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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES - Samedi 7 octobre 2006 N° 953
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Limiter l’arbitraire des grandes entreprises
Le PDG du groupe PSA Peugeot-Citroën vient d'annoncer la suppression de 10 000 emplois pour l'ensemble de son trust. Cela n'a pas vraiment été une surprise pour les travailleurs du groupe car la direction avait commencé l'opération bien avant cette annonce spectaculaire, en mettant fin à de nombreux contrats d'intérim et en décidant la fermeture complète d'une usine à Ryton, en Angleterre.
Que les suppressions d'emplois concernent surtout les intérimaires et les CDD, comme l'affirme la direction, ou également des CDI, c'est la vie de plusieurs milliers de familles ouvrières qui sera bouleversée, sans parler de la catastrophe que représente pour la région de Ryton la fermeture de l'usine Peugeot et, pour la région concernée de Slovaquie, l'abandon du projet de construction d'une usine et de l'espoir de création d'emplois.
Et combien de suppressions d'emplois cette décision entraînera-t-elle chez les équipementiers et autres sous-traitants, soumis déjà à une véritable saignée?
Une fois de plus, une grande entreprise a pris, dans le secret de son conseil d'administration, une décision aux conséquences graves pour des milliers de personnes. La raison invoquée est que la marge bénéficiaire de l'entreprise n'est pas aussi élevée que la direction l'espérait. L'argument est d'autant plus révoltant que le trust continue à engranger des profits et que ses actionnaires ne sont pas menacés d'être sur la paille alors que ceux qu'on met à la porte auront perdu leur gagne-pain.
La direction invoque aussi la nécessité de regagner des parts de marché perdues et, pour le faire, de baisser les prix. Mais il y a bien d'autres moyens de baisser les prix que de jouer avec la peau des travailleurs de l'entreprise. Pourquoi est-ce dans la masse salariale qu'on fait des coupes, et pas dans les dividendes distribués aux actionnaires?
Personne, en dehors des gros actionnaires du groupe, ne sait et personne ne peut savoir en fonction de quoi la décision a été prise et quels autres choix moins dramatiques pour les travailleurs auraient été possibles.
Le trust PSA, après bien d'autres, illustre le problème fondamental du fonctionnement de l'économie. Les conseils d'adminis-tration de quelques centaines de grandes entreprises ont plus de poids sur la vie de la société que les dirigeants politiques, y compris le président de la République, pour lesquels on ne vote qu'une fois tous les cinq ans.
C'est en fait une véritable dictature économique qui domine la politique et où une toute petite minorité de possesseurs de capitaux a le droit de tout faire au nom de la recherche du profit: fermer des entreprises, délocaliser, licencier, sans se soucier des conséquences pour la vie sociale, sans même avoir de comptes à rendre à quiconque. Les licenciements, la précarité, le chômage et les bas salaires, tout en découle.
Soumettre les grandes entreprises et les banques au contrôle de toute la population est une nécessité sociale. Il faut que la population ait les moyens de contrôler les grandes entreprises, leur fonctionnement, leurs projets. Il faut qu'elle puisse contrôler les circuits de l'argent, vérifier les choix qui sont faits et en fonction de quoi et au profit de qui. On pourrait alors se rendre compte que les fermetures d'usines, que les licenciements, sont des choix et qu'un autre choix pourrait être de maintenir les emplois, quitte à répartir le travail. Cela permettrait aussi de constater qu'il est possible d'augmenter les salaires pour que chacun puisse vivre correctement.
Cela diminuerait les dividendes et freinerait l'enrichissement de ceux qui sont déjà riches. Mais c'est le seul moyen d'empêcher que les travailleurs, qui créent ces richesses et qui subissent l'exploitation, soient les victimes obligées de toute décision motivée par la seule recherche effrénée du profit.
Arlette Laguiller
4ème journée mondiale contre la peine de mort: mardi 10 octobre 2006 (Extraits du tract du collectif unitaire de soutien à Mumia Abu Jamal)
Exigeons à cette occasion justice et liberté pour Mumia
Chaque année, en date du 10 octobre, la Coalition Mondiale contre la peine de mort (regroupant 52 ONG dont notre Collectif Unitaire National) appelle à la prise d’initiatives sur tous les continents et dans tous les pays, notamment dans ceux dont la législation autorise encore la pratique de ce crime d’Etat. Cette journée est officiellement soutenue par l’Union Européenne et le Conseil de l’Europe. (…) Dans le cadre de cette journée, notre Collectif Unitaire National organisera une délégation à l’Ambassade des Etats-Unis à Paris avec l’objectif d’y déposer plusieurs dizaines de milliers de pétitions exigeant justice et liberté pour Mumia Abu-Jamal (Rendez-vous à 12 heures à l’angle de la rue Royale et de la place de La Concorde). Les élus des villes d’Ile de France qui ont apporté leur soutien à Mumia sont conviés à se joindre à la délégation.
