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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES - Samedi 29 juillet 2006 N° 950
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CÔTE D'IVOIRE
Rien n’est réglé entre les rebelles et les partisans de Gbagbo
Deux morts, peut être quatre et 36 blessés, tel est le bilan de bagarres au couteau et au fusil de chasse entre partisans du président Gbagbo et opposants. Ces affrontements ont eu lieu entre samedi et dimanche 23 juillet dans la ville de Divo en Côte d’Ivoire. Déjà le 19 juillet des centaines de «patriotes» (partisans du président Gbagbo) étaient descendus dans les rues d’Abidjan. Des jeunes, plutôt dépenaillés, armés de barres de fer et autres engins dissuasifs ont bloqué l’activité de la capitale ce jour là. La France a en particulier été visée avec un barrage devant son ambassade. Par ailleurs, de nombreuse troupes françaises sont en place dans le pays. Leur centre de cantonnement a été également paralysé par des barrages.
L’origine de ces barrages, soutenus par le Président de la Côte d’Ivoire, Gbagbo, est liée à une décision prise entre l’ONU, donc les instances internationales et un peu la France, et les protagonistes ivoiriens en concurrence pour le contrôle du pays. Il s’agissait d’une décision liée au conflit qui oppose ceux qui avec Gbagbo se disent patriotes et les « rebelles » qui actuellement contrôlent le Nord du pays et ne reconnaissent pas le pouvoir central.
Les patriotes accusent la plupart des habitants du Nord, souvent venus depuis des années du Burkina Faso voisin pour travailler, de ne pas être de vrais Ivoiriens. Ils se réfèrent à la théorie de l’Ivoirité qui visait à écarter des élections les candidats dont les parents n’étaient pas ivoiriens. Cette politique adoptée par le parlement avait permis d’éliminer le candidat Ouatarra qui avait de grandes chances de gagner les élections.
Aujourd’hui la décision retenue avec l’ONU consiste à donner des papiers d’identité à des millions de gens qui n’en ont pas. Cette opération déplaît au camp de Gbagbo qui, déjà convaincu que ceux du Nord ne voteront pas pour lui, parle à ce propos de fraude électorale. Des élections, entre autres présidentielles, sont en effet prévues pour octobre 2006. Ces échéances électorales expliquent la mobilisation des patriotes.
On peut se demander quel intérêt direct ont ces jeunes qui descendent dans la rue pour empêcher que d’éventuels non ivoiriens obtiennent une carte d’identité. Ne seraient-ils pas, tout comme les «chimères» d’Haïti, manipulés par des notables qui n’hésitent pas à utiliser le désœuvrement et le manque d’argent des jeunes des quartiers pauvres pour leurs basses visées électoralistes?
FRANCE
Expulsions: petit recul du gouvernement
Alors même que les candidats à la présidentielle, de Sarkosy à Madame Royal font campagne contre l’immigration, une forte solidarité avec les immigrés s’est manifestée en France. En effet, Sarkosy avait décidé de renvoyer chez eux, dès la fin de l’année scolaire, tous les enfants en situation irrégulière. Dès l’annonce de cette opération, des enseignants, des parents d’élèves, des militants se sont mobilisés pour l’empêcher. Ils ont dénoncé le fait que des enfants n’ayant aucune attache avec leur pays d’origine y seraient malheureux, la plupart du temps dans des conditions de vie très mauvaises et sans espoir de recevoir une formation scolaire de qualité. Certaines familles ont même proposé de prendre le risque de cacher chez eux des enfants menacés d’expulsion. Une pétition de 100 000 signatures a été déposée au Président de la République en faveur des élèves sans papiers.
L’ampleur du mouvement, la publicité qui en a été faite ont contraint le gouvernement à reculer. D’abord la plupart des enfants n’ont pas été expulsés: on compte à ce jour deux expulsions. Certains médias jugent que Sarkosy vient de commencer une régularisation massive d’immigrés: 6000 régularisations sont prévues, même si le ministre de l’Intérieur affirme que cela n’a pas à voir avec la mobilisation. Mais ces 6000 ne représenteraient que le tiers des demandes totales. On est donc loin du compte, et Sarkozy vient de rappeler à plusieurs reprises qu’il n’est pas question pour lui de régulariser tout le monde comme en Espagne ou en Italie. Donc, si la lutte pour la régularisation de tous les sans papiers a déjà abouti à un petit résultat, elle doit se poursuivre jusqu’à satisfaction complète.
