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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 1er juillet 2006      N° 948


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Guinée
L’armée tire sur des lycéens

L’armée a tiré en Guinée et tué treize, peut être 20 lycéens. Il y a eu 90 blessés. C’était le 12 juin. Les épreuves du baccalauréat étaient prévues ce jour là. Du moins le gouvernement l’avait annoncé, voulant «passer en force» malgré la grève générale depuis le 8 juin. Les enseignants aussi étaient en grève réclamant que leur salaire soit multiplié par 4: ils ne sont pas venus surveiller les examens.
En effet, le 12 les négociations n’avaient rien donné: aucune baisse sur le prix des carburants, une baisse ridicule sur celui du riz, élément de base de l’alimentation et rien sur les salaires.
Le matin du 12, les élèves convoqués au bac furent dispersés sauvagement par les militaires en armes. A Conakry, la capitale, plusieurs milliers de lycéens et collégiens en colère sont descendus dans la rue aux cris de «Le changement c’est pour aujourd’hui». A Kipé, le plus grand centre d’examen de Guinée, ils ont construit des barricades. Dans plusieurs villes, il y a eu des voitures brûlées, des bâtiments saccagés et des affrontements entre lycéens et l’armée qui a tiré et tué dans trois villes.
Le soir du 12, le président Lansana Conté, qui dirige avec l’armée, a reporté le baccalauréat. Il mettra encore quelques jours pour reculer sur les revendications de la grève qui s’est terminée le 17 juin. Jusqu’à cette date, les écoles, services, banques, hôpitaux étaient fermés. Toute l’activité du pays avait cessé. Les pauvres des villes qui vivent de petits boulots tenaient à montrer leur solidarité avec le mouvement et les rues toujours bondées étaient désertes. Le gouvernement face à l’action déclenchée par les deux principaux syndicats, a choisi la répression: tentatives d’assassinat contre un leader syndical, interventions de l’armée contre les manifestants, arrestation de militants de l’opposition.
Cette grève, venue après une précédente du 27 février au 3 mars 2006 exprimait le ras le bol des travailleurs et de la population en général suite aux hausses de prix intempestives. Les enseignants disent ne plus pouvoir nourrir leurs familles, ni payer les transports pour venir travailler. Un litre de carburant coûte 1,20 dollars alors que plus de la moitié de la population vit avec moins de 1 dollar par jour. L’inflation est telle que le prix du riz a en quelques mois été multiplié par 3, celui du poisson par 4…
Dans ce pays riche en eau, en ressources minières, bauxite, or, diamant, pétrole, les dirigeants affichent le luxe, c’est le règne de la corruption et le peuple n’a ni eau potable, ni électricité. On meurt à l’hôpital qui manque de tout pour les soins. La population s’est révoltée contre le train de vie insolent des militaires au pouvoir et des responsables de l’administration. Une des revendications est la transparence sur les revenus des industries minières face aux détournements. Ce pays entretient aujourd’hui d’excellentes relations avec les gouvernements occidentaux qui sont complices passifs de la dictature sanguinaire.



