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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 29 juillet 2006      N° 950


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Banane: des sous pour les planteurs

Après la visite, la semaine dernière, de D. Bussereau ministre de l’agriculture et de la pêche, l’optimisme semble de mise parmi les planteurs. Il faut rappeler que depuis le 1er janvier 2006, c’est le principe du «tarif only» qui est en vigueur, à savoir des droits de douanes de 176 € par tonne sur les bananes en provenance de l’étranger, essentiellement l’Amérique Latine. Il n’y a pas de taxes sur les bananes «européennes» et celles des pays ACP. Compte tenu du faible coût de la main d’œuvre pour les bananes d’Amérique du Sud, plus communément appelées «bananes dollars» car les sociétés assurant leur production et leur commercialisation sont contrôlées par des sociétés américaines, les producteurs européens (Madère, les Canaries, les Antilles) souhaitaient que la taxe sur ces bananes américaines soit plus importante. Ils avaient fait deux propositions de 230 € et 187 € qu’ils estimaient équitables, mais qui ont été rejetées. De l’autre coté, le nouveau système du «tarif only» a déjà été attaqué auprès de l’O.M.C. par le Honduras et le Panama qui estiment que la taxe devrait diminuer.
Avec l’entrée en application de ce système, c’est pour certains, la disparition programmée de la production européenne. C’est pour échapper à cette «disparition» que les producteurs européens ont proposé une réforme du système d’aides compensatoires actuellement en vigueur:
• Fixation d’une enveloppe fixe d’aides compensatoires: 300 millions d’euros pour les producteurs européens (dont 130 pour la Guadeloupe et la Martinique) ; • Adoption du principe d’une aide compensatoire complémentaire quand cette enveloppe fixe est insuffisante, du fait du «dérapage des prix» ;
•Possibilité pour les états membres d’aider directement «leurs planteurs».
Selon Eric de Lucy, président de l’Union des Groupements des Producteurs de Bananes de Guadeloupe et de Martinique, les choses sont bien engagées. La Commission Européenne a donné son accord sur au moins deux des points de revendications des planteurs: la fixation à 300 millions d’euros par an du montant de l’aide compensatoire versée aux planteurs européens et la possibilité pour les Etats d’aider directement leurs planteurs. Les pouvoirs publics, Etat, Régions et Départements ont toujours fait preuve de largesse à chaque fois qu’il a été question de distribuer l’argent public à ces capitalistes. On peut donc comprendre les raisons de l’optimisme affiché par les planteurs et leurs représentants même s’ils n’ont pas obtenu une réponse positive pour leur deuxième proposition. A l’approche des élections, D. Bussereau ne serait pas venu en visite aux Antilles s’il n’avait rien dans les poches.
Les subventions vont donc recommencer à « pleuvoir ». Il est à noter que rares sont les secteurs de l’économie qui vivent sans subventions, subventions qui vont permettre de remplir encore plus les coffres-forts de ces requins qui dirigent l’économie. Alors celles versées aux producteurs de bananes n’ont rien d’exceptionnel.
Quant à savoir si l’argent ainsi versé servira effectivement à relancer la production de la banane et à créer des emplois en remplacement des milliers qui ont été supprimés depuis quelques années, c’est une toute autre affaire.



Les luttes des années 30 dans la Caraïbe

La grève générale de juin 1936 en France a permis aux travailleurs d’obtenir une grande partie de leurs acquis d’aujourd’hui, avec entre autres, les congés payés. Mais surtout la montée sociale de 1936, la détermination des travailleurs avaient démontré qu’un rapport de force réel pouvait être établi avec la bourgeoisie, les capitalistes et autres possédants, ce qui fit dire à Léon Trotsky que la France était au bord de la révolution ouvrière. 1936 c’est aussi la date de la révolution espagnole.
Dans de nombreuses régions du globe au cours de la même année ou à la même période, on assista aussi à des secousses sociales importantes, à de grandes luttes de la classe ouvrière. Il en fut ainsi dans les Caraïbes.