Martinique
Walter Guitteaud
Walter Guitteaud, militant syndicaliste CGTM de longue date mais aussi militant du PCM, Parti Communiste Martiniquais, s’est éteint le samedi 22 juillet d’une longue maladie à l’âge de 89 ans.
Durant sa jeunesse, W Guitteaud avait choisi son camp, celui des exploités. Ce choix l’avait alors conduit à militer aux côtés des militants du PCM comme Georges Gratiant, Aimé Césaire, Armand Nicolas, Philibert Duféal, Victor Lamon et bien d’autres encore.
Avec Emile Capgras militant communiste ils ont créé la section CGTM de la Poste où il a mené des combats pour le respect des droits des travailleurs et contre les injustices sociales. Il a aussi été l’un des principaux militants à se battre contre la discrimination salariale entre fonctionnaires blancs et noirs, autrement dit pour l’obtention de la prime de 40% pour tous dans les années 50.
Plus tard, toujours à l’époque où l’administration coloniale s’affichait sans masque, durant les années 60, Guitteaud, tout comme Georges Mauvois, Guy Dufond, Armand Nicolas, a été frappé par l’ordonnance d’octobre 1960 qui exigeait leur mutation hors de la Martinique. C’était une des punitions infligées aux fonctionnaires qui combattaient la politique coloniale.
Ce n’est que 21 ans plus tard, c'est-à-dire en 1981 sous la présidence de François Mitterrand qu’ils furent réhabilités. Mais durant toutes ces années Walter Guitteaud a affirmé ses convictions politiques à travers la presse, dans les manifestations des travailleurs en l’occurrence au sein de la CGTM.
Certes Walter Guitteaud, consciemment ou pas a été lié dès le début au cours stalinien du Parti communiste martiniquais. Ce fut le cas de plusieurs générations de militants des PC du monde entier qui ont été trompés par la politique stalinienne de Moscou. La direction stalinienne les avait détournés de la politique prolétarienne révolutionnaire défendue par Lénine et Trotsky. Elle avait pu le faire en se parant de l’auréole de la révolution d’octobre dont se réclamaient avec fierté des milliers de militants communistes. La mouvance stalinienne avait produit en son sein bon nombre de vils bureaucrates et d’assassins à l’abri des critiques dans des cercles secrets, notamment à Moscou. Cependant bon nombre de militants ouvriers non informés se disaient sincèrement communistes, l’étaient au fond d’eux-mêmes et tentaient d’agir comme tels. Ce fut le cas de Guitteaud.
Une des preuves de sa sincérité fut le choix qu’il fit au moment de la scission au sein de la CGTM. Malgré les liens politiques qu’il avait avec les dirigeants de son parti, en 1990 il n’a pas hésité à rejoindre la majorité des militants de la CGTM avec à leur tête nos camarades dont Ghislaine Joachim Arnaud, Louis Maugée, Jean Jacques Magit, Henri Elisabeth, Jean Joël Lamain. Il les a rejoints car il était convaincu qu’il fallait renforcer la CGTM et la doter d’une nouvelle direction plus combative et plus démocratique. Cette dernière avait d’ailleurs le soutien de la grande majorité des travailleurs et Guitteaud ne s’y est pas trompé contrairement à certains de ses camarades de parti qui ont alors refusé de se plier à la volonté démocratiquement exprimée des travailleurs de la CGTM.
Ce camarade a su transmettre à bien des travailleurs de la CGTM ses connaissances du mouvement ouvrier, ses idées et son expérience. Il avait du reste élaboré avec l’un de nos camarades une brochure titrée: «Le mouvement cégétiste à la Martinique (1936-1993)».
C’est un salut fraternel que nous, Combat Ouvrier, lui rendons aujourd’hui, comme le feront les camarades de la CGTM et du mouvement ouvrier de la Martinique.
HAÏTI
Regain de la violence à Port-au-Prince
Après une accalmie électorale, la violence a repris dans la capitale. La force armée de l’ONU (MINUSTAH) a été attaquée à plusieurs reprises. Mercredi 19 juillet, des groupes armés ont bloqué la route de l’aéroport et au moins cinq personnes sont mortes atteintes par balles, la route est restée bloquée pendant plusieurs heures. Ce même jour dans le quartier voisin sur les routes de Delmas 31 et 33, plusieurs personnes ont été enlevées.
