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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 7 octobre 2006      N° 953


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Un hommage aux “Indigènes” anciens combattants de l’armée française

Dans son film, «Indigènes», Rachid Bouchareb rend un hommage aux milliers de tirailleurs d'Afrique du Nord, et plus généralement à tous les sujets de l'“Empire”, indigènes ou français, venus combattre pour la France lors des différents conflits mondiaux. Il montre le parcours de quatre soldats indigènes, venus des colonies d’Afrique du Nord, qui se battent lors de la deuxième guerre mondiale en 1943 pour la libération de la France.
En 1943, la France, défaite militairement, est occupée par l’armée allemande ; le gouvernement provisoire français reconstitue son armée grâce à l’afflux massif de troupes venant de son empire colonial, noirs, arabes, blancs coloniaux. Ils vont se battre pour que la France, qui était la patrie colonisatrice, les reconnaisse comme citoyens français. Pour cela ils vont payer le prix du sang.
Durant les batailles où ils sont engagés, les tirailleurs sont les premiers à être envoyés au feu ; pour les commandements, le matériel humain, comme ils disaient n’avait pas plus d’importance que les chars et parfois moins.
Dans les tranchées, sous les balles, au milieu du danger, pour ces hommes la notion de race, de nationalité disparaissait, ils n’étaient plus que des soldats à qui le commandement donnait l’ordre de tirer sur ceux qu’on leur montrait comme l’ennemi. Parmi eux, certains refusèrent d’ailleurs de tirer et furent considérés comme des traîtres à leur nation, à la patrie, ils furent jugés par des tribunaux militaires et fusillés.
Tous ces actes de courage, de rébellion, de solidarité permettaient à ces hommes de se sentir égaux, sans barrières de race. Ils étaient vus par la majorité de la population comme des hommes courageux qui avaient libéré la France. Mais après la guerre, après avoir été démobilisés, ils n’ont eu d’autres possibilités que de retourner dans les colonies après avoir transité pour certains par des camps de regroupement insalubres durant des mois.
Le gouvernement français les a rejetés dans l’anonymat avec mépris, les ramenant au rang de colonisés, de sous-hommes. Le gouvernement les remettait à la place que les possédants, les gouvernants capitalistes leurs laissaient, celle d’exploités ou d’émigrés sans travail. Leur rôle dans la guerre a été rabaissé puisque la solde, la rente d’ancien combattant n’était pas la même que celle des anciens combattants français.
L’armée française a toujours fait appel aux colonisés lors des guerres, ainsi lors de la première guerre, 120 000 Africains, les «tirailleurs sénégalais», servaient dans les forces françaises. En 1917, soixante mille s’engagèrent sur les promesses de citoyenneté, de travail garanti et autres conditions de carrière. A leur démobilisation, ils furent renvoyés dans leur pays et subirent les vexations coloniales. Les tirailleurs du camp de Thiaroye au Sénégal se rebellèrent contre leurs conditions de vie et les retards dans leurs salaires, ils furent massacrés par l’armée coloniale.
Lors des guerres coloniales, le gouvernement français envoya aussi bien en Indochine qu’en Algérie des ressortissants des colonies pour se battre contre les populations insurgées. Ainsi en Algérie en 1960, les Harkis algériens se sont retrouvés à se battre pour la France coloniale, jouant un sale rôle contre leur propre peuple, révolté, mais ils n’ont eu en retour que le mépris de cet Etat français, qui n’a reconnu le service rendu à l’impérialisme que 40 ans après, en 2001 lors d’une journée d’hommage nationale.
La bourgeoisie française s’est payée (à bon compte!) une armée pour défendre ses intérêts nationaux et internationaux. Le commandement s’est acquitté en se battant pour la bourgeoisie avec la peau des autres: celle des peuples colonisés, celle des prolétaires qui, au nom de la patrie, se sont retrouvé au front sous le même uniforme. Cette fraternité dans les luttes sous le drapeau bourgeois peut se retrouver dans les luttes du prolétariat contre la bourgeoisie.



