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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 23 septembre 2006      N° 952


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Haïti
Vers l’auto défense populaire et salutaire?

Alors que dans la zone métropolitaine la population des quartiers populaires vit toujours sous la menace des bandes armées, le 12 septembre, la Commission Nationale de Désarmement, Démantèlement et Réinsertion (CNDR), a été installée par le Premier ministre. Son but affiché sur le papier est de «persuader plus de 1 000 hommes armés d'abandonner leurs armes et de rejoindre la société, en leur accordant aide financière et formation professionnelle». Il a dit compter sur l'appui de la MINUSTAH en vue de la pleine réussite de ce programme.
Ce programme est un autre leurre pour berner la population pauvre. Les gouvernements ne se sont intéressés à la population pauvre, que lors des périodes électorales et ce n’était pas pour garantir la sécurité. La perspective des élections territoriales dont une date probable est le 3 décembre pourrait être un des motifs de ce zèle du gouvernement. Ou bien est ce la reprise des enlèvements dans des quartiers résidentiels jusque là épargnés comme à Pétionville où une journaliste a été attaquée et un ancien militaire a été abattu.
Le gouvernement précédent de Latortue avait déjà développé un tel programme, soutenu lui aussi par l’ONU et n’a abouti qu’à un fiasco: les bandes armées sont restées toujours aussi puissantes et ont observé des pauses dans leurs exactions quand des accords, des promesses ont été négociés avec le gouvernement.
En fait cette nouvelle commission n’est qu’un lieu de plus où des anciens parlementaires comme leur président, Alix Fils Aimé, peuvent se refaire une image politique et une santé financière. C’est le cas aussi d’un artiste comme Samba Boukman qui tente de se refaire une notoriété.
La population des quartiers populaires ne croit pas à cette commission. Une population négligée par les autorités et qui s’est débrouillée comme elle l’a pu pour continuer à vivre sous la menace des bandes armées. Mais la population réagit. Ainsi le 12 septembre des habitants du Bel-air ont capturé des bandits qui séquestraient un garçon de 7 ans qu’ils avaient kidnappé, et les ont exécutés. Une voie certainement à suivre et à poursuivre.



Guyana
Le PPP reste au pouvoir

Au Guyana, ex Guyane britannique, proche du Venezuela, indépendant depuis 1966, la population vient de voter pour le parlement et de redonner la majorité au «People Progressive Party» (PPP). Le Président Jagdeo, du PPP, élu depuis 1999 est donc resté en place pour les 5 ans à venir. Le PNCR (People’s National Congress Reform), principal parti d’opposition, a obtenu 34 % des voix, contre 54, 6 % au PPP. Un nouveau parti, Alliance For Change (AFC), a obtenu 8 % des voix. L’AFC a fait campagne contre le vote ethnique. En effet, la population du Guyana comporte les mêmes composantes ethniques qu’en Guadeloupe et Martinique: une population majoritairement noire et indienne. La première, issue de l’esclavage dans les plantations, accorde généralement ses suffrages au PNCR, la seconde introduite par les colonialistes anglais après l’abolition de l’esclavage, vote principalement pour le PPP.
Le Président Jagdeo s’est engagé à améliorer les services de l’Etat et à combattre la guerre des gangs. Le Guyana connaît en effet des cycles de violences perpétrées par des gangs armés et criminels, sur fond de misère et de corruption des dirigeants du pays. Le président n’a pas été sans remarquer que les votants ont été beaucoup moins nombreux qu’en 2001. 69% des inscrits au lieu de 89%. Cette forte diminution exprime le dégoût d’une grande partie de la population.



