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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 21 octobre 2006      N° 954


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Martinique
Conférence sur le chlordécone: aucun risque pour la santé?

Dans le cadre de la fête de la science s’est tenue une conférence sur les effets des pesticides et en particulier du chlordécone sur la santé. Cette manifestation qui eut lieu le jeudi 12 octobre au palais des congrès de Madiana était programmée par le ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche et coordonnée par le «Carbet des sciences». Il s’agissait de faire le point sur l’état des recherches et des connaissances en cours.
Plus d’une centaine de personnes étaient présentes. Le directeur de la DSDS qui présentait le sujet a dit qu’il s’agissait d’une demande du préfet, et il souligna que l’intervenant ne pourrait répondre qu’aux questions découlant de son sujet. On sait que le chlordécone et les pesticides sont un sujet qui pose le problème de l’empoisonnement des terres agricoles et des atteintes à la santé de la population et surtout des ouvriers agricoles.
Le débat sur ces produits avait été relancé avec la découverte en 2002, dans le port de Dunkerque de patates douces contaminées au chlordécone. Depuis, les prises de position sur l’empoisonnement des terres et les risques pour la santé s’étaient multipliées.
Pour le docteur Luc Multignier, médecin chercheur à l’INSERM, sur les 10000 études faites dans le monde, beaucoup se contredisent, certaines ne respectent pas les règles scientifiques, donc on ne peut en tirer aucune conclusion sur les atteintes à la santé.
Ses propres études réalisées depuis 1997 en Martinique et en Guadeloupe ont bien conduit à la conclusion que des traces de chlordécone existent chez 90% d’un échantillon composé d’ouvriers agricoles mais aussi de non ouvriers agricoles et chez des femmes enceintes et leurs bébés.
Mais il n’y aurait pas de quoi s’alarmer puisque le taux relevé est infime et bien en deçà de la dose qui pourrait déclencher des atteintes à la santé. Comme le chlordécone s’élimine très lentement, les «contaminés» devront vivre avec cet « hôte» pendant bien des années sans trop se faire de souci. Une telle démonstration a bien sûr surpris beaucoup de participants. S’il n’y a aucun danger alors pourquoi m’interdit-on de vendre mes légumes? demande un agriculteur. Aux questions sur les différents cancers possibles, la réponse fut qu’il n’y a pas de danger.
Voilà une conférence qui ne peut faire que du bien à tous les gros producteurs et utilisateurs de produits dangereux dans l’agriculture.
Dans l’affaire de l’amiante et autres produits dangereux, l’Etat avait commencé par nier toute espèce de risque pour la santé. La population a donc bien des raisons de se méfier de conclusions si optimistes.



Guadeloupe
Les occupants de Béron demeurent mobilisés

A l’heure où nous écrivons, les occupants de Béron n’ont pas obtenu satisfaction. La SEM.SA.MAR maintient ses prix: 38 euros le m2 pour installer les squatters au bord d’une ravine et 62 euros le m2 pour ceux qui ont construit leur maison. Le maire, Richard Yacou, s’est engagé à contacter M.Jean-Paul Fischer, directeur général de la SEM.SA.MAR pour qu’il diminue le prix. Deux rencontres ont eu lieu à la mairie de Sainte-Rose. L’une le 4 octobre avec une délégation des occupants et les membres du bureau municipal. L’autre le 6 octobre, avec plusieurs occupants et deux représentants de la SEM.SA.MAR. Mais ces rencontres avec le maire n’ont rien donné. En réalité le maire et la municipalité se moquent du sort des occupants. Ce sont eux qui ont accordé un permis de lotir pour 153 logements à la SEM SA MAR. L’ensemble des occupants n’a pas été tenu au courant de la transaction foncière. Certains occupants ont été contactés et sous la pression, ont accepté les conditions de la société: une indemnisation pour la perte de leurs cultures et un emplacement près d’une ravine moyennant 38 euros le m2. Ces occupants ont tout perdu. La SEM.SA.MAR a détruit tous les jardins vivriers. Mais d’autres occupants ne se sont pas laissés faire. Ils se sont mobilisés avec leur comité de défense et ont bloqué les travaux sur le terrain. Ils ont fait appel aux médias pour dénoncer une situation aussi révoltante. Il y a 20 ans, les occupants de Béron se sont installés sur les terres de la Compagnie Fruitière. Durant toutes ces années, nombreux sont ceux qui ont cultivé un jardin pour vivre de leurs cultures et nourrir leurs familles. Aujourd’hui la SEM.SA.MAR les prive de leurs jardins et les expulse. Ils auront une perte de ressources importante.
On veut que ceux qui ont construit des maisons achètent leur terrain à un prix qu’ils ne peuvent payer. Est-ce un chantage de la SEM.SA.MAR pour les expulser à leur tour? Un homme de 83 ans, Popo Mamie, est menacé de perdre la case en bois qu’il a construite depuis 20 ans sur ce terrain. La SEM.SA.MAR a déjà détruit tout son jardin. Si les occupants ne s’étaient pas mobilisés elle aurait également détruit sa maison.
Le directeur de la SEM.SA.MAR a annoncé sur les ondes qu’il ferait un geste pour les occupants. Mais il n’a rien proposé de concret. Il compte avoir les occupants à l’usure et imposer la reprise des travaux. Deux responsables de la SEM.SA.MAR qui viennent sur le terrain font pression sur les occupants pour les diviser en proposant un prix à la tête du client. Ils veulent des rencontres individuelles et refusent de discuter avec le comité. Pourquoi discuter en catimini avec les occupants? Pourquoi toutes ces manœuvres? La SEM.SA.MAR a-t-elle quelque chose à cacher pour ne pas donner officiellement un nouveau prix?
Les occupants ne se laissent pas faire. Ils refusent de payer les prix que veut leur imposer la société immobilière. Ceux qui ont construit, ont installé eux-mêmes l’eau, l’électricité et le téléphone. Ils ont construit des routes d’accès. La SEM.SAMAR veut faire payer le prix fort alors qu’elle n’aura pas de frais de viabilisation à comptabiliser pour ces terrains où habitent des occupants depuis plusieurs années. C’est du vol! Les occupants ont décidé de ne pas se laisser faire. Ils continuent de se réunir pour discuter des actions à mener. Un meeting est prévu le samedi 21 octobre, à 19 heures, chez une occupante, Rosette, à Béron.