Après la sortie du film “Indigènes”, la pension des soldats coloniaux est enfin revalorisée

Le film «Indigènes» qui a fait sa sortie nationale le 27 septembre dernier a suscité beaucoup de réactions. Ce film de Rachid Bouchareb fait revivre un épisode historique dont on ne parle pas dans les livres d’histoire. C’est l’envoi d’«indigènes» d’Afrique du Nord pour participer à l’armée de libération mise en place en 1943 par le gouvernement provisoire en exil de De Gaulle. La France était occupée à cette époque par les nazis et ces «indigènes» se sont engagés pour libérer la «mère patrie» et se sont battus en Italie, en Provence, dans les Vosges, en Alsace.
Mais tous ces combattants n’ont pas été reconnus par l’état français au même titre que les français. La pension qu’ils percevaient était inférieure sous prétexte qu’il ne fallait pas déstabiliser l’économie de leurs pays. Certains percevaient 60 € par trimestre, une véritable misère. La France a été condamnée à plusieurs reprises pour cette discrimination, mais les différents gouvernements tant de droite que de gauche n’ont pas cherché à régler le problème. Aujourd’hui on nous fait croire que c’est l’émotion ressentie par J. Chirac lors de la sortie du film qui aurait favorisé la décision du gouvernement lors du conseil des ministres du 27 septembre d’annoncer que les soldats coloniaux percevront les mêmes pensions que les Français. Cette annonce a été faite par le ministre délégué aux anciens combattants, Hamlaoui Mékachéra. En réalité ce qui a précipité cette décision, c’est surtout le fait que nous sommes à la veille d’échéances électorales importantes. En 2007 il y aura des élections présidentielles. Et pour le gouvernement c’est une bonne chose d’apparaître sensible à ce problème. De plus cela ne coûtera pas grand chose à l’Etat. Il n’est pas question de verser des pensions avec rétroactivité et de nombreux bénéficiaires sont déjà morts.
Cette décision ne concerne plus qu’environ 80 000 anciens combattants. Cette histoire scandaleuse montre bien tout le mépris colonial envers les populations des anciens empires coloniaux.



Quand magistrats et patrons festoient ensemble!

Certains pensent que la justice est impartiale et au-dessus des classes! C’est en tout cas ce qu’on essaie de nous faire croire. Mais quand des affaires de justice, notamment au cours ou à la suite de grèves se déroulent dans les tribunaux on voit ceux-ci condamner les travailleurs pour «entrave à la liberté du travail» et infliger des amendes aux grévistes! On a vu des travailleurs agricoles des plantations Lignières à Baillif être condamnés à payer des dizaines de milliers d’euros à leur employeur! Alors que celui-ci qui doit payer des arriérés de jours fériés ne l’a toujours pas fait.
Les ouvriers agricoles des plantations Dormoy ont eu récemment la surprise de voir festoyer main dans la main des hauts magistrats et tout un gratin de patrons! C’était à l’occasion d’une fête donnée à Bois-Debout (propriété Dormoy) pour le départ de la Présidente d’une Chambre à la Cour d’appel qui vient d’être nommée en France! Il y avait du «beau monde» comme on dit, des patrons, les Delavigne, les Vial-Collet, les Viviès (patron de patrons!) mais aussi d’autres magistrats de la Cour d’appel de Basse-Terre, un avocat général, etc.. Et un guadeloupéen de service, le psychologue dévoué aux intérêts des patrons, R.Spéronel. Sa présence était sûrement nécessitée par une «assistance psychologique» à tous ces invités de Dormoy pour faire passer petits fours et champagne!
Comme on dit en français «Dis moi qui tu fréquentes… » ou en créole «fwékanté chien ou ka trapé pis »!