Plus généralement, nous appelons les collectifs locaux et les organisations à envoyer - dans la journée du 10 octobre - des messages à l’Ambassade des Etats-Unis par fax (01 43 12 23 85 & 01 42 66 97 83) et par e-mail (webmaster@amb-usa.fr) pour demander aux autorités de ce pays d’abolir la peine de mort et de libérer Mumia Abu-Jamal.
Cette journée est l’occasion de rappeler aux autorités politiques et judiciaires états-uniennes l’attention particulière que nous portons aux suites qui seront données au mémoire définitif que déposera le 4 octobre Maître Robert R. Bryan (avocat principal de Mumia) auprès de la Cour d’Appel Fédérale. Rappelons qu’en décembre 2005 cette Cour a décidé d’entendre trois requêtes de la défense portant sur les droits bafoués de l’accusé, le choix des jurés et la légalité des procédures. Sans obligation de délai, la Cour va procéder à un examen du mémoire et fera connaître sa décision qui, au mieux pourrait enfin ouvrir la voie à un nouveau procès, au pire, en cas de rejet, exposer Mumia à la mort. A l’évidence cette situation judiciaire appelle à la plus grande vigilance et à la poursuite des initiatives de sensibilisation, de soutien et de solidarité.
Montée de mécontentement au Chili
Depuis près de cinq mois, des manifestations et grèves se déroulent au Chili.
La colère des Chiliens est dirigée contre le nouveau gouvernement de la présidente socialiste Michelle Bachelet. La population subit de plein fouet les conséquences d’une politique qui est plus favorable aux riches qu’aux pauvres, entraînant chômage, précarité et appauvrissement de millions de travailleurs. Les manifestants protestent aussi contre les inégalités du système éducatif qui favorise un enseignement de qualité aux établissements privés fréquentés par les enfants de riches au détriment de ceux du public où vont les pauvres.
Les entreprises productrices de cuivre font des profits considérables, liés à l’augmentation de sa valeur ; constatation qui a poussé les mineurs chiliens à entamer un mouvement de grève le 7 août. Escondida, la plus grande mine de cuivre du Chili, produit à elle seule 8 % de la production mondiale. Au bout de vingt-quatre jours de grèves, les travailleurs ont obtenu une augmentation de 5% et une prime. C’est bien moins que leur revendication première (13%), mais ce résultat est perçu comme un succès pour ces travailleurs.
La hausse de la valeur du cuivre annonce aussi une entrée de dix milliards pour le fisc chilien, mais cet argent destiné en majorité à l’épargne échappera évidemment au contrôle de la population laborieuse!
Mais cette décision n’est pas passée inaperçue et a provoqué des réactions. Dans la population, certains veulent provoquer un mouvement de paralysie qui a donc été lancé le mardi 26 septembre. Une grande mobilisation a rassemblé des professeurs, des lycéens et étudiants, des employés de la santé et des impôts qui ont manifesté dans les rues de Santiago. Il y eut plusieurs milliers de manifestants.
La réponse du gouvernement, face aux mouvements de revendications, a été jusqu’ici le déploiement de milliers de carabiniers pour maintenir l’ordre, en réprimant durement les manifestants, des perquisitions sau-vages, des arrestations (254 jeunes ont été arrêtés au mois de juin, 123 au mois d’août) ; les manifestants ont été aussi agressés par des lancers de gaz lacrymogènes et de jets d’eau.
Devant le mutisme de la nouvelle Présidente, soi-disant socia-liste, les grévistes sont déterminés à faire aboutir leurs revendications.
Ces mobilisations consti-tuent la marque d’un réveil des luttes sociales qui pourraient bien se radicaliser durant les jours à venir.
Espérons que l’expérience du passé douloureux va être prise en compte. Celle qui par les illusions dans le pouvoir d’Allende conduisit à la dictature de Pinochet, par manque de vigilance et absence d’une véritable autonomie des luttes ouvrières, avec leur propres organisations. Espérons que les leçons du passé vont inspirer aux travailleurs chiliens d’aujourd’hui la volonté de conduire les luttes actuelles et à venir, jusqu’au bout, sans jamais se fier aux belles paroles des socialistes et prétendus «démocrates» divers.
A la Barbade l’envers de la carte postale... la pauvreté pour les masses laborieuses!
Dans le France Antilles Magazine du 23 au 29 septembre, on a pu lire un Carnet de voyage sur notre île voisine de la Barbade, petit pays faisant partie du Commonwealth britannique. Dans son article, le journaliste met l’accent sur certains vestiges de l’histoire coloniale de l’île, tel ce mémorial du Royal York rangers situé à Garrison area, érigé en l’honneur de la «réduction des colonies françaises de Guadeloupe, Martinique et Sainte Lucie en 1809 et 1810». Et dans un petit encart intitulé «l’envers d’une carte postale», il présente la Barbade comme un pays «riche en comparaison de ses voisins», ayant une situation économique plutôt florissante avec des activités touristiques haut de gamme, des activités de pavillon de complaisance et une politique fiscale attractive pour les investisseurs étrangers avec 2,5% d’impôt sur les revenus ou d’exonération de taxes sur les importations de biens d’équipement.
