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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 1er juillet 2006      N° 948


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Martinique
Elevage: les importateurs défendent leurs bénéfices

Le Conseil Régional de la Martinique a été à l’initiative d’une table ronde sur l’élevage. Au cours des 7, 8, 9 juin derniers, les représentants des filières bovine, porcine, caprine, ovine, agro-alimentaire, de la grande distribution, des stagiaires des centres de formations agricoles se sont réunis avec l’assemblée régionale pour fixer le programme de développement nécessaire pour cette activité.
Lucien Adenet, président de la commission régionale de développement agricole et de l’élevage part d’un constat: la demande de viande fraîche sur le marché n’est alimentée qu’à moins de 12% par la production locale. Le conseil régional propose donc un accompagnement de la filière pour conquérir le marché local.
Bien entendu cette conquête est présentée comme un objectif à très long terme.
Dans l’immédiat ces journées ont permis à chacun de défendre ses propres intérêts, l’administration chargée de faire un état des lieux, avançant pour sa part l’argument de la confidentialité de certaines informations devant certains questionnements.
Louis Daniel Bertome président de la fédération des exploitants agricoles (FDSEA) a rappelé les difficultés des producteurs et a sollicité plus de subventions. Bagoe représentant de la grande distribution et donc des importateurs et en particulier du groupe Bernard Hayot, a signifié que pour développer la production locale il fallait contrôler les prix et les aligner sur ceux du marché européen. Il donna en exemple le prix des tomates qui passe de 1,5 à 4 euros selon la quantité mise sur le marché, ou encore le «ti-nain» vendu 1 euro en France et 1,5 euro à Carrefour (Martinique). Ces propos ont provoqué la réaction de petits producteurs dont M.Annexime. Quant aux jeunes agriculteurs, ils ont tout bonnement fait savoir qu’ils ne recevaient aucune aide et que de toutes façons ils étaient privés de terres pour travailler… C’est dire que dans cette affaire de soi-disant développement de l’élevage, ils sont complètement grugés.
Certains estiment à 1 million d’euros par année l’importation de viande. Ce marché important est lucratif pour les distributeurs parmi lesquels se comptent de gros éleveurs et propriétaires qui n’ont pas l’intention de perdre ces bénéfices.
Cette discussion sur l’élevage s’est étendue aux autres cultures: canne, banane, ananas, car les cultures et l’élevage se complètent en général et les cultures servent aussi d’alimentation pour le bétail. Cette alimentation représente 60% du coût de production. Elle est contrôlée en grande partie par les distributeurs importateurs- gros propriétaires.
Le samedi 24 juin, lors de la restitution des différentes demandes et propositions, les interventions ont tourné à l’affrontement. Certains ont dit que ces débats ne mènent nulle part et qu’aucune solution pour les producteurs et éleveurs ne pouvait en sortir. M. Marie-Jeanne s’est levé pour faire face aux contradicteurs.
En aparté, d’autres ont dit qu’il s’agissait d’une opération politique de la Région en vue des prochaines échéances électorales.
Que signifie l’argument de la disponibilité pour l’élevage de 1000ha de terres à banane et de centaines d’hectares d’ananas quand on sait qu’une bonne partie de ces terres est la propriété des gros planteurs, Hayot et Aubery?
En réalité, tous ces professionnels ont demandé des subventions, les ont chiffrées et certains ont contesté le fait que leur demande précise ait été exprimée par une formule vague: demande de subventions.
La conquête du marché local est une belle illusion destinée à endormir les jugements et un gros coup de pub pour le Conseil Régional. Les patrons présents ne s’y sont pas laissés prendre et ont affirmé plus que jamais que ce sont les gros capitalistes de la distribution et de l’import qui font la loi.
Les grands oubliés de ces débats, les ouvriers de l’élevage qui selon les textes doivent atteindre l’effectif de 2 à 3 salariés pour un cheptel de 50 têtes, marché local, ou pas, n’ont rien à attendre de tels débats, forums ou autres tables rondes. Les ouvriers agricoles s’ils veulent améliorer leurs conditions de travail, leur salaire et obtenir le respect de leurs droits ont tout intérêt à se rassembler et arracher leur dû à ces patrons qui ne payent pas les taxes sociales et fiscales mais exigent toujours plus de subventions, avec l’aide de l’administration et de tous les élus qui s’empressent de se mettre à leur service.



