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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 23 septembre 2006      N° 952


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À la Une

Éditorial

Comment les employeurs s’organisent pour ne pas payer les charges sociales!

Comme un rituel bien en place les employeurs de Martinique montent aux créneaux contre le paiement des cotisations sociales qu’exige la Caisse Générale de Sécurité Sociale.
Ce qui se passe en Martinique d’où viennent ces cas flagrants de fraude patronale est général. Ils existent aussi en Guadeloupe et dans de nombreux «départements».
En effet pour n’avoir pas reçu dans les délais ordinaires le règlement des cotisations obligatoires, la CGSS dans sa procédure de recouvrement «forcé», a lancé plusieurs milliers de contraintes, par voie d’huissier, pour récupérer ces sommes non versées à l’URSSAF.
Et cette fois encore, pour se soustraire à leurs obligations, les employeurs dans leurs communications évoquent les difficultés des entreprises locales à faire face aux nombreuses charges qui leur incombent.
Pour la circonstance, ils disent que s’ils doivent inévitablement payer ces sommes, ils se trouveront en difficultés et seront donc contraints de licencier des salariés en mettant la clef sous la porte. Ils déclarent, par la voix de Fernand Odonat le Secrétaire Général de la CGPME, que le volume d’emplois qui concerne les petites entreprises menacées par la sécu est de 19000 salariés.
Mais d’où viennent ces «petites entreprises locales» qui opposent à l’obligation des charges, le fallacieux prétexte des difficultés d’un marché trop étroit qui rend aléatoire une bonne santé financière de la «petite entreprise»?
Premièrement on pourrait rétorquer qu’il ne fallait pas attendre d’être entrepreneur pour connaître l’état du marché, que les Chambres Consulaires (CCIM, Chambre des métiers etc.) ou les organisations patronales (Medef, CGPME) sont là pour cela!
D’autre part la floraison des «petites entreprises locales» est le résultat d’un saucissonnage voulu pour par les chefs des grandes entreprises pour se soustraire au seuil d’effectif de 50 salariés nécessaire à la mise en place d’instances sociales (Comité d’entreprise, Comité d’hygiène de sécurité et des conditions de travail, délégué syndical etc.…) ou encore pour obéir à l’organisation d’un marché de sous-traitance voulu par les grosses entreprises qui en tirent un substantiel profit!
En fait, c’est un chantage idoine que tous les employeurs utilisent pour tenter de se soustraire au paiement des cotisations. D’ailleurs, le directeur de l’URSSAF l’a précisé: «de grosses entreprises sont également concernées par ce recouvrement forcé! »
Dans ce débat ou des chefs d’entreprises évoquent leur «pauvreté», il n’est pas inutile de signaler que pour répondre à leurs sollicitations de «marché du travail trop cher », tous les gouvernements de gauche comme de droite viennent régulièrement à leur secours pour alléger leurs charges. Rappelons simplement qu’il existe à ce jour une cinquantaine de régimes d’aides spécifiques (mesures d’exonération) et en matière fiscale près de six régimes spécifiques destinés à compenser les handicaps dus à l’éloignement et à l’exposition des entreprises quant à leur environnement concurrentiel. Le plus célèbre étant la défiscalisation!
Pour ces gens là, refuser de payer des charges est devenu un leitmotiv. «L’entreprise» a trouvé un prétexte idéal pour ne céder que le minimum à un Etat qui leur est favorable.
Elle a créé de toutes pièces son slogan autour de la «petite entreprise locale» qu’elle met en avant comme un bouclier pour continuer à prospérer tranquillement sur les dos de tout le monde.
Aujourd’hui ce sont les charges sociales qui sont mises en avant, demain se seront les 35 heures, les salaires, après demain la protection sociale trop confortable et dans leur propagande mâtinée de «local», ils trouveront à coup sur des alliés dans tous les bords politiques.
Les travailleurs ne devront pas se laisser avoir par ces arguments de gens qui crient le ventre plein. Car soyons en certain, demain ils les trouveront en face d’eux, ces patrons, lorsqu’il s’agira pour eux d’exiger de meilleures conditions de vie au travail et ce avec les mêmes arguments: «la petite entreprise locale qui ne peut pas payer! »



