 948
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À la Une
ÉditorialExploits au mondial... mais derrière, la coupe est pleine!
Il y eut vingt quatre millions de téléspectateurs en France seulement, mardi soir, 27 juin pour regarder le match France –Espagne, en huitième de finale de la coupe du monde. Des millions de jeunes des banlieues françaises, des cités, ont vibré aux exploits de Ribéry, Viera ou Zidane. En Martinique et en Guadeloupe, ce sont aussi des milliers de jeunes et de moins jeunes qui ont regardé le match et fêté la victoire. Et voilà que, bien que ce ne soit même pas la finale, comme en 1998 on reparle de la valeur d’une équipe «black, blanc beur» représentant “ la France multiraciale ». Les gamins des banlieues issus de l’immigration maghrébine, africaine, antillaise ont selon les reportages radio et télédiffusés relancé le slogan des trois B avec bravade. Aux Antilles, le fait que des Noirs et en particulier des Antillais soient parvenus à ce degré de la compétition est déjà, depuis longtemps un sujet de fierté pour de nombreux supporters. Ces derniers, surtout ceux des milieux pauvres ressentent confusément tout cela comme une revanche face au sort qui leur est fait: chômage, sous emploi, racisme. Que ce soit dans les banlieues françaises ou dans les faubourgs de Fort de France ou de Pointe à pitre, face au mépris affiché à leur égard, parfois aux provocations racistes de la police, aux incessants contrôles d’identité, les pauvres et surtout les jeunes en général expriment comme ils le peuvent leurs sentiments de dominés et d’exclus. Mais si on donne du rêve à des millions de gens, la coupe du monde donne bien plus à certains. On apprend qu’au lendemain du match, l’action de TF1 et de M6 a augmenté de 2,7%. TF1 filiale du richissime groupe Bouygues avait acheté les droits de diffusion des matches 108 millions d’euros et M6, 27 millions. Les retombées, se chiffreront en milliards sous forme de hausse en bourse et de publicité. Il en est ainsi du monde capitaliste. Pendant que certains font pleuvoir les euros dans leurs poches, les difficultés auxquels sont confrontés la jeunesse au chômage et les travailleurs exploités s’accroissent. N’oublions pas que des centaines de jeunes sont en ce moment même inquiétés par la justice ou emprisonnés pour délits parfois non prouvés durant la révolte des banlieues et les manifestations contre le CPE. En ce qui concerne l’immigration, Sarkozy supprime la régularisation automatique après 10 ans de séjour, il accroît les difficultés pour le regroupement familial. On s’en prend aux parents dont les enfants ont été condamnés pour quelque délit. Par ailleurs tout est fait par le gouvernement pour accroître ces difficultés au bénéfice du grand patronat. 15000 postes de fonctionnaires seront supprimés en 2007. Trois fois plus qu’en 2006. Le gouvernement nous dit que ces mesures sont nécessaires pour réduire le déficit de l’Etat. Mais il aurait pu faire un autre choix, par exemple celui d’économiser en réduisant les aides au patronat. Or ce sont précisément ces aides- et elles sont considérables- qui vident les caisses publiques. D’autres mauvais coups sont en préparation, comme d’autres déremboursements de médicaments que la sécurité sociale ne prendra plus en charge. Il devient de plus en plus difficile pour ceux qui vivent avec de faibles revenus de se soigner et ces mesures aggravent les inégalités. Or parallèlement, le ministère du travail lui-même souligne l’augmentation des maladies professionnelles de plus de 7%. Parmi ces maladies, on note toujours plus de maux dus au stress, à la dépression causés par le harcèlement au rendement qu’exercent les patrons du privé ou du public. On veut que les travailleurs en fassent toujours plus avec moins d’emplois créés. Les budgets des écoles, des hôpitaux, des services publics en général sont régulièrement rognés pendant que Villepin déclare «l’armée ne verra pas ses moyens limités». Evidemment l’armée est une source énorme de commandes donc de profits pour les grandes sociétés qui construisent les Rafale, les chars et autres engins de mort.
La gauche socialiste et communiste qui en ce moment se met en ordre de marche pour les élections présidentielles ne présente dans son programme aucune mesure audacieuse pour changer cet état de choses. Elle se présente juste en «opposition» pour le faire croire à la population par une sorte de «méthode coué». Cependant il est significatif que 52% des personnes interrogées estiment que le projet socialiste n’est pas «très différent de celui de la droite».
Il faudra donc bien plus que cette musique d’ambiance de la gauche pour que les choses changent. Il faut certes un programme dont le point d’orgue sera de prendre l’argent aux riches, de prendre sur les profits considérables du grand patronat pour satisfaire les besoins du plus grand nombre. Mais il faudra aussi de fortes mobilisations dans les rues et les entreprises. La mobilisation anti CPE a bien prouvé qu’il était possible de gagner ainsi.