Par contre, le journaliste relève que ce développement économique ne profite qu’à une minorité et qu’une partie importante de la population vit dans «une certaine pauvreté» et avec «des conditions de travail pénibles, et avec “des logements exigus et précaires».
Mais voilà l’explication donnée par ce journaliste sur ces inégalités et ces injustices criantes: «Cependant, la population étant entièrement issue de l’immigration et de la déportation d’esclaves en provenance d’Afrique, la classification en couches sociales strictes demeure encore aujourd’hui». Bien! C’est un constat, mais sûrement pas une explication. Il se réfère à l’histoire certes. Mais ce qui n’est pas dit, c’est qu’aujourd’hui, la Barbade est sous la domination d’une bourgeoisie locale qui fait prospérer le pays à son profit en recueillant quelques miettes lâchées par les grosses sociétés capitalistes multinationales. Cette prospérité est réalisée principalement en exploitant la majorité de la population laborieuse, en la maintenant indéfiniment dans des conditions de vie précaires et ne lui laissant que la consommation de «flying fish et de bière Banks» (poisson volant et bière locale) et la vie dans des logis peints de couleurs vives («logis de poupées» dans l’article) pour «égayer l’étroitesse des pièces». Le soi-disant «développement du pays» permet aussi à la bourgeoisie locale d’acheter une certaine «stabilité politique» pour s’enrichir, en maintenant les masses laborieuses dans les chaînes de la pauvreté.
Voilà le réel «envers de la carte postale». Et à la Barbade, comme dans les autres îles de la Caraïbe, les masses laborieuses ont encore à se libérer de ces chaînes.
Haïti
Toujours des promesses gouvernementales
Selon le premier ministre Jacques Edouard Alexis le sommet de la Francophonie qui vient de se dérouler à Bucarest aura des retombées positives pour Haïti et il cite la mise en place d’organisme de la Francophonie et une aide financière de 500 millions de dollars qui avait été annoncée en Juillet lors de la conférence de Port-au-Prince. Il avance aussi le fait que l’USAID a proposé un projet intitulé JOBS en direction des habitants des quartiers pauvres, «en vue de reconstruction des infrastructures et pour faire baisser la violence». Le premier ministre joue sa partition en agitant des projets du type humanitaire, travaux à «haute intensité de main d’œuvre» donnant un job pour quelques jours ou semaines. Il essaie d’appâter la population pauvre et de négocier avec les hommes en armes des quartiers autour d’un arrangement financier.
Car sur le terrain la violence continue dans les quartiers sous la coupe des bandits ; ainsi à Martissant suite aux affrontements entre les gangs de grande Ravine, les représailles ont fait de nouveaux morts le 21 septembre.
La réaction de la MINUSTAH et du gouvernement a été de protéger la zone de l’aéroport où se trouvent les entreprises. Depuis, trois barrages ont été installés sur la route de l’aéroport. Ainsi les intérêts des possédants, des patrons d’entreprises, sont protégés, des patrouilles veillent autour des entreprises à l’intérieur desquelles les ouvriers sont exploités pour moins de 2 euros la journée.
Le gouvernement essaie de garantir une certaine sécurité dans certaines zones de la capitale, celles qui suffit aux patrons pour faire leurs profits, et laisse les quartiers populaires sous la coupe des bandits. D’ailleurs pour montrer que le gouvernement ne se sent pas inquiet, le premier ministre annonce haut et fort que les élections municipales et territoriales se tiendront le 3 décembre selon le calendrier publié.
France
Sapeurs-pompiers. Le feu aux poudres (Extraits de Lutte Ouvrière)
Quelque 5000 sapeurs-pompiers professionnels civils ont manifesté lundi 25 septembre à Paris au son des fusées de détresse et dans le brouillard blanc et rouge des fumigènes. À plusieurs centaines ils ont ensuite bloqué le périphérique pendant deux heures, montrant ainsi leur détermination à faire aboutir leurs revendications. Ces pompiers en colère protestent contre la suppression d’une prime de 72 euros accordée début juillet et retirée... le 31 du même mois. Ils demandent aussi que le gouvernement n’en reste pas à la reconnaissance symbolique du caractère «dangereux et insalubre» de leur profession, chose faite depuis une loi d’août 2004. Ils veulent pouvoir partir à 55 ans avec une «retraite décente». Actuellement ils peuvent partir à cet âge, à condition d’avoir effectué 25 ans de service, mais avec la réforme Fillon et le passage à quarante années de cotisation, ils ne toucheraient qu’environ 700 euros. Pour espérer toucher une retraite pleine, un pompier entré à 25 ans devrait exercer un métier qui nécessite une excellente forme physique, de l’agilité et des réflexes... jusqu’à 65 ans...
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