Décès de l’écrivain Joseph Zobel

Né le 26 avril 1915, Joseph Zobel est décédé samedi 17 juin à l'âge de 91 ans à l'hôpital d'Alès non loin de Anduze où il résidait. Cet écrivain martiniquais était mondialement connu pour son roman la Rue Cases-Nègres publié en 1950. Il y raconte la vie d’un jeune Noir à l'époque de la colonie. Sa mère travaille à Fort-de-France et il est élevé par sa grand-mère. Il y décrit les conditions de vie misérable de la population pauvre, l'arrogance des planteurs békés, la bataille pour la vie et comment le jeune homme s'en tire par le biais de l'éducation et la réussite scolaire.
Devenu un classique littéraire puis adapté au cinéma par Euzhan Palcy, ce roman est en partie tiré de ses souvenirs d'enfance. Issu d'une famille très modeste, fils d'une employée de maison et d’un chauffeur de maître, Zobel est élevé par sa grand-mère maternelle, Amantine (surnommée Man Tine), ouvrière agricole travaillant sur une plantation sucrière de Petit Bourg. Elève brillant, soutenu par sa grand-mère, le jeune Joseph Zobel obtient une bourse modeste lui permettant de poursuivre ses études jusqu!au baccalauréat. Lycéen, il quitte Petit-Bourg pour rejoindre sa mère à Fort de France.
Il voulait être architecte, mais il en sera empêché par la guerre et donnera des cours au lycée Schoelcher. En 1946 il part à Paris pour reprendre ses études; suivant des cours de littérature, d'art dramatique et d'ethnologie à la Sorbonne, il est en même temps professeur adjoint au Lycée François premier de Fontainebleau. Dans cette période il entreprendra une grande activité littéraire.
Voulant connaître l'Afrique, Joseph Zobel est recruté comme directeur de collège au Sénégal en Casamance puis sera installé finalement à Dakar comme surveillant général du lycée Van Vollen. Il devient quelques années plus tard producteur d'émissions éducatives et culturelles à la Radio du Sénégal, dont il crée le service culturel. Les émissions de Joseph Zobel seront écoutées dans toute l'Afrique Occidentale Francophone. Quelques anecdotes de sa vie dakaroise sont relatées dans les recueils de nouvelles Mas Badara (1983) et Et si la mer n'était pas bleue.
A sa retraite en 1974, Joseph Zobel revient en France, et poursuivra son travail littéraire de façon originale en réécrivant ses romans: Les Jours immobiles devenant Les Mains pleines d'oiseaux et La Fête à Paris devenant Quand la neige aura fondu.
Bien qu'il n’ait pas été reconnu par des titres officiels, Zobel a marqué les esprits par une écriture souple, directe, puissante, toujours très proche de la réalité de la majorité de la population, les petites gens luttant au jour le jour, comme dans Diab’la, l'histoire d’un paysan qui décide de conquérir sa liberté par le travail de la terre, auprès d’une communauté de pêcheurs du Diamant dont il partage la vie.
Aujourd’hui, ses romans sont considérés comme des classiques de la littérature antillaise.



Il y a trente ans, les enfants de Soweto

Juin 1976: le ghetto noir de Soweto, dans la banlieue de la capitale de l’Afrique du Sud, s’embrasait. Au pays de l’apartheid, ce fut la révolte. La police tira et tua des gamins de 10-12 ans : il y eut 23 morts lors de la manifestation du 16 juin, 220 blessés, beaucoup furent jetés en prison, torturés, condamnés. Pourtant ces manifestants étaient pacifiques. Ces 20.000 lycéens en avaient simplement assez de l’éducation de second ordre donnée aux Noirs. Et ce jour là ils descendaient dans la rue pour revendiquer le droit d’apprendre l’anglais. L’anglais, langue internationale qui leur donnerait accès à davantage de connaissances, était enseignée aux seuls Blancs d’Afrique du Sud. Ces lycéens en colère disaient «envoyer au diable » l’Afrikaans, la langue des Blancs racistes, celle des chefs de l’apartheid. Ce jour là des bâtiments officiels furent brûlés. Le mouvement lycéen continua au moins jusqu’en février 1977 faisant au total près de 600 morts. Une figure a marqué ce mouvement, celle de l’étudiant Steve Biko, jeune militant noir anti-apartheid qui fut arrêté et assassiné par la police sud africaine. Il avait 23 ans.
Le monde entier s’est ému de ce combat où les enfants ne reculaient pas devant les balles d’une armée raciste et disaient: «Avançons, même si la moitié d’entre nous meurt, nous serons toujours la majorité en Afrique du Sud ». Dans le monde, ce mouvement a aidé à la prise de conscience de l’horreur que représentait un tel régime d’apartheid qui condamnait 26 millions de Noirs à être traités en sous-hommes dans leur propre pays dirigé par un gouvernement raciste qui s’appuyait sur la minorité blanche. La complicité des capitalistes français avec ce régime a été révélée au grand jour: pour donner une idée, près de 20 banques françaises étaient présentes dans ce pays. Mais la solidarité avec les combattants anti-apartheid se manifesta par des manifestations un peu partout dans le monde.
En Afrique du Sud même, en juin 1976, les principaux militants anti apartheid vivants étaient en prison. Les problèmes liés à l’apartheid ne touchaient pas seulement les lycéens. Ce système était le moyen pour les capitalistes sud africains de surexploiter la main d’œuvre noire: ouvriers parqués dans des foyers sans leurs familles restées dans des zones désertiques éloignées, les Bantoustans ; un Noir touchent environ 17 fois moins qu’un Blanc. Il y avait aussi le système des passeports intérieurs qui empêchait la libre circulation des Noirs, l’interdiction de se syndiquer et surtout la violence policière. Après juin 1976, le mouvement de lutte se renforça. En particulier les grèves des travailleurs noirs, bien qu’interdites, vont se multiplier. Le régime fut contraint de reculer. Cela aboutira à la loi de 1991 qui donna le droit de vote à tous et mettra fin sinon à l’injustice, du moins à l’apartheid officiel aux lois racistes. La révolte de Soweto fut un pas important dans la longue lutte des Noirs contre l’apartheid qui devait disparaître quelques années plus tard. Cette lutte aboutit à la libération des dirigeants comme Mandela et ses compagnons et à l’avènement au pouvoir de la majorité noire. La disparition de l’apartheid n’a cependant pas fait disparaître la misère et l’exploitation de millions de Noirs. Mais les luttes dans lesquelles se sont impliquées les masses noires peuvent servir d’exemple pour de prochains combats contre l’exploitation capitaliste.