Martinique
A quand l’éducation nationale privatisée?

Le gouvernement vient d’annoncer une nouvelle vague de suppressions de plus de 8500 postes dans l’Education à la rentrée prochaine. Elle concernera aussi la Martinique. On observe un engagement de plus en plus fort des collectivités locales dans ce même secteur.
En effet depuis cette année, des organismes privés, financés par la Région et le Conseil Général, interviennent dans plus de 28 établissements collèges et lycées pour proposer leurs prestations à savoir des actions de soutien scolaire, de remotivation ou même de… relaxation.
Sollicités par les chefs d’établissements, des équipes d’enseignants contractuels souvent débauchés de l’Education Nationale elle-même et des psychologues viennent compléter ce que les personnels de l’Education ne peuvent plus faire faute d’effectifs ou de moyens. C’est un comble!!!
Plutôt que des professeurs, des conseillers d’orientation, des psychologues soient embauchés massivement par l’Education Nationale, l’Etat se retire derrière les collectivités locales qui préfèrent rétribuer des intervenants extérieurs pour des activités ponctuelles et ciblées auprès d’élèves.
Du coup ces derniers voient s’empiler les dispositifs d’aide dans les établissements sans en voir les tenants et les aboutissants. Remarquons que les élèves méritants sauront faire la différence car ils se sont vus proposer par ces mêmes collectivités des récompenses sous forme de voyages dans la Caraïbe, les USA et la France.
La régionalisation de l’école est donc en marche et les risques sont nombreux. L’école va progressivement s’adapter aux volontés économiques et politiques des collectivités locales, les moyens ne seront plus les mêmes partout. Bientôt, les collectivités ne financeront que les formations susceptibles d’apporter une main d’œuvre ciblée pour les entreprises locales et délaisseront les autres auxquelles les jeunes n’auront plus accès vu le désengagement actuel de l’Etat.
Il est donc urgent de condamner ces dérives et d’exiger le maintien, voire la création de vrais postes dans l’éducation pour mettre les jeunes dans les meilleures conditions de réussite.



La politique de Besancenot vis-à-vis de la gauche

Nous avons reçu une lettre de protestation du représentant de ATTAC en Guadeloupe, René Ygnard, à propos de l'article Martinique: "Meeting du GRS avec Besancenot", paru dans le N°946 du 20 Mai de C.O. sur les positions défendues par Besancenot lors de son passage en Martinique.
Le passage concerné est le suivant:
"...............Après son intervention, plusieurs militants de courants différents et de démocrates ont posé des questions au représentant de la LCR, par exemple sur la position de son organisation concernant les prochaines échéances électorales de 2007.
Sa réponse a été assez claire. La LCR propose une sorte d'alternative politique à laquelle, d'après Besancenot, elle pourrait participer en faisant une sorte d'alliance avec le Parti socialiste de France.
En effet, ce dernier a indiqué à l'assemblée que son organisation a fait plusieurs démarches en direction des dirigeants du PS. A notre avis, sans jamais montrer de méfiance vis-à-vis de ces dirigeants de la gauche classique française........."


R-Y affirme:
“Je certifie que Besancenot a été TRES CLAIR:
Aucune alliance avec les socialistes "libéraux" n'est envisageable. La seule ouverture faite par Olivier Besancenot, par l'intermédiaire du quotidien Le Monde, a constitué en une invitation à déjeuner à trois personnes: Arlette Laguiller, Marie-George Buffet et José Bové. La suite est dans la presse.
(…) J'ai, au cours de cette semaine de "vacances ", assisté en tant qu’ accompagnateur à 3 émissions TV + 3 radio et participé à une interview: son propos est limpide:
Pour la LCR il y a la Gauche anti capitaliste et les autres.
Ayant, avant-hier rencontré Phillipe Pierre-Charles, Martiniquais organisateur du Forum social Caribéen de juillet et, comme moi, membre du SOC, il s'est déclaré choqué par l'article car il était présent en Martinique lors de la conférence et n'a absolument pas entendu cela”.

