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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES - Samedi 4 novembre 2006 N° 955
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À la Une
ÉditorialBanlieues en France. Se montrer aussi cynique et insensibles que ceux qui dirigent les renforce encore plus!
Une jeune africaine est dans un état grave dans un hôpital de Marseille, gravement brûlée lors de l’incendie d’un bus par des jeunes cagoulés, à l’exemple de ce qui s’est déjà passé dans les banlieues parisiennes. Cet acte imbécile a soulevé l’indignation générale. De telles actions consistant à brûler des bus, au risque réel – on l’a vu – d’y faire périr des usagers, n’ont rien à voir avec la lutte qu’il faut mener contre la misère, le racisme et la marginalisation d’une masse grandissante de jeunes. Ce sont les fascistes, l’extrême droite raciste qui ont eu dans le passé la paternité de tels actes sans scrupule, cyniques, faisant bon marché de la vie et de la sécurité de la population.
Depuis quelques semaines, différents incidents se sont déroulés dans ces banlieues où l’on a vu des gens la tête couverte de cagoule, soit s’en prendre à des policiers, qui se faisaient plus ou moins rosser, soit brûler des bus. Evidemment, tous ces incidents sont attribués sans hésitation, «aux jeunes des banlieues» et les commentateurs font le rapprochement avec les événements qui s’étaient déroulés dans la banlieue il y a un an. On se rappelle qu’alors la colère de milliers de jeunes de ces quartiers avait explosé après la mort de deux jeunes qui pourchassés par des policiers s’étaient réfugiés dans un transformateur électrique où ils étaient morts électrocutés.
La situation dans les banlieues focalise, depuis, l’attention de tous les politiciens et des journalistes qui ne se lassent pas de commenter. Mais, en dehors des hectolitres de salive qui ont coulé et des dizaines de pages de papier journal noircies par l’encre des commentaires, rien n’a changé sur le fond dans la situation des gens, dans ces banlieues!
Il s’agit de quartiers populaires, où vivent des travailleurs et donc où l’on trouve un fort pourcentage de jeunes et de moins jeunes sans emplois. Avec cette particularité d’être en majorité des gens issus de différentes immigrations. La misère y entraîne la mise en place d’autres règles de vie, d’autres hiérarchies sociales que dans les zones policées et contrôlées par le dit «état de droit»! L’étendue de ces zones livrées plus ou moins à elles-mêmes, inquiète peu ou prou le pouvoir qui voudrait bien y faire régner «l’ordre républicain»! Voir les rodomontades de Sarkozy! Mais pour cela il faudrait pouvoir offrir autre chose que des contrôles policiers au faciès, plus ou moins marqués de racisme, de brutalité et de mépris! Comment l’Etat pourrait-il offrir dans ces quartiers ce qu’il se montre incapable d’offrir à toute la population française: du travail pour plus de 2 millions de chômeurs, une condition de vie décente pour 6 ou 7 millions de pauvres dont 2 millions d’enfants pauvres dans un pays aussi riche que la France!
Il y a les sans logis, dans les rues ou ailleurs et, en face, des centaines de milliers de logements vides, inoccupés ou sous occupés! Que faire? L’état lui ne peut ou ne veut rien y faire! Ce qui commande ici c’est le respect de la propriété privée! On ne peut pas plus disposer de ces appartements, contre l’avis de leurs propriétaires et les contraindre à y loger des sans abris que contraindre un propriétaire d’entreprise à embaucher des chômeurs sur de vrais emplois! Même si par ailleurs il a été subventionné! C’est le règne de la liberté: celle de posséder et de disposer de son bien comme on l’entend! Nous ne sommes pas dans un pays de «collectivisme»!
Alors au pays de la libre entreprise il y a des banlieues pauvres, il y a des banlieues sauvages! Les flics y donnent la chasse aux jeunes, les sur-contrôlent, les malmènent quand ils ont la face noire ou basanée ou qu’ils parlent un français à l’accent dit «beur»! Mais aujourd’hui certains d’entre eux préfèrent être chasseurs que gibier et ils tendent des embuscades aux flics! Aujourd’hui, il y a des jeunes (mais s’agit-il uniquement d’eux sous les cagoules?) qui sont suffisamment insensibilisés, dans leurs sentiments et leurs sens du collectif, qui sont devenus tellement cyniques qu