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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 9 septembre 2006      N° 951


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Des bâteleurs de foire mais malfaisants

Editorial d’Arlette Laguiller. Publié dans les Bulletins d’entreprise de «LUTTE OUVRIERE»
Le parti au pouvoir, l'UMP, a été le dernier à organiser ce spectacle destiné à attirer les médias que les formations politiques appellent "université d'été". Le grand ordonnateur du spectacle, Sarkozy, a fait donner Johnny Hallyday et quelques autres, paraît-il pour plaire aux jeunes. Mais il n'est pas dit que la présence à ses côtés du rappeur Doc Gynéco ait gommé dans la mémoire des jeunes de banlieue d'avoir été traités de "racailles" dont il fallait se débarrasser à coups de Kärcher.
Côté politique, Sarkozy a insisté sur sa volonté de rupture. Pas avec la politique anti-ouvrière du gouvernement, bien sûr. De ce côté-ci, Sarkozy veut continuer à sévir, comme le gouvernement dont il fait toujours partie, mais en faisant plus encore pour servir la soupe au grand patronat. Ovationné debout au rassemblement du Medef, il a promis aux patrons de restreindre le droit de grève.
Il ne suffit évidemment pas de se faire applaudir par un parterre de patrons pour que les travailleurs acceptent que ce genre de projet soit appliqué. Mais les intentions de Sarkozy sont claires: il veut gouverner à droite d'une manière encore plus autoritaire pour aggraver le sort du monde du travail afin de pouvoir combler encore plus le grand patronat.
La rupture dans la bouche de Sarkozy consiste surtout à dire à Chirac: "ôte-toi de là que je m'y mette"!
Quant au gouvernement, il vient de supprimer les charges patronales sur le Smic pour les entreprises de moins de 20 salariés. Le Medef, jamais content, a aussitôt demandé que la mesure soit élargie aux entreprises de moins de 50 salariés. Et de prétendre que ce genre de mesure soulage les petits patrons en même temps qu'elle les incite à créer des emplois.
Mais ces prétendues petites entreprises sont souvent des sous-traitants de plus grosses, quand elles n'en sont pas des filiales. La suppression des charges patronales gonflera encore le profit des grosses entreprises et le revenu de leurs actionnaires. Et quant aux créations d'emplois, même la très officielle Cour des Comptes affirme poliment que ce n'est pas démontré.
Chaque suppression de charges représente, en revanche, une nouvelle diminution de recettes pour la Sécurité sociale. Et le gouvernement brandira le déficit de la Sécurité sociale pour expliquer qu'il faut baisser les remboursements, accepter de nouveaux forfaits à la charge des assurés et de nouvelles amputations des pensions de retraite et des allocations de chômage.
Le gouvernement a le culot de prétendre que le chômage baisse et s'en glorifie. Cela ne convaincra pas les travailleurs qui ont dans leur famille des chômeurs ou des précaires. Les chiffres du gouvernement sont des mensonges résultant de manipulations statistiques. Un emploi précaire de deux jours suffit pour qu'un chômeur soit rayé des listes, sans parler de toutes les pressions sur les employés de l'ANPE pour les obliger à radier des chômeurs sous n'importe quel prétexte.
Les travailleurs ont toutes les raisons d'être écoeurés par ce gouvernement et de souhaiter en être débarrassés car c'est tout ce que mérite ce gouvernement réactionnaire et cyniquement anti-ouvrier. Mais, malgré leurs différences de langage, ce que les dirigeants de la gauche ont en commun avec la droite, c'est qu'ils ne veulent s'en prendre, pas plus que le gouvernement en place, aux profits patronaux. Cela signifie que la gauche, même revenue au pouvoir, ne fera rien pour empêcher les patrons de licencier, de délocaliser ou de remplacer les CDI par des contrats précaires. Elle ne les obligera pas à augmenter les salaires alors que les hausses de prix font dégringoler le pouvoir d'achat même pour les salariés qui ont un emploi stable.
Les élections de 2007 peuvent aboutir à un changement de président et de gouvernement. Mais pour changer le sort du monde du travail, pour stopper l'offensive du patronat, il faut la riposte des travailleurs. Une riposte d'une ampleur telle que, quel que soit le président, le patronat soit obligé de céder.