Le 11 septembre: un prétexte pour restreindre les libertés

L’attentat du 11 septembre 2001 à New York a servi de prétexte au gouvernement américain pour restreindre les libertés aux Etats-Unis, d’abord celles des étrangers, puis, plus généralement de ceux qui contestent le régime. Aux Etats Unis puis en Europe, la définition du terrorisme s’est étendue à l’association de gens «susceptibles » de mener des actions violentes contre l’Etat, contre des sociétés internationales. Il en est ainsi, les gens susceptibles de manifester lors de réunions du G8, rassemblement des chefs d’Etat des 8 pays les plus riches du monde. Des actions de pure contestation sont décrétées «terroristes», telle l’entrée non autorisée sur un site informatique qui peut être punie par la réclusion à perpétuité. C’est toute la population qui est surveillée à son insu, en particulier par les contrôles du courrier électronique (Internet) ou par des écoutes. Des fiches de renseignement sur les voyages des uns et des autres sont créées.
Avec le «Patriot Act», une nouvelle loi aux Etats-Unis, avec de nouveaux règlements de l’Union Européenne et de nouvelles lois dans différents pays d’Europe, telle la loi Perben en France, des centaines de personnes ont déjà été arrêtées. Face à la police, leurs droits sont réduits. Les procédures d’exception, généralement utilisées en temps de guerre, deviennent la norme.
Au départ, le gouvernement américain a fait pression sur les autres pays pour encourager ce durcissement des lois liberticides. Sa position de gendarme du monde le lui permet. Mais très vite des politiciens tels Sarkozy ont vu, au-delà de la lutte contre terrorisme, le bénéfice pour les capitalistes. Ces gens se préparent à réagir contre les futures explosions sociales face à un système dit mondialiste, qui écrase la majorité, jetant des millions de gens dans la précarité ou la misère, alors même que la planète regorge de biens et de possibilités.



Côte d'Ivoire
Pollution mortelle et volontaire

Le 19 août dernier, un pétrolier grec le Probo-Koala déchargeait au port d’Abidjan en Côte d’Ivoire 581 tonnes de déchets toxiques. Ces déchets de très haute toxicité furent alors transportés par camions et déversés dans 11 décharges de la ville. Ces saletés venaient d’Europe.
Les autorités de la Côte d’Ivoire parlent déjà de 6 morts et 9 000 intoxiqués dans cette ville de moins de 3 millions d’habitants. Les dégâts sont sans doute plus importants au niveau de la population car les gens ne mesurent pas l’importance du danger. La justice a déjà arrêté sept personnes dont trois responsables d’entreprises travaillant sur le port de la ville principale de la Côte d’Ivoire, Abidjan:
• un responsable de la Puma Energy qui est une société de traitement de déchets, filiale de l’entreprise Trafigura qui a affrété le Probo Koala;
• un dirigeant de la société Waibs;
• et le troisième, un dirigeant de la société Tommy qui a procédé à l’épandage des déchets toxiques dans Abidjan.
Il faut savoir que les grandes sociétés d’Europe et des Etats-Unis, avec la complicité de certains dirigeants africains, déversent des tonnes de déchets toxiques dans de nombreux pays du continent africain. Et ces crimes ne datent pas d’hier puisque dans les années 1980 l’exportation de déchets toxiques touchait le Bénin, le Congo ou la Sierra Léone. La convention de Bâle de 1992 qui a freiné cette exportation de déchets industriels a laissé la voie grande ouverte à l’exportation de biens industriels périmés. C’est ainsi que le Nigéria est spécialisé dans l’importation de déchets de matériel bureautique (ordinateurs…) ; le Togo et le Bénin reçoivent du matériel de transport (poids lourds, machines agricoles, voitures…) qu’ils réutilisent mais aussi des équipements électriques hors d’usage.
Ces grandes entreprises européennes et états-uniennes ne se soucient guère de la santé publique des populations africaines. Ce n’est pas leur problème car il s’agit d’un trafic dont certains tirent de gros profits. C’est vrai pour les grandes entreprises à qui cela coûte moins cher, pour les dirigeants africains qui reçoivent des pots de vin, tout cela avec la complicité de dirigeants européens qui malgré leurs propres textes règlementant et interdisant leurs trafics de produits toxiques n’hésitent pas à négocier en secret avec les autorités des pays pauvres la possibilité de recevoir ces poisons à enterrer, chez eux, dans leur sous-sol. Dans le monde où nous vivons, plus de 20 % des déchets industriels sont des déchets dangereux.
Le coût d’une tonne de recyclage des déchets toxiques en Occident est autour de 250 dollars contre 2,50 en Afrique. Cela explique pourquoi l’Afrique est devenue en quelques décennies la poubelle des riches sociétés occidentales.



Le gouvernement veut supprimer les régimes spéciaux de retraite!