LES RAISONS DE LA COLÈRE
Lorsque la crise économique mondiale de 1929 atteignit les îles, les travailleurs, se levèrent et s’organisèrent. Cette crise venait s’ajouter aux conséquences du système colonial et de l’économie de plantation héritée de la période esclavagiste. Les travailleurs devaient combattre non seulement les inégalités sociales mais aussi le racisme et le mépris colonialiste.
Il n’est donc pas étonnant qu’en 1930, avec l’aggravation de la situation, toutes les populations caribéennes entrèrent en rébellion par des grèves, des luttes de toutes sortes afin d’obtenir l’amélioration de leurs conditions de vie.
Dans ces années là, les richesses étaient détenues principalement par la minorité blanche, elle contrôlait la plupart des ressources, les meilleures terres, l’industrie, et le commerce. Ses membres étaient à la direction des administrations. La majorité de la population pauvre travaillait la terre en tant qu’ouvriers agricoles, principalement dans les plantations de canne à sucre. La plupart de ces ouvriers étaient saisonniers. Les salaires étaient très bas. Il y avait aussi des pêcheurs, et beaucoup de travailleurs qui émigraient vers d’autres îles (Trinidad, Guyana), vers le Panama (construction du canal), en Amérique Centrale pour travailler aux chemins de fer, ou dans les plantations de bananes, en Guyane pour travailler dans les mines d’or. Le salaire était envoyé dans l’île natale et constituait souvent la seule source de revenu pour ceux qui étaient restés sur place.
Ces années furent particulièrement dures pour les pauvres des Antilles, à l’époque, les salaires ne dépassaient pas quelques centimes par jour et dans beaucoup de cas les travailleurs ne recevaient pour leur journée que des bons (caïdon par exemple en Martinique) pour acheter dans les boutiques des centrales sucrières.
Chômage, bas salaire, vie dans des taudis, malnutrition, mauvais état sanitaire, analphabétisme étaient le lot de tous ces peuples.
Du fait de la crise, d’un seul coup, de nombreuses usines fermaient, mettant de nombreux ouvriers au chômage. Même le salaire de misère qu’ils percevaient disparut.
L’effondrement écono-mique qui à travers le monde entraîna partout des révoltes ouvrières, se développa aux Antilles sur deux terrains à la fois: politique et syndical. Dans toute la Caraïbe, ce fut l’explosion sociale.

DES LUTTES PARTOUT

La chronologie (faite par l’écrivain Eric Williams pour les îles anglaises) est parlante: grève des employés du sucre à Saint-Kitts en 1935 ; révolte contre une augmentation des droits de douane à Saint-Vincent en 1935 ; grève des mineurs à Sainte-Lucie en 1935 ; conflits du travail sur les plantations sucrières en Guyane Britannique en 1935 ; grève des ouvriers du pétrole à Trinidad dégénérant en grève générale en 1937 ; révolte sur les plantations sucrières de la Guyane britannique en 1937 ; grève des ouvriers du sucre à Sainte-Lucie en 1937 ; trouble et agitation des ouvriers du sucre à la Jamaïque en 1937 ; grève des dockers à la Jamaïque en 1938.
Les Antilles dites «françaises» ne sont pas en reste: février 1935, marche de la faim des ouvriers agricoles sur Fort de France ; en Guadeloupe, janvier/février 1934, grève des ouvriers d’usine soutenue par les ouvriers d’habitations, 1936, de nombreuses grèves dans la canne dont celle de Bonne-Mère à la Boucan. Les révoltes ouvrières cubaines engendrèrent une situation quasiment révolutionnaire.

À CUBA
Au moment de la crise, la classe ouvrière cubaine apparaissait comme numériquement importante ; on comptait environ 600 000 ouvriers dont plus de la moitié étaient des ouvriers agricoles. Les conséquences de la crise de l’économie mondiale se traduisirent à Cuba par la chute de moitié des prix moyens du sucre. La quantité produite réduite de 57 %. Le niveau de vie de toute la population chuta terriblement. Les syndicats furent mis hors la loi. En réponse, une grève générale fut déclenchée le 20 Mars 1930. La grève avait donné le signal de la lutte contre le dictateur en place, Machado. La classe ouvrière entraîna derrière elle d’autres couches sociales. Le 19 avril 1930, 50 000 personnes manifestèrent contre la dictature ; le 30 septembre les étudiants descendirent eux aussi dans la rue. Machado fit fermer l’université.
Malgré la répression qui frappait le mouvement ouvrier et ses organisations, les grèves continuèrent durant les années noires de 1931 et 1932: dans les tramways, dans les manufactures de tabac, dans les industries du sucre. La classe ouvrière résistait, comme résistait le Parti Communiste (PC) qui réussit à organiser des grandes marches de la faim, et constituer un syndicat national de l’industrie sucrière durant l’année 1932. En août 33 une grève générale déclenchée par les conducteurs d’autobus paralysa le pays, il y eut des dizaines de tués et des centaines de blessés. Mais la grève continua de plus belle, les revendications économiques se mêlant aux revendications nationales ; l’armée refusa à Machado son aide, et il fut contraint à l’exil.
Mais en acceptant la négociation avec le pouvoir en place, le PC désarma politiquement et moralement la classe ouvrière, et ce furent les petits bourgeois, les cadres de l’armée et les étudiants qui prirent le devant de la scène. Cela aboutit à la mise en place d’un nouveau gouvernement ayant à sa tête Grau San Martin, un professeur d’université, flanqué du sergent…Batista.
Les travailleurs avaient cependant obtenu la journée de 8 h, la reconnaissance des droits syndicaux, un salaire minimum journalier pour les coupeurs de canne, l’obligation de donner des emplois a 50% des natifs du pays dans les industries et le commerce. Au cours des années suivantes la lutte syndicale se poursuivit, avec des leaders pleins de courage, sous le joug d’une répression féroce.