Martinique
Manifestation de solidarité avec les immigrés caribéens

Plus de 200 personnes ont manifesté dans les rues de Fort de France le samedi 9 septembre. Les manifestants étaient pour l’essentiel des Sainte-Luciens, Haïtiens, Dominicains ou Vénézuéliens venus chercher du travail en Martinique et pour certains fuyant la misère dans leur pays d’origine.
Cette manifestation de protestation vient du fait que sept ouvriers agricoles, coupeurs de canne, Sainte-Luciens travaillant depuis plusieurs années pour des exploiteurs martiniquais et dont certains cotisent régulièrement à la Sécurité Sociale, se trouvent menacés d’une possible reconduite à la frontière. Cela a amené des syndicats, organisations politiques et associations à protester contre cette injustice en créant un Collectif pour la défense des droits des Caraïbéens en Martinique, «Association Solidarité Karaïb».
Au fur et mesure que ce collectif se réunissait, des informations remontaient selon lesquelles des poursuites régulières et souvent des pressions physiques de certains fonctionnaires étaient exercées contre ceux ou celles qui cherchaient à résister contre la politique scélérate d’expulsion orchestrée par le gouvernement français. Ou encore qu’il était de plus en plus difficile pour eux d’obtenir soit un titre de séjour ou d’être naturalisé français.
Une fois n’est pas coutume, la télévision, la presse en ont parlé, et ont fait s’exprimer des représentants de différentes associations (Sainte-Luciens ou Haïtiens). Ils ne se sont pas gênés pour dénoncer cette injustice. La population a donc été informée de ce qui se passe dans les coulisses de l’Etat. A tel point que plus d’une fois le préfet de région a dû intervenir sur les ondes pour s’expliquer et faire croire que le nécessaire serait fait et aussi que la situation des immigrés serait examinée au cas par cas. Mais jusqu’à présent ces travailleurs pour la plupart attendent toujours leur titre de séjour.
Présents à cette mani-festation, nos camarades de Combat Ouvrier ont exprimé leur solidarité et ont pu discuter avec certains manifestants pour leur faire connaître notre point de vue sur cette affaire. Ceux que nous considérons comme étrangers en Martinique, ce ne sont pas les travailleurs des îles voisines et d’ailleurs, mais plutôt les exploiteurs qu’ils soient martiniquais ou d’un autre pays. Et ce sont ceux-là qui sont gênants pour les exploités.
Les manifestants origi-naires des îles voisines ont exigé le renouvellement de leur titre de séjour et dénoncé la politique de Sarkozy et de ses prédécesseurs. Avec le Collectif, certains d’entre eux ont déposé des recours au tribunal administratif contre le refus de renouvellement de leur titre de séjour. Leur mobilisation va donc continuer avec notre soutien et celui de bien d’autres personnes.



Guadeloupe
Des informations teintées de xénophobie

Les médias ont relaté des faits graves de violences qui sont inacceptables tels l’assassinat d’une femme dans une bananeraie et l’agression d’un jeune par des délinquants devant le lycée de Baimbridge. Mais pourquoi ces médias insistent-ils tant sur l’origine des auteurs de ces faits graves? On a entendu plusieurs fois sur les ondes que ces auteurs étaient des Dominiquais. Pourtant, la majorité des auteurs des violences quotidiennes que subit la population ne sont pas des personnes d’origine étrangère. Si les médias insistent sur l’origine des délinquants ou des gangsters ce n’est pas si innocent. Cela peut conforter tout un milieu xénophobe favorable par exemple à « la chasse » aux émigrés. La délinquance, la violence, n’ont rien à voir ni avec la couleur de la peau ni avec la nationalité. Ce sont des faits de société qui existent partout dans le monde et qui sont le produit d’une société injuste et pourrie. Pour détourner l’opinion des vrais problèmes, les médias contrôlés par l’Etat capitaliste pratiquent bien trop souvent la confusion de façon pernicieuse pour diviser les pauvres.



Quand Thuram invite les immigrés de Cachan dans les tribunes des personnalités

Thuram a choisi de mettre sa notoriété de footballeur célèbre au service des expulsés africains de Cachan. Il leur a offert 70 places gratuites au Stade de France pour le dernier match France-Italie et leur a ainsi permis de présenter de nouveau leur cause devant les télévisions. Ce geste sympathique a été un pied de nez aux Sarkozy et autres réactionnaires du gouvernement français. Ces messieurs n’étaient pas contents et n’ont pas eu honte de l’exprimer. Préfèrent-ils voir des Antillais faisant la chasse aux immigrés, persuadés qu’ils sont que leurs difficultés viennent de ces derniers? Ce petit épisode apporte un peu de fraîcheur à côté de la pourriture des campagnes racistes et xénophobes des futurs candidats aux élections. Ces derniers rivalisent de démagogie en se servant de l’ignorance ou la bêtise de certains électeurs hostiles aux sans-papiers d’Afrique ou d’Haïti pour récolter des voix. Thuram les a bien eus.