Arlette Laguiller



Martinique
Grève à l’hôpital de Trinité

Le mouvement a d’abord démarré le jeudi 24 Août, puis repris du lundi 28 Août au 1er septembre. Cette grève a duré 6 jours. Il s’agit d’un mouvement lancé par l’intersyndicale UGTM - CDMT. La CGTM s’est déclarée publiquement solidaire des revendications. L’hôpital Louis Doumergue emploie 49 contractuels, c'est-à-dire des salariés qui ne sont pas titularisés et qui sont à la merci de la direction.
Au mois de juillet de cette année, 10 d’entre eux n’ont pas vu leur contrat de travail renouvelé et 10 autres au mois d’Août de la même année ont subi le même sort.
Pourtant les syndicats représentatifs de l’établissement avaient alerté à plusieurs reprises le nouveau directeur, Roland Toussaint, sur la situation de ces agents. Mais celui-ci n’en faisait qu’à sa tête et tenait surtout compte des directives du ministère avec sa politique de tarification à l’activité (T2A). En plus du problème des contractuels, il existe au sein de l’établissement des problèmes, tant sur le plan de la sécurité que sur le plan aménagement pour améliorer les conditions de travail des salariés mais aussi les conditions d’hébergement des patients de l’hôpital. Là aussi, les choses traînent depuis longtemps.
Suite à la mobilisation des salariés pendant plusieurs jours, le maire de Trinité, Manscour, président du conseil d’administration de l’hôpital de Trinité a dû revenir précipitamment de France pour donner certaines réponses et ainsi calmer un peu la situation.
Le mouvement s’est arrêté mais…avec des promesses du directeur.
C’est un premier coup de semonce des travailleurs dont les autorités seront obligées de tenir compte.
Mais pour obliger la direction à reculer et pour pouvoir travailler enfin dans des conditions acceptables il faudra que les travailleurs de l’hôpital s’y mettent tous ensemble et se retrouvent unis dans une même action.



Soutenons Fritz et Mathias Mathiasin

L’affaire Mathiasin sera jugée le mercredi 20 septembre au tribunal d’Instance de Pointe-à-Pitre.
Le 8 février 2005, Fritz et Mathias Mathiasin ont été tabassés par des gendarmes sur la route du Lamentin. Ils circulaient à vélo sur la piste cyclable lorsqu’ils se sont trouvés face à des gendarmes qui effectuaient le contrôle d’un camion sur leur parcours. Ils ont du se déporter sur la route pour éviter un accident. Ils n’ont pas hésité à émettre des protestations en direction des gendarmes. Ces derniers les ont poursuivis jusqu’à heurter le vélo d’un Mathiasin et ont tabassé les deux cyclistes qui ont dû être transportés au CHU. Ils ont eu 14 jours d’incapacité de travail.
Les Mathiasin ont fait appel au soutien du comité Lefort contre le racisme et l’humiliation. Une mobilisation a eu lieu au tribunal de Pointe-à-Pitre le 1er février 2006. Les Mathiasin avaient été convoqués suite à une plainte des gendarmes qui les ont accusés de les avoir insultés et de s’être rebellés au moment des faits. Un an après, ces gendarmes se sont présentés comme des victimes alors que ce sont les Mathiasin qui ont reçu des coups. L’audience du 1er février 2006 a été renvoyée au 20 septembre. La justice a retenu la plainte des gendarmes alors qu’elle traîne à prendre en compte celle des Mathiasin. Une première plainte déposée contre les gendarmes le 14 février 2005 n’a pas été retenue. Une deuxième plaint a été déposée le 1er décembre 2005.
Le comité Lefort contre le racisme et l’humiliation a multiplié différentes actions auprès des médias et de la population pour faire connaître cette affaire comme il l’a fait pour d’autres affaires similaires qui mettent en cause la violence des gendarmes. Le 1er février 2006 plusieurs membres du comité ainsi que des camarades de travail des Mathiasin, de la DDE, s’étaient déjà mobilisés devant le tribunal. Nous appelons à la mobilisation le mercredi 20 septembre pour soutenir les Mathiasin victimes des accusations injustes des gendarmes.