Martinique
La lutte déterminée des salariés de Casino Batelière Plaza
Malgré les difficultés qu’ils ont rencontrées tout au long de ces trois mois de grève, les salariés du Casino Batelière Plaza tiennent encore leur mouvement avec la volonté ferme de faire aboutir leurs revendications.
Dans ce combat, il n’est pas uniquement question de revendications économiques. C’est aussi pour ces salariés l’occasion de laver les affronts de toutes sortes, les humiliations, les vexations, les insultes qui sont leur quotidien. Dans ce milieu, pour le patronat, s’avilir pour faire plaisir à la clientèle est presque reconnu comme une compétence professionnelle!
Alors oui dans ces conditions, le comportement de ceux qui sont encore dans le combat est courageux malgré le désengagement de leurs camarades qui ont repris le travail.
Et que dire de l’attitude des patrons qui quotidiennement s’acharnent à déformer les objectifs des salariés dans des communiqués de presse! Procédé qui consiste à fausser les résultats concédés lors des négociations ou à exagérer les demandes des grévistes et qui ne vise qu’à chercher à éclabousser l’image des salariés en lutte auprès de ceux qui ne participent pas au mouvement.
Et soutenus par la presse, qui encourage ces prises de position sur le résultat des négociations, les patrons se sentent le vent en poupe et en profitent pour en remettre une couche sur: «les militants de la CGTM qui chassent sans ménagement les clients hors de l’établissement…». Il n’échappera à personne qu’il s’agit là d’une énième manœuvre pour tenter de déstabiliser les travailleurs en grève et leur syndicat auprès de l’opinion.
Ce ton patronal bien qu’offensif traduit néanmoins sa gêne et même sa crainte que s’exprime la solidarité agissante des salariés.
Guadeloupe
Danone: un an de grève. Delavigne a finalement cédé
Après un an et quatre jours de grève les 21 ouvriers de la production et les 10 chauffeurs de la SGPY-DANONE ont obligé son directeur-gérant à appliquer la convention collective des produits laitiers.
De plus les ouvriers vont bénéficier d’une augmentation de salaire de 4% à 6% pour les plus bas salaires. Les chauffeurs eux auront un fixe de 1600 euros et une commission sur les ventes. Deux points sont restés en suspend et seront tranchés aux prud’hommes:
- les temps de pause pour les repas que les ouvriers estiment que le patron doit payer;
- les heures supplémentaires non payées.
Il a fallu plus d’un an pour que des ouvriers fassent un patron respecter leur droit. Ce ne sont pas les facilitateurs et autres médiateurs qui ont fait défaut. L’inspection du travail, le Conseil Général puis la Région sont intervenus. Aucune des ces officines n’a trouvé une réglementation, un argument pour faire céder Delavigne. Mieux, la préfecture faisait escorter ses importations de yaourts. La loi, le droit de ce système sont du côté des patrons. Delavigne a dû capituler devant la mobilisation des travailleurs qui ne faiblissait pas et devant la colère des travailleurs de l’UGTG de plusieurs secteurs. Les manifestations devant le conseil régional, les menaces de généralisation ont certainement incité le pouvoir et certains dirigeants politiques à faire pression sur un patron de combat.
Guadeloupe
Port Autonome: mobilisation pour la prime Villepin
Dès le début du mois de mai les sections syndicales UGTG, CFDT et CGTG avaient demandé au directeur du port le paiement de cette prime. Lors des entretiens ce dernier déclarait être d’accord pour la payer, mais qu’il ne pouvait pas car le ministère des finances lui avait fixé une limite que la masse salariale ne devait pas dépasser. Pourtant l’activité du port a dégagé cette année 7 millions 480 mille euros de bénéfices, le port peut payer cette prime exceptionnelle à ses 150 employés.
Après une assemblée générale tenue le 20 par la CGTG, les employés ont décidé de se faire entendre. Soutenus par l’UGTG, la CFDT et la CGTG, ils ont demandé une entrevue au directeur général pour le 23 juin. Ce dernier ce jour là a répété aux employés ses mêmes boniments. Les employés pour toute réponse ont débrayé et bloqué le port le vendredi 23 et samedi 24. Le samedi à midi le Directeur général et le Président du conseil d’administration se sont engagés à demander au ministère l’autorisation de payer la prime et ont signé un protocole qui prévoit une prime de 800 euros pour chaque employé. Avec cet engagement et ce protocole en poche, les employés ont permis l’embarquement des bananes qui s’entassaient et se sont mis en attente d’une réponse positive de Paris pour le lundi 26. Paris n’a pas donné signe de vie lundi. Les employés ont réagi en occupant le siège le jour même. Ils sont décidés à se faire payer cette prime.
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