D’un côté les gangs reprennent leur pression sur les habitants des quartiers comme Cité Soleil, Cité l’Eternel, Martissant et de l’autre, ils relancent les kidnappings contre rançon. La trêve ne leur a pas permis de régler leurs transactions avec les politiciens du gouvernement Préval. Le chaos repart pour une nouvelle période. Les militaires de l’ONU se réunissent avec le gouvernement pour freiner ces attaques, disent-ils, mais certains font aussi partie du problème.
Les possédants poussent des cris d’alarme et interpellent le gouvernement, Oh! pas pour protéger la population, mais parce que ces attaques peuvent faire capoter la réunion des bailleurs de fonds prévue les 23 et 24 juillet.
FRANCE
Des méthodes policières dénoncées par la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité
La commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) a donné son avis sur la façon dont a été interrogé le jeune Muhittin, l’un des trois jeunes qui s’étaient réfugiés dans un transformateur EDF, à Clichy-sous-Bois, le 27 octobre 2005. Les deux autres jeunes sont morts par électrocution. Rappelons que c’est à partir de ces faits tragiques qu’avait débuté la révolte des banlieues en France. Selon la commission, le rescapé, rattrapé par des policiers a été interrogé pendant une heure et demie alors qu’il était grièvement blessé, et sans l’assistance de ses parents alors qu’il était mineur au moment des faits. Les avocats du jeune ont précisé qu’il a été interrogé alors que sa brûlure totale représentait au moins 10% de la surface du corps, ce qui signifie que le «pronostic vital était engagé». La CNDS parle également de documents comportant des données erronées concernant l’âge du jeune (21 ans au lieu de 17), ce qui constitue un manquement à la déontologie.
A propos de ces trois jeunes, Nicolas Sarkozy a déclaré au moment des faits, qu’ils n’avaient pas été poursuivis par les policiers mais qu’ils étaient des cambrioleurs. Il a fait ces déclarations avant les résultats de l’enquête, ce qui prouve qu’il n’est pas neutre dans cette affaire. Des policiers ont-ils cherché à camoufler la vérité pour être lavés de tout soupçon? Les accusations portées contre eux ont été démenties par leur hiérarchie. Mais les avocats de la défense poursuivent l’enquête pour faire éclater la vérité concernant un drame dont on veut faire porter la responsabilité aux jeunes.
Martinique
Une interview révélatrice
Dans une interview accordée à France-Antilles et publiée le lundi 17 juillet 06, Francis Carole Président du Palima (Parti pour la libération de la Martinique) a donné son point de vue sur la situation politique et sociale de la Martinique, sur l’avenir de l’île et sur la politique de son organisation. A propos de la lutte pour «la responsabilité locale», Carole répond: «nous devons accepter l’existence d’un Etat qui dirige ce peuple».
Carole a mis l’accent sur le fond de la politique et de la pensée nationaliste: «Un Etat qui dirige ce peuple», cette politique prône un appareil étranger à la population, étranger aux travailleurs, un Etat au dessus d’eux qui les dirige et les contrôle. Et c’est bien ce que perçoivent plus ou moins les travailleurs et la population chez ces notables indépendantistes. C’est une des raisons qui explique aussi le peu de prise des idées autonomistes et indépendantistes en son sein.
Lorsque des travailleurs accordent leur confiance au PPM, à Césaire ou à Marie Jeanne ce n’est pas la face des multiples nuances nationalistes qu’ils approuvent mais la face sociale, celle qui contribue à l’amélioration de leur sort et les actions, meetings, réunions, luttes auxquels ils participent et où ils peuvent donner leur point de vue.
Le problème de Carole et des nationalistes n’est pas de savoir comment faire en sorte que la population et les travailleurs décident eux-mêmes de leur sort, mais comment les tromper au point qu’ils en arrivent à croire et suivre les partisans de l’indépendance et d’un état martiniquais. Comment leur donner l’illusion qu’on va changer leur sort, sans eux! Aujourd’hui, pour les nationalistes c’est chercher à résoudre la quadrature du cercle, car les travailleurs et l’ensemble de la population ne sont nullement prêts à se laisser entraîner dans quelque impasse. Leur niveau de conscience est bien plus élevé que ne le croient bon nombre d’indépendantistes.
Les déclarations de ces derniers dénotent un mépris fondamental pour la population et les travailleurs.
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