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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES - Samedi 21 octobre 2006 N° 954
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Moscou
Assassinat d’une journaliste non soumise
Assassinée le samedi 2 octobre devant son domicile à Moscou, la journaliste Anna Politkosvkaïa gênait. Par ses écrits elle dérangeait le pouvoir russe. Elle avait décrit la brutalité des interventions des forces de sécurité lors des prises d’otages de l’opéra de Moscou et celle de l’école de Beslan. Elle avait également dénoncé les tortures et exactions commises par les soldats russes en Tchétchénie.
Ces écrits lui avaient valu des menaces et de nombreux ennemis. A commencer par Poutine lui même et ses généraux. Les racistes grand-Russes, les anciens combattants, les tchétchènes pro-russes avaient aussi intérêt qu’elle se taise.
En Occident des larmes de crocodile sont versées pour pleurer la mort de la journaliste. Bien sûr on n’utilise plus le meurtre pour faire taire un journaliste. D’autres moyens moins brutaux et plus légaux le sont. L’argent, la mise au placard, les pressions viennent à bout des journalistes récalcitrants. La liberté des journalistes et la liberté d’informer n’ont pas cours sous nos cieux également.
USA
Un mur lamentable
La nouvelle législation sur l'immigration aux USA prévoit la construction d'un mur de 1200km sur les 3200km de frontière entre les USA et le Mexique.
Malgré la répression, au péril de leur vie, des hommes et des femmes tentent de fuir la misère dans leur pays d'origine d'Amérique latine et tentent de traverser la frontière qui sépare le Mexique des Etats Unis. Malgré la grande misère qui règne aussi parmi les pauvres dans ce pays le plus riche de la planète, ils espèrent y trouver un mieux être et peut-être de quoi soutenir leur famille restée au pays.
C'est contre ces pauvres que le gouvernement des Etats Unis a décidé l'édification d'un mur qui coûtera, lui, fort cher, en plus de tous les moyens déjà mis en oeuvre pour empêcher l'immigration. Les Etats Unis considèrent l'Amérique latine comme une chasse gardée, dont leurs grandes compagnies pillent les richesses. Ils sont les principaux responsables de la misère qui y règne.
De la même façon, les ministres de l'intérieur de huit pays de l'Union Européenne envisagent de renforcer encore le dispositif destiné à empêcher l'immigration des Africains vers l'Europe.
Les ravages causés par le colonialisme, la misère engendrée par cette société d'exploitation dans laquelle les classes possédantes d'un petit nombre de pays s'approprient l'essentiel des richesses mondiales, réduisent une grande partie de la population de la planète à la misère. Alors on pourra édifier tous les murs qu’on veut, on ne pourra empêcher des êtres humains affamés de se ruer vers les zones plus riches où ils espèrent y trouver de quoi se nourrir eux et leurs familles. C’est une autre société qu’il faut concevoir de fond en comble, où les richesses seront bien réparties afin que chaque être humain puisse vivre convenablement là où il le désire. Mais elle ne pourra exister que sur les ruines de la société actuelle, profondément injuste et décadente.
Haïti
Bilan des cent jours du premier ministre, rien pour les pauvres
Le 6 octobre, J.E Alexis faisait le bilan de cent jours passés au gouvernement. Devant les banquiers, patrons, hommes d’affaires réunis par la Chambre de commerce Franco-haïtienne, il expliquait les causes du retard du décollement du pays: l’insécurité, le retard des paiements par les agences internationales, les pressions économiques étrangères. La réponse de Grégory Brandt, représentant la chambre de commerce, a été de lui tirer l’oreille en lui demandant «plus de célérité dans le traitement des affaires de la nation». Alexis doit pressurer encore plus les pauvres du pays pour que les bénéfices des possédants rentrent. Comme le Premier ministre ne joue pas bien son rôle, le richissime Brandt propose de l’aider en offrant à l’Etat, au nom de tous ses collègues du secteur privé, «notre partenariat pour aider à la création de richesses et d’emplois dans le pays».
Ces emplois, les pauvres ne les voient jamais, et certains choisissent souvent la solution de partir comme boat-people, en prenant tous les risques pour émigrer à l’étranger jusqu’à être refoulés. C’est le cas des 228 déportés qui sont revenus des Bahamas le 6 octobre. Ramenés par avion ils ont reçu 400 gourdes (10 euros) un T-shirt avec le slogan de l’office de Migration et un plat chaud. Et puis pour la suite, à eux de se débrouiller. Ceux qui en ont encore la force se disent prêts à reprendre la mer pour chercher la vie ailleurs, pour échapper aux pressions des hommes armés. Ces derniers ont de nouveau tiré sur la population dans le quartier de Bel-Air, à la rue Tiremasse, depuis une voiture. Le bilan serait de 8 morts et 18 blessés.
Pour la population pauvre, les cent jours du Premier ministre sont cent jours de plus dans la même situation.
Corée du Nord
Etats bandits contre “état-voyou”
Samedi 14 octobre, l’ONU à la demande des USA, a décrété un embargo contre la Corée du Nord. Il s’agit d’une mesure de rétorsion pour avoir procédé à un essai nucléaire. Les observateurs internationaux ne sont même pas sûrs que l’essai a eu lieu, mais les sanctions sont là. Bush veut lancer un message fort comme il dit, aux pays comme le Brésil, l’Argentine, l’Arabie Saoudite, l’Afrique du Sud et autres qui se demandent, s’ils ne doivent pas se doter eux aussi d’un arsenal nucléaire. Les USA viennent de leur faire savoir que c’est eux qui décident, qui sont habilités à détenir et à utiliser l’arme nucléaire éventuellement. D’ailleurs, dans le passé, ce pays n’a pas dit mot quand ses alliés, Israël, le Pakistan et l’Inde se sont dotés de ces armes avec l’aide la France et des USA eux-mêmes. En outre, cette condamnation peut servir pour plus tard quand une fois débarrassé de l’Irak et de l’Afghanistan l’impérialisme américain déciderait par exemple de guerroyer en Corée du Nord pour poursuivre son rôle de gendarme de la planète.