Saint-Martin
Encore des conflits entre gendarmes et population

Le 24 août, quelques jours avant l’arrivée du Ministre de la défense Michelle Alliot-Marie, des incidents ont eu lieu dans le quartier de Saint- James à Marigot entre des gendarmes et des habitants de ce quartier. Au cours d’une enquête sur un vol de voiture, des gendarmes ont interpellé deux jeunes qui se trouvaient près de leur domicile. Selon les gendarmes accompagnés d’un chien c’est grâce à ce dernier qu’ils ont pu arriver aux deux jeunes. Mais ceux-ci ont déclaré qu’ils n’avaient rien à voir avec le vol de voiture et ont refusé les méthodes utilisées par les gendarmes pour les contrôler. Un des jeunes qui n’avait pas accepté d’être violemment plaqué au sol a été mordu par le chien. La mère de ce jeune en voulant défendre son fils aux prises avec les morsures du chien aurait reçu des coups de matraque à la tête ce qui lui a valu deux points de suture. Des témoins du quartier ont exprimé leur mécontentement. Les gendarmes ont reçu des jets de pierre. Des renforts de gendarmerie sont arrivés sur les lieux. Un jeune a été emmené au poste de gendarmerie puis relâché après quelques heures de garde à vue. Les jeunes et leur famille ont porté plainte contre les gendarmes. Ils ont dénoncé les faits dans un journal de la partie hollandaise. Ils ont fait appel au soutien du comité Lefort contre le racisme et l’humiliation.
Concernant cette affaire, le France Antilles du 26 août titre: « Des gendarmes pris à partie à Saint- Martin » L’article insiste sur l’agression dont serait victime les gendarmes sans donner la version de la partie adverse. Comme dans l’affaire du gendarme Clin, on veut laisser croire que c’est la population de Saint- Martin qui s’en est d’abord pris aux gendarmes. Après la mort du gendarme Clin, une certaine campagne, dans certains médias et sur Internet, avait été faite pour accuser les Saint-martinois de s’être réjouis de cette mort et pour affirmer qu’ils étaient racistes. Cette nouvelle affaire prouve qu’il y a un malaise entre la population et le corps de gendarmerie. La population manifestement estime que, sous prétexte de lutter contre la délinquance, certains gendarmes abusent de leur pouvoir et utilisent des méthodes brutales et méprisantes.
S’ils agissent de la sorte même à l’arrivée du ministre de la défense, c’est sans doute qu’ils se sentent autorisés et protégés et qu’ils mettent du zèle à appliquer les mesures prônées par le ministère de l’intérieur!
Il n’est donc pas étonnant que la population de Saint- Martin, qui vit au quotidien de tels abus, s’indigne et tolère de moins en moins un corps de répression qui a l’air d’agir en pays conquis, en abusant de son pouvoir.