Nous donnons dans l’article ci-dessous notre réponse à Ygnard et au GRS
Qu’est ce qui fait ainsi bondir le GRS?
Dans son numéro de juin 2006, le GRS réagit vivement à notre article sur les déclarations d’O. Besancenot, porte-parole de la LCR lors du meeting du 5 mai 2006 à Fort de France. Il va jusqu’à qualifier nos propos sur les déclarations de Besancenot à propos des élections présidentielles françaises de «mensonges» et de «contrevérités».
Il nous reproche notamment d’avoir retenu dans les déclarations de Besancenot que «la LCR avait fait plusieurs démarches en direction des dirigeants du PS». Par contre, insiste-il «O.Besancenot a au contraire très clairement indiqué avoir écrit à M.G.Buffet, A.Laguiller et J. Bové pour leur proposer une candidature unitaire face au PS».
Pourtant les propos de Besancenot devant son auditoire à Fort de France, composé des militants et sympathisants du GRS mais aussi de politiciens de la gauche locale, qui votent traditionnellement pour le candidat de la gauche classique, n’avaient rien de surprenant et allaient en droite ligne dans le sens de la politique de la LCR telle que présentée tous les mois précédents par ses dirigeants.
Ainsi, après leur participation à la campagne unitaire pour le NON à la constitution européenne avec notamment certains dirigeants du PS, avec le PCF et les Verts, les dirigeants de la LCR déclaraient publiquement encore en décembre 2005, qu’ils étaient « prêts à participer à une réunion de toute la gauche pour envisager ce qu’on peut faire avant 2007 pour contrecarrer tous les plans de la droite, du patronat, etc" Puis la mobilisation anti-CPE en mars 2006 avait provoqué chez eux le même engouement pour une possible alternative unitaire de la gauche, même s’ils déploraient le peu d’enthousiasme des dirigeants du PS de se voir un peu trop marqués à gauche.
A plusieurs reprises ces derniers mois, la LCR n’a donc pas rechigné à s’adresser aux dirigeants du PS «pour contrecarrer la droite», même si son discours unitaire se voulait anti-capitaliste et était plus en direction de ceux des dirigeants socialistes qui avaient appelé à voter «non» à la constitution européenne, ou qui ont, à certains moments, un discours qui fait «plus à gauche» que le secrétaire général du PS, Hollande, Aubry, Royal, ou Strauss Kahn.
Alors, il est pour le moins bizarre que le GRS fasse mine de découvrir cela aujourd’hui dans notre journal et que cela le fasse bondir.
Certes, Besancenot et la LCR, n’ayant obtenu aucun résultat à rassembler les partisans du Non au référendum ou les possibles socialistes anti-capitalistes ou anti-libéraux, en ont appelé de façon plus précise à la direction du PCF, lui demandant de s’engager avec eux sur une candidature unitaire anti-capitaliste en se démarquant du PS. En fin de compte, ni la prétendue gauche du PS, ni le PCF n’ont donné suite à leur sollicitation pour ce type de candidature, trop préoccupés qu’ils sont de combinaisons purement électoralistes qui incluent avant tout l’après présidentielles, les législatives, et là on discute entre gens «réalistes», on marchande un soutien au deuxième tour ou au premier contre circonscriptions! Le PCF ne peut en effet se passer de tels marchandages vu sa politique et vu sa faiblesse actuelle. Il est dépendant du PS pour son avenir parlementaire, pour avoir des postes politiques y compris au gouvernement en cas de victoire de la gauche aux présidentielles!
N’ayant rien de comparable à offrir (et c’est tant mieux!) la LCR vient d’annoncer qu’O.Besancenot sera son candidat aux élections présidentielles de 2007. Là aussi c’est tant mieux! Pour les travailleurs les choses seront bien plus claires et franches ainsi!
Car pour les travailleurs, la position de la LCR et Besancenot vis-à-vis du PS, voire du PCF, son allié actuel, n’avait rien de clair. Les phrases toutes faites tenues par certains dirigeants PS sur l’anti-libéralisme, ou sur l’anti-capitalisme par ceux du PCF, notamment lors de campagne unitaire, ne sont évidemment que du vent. Tous ces gens ont dans un passé, encore récent, gouverné ensemble et accompli des mauvais coups contre les travailleurs et ne sont jamais revenus dessus, ce qui aurait dû être le préalable à toute politique commune avec eux aux élections et que ni Besancenot ni la LCR n’ont jamais posé!
Bon nombre des dirigeants du PS sont directement liés aux patrons, les fréquentent, défendent leur point de vue et lorsque le PS est au pouvoir, ce sont les intérêts des capitalistes qu’il comprend et qu’il défend, pas ceux des travailleurs. C’est ce qu’ils ont fait avec la Gauche Plurielle, et ils n’ont jamais reconnu cette politique néfaste. Pour les élections présidentielles à venir, tous ces gens là (« gauche » socialiste, verts, PCF) sont prêts à se ranger comme un seul homme derrière le candidat du PS le mieux placé, dès le premier tour pour certains, au deuxième tour pour tous. Et à gouverner de nouveau ensemble pour refaire la même politique contraire aux intérêts des travailleurs!
Alors oui, pour notre part, nous considérons qu’il est néfaste de cultiver des illusions vis-à-vis du PS, ou de ses courants dits du Non ou de gauche, chez les travailleurs, ou pire encore de chercher à les recréer lorsqu’ils n’en ont plus. Et sur cette politique, nous avons un total désaccord avec les camarades de la LCR et du GRS.