Martinique
Rocard en visite parmi les siens

Michel Rocard, ancien premier ministre de Mitterrand entre 1988 et 1991, était récemment en Martinique. En sa qualité de député du Parti socialiste français au Parlement européen, et membre de la direction de ce même parti, on aurait pu penser que cette visite répondait à une invitation de la fédération locale du PS ou peut être de syndicats de salariés locaux…. Eh bien non!
Rocard a été invité par des patrons locaux, plus précisément par Contacts Entreprises. Il en a profité pour visiter des plantations de bananes et une usine de fabrication de yaourts. Il a également participé au Grand Forum organisé par Contacts Entreprises. Cela a permis à Rocard, présenté comme le «père du RMI» de se donner en spectacle devant un parterre de patrons locaux venus écouter un homme politique qui a toujours été à leur écoute.
Invité à s’exprimer pendant près d’une heure dans le cadre d’une émission télévisée, Rocard a, là encore, profité de l’occasion offerte pour administrer ses leçons.
Ce que l’on retiendra surtout, ce sont les reproches qu’il a adressés à Sarkozy concernant la réforme envisagée des régimes de retraites spéciaux. Rocard ne lui reproche pas de vouloir allonger la durée de cotisation, mais seulement de ne pas le faire dans la discrétion, avec des chefs syndicaux pris séparément et les uns après les autres.
Sachant qu’il n’a plus aucune chance de décrocher un poste de président de la république ou de ministre, il se lâche donc et montre son vrai visage: serviteur des possédants.
A noter qu’aucun membre de la fédération locale du parti socialiste n’a jugé utile de dénoncer les propos de Rocard. Nous verrons ce que les mêmes viendront nous raconter dans quelques mois au moment des élections et vers qui ils se tourneront pour obtenir des voix.



André Schwarz-Bart

André Schwarz-Bart est décédé le 30 septembre 2006 à Pointe-à-Pitre. Cet écrivain d'origine juive polonaise est né à Metz, le 28 mai 1928. Il a été résistant, fils de déporté. Il est connu pour avoir écrit «Le dernier des justes», qui eut le prix Goncourt en 1959, mais aussi pour avoir écrit «La mulâtresse solitude». Le dernier des justes est une «transposition littéraire de la Shoah à travers le destin d’une famille juive depuis la première croisade jusqu’à “Auschwitz”.
La Mulâtresse Solitude, inspiré des luttes menées en 1802 par les esclaves de Guadeloupe contre le rétablissement de l’esclavage par Napoléon, fait partie des plus beaux écrits historiques de la littérature antillaise.
André Schwarz-Bart a vécu toute une partie de sa vie en Guadeloupe, sa terre d'adoption. Il écrivit aussi différents ouvrages avec son épouse Simone Schwartz-Bart. Ensemble, ils ont écrit «Un plat de porc aux bananes vertes» et une encyclopédie «Hommage à la femme noire».



La reconnaissance des maladies professionnelles en France et en Martinique: dé pwa, dé misi!