L’Etat arrose, les patrons doivent casquer! Extrait du bulletin “sucrerie en lutte-Gardel”

Le ministre de l’agriculture et de la pêche, Dominique Bussereau, s’est rendu à Gardel, dans la commune du Moule, le jeudi 20 juillet dernier. En commis voyageur du gouvernement capitaliste français, Dominique Bussereau est venu sur place rencontrer les capitalistes de la filière canne-sucre-rhum. Il fut reçu par le PDG de Gardel s.a, Yvan de Dieuleveult, Victor Nanette président de l’Iguacanne et un des frères responsables de la distillerie de Bellevue, Hervé Damoiseau, pour ne citer que ceux-là. Le ministre n’a pas manqué de promettre à tout ce beau monde des millions d’euros (310 millions) pour la durée de la nouvelle OCM (organisation commune du marché) qui a commencé le 1er juillet de cette année.
A nous, les ouvriers, de nous donner les moyens pour arracher la part du gâteau qui est en droit de nous revenir. Et cela d’autant plus que le ministre se dit prêt à donner directement aux usines un soutien supplémentaire de 2 à 3 millions d’euros par an.



Présidentielles: Taubira se place

Plus la date approche, et plus les candidats à la candidature aux prochaines élections présidentielles se manifestent. C’est ainsi que Christiane Taubira députée de la Guyane, a fait savoir qu’elle désirait être investie par le Parti des Radicaux de Gauche, son parti d’adoption, comme en 2002. A l’époque, elle avait pu compter en Martinique sur le soutien d’un certain nombre de personnes comme le Maire de Fort de France, Letchimy, ou encore le professeur d’université William.
A peine l’annonce faite, le Parti Socialiste a fait comprendre en termes diplomatiques, mais tout de même menaçants, que cette initiative n’était pas la bienvenue et qu’il verrait mieux le PRG se ranger derrière son candidat. Les dirigeants du PS déclarent que l’élimination de Jospin au premier tour de la présidentielle 2002 était due à un trop grand éparpillement des voix de la gauche, comme si la politique du PS qui avait déçu des millions de travailleurs et de membres de la population laborieuse n’y était pour rien!
En contrepartie du retrait de Taubira, le PS, grand seigneur, accorderait des circonscriptions au PRG pour les législatives. Ce que ne semble pas apprécier Taubira. Peut être fait-elle monter les enchères. En particulier elle pourrait s’appuyer sur la relative popularité de sa candidature parmi les Noirs.
Mais Taubira ne roule pas plus pour ces derniers que pour les intérêts de la population des Antilles-Guyane ou française. S’étant fait un nom après le vote de sa proposition de loi pour reconnaître l’esclavage comme crime contre l’humanité, elle soigne avant tout sa carrière de notable. En effet, sa candidature n’offre rien de plus aux masses pauvres qu’elles soient noires, blanches ou autres. Elle n’a vraiment aucun intérêt. Mais les candidatures de Royal, Strauss- Khan et autres Fabius n’en présentent pas davantage. Le jeu politicien que se livrent les Taubira et les notables du PS, comme le jeu que se livrent les «présidentiables» du PS entre eux ne sont que des péripéties pré-électorales de notables qui se placent en vue de postes futurs.