Sainte-Rose
L’affaire Losange. Un petit agriculteur face à la municipalité

Roger Losange, un agriculteur de Sainte-Rose a été dépossédé de ses terres par l’association AE2A qui a obtenu l’accord de la municipalité pour un lotissement. Depuis 10 ans, M. Losange se bat pour défendre ses droits et récupérer ses terres. Il dénonce le caractère illégal de la vente de son terrain au profit de cette association. Il a saisi la justice de cette affaire. Des irrégularités sur le plan cadastral apparaissent dans le dossier. Il y a eu confusion de parcelles. De plus, l’autorisation de lotissement accordée à l’association concerne une zone inconstructible située près d’un cours d’eau et d’une porcherie qui dégage des odeurs nauséabondes, pollution dénoncée par les riverains. Comment une municipalité a pu délivrer un permis de lotissement sur ce terrain?Pourquoi n’a-t-elle pas pris en compte les contestations de M. Losange?Ce dernier a fait appel au soutien du Comité Lefort. Une conférence de presse s’est tenue le mardi 8 août dans les anciens locaux de la Chambre d’agriculture. Les syndicats de défense des agriculteurs qui ont participé à cette conférence ont dénoncé la politique des municipalités qui consiste à déclasser les terres agricoles au profit de sociétés immobilières. Les responsables de ces syndicats ont exprimé leurs inquiétudes quant à la disparition à long terme des terres agricoles. Selon eux c’est près de 800 ha qui disparaissent chaque année au profit de l’immobilier. Ces organisations soutiennent M. Losange qui n’a jamais baissé les bras malgré plusieurs échecs sur le plan judiciaire. Pourtant, le dossier révèle de nombreuses irrégularités. Comment la société AE2A qui dans ses statuts est déclarée société agricole peut-elle en même temps lotir un terrain?Pourquoi toutes les procédures administratives n’ont pas été respectées concernant le déclassement du terrain?Les différents avocats qui ont étudié le dossier au cours de 10 ans de procédure ont-ils eu peur d’aller jusqu’au bout de cette affaire?Celle-ci a été reprise par Maître Sully Lacluze qui a interpellé la municipalité sur les irrégularités de la transaction foncière et l’autorisation de lotissement. Un recours a été déposé au tribunal administratif.



EN BREF

CHOMAGE ET CHIFFRES BIDON
Les ténors du gouvernement ne loupent pas une occasion de se réjouir de la baisse du chômage. Selon eux, on passerait bientôt sous la barre des 2 millions de chômeurs.
Chérèque, le dirigeant de la CFDT, qui n'a pas la réputation d'être un foudre de guerre, estime qu'il y a 3,5 à 4 millions de chômeurs. Et l'organisation de chômeurs AC! dit, sur la base des chiffres officiels, que les sorties du chômage sont dues pour 10,4 % aux radiations par l'ANPE, qui n'étaient que de 2 % il y a dix ans.
Bref, si baisse du chômage il y a, les sans-emploi ne s'en rendent pas compte.

UNE EXPULSION LOCATIVE TOUTES LES HEURES
Le nombre des expulsions de locataires, exécutées avec recours à la police, a presque doublé en sept ans. Il a atteint 8 850 en 2005, soit un peu plus d'une expulsion par heure!
Pour 2006, cela augmente encore. Il ne faut pas s'étonner si les SDF sont de plus en plus nombreux. Et pourtant, le gouvernement ose prétendre que l'économie va mieux, que les hausses de prix ne sont qu'illusions, que le chômage diminue...

LE TEMPS DE VIVRE
Un sondage de la Sofres indique que la majorité des gens souhaiteraient que leur temps de travail ne dépasse pas six ou sept heures par jour. Et 20 % trouveraient normal que leur journée de travail soit de quatre ou cinq heures.
Sarkozy voudrait qu'on travaille plus longtemps. Quant à Ségolène Royal, elle critique les 35 heures, sans dire que des millions de salariés en ont été exclus et que le patronat en a profité pour imposer des horaires flexibles et l'annualisation.
Il y a 70 ans, les grévistes de 1936 avaient imposé les 40 heures au patronat. Depuis, la productivité a explosé. On devrait donc pouvoir travailler bien moins aujourd'hui, tout en vivant mieux. Cela permettrait de donner un emploi, et un salaire décent, à tous.