Le tribunal des affaires de sécurité sociale (TASS) de Bourges a reconnu comme maladie professionnelle la maladie de Parkinson dont souffre un ancien salarié agricole. Dans un jugement rendu le 12 mai le TASS a admis l'existence d'un lien entre la maladie du salarié et son exposition prolongée à des produits pesticides.
C'est la première fois qu'un tribunal reconnaît cette pathologie, deuxième maladie neuro-dégénérative en France après la maladie d'Alzheimer, comme maladie professionnelle.
Ici en Martinique il y a lieu de se poser la question: pourquoi les tribunaux n’arrivent-ils pas aux mêmes conclusions?
Pourtant, les ouvriers des exploitations agricoles manipulent des produits phytosanitaires en grande quantité au quotidien et sont soumis à une exposition prolongée aux pesticides. Où se situe donc la difficulté qui rend la reconnaissance des maladies professionnelles si compliquée que cela à observer? Ce n’est certainement pas lié à un manque de connaissance du milieu, puisqu’aux Antilles les organismes qui consacrent du temps à la recherche pour établir l’évaluation des risques sanitaires auxquels sont exposés les ouvriers et la population ne manquent pas. C’est le GREPP en Guadeloupe (groupe régional d’études des pollutions par les produits phytosanitaires) et le GREPHY en Martinique (groupe régional d’études des phytosanitaires). D’ailleurs ces deux instances affirment dans un bulletin d’alerte de l’Institut de Veille Sanitaire que du fait de la production agricole, il est utilisé: «des quantités importantes d’agents phytosanitaires». Ces mêmes chercheurs ajoutent que: «la culture de la banane constitue de fait une des activités agricoles les plus consommatrices de pesticides au monde» (bulletin BASAG de juin 2005).
Ces scientifiques indiquent dans leur rapport que: «la Guadeloupe et la Martinique présentent un taux d’incidence de cancer de la prostate le plus élevé au monde, le taux étant de 168/100 000, alors qu’en France il est de 75/100 000». Cette dernière observa-tion peut-elle être sans lien avec les effets dus à l’exposition aux produits phytosanitaires de la population des deux îles?
Non puisque l’exposition intense de ces produits est bel et bien établie. Les scientifiques nous certifient que: «Des dizaines et des dizaines de tonnes de substances actives sont vendues selon les données commerciales».
Ainsi des éléments probants existent pour aider à la décision. Dans les instances citées précédemment tous les domaines de compétences sont représentés: politique, associatif, administratif, recherche, producteurs. Vu comme cela, personne ne manque à l’appel pour aider à la prise de conscience! Sauf à reconnaître l’hypothèse des obstacles que dressent les patrons qui sont eux les véritables empoisonneurs.
Depuis des décennies, les ouvriers agricoles ont été victimes de ces substances meurtrières pour permettre aux patrons de s’enrichir en augmentant le rendement de leurs exploitations.
Du côté de l’amélioration des conditions de travail des ouvriers, jamais un centime n’est dépensé pour prévoir. La sous déclaration des accidents quant à elle est manifeste et personne ne s’en préoccupe. Souvent au terme d’un accident professionnel c’est le salarié, en cas d’inaptitude, qui paie cash les conséquences de la rupture du contrat et le patron qui s’en sort sans que cela entraîne pour lui l’indemnisation du salarié.
Le constat est là, en Martinique comme en Guadeloupe, la bonne marche des affaires des patrons, békés la plupart du temps, ne souffre pas la plus élémentaire des concessions aux travailleurs, sauf quand ceux-ci, hors des tribunaux, se font entendre en employant les grands moyens.



Martinique
Métallurgie. Menacés de licenciement à Hydraulique Service.

Les 31 travailleurs de l’entreprise Hydraulique Service sont menacés de licenciements depuis plusieurs mois. Cette entreprise est chargée d’effectuer la réparation et l’entretien de véhicules de voirie notamment ceux de la Seen (Société Entretien nettoyage), spécialisée dans la collecte d’ordures ménagères et dans la propreté urbaine. Le patron de Hydraulique Service prétend que son entreprise traverse une situation financière difficile et aurait un déficit de plusieurs dizaines de millions d’euros. L’entreprise a été mise en redressement judiciaire. Les ouvriers, eux, attendent que le tribunal se prononce le 7 novembre prochain pour connaître leur sort.
Pour les ouvriers, il se cache quelque chose derrière toutes les paroles fumeuses de ce patron. On a appris que ce patron a créé à St Domingue une autre entreprise du même type que Hydraulique Service.
Après avoir mis son entreprise en redressement judiciaire, il utiliserait l’argent amassé sur le dos des travailleurs en Martinique pour acheter de la main d’œuvre à bon marché à St Domingue, c'est-à-dire pour se faire encore plus de profits en exploitant la classe ouvrière de ce pays, notamment dans les zones franches où les travailleurs n’ont aucun droit, ni protection sociale.