Grèce
Les étudiants en grève contre des mesures iniques

Nous avons appris par des militants altermondialistes l’information suivante: «depuis cinq semaines, 354 départements académiques (ce qui représente plus de 75% dans l'ensemble du pays) sont occupés en Grèce ; des milliers d'étudiants manifestent régulièrement ; la manière dont la police a réprimé la manifestation du 8 juin (une personne dans le coma) rappelle à bien des égards les heures noires de la dictature des colonels. Dans un pays de l'Union européenne! Et nous n'en savons rien.
Certaines clauses de la Constitution grecque (mentionnant, notamment, que l'éducation doit être publique et accessible à tous et qu'aucune force de police n'est autorisée à pénétrer dans les campus des universités) rendent la mise en oeuvre d'une politique néo-libérale pour les établissements d'enseignement supérieur particulièrement difficile. Le gouvernement grec, suivant en cela les décisions dérégulatrices prises par nos gouvernements pour être ensuite imposées par l'OMC (Organisation mondiale du commerce) et par l'Union européenne, va modifier la Constitution rédigée après la chute de la dictature pour permettre la privatisation de l'enseignement universitaire. Il prépare en outre une loi qui va permettre la création d'établissements universitaires privés. Cette loi va imposer aux facultés d'État les critères de gestion des firmes privées, elle va supprimer «l'asile universitaire» soumettant jusqu'ici l'intervention de la police sur les campus à l'accord du Conseil d'administration de l'université et elle va réduire drastiquement la possibilité de repasser les examens. C'est à cela que des dizaines de milliers d'étudiants grecs s'opposent. Dans l'indifférence totale des journalistes et correspondants de presse des autres pays européens.
Mais les étudiants sont déterminés à ne pas abandonner sans lutter».



Haïti
Tournée présidentielle, gangs armés, pauvreté...

A Cité Soleil, le gouvernement américain a fait une offre de 500 millions de dollars pour faire des travaux de reconstruction dans le bidonville. Il s'agit de mettre des adoquins sur les rues boueuses de certains quartiers comme Bélécou, de faire un trottoir à Boston ou de faire du rapiéçage sur quelques maisons. Ainsi ceux qui tiennent les cordons de la bourse de l'aide peuvent se donner bonne conscience.
La chambre économique haitiano-américaine, reçoit, de son côté, un soutien de la chambre économique américaine pour relancer le marché local, cela est plus sérieux pour les importateurs.
Pour que tout ce programme se mette en application, René Préval, le président, continue son périple. A Paris il cherchera le soutien de Chirac. Puis il participera à la conférence des Etats de la Caraibe.
Pendant ce temps, la situation ne s'améliore pas dans les provinces depuis les élections. Dans le "pays en dehors", chez les paysans c'est la catastrophe, les revenus sont inférieurs au dollar par jour. Dans certaines zones ce sont les actions menées par des ONG, les distributions de nourriture, de médicaments, les parrainages, qui permettent à la population locale de tenir le coup, comme dans des sections de Port-de-Paix.
A Port-au-Prince, les gangs font toujours parler d'eux et les kidnappings continuent, même si le nombre est en recul, touchant n’importe qui dans la population. La presse ne parle que de ceux qui touchent les personnalités, comme ce missionnaire canadien, travaillant pour une ONG. Il a été kidnappé et libéré le week-end dernier contre une rançon.
Ce sont toujours les hommes en armes qui contrôlent le pays, les gangs dans les quartiers qui se servent sur la population, les hommes du gouvernement, la police et ses milices et les soldats de la force internationale de la Minustah.