La SEM.SA.MAR ou la fièvre de l’immobilier

La SEM.SA.MAR, société d’économie mixte de Saint-Martin a été créée dans cette île en 1985. Les actionnaires sont la commune de Saint-Martin qui détient 51,07% du capital, la Région qui détient 5%, la ville de Basse-Terre qui détient 5%, la caisse des dépôts et consignation: 10%, la société foncière de l’anse marcel: 10% et les autres privés: 18,93%. Cette société a permis la construction de nombreux logements à St Martin. En Guadeloupe, de même, avec la construction d’établissements scolaires et le développement de logements sociaux. Avec la construction de ces logements sociaux la société est devenue le troisième fournisseur de la Guadeloupe. De nombreuses communes font appel à elle. C’est elle encore qui a réalisé des LES à Rivière des Pères et à Morne à Vache à Basse-Terre, à Juston-Petit- Bourg, à Blanchet-Gourbeyre. Elle a réalisé également des constructions dans le domaine de la santé. La SEM.SA.MAR a aussi une clientèle privée. Elle a la gestion du port de plaisance de la marina à Saint-Martin et contrôle des locaux commerciaux. Ce ne sont que quelques exemples. La société a de nombreux chantiers à Moule où elle est maître d’ouvrage dans la résorption de l’habitat insalubre.
A Sainte-Rose c’est elle encore qui a construit des logements près de la distillerie Bonne-Mère, une zone polluée par les gaz et les fumées. Les locataires ont eu l’occasion d’exprimer leur colère contre cette pollution. Certains quittent les logements. Comme la demande de logement social est forte, la SEM.SA.MAR construit y compris dans des zones non- constructibles. A Béron, une section de Sainte rose, où les riverains sont incommodés par la pollution de la distillerie Bonne-Mère elle a obtenu un permis de lotir de la Municipalité pour créer un lotissement de 153 logements. Pour cette société, ce qui compte c’est la course à la construction au mépris du cadre de vie de la population. Mais elle reçoit la manne de certaines collectivités qui lui fournissent le foncier à un prix symbolique dans des zones insalubres.
Quel contrôle ont la région, le département et l’Etat sur cette société d’économie mixte? La question mérite d’être posée quand on sait que dans le passé, certaines sociétés comme la SODEG, la Société ABS par exemple se sont illustrées dans des affaires de détournements financiers importants. Si une société d’économie mixte comme la SEM.SA.MAR se développe à une telle vitesse en construisant où elle veut, sans s’embarrasser de scrupules pour expulser des squatters comme à Béron et en exigeant de certains occupants pauvres de payer 62 euros le m2, sans que les élus et les représentants du département ne disent rien, on peut se demander si ces derniers n’ont pas d’autres intérêts à défendre que ceux de la population. Après le passage du cyclone Luis à Saint-Martin, on a vu comment les autorités préfectorales et la Municipalité ont fait la chasse aux émigrés haïtiens qui avaient perdu leur logement, pour récupérer les terres. La SEM.SAMAR s’était alors illustrée dans cette action avec le soutien des gendarmes ce qui lui a valu le surnom de «shadow municipalité» (municipalité de l’ombre). Les dirigeants de la SEM.SA.MAR ou certains élus n’ont que mépris pour les plus pauvres.