Pour l’heure, la Chine par exemple ne souhaite pas une déstabilisation brutale du régime de Pyongyang. Elle ne veut pas courir le risque de voir s’installer un régime pro-américain à sa frontière sud si la dictature venait à disparaître. Dans ce jeu géopolitique, elle a le soutien des Russes qui désirent limiter l’influence des USA.
Quant à la dictature des Kim Jong II et de sa clique elle a créé cette situation et l’utilise pour resserrer la population autour d’elle au nom de l’unité nationale contre «l’agression de l’impérialisme américain ». Elle utilise cette posture «guerrière» pour faire accepter au peuple nord-coréen tous les sacrifices.
Brésil
Après le premier tour des élections présidentielles
Le premier tour des élections présidentielles brésiliennes a eu lieu le dimanche premier octobre dernier. Et contrairement à tous les sondages, le président sortant, l’ancien ouvrier métallurgiste Luiz Ignacio Lula da Silva, a été mis en ballottage. En effet, Lula, chef du Parti des travailleurs (PT) que l’on voyait élu dès le premier n’a obtenu que 48,6 % des voix contre son adversaire, Geraldo Alckmin qui obtient 41,6 % des suffrages exprimés. Alckmin est le candidat du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB) de l’ancien président (1995-2002) Fernando Henrique Cardoso. Le deuxième tour aura lieu le 29 octobre 2006.
Lula qui a été élu en 2002 avec 61 % des voix contre l’ex-président brésilien, Fernando Henrique Cardoso, du PSDB a donc déjà subi un petit revers. La plupart des observateurs pensent qu’il est dû au fait qu’à la fin de la campagne électorale Lula a été victime d’un scandale. Le 15 septembre la police fédérale aurait arrêté deux personnes liées au PT en possession de 800 000 dollars destinés à l’achat d’un dossier prétendument compromettant pour Serra et Alckmin- Notons que José Serra du PSDB, rival de Lula lors des présidentielles de 2002, a gagné le poste de gouverneur de Sao Paulo, en obtenant 58 % des suffrages exprimés.
Par ailleurs, deux des candidats aux présidentielles, la sénatrice radicale Heloisa Helena exclue du PT en 2003 et Critovam Buarque, ancien ministre de l’éducation de Lula, lui aussi exclu du PT, ont obtenu à eux deux près de 10% des suffrages exprimés qui ont sans doute manqué à Lula. Mais ceci n’explique pas cela. Il y a eu des signes avant coureurs qui exprimaient une certaine insatisfaction de la part d’une fraction relativement importante de la classe ouvrière brésilienne. En effet, le parti des travailleurs a perdu deux très importantes municipalités: Sao Paulo (45%), c’était un véritable test national et Porto Alegre (1,4 millions d’habitants) avec moins de 47,7% des voix. Le peuple pauvre réclamait à Lula la mise en pratique de cette phase qu’il prononcée lors de son investiture: «je gouvernerai au nom du peuple brésilien qui souffre. ». Mais sa politique est restée ambiguë.
C’est vrai que depuis 2002 le salaire minimum a augmenté de 60 %, que le programme social du président Lula «faim zéro» appelé plus tard « bourse famille » touche aujourd’hui 11 millions de familles brésiliennes.. Toutefois, Lula a voulu être devant la banque mondiale, le Fonds monétaire international et le capital financier, devant la bourgeoisie un bon gestionnaire de l’économie. C'est-à-dire que pendant qu’il cherchait à aider une partie des pauvres, il a dû se soumettre au diktat de l’économie capitaliste en privant d’autres pauvres de ressources alors même que la pauvreté continue de faire rage dans le pays. Et cela, une partie de la population le lui a reproché et c’est ce qui s’est en partie traduit dans les résultats du premier tour. Le «scandale» n’ayant été que la goutte d’eau faisant déborder le vase.
Caraïbe
Nouveau statut pour Bonaire, Saint Eustache et Saba
A l'issue d'un accord passé entre le gouvernement des Pays-Bas et des représentants des ces trois îles, Bonaire, St Eustache et Saba deviendront des communes Néerlandaises «à statut spécial».
St Eustache et Saba sont situées, comme Saint Maarten, au nord des petites antilles. Bonaire et Curaçao sont, elles, proches du Vénézuela. Ces îles sont d'anciennes colonies hollandaises, qui sont restées jusqu'à ce jour sous la domination de cette puissance coloniale. Le chef du gouvernement est le chef d'état des Pays Bas (Hollande ou Nederland). L'île d'Aruba a de son côté choisi un statut de territoire associé, avec un gouvernement autonome.
Le nouveau statut de «communes néerlandaises» s'accompagne de quelques restrictions: les lois seront en effet «adaptées» en fonction de la spécificité géographique. La Sécurité sociale, par exemple, ne sera pas la même qu'aux Pays Bas!
Ces très petites îles n'ont guère de ressources autres que le tourisme. Ce dernier ne rapporte pas grand chose à la population pauvre contrairement à ce qu’y gagnent les grandes chaînes hôtelières.
Alors même si le nouveau statut va dans un sens souhaité par la population, il n'évitera ni le chômage ni la pauvreté. Dans la dénomination «communes néerlandaises à statut spécial», gageons qu’il y aura bien plus de «statut spécial» que de «communes néerlandaises».
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