Dans un entretien au journal Le Parisien du 12 septembre dernier, François Fillon, conseiller politique de Nicolas Sarkozy a déclaré qu’il voulait «réformer» les régimes spéciaux de retraite. Cette déclaration a bien entendu suscité de nombreuses réactions que ce soit chez les politiciens qui ont approuvé cette déclaration, ou chez ceux qui ont déclaré être contre. Les responsables des organisations syndicales se sont dits prêts à se battre contre cette attaque et envisagent peut-être une grève en octobre. Bref Sarkozy qui était à Washington a feint de ne pas comprendre cette polémique et a déclaré qu’au nom de l’égalité il fallait faire cette réforme et qu’il fait toujours ce qu’il dit.
Ces régimes spéciaux concernent environ 5 millions de salariés comme les cheminots, les clercs de notaire, les marins, les salariés de la Banque de France, de la Comédie Française, de l’Opéra, d’EDF-GDF, les ministres des cultes et les parlementaires. Ainsi ces salariés peuvent partir à la retraite à 55 ans, voire 50 ans pour les agents de conduite après 25 ans de service (pour ceux de la SNCF ou de la RATP). Ceux d’EDF partent à 60 ans et 55 ans pour les salariés qui occupent les fonctions les plus pénibles.
Déjà en 1993, Balladur s’était attaqué aux salariés du privé en imposant le passage progressif de 37,5 annuités à 40 ans (en 2008) et la prise en compte des 25 meilleures années d’activité (au lieu des 10 dernières). Avec cette réforme, les salariés ont vu leur pension diminuer de 30 à 40 % alors qu’ils devaient travailler plus longtemps. En 1995, Alain Juppé a tenté de s’en prendre aux régimes spéciaux et a dû reculer face à la forte mobilisation des cheminots en particulier.
François Fillon est celui qui avait élaboré la réforme du système de retraite en 2003 alors qu’il était ministre du travail, en alignant les fonctionnaires sur les salariés du privé. Malgré les protestations et mobilisations des salariés, le gouvernement n’a rien modifié de son projet. Il est vrai qu’il avait soigneusement évité de toucher aux régimes spéciaux de façon à ne pas mettre l’ensemble des travailleurs dans la rue et les responsables syndicaux se sont bien gardés de mettre en garde ceux qui bénéficiaient de ces régimes spéciaux, en leur faisant croire qu’ils n’étaient pas concernés à l’époque par cette lutte contre la réforme Fillon. Les socialistes arrivés au pouvoir entre 1997 et 2002 ont reconduit ces mesures sans rien modifier. A chaque fois les gouvernements successifs se sont attaqués tantôt aux salariés du privé, tantôt aux fonctionnaires, mais le but recherché est d’aligner tout le monde vers le bas.
Sarkozy prétend qu’il veut s’attaquer aux privilèges car pour lui les quelques fonctionnaires qui bénéficient des régimes spéciaux sont des privilégiés. Mais il ne s’en prend pas aux vrais privilégiés que sont les capitalistes qui font d’énormes profits en dormant (les actionnaires), qui n’hésitent pas à mettre à la rue des salariés pour augmenter le prix de leurs actions. Pour ceux là ce sont toujours plus de cadeaux fiscaux.
Certains salariés pensent que la suppression de ces régimes spéciaux est une bonne chose, en effet selon un sondage ils seraient 59 % à être favorables à une réforme du système. Mais de toute façon cela n’arrangera nullement leur propre situation et ne fera pas augmenter d’un centime leur retraite. Les politiciens de droite comme Sarkozy veulent faire plaisir à l’électorat le plus réactionnaire. Quant aux socialistes, ils restent muets sur ce sujet. Les travailleurs savent donc ce qui les attend en 2007 avec de tels individus au pouvoir: ils ne devront compter que sur leur propre lutte s’ils veulent défendre leur retraite.



Le 11 septembre. Terrorisme individuel et terrorisme d’Etat

Il y a 5 ans des terroristes précipitaient deux avions sur les deux tours jumelles de New York faisant plus de 3000 morts. Ces actes absolument odieux ont permis aux USA et aux grandes puissances impérialistes dont la France de poursuivre leurs menées criminelles en Afghanistan, en Irak, et dans bien d’autres pays. C’est avec leur complicité que la moitié d’un pays, le Liban, vient d’être rasé par l’armée israélienne. Dans tous ces pays des milliers de civils sont tués. Ils sont carrément punis parce que des intégristes islamiques vivent et luttent parmi eux! Le terrorisme d’Etat frappe aujourd’hui tous azimuts avec la plus grande bestialité.