Risques accrus de cancer dans l’agriculture

Avoir travaillé dans l’agriculture et avoir été exposé aux effets nocifs des pesticides entraîne le cancer. C’est ce que viennent de démontrer des chercheurs Canadien d’Ottawa, qui affirment que: «l'exposition aux pesticides ou à d'autres substances utilisées dans l'agriculture initie le processus cancéreux».
Ces chercheurs publieront prochainement le résultat de leurs études dans la revue scientifique New-yorkaise «Academy of Science».
Cette équipe a mené une étude «cas-contrôle» pour regarder si les femmes travaillant dans l'agriculture ont un risque accru de cancer du sein. Sur une période de deux ans et demi, les chercheurs ont invité toutes les femmes se présentant avec un cancer du sein au centre régional de lutte contre le cancer de Windsor à participer à cette étude qui a inclu 564 femmes ayant un cancer du sein et fait 599 contrôles.
Après ajustement pour les différents facteurs de risque connus, les résultats montrent que le fait d'avoir travaillé dans l'agriculture multipliait par 2,8 le risque de développer un cancer du sein.
On est loin de la timide retenue des pouvoirs publics ici en Martinique où la: DSDS (Direction de la Santé et du développement social) le CIR (Cellule interrégionale d’épidémiologie) l’OMS (Observatoire de la Santé de la Martinique) la CGSSM (Caisse Générale de Sécurité Sociale de la Martinique), le GREPHY (Groupe régional phytosanitaire) refusent de s’engager sur ce terrain sans doute pour ne pas déplaire aux grands producteurs riches et puissants.
D’ailleurs, de leur part, c’est déjà un triste aveu, que de confesser dans le Plan Régional Santé Environnement 2005-2009 que: «les données relatives aux cancers professionnels à la Martinique sont méconnues».
Ils disent donc bien aux salariés exposés aux produits dangereux dans l’agriculture de ne pas compter sur eux. Alors sont bien vaines toutes les conférences sur la santé tenue à Madiana ou ailleurs, car elles ne pourront en aucun cas combler ce vide sidéral de la recherche en faveur de la protection de la santé des salariés.



“Kamo Gwada”

La venue de Villepin aux Antilles a donné l’occasion à Lurel et Gillot de l’opposition parlementaire «socialiste» de jouer les rebelles, eh oui. Le Premier ministre avait «oublié» de les inscrire sur son calendrier de visite. Le sang de ces «défenseurs de la démocratie» n’a fait qu’un tour. Ils ont exprimé leur mécontentement dans un communiqué aux médias et Villepin a modifié son ordre de visite afin de rencontrer les élus du Conseil régional, Général et le président de l’association des maires. Comme si ces réunions pouvaient être autre chose qu’une rencontre de politesse. Pour nos deux présidents, ce fut une occasion de se faire à bon compte une petite image, bien éphémère pourtant, de «gens à qui on ne la fait pas» auprès de l’opinion publique locale ou peut être tout juste auprès du «sénat»,…celui de la place de la victoire!



Prix des carburants: petite baisse et grandes hausses

Après la baisse du prix du pétrole, la baisse des prix des carburants était incontournable. Le «super» baisse donc de 6cts, le gasoil de 4 et la bouteille de gaz perd 89 cts. Il n'y a pas vraiment de quoi se réjouir: tout au long de l'année dernière, les prix des carburants avaient grimpé de façon scandaleuse, sous prétexte de hausse du prix du baril.
Une petite descente pour une grande montée: c'est le pouvoir d'achat qui continue de baisser.



Extraits du bulletin “chantiers en lutte” (Martinique)

Encore un patron qui veut se faire une santé sur le dos des salariés

Cela fait plusieurs mois que le patron d’Hydraulique service a annoncé à son personnel qu’il traverse, d’après ses dires, des difficultés financières s’élevant à 10 millions d’euros et qu’il est donc obligé de licencier le personnel. En effet, l’entreprise a été mise en redressement judiciaire et le tribunal doit se prononcer sur son sort le 7 novembre prochain.
Mais derrière les déclarations fumeuses de ce patron se cache une autre réalité. En effet, des informations plus précises sont arrivées aux oreilles des ouvriers qui ont appris qu’il y a belle lurette que leur patron a investi des capitaux à St Domingue en créant une nouvelle entreprise du même type qu’Hydraulique service, bien entendu avec les profits amassés sur leur dos, c'est-à-dire avec leur argent.

Comment s’y prend-il?
Après avoir mis son entreprise en redressement judiciaire, il utilise l’argent pour acheter de la main d’œuvre à bon marché à St Domingue, c'est-à-dire pour se faire encore plus de profits sur la classe ouvrière de ce pays.
Ainsi, pas de convention collective, pas de syndicat de travailleurs, pas de protection sociale, et des salariés corvéables à merci. Ce qui est monnaie courante dans ce pays. Voilà la réalité.