“Le projet Martinique” du MIM bien dans la ligne gouvernementale

C’est ainsi que le Président du Conseil Régional Alfred Marie-Jeanne aurait dû présenter en mai dernier le Schéma Martiniquais de Développement Economique (S.M.D.E). Ce schéma se veut être la feuille de route du Conseil Régional pour un développement économique, social et solidaire de la Martinique à l’horizon 2025. Sauf que la Région nous avait déjà fait le coup avec le Projet Martinique en décembre 2000 et à l’époque l’objectif fixait l’horizon à 2015.
Cette situation traduit soit de la confusion, soit de la manipulation. Le Président de Région explique à qui veut l’entendre qu’il s’agit là de «poursuivre» sous la forme d’un nouveau programme de développement l’ancien Projet Martinique.
Or il semble bien que la tenue de cette Conférence sur le développement ne soit pas une décision locale.
En effet, ce Schéma Martiniquais de Développement n’est pas une initiative du Conseil Régional de la Martinique. La loi d’août 2004 impose à tous les Conseils Régionaux d’élaborer un schéma de développement économique pour leur territoire. Le S.M.D.E est donc bel et bien une injonction faite par la loi française.
Il est donc surprenant que les élus du MIM se soient emparés aussi goulûment du projet de l’Etat français au risque d’enterrer leurs propres orientations et ceci, simplement pour se donner des allures d’élus-développeurs- responsables, pour donner l’impression d’être aux affaires pour la grande cause des Martiniquais!
Au «trouble jeu», les occupants de l’hôtel de Région ne sont pas en reste!
Pour couronner le tout, afin d’élaborer ce SMDE, le Conseil Régional s’est adjoint le concours d’un cabinet conseil de France. Eh oui! Le cabinet LIPSOR, spécialisé dans la prospective …industrielle, vient dessiner l’avenir de la Martinique! Mais LIPSOR, c’est Michel Godet, partisan du néolibéralisme, il est entre autre partisan d’étendre le CNE* aux entreprises de 50 salariés, ou encore le retour aux 1750 heures annuelles travaillées au lieu des 1600 actuelles. Les élus «responsables» du Conseil Régional de la Martinique écriraient-ils l’avenir de la Martinique à l’encre du libéralisme? Au-delà, des belles déclarations de principe, il n’y a pas réellement de surprise à cela!
Pour conclure ce show, le jeudi 4 mai, le Président du Conseil Régional de la Martinique, Alfred Marie-Jeanne, a lancé un vibrant appel à Bernard Hayot, l’un des gros patrons béké et une des toutes premières fortunes de France, pour l’aider dans sa démarche. Il ne demande pas de réparations (pour l’esclavage!), mais le « supplie » d’investir encore plus dans le pays pour le développer! C’est clair, le MIM ne prône pas une nouvelle répartition de la richesse en Martinique, ni une autre logique de développement pour la Martinique que celle favorable aux capitalistes!
Au contraire, le MIM a l’air de se trouver parfaitement à son aise dans un tel système. Et sa version du développement dans cet épisode de travaux dirigés du SMDE nous renseigne, oh! combien! sur le peu de sincérité d’une telle démarche.
En fait, cette Conférence ne sera, à ne pas douter, qu’un «mimodrame» de plus joué sur le thème du développement avec pour maître de cérémonie un vieux routier de la politique qui sait comment faire pour tromper son monde.
* CNE: Contrat Nouvelle embauche dans les entreprises de moins de 20 personnes avec 2 ans d’essai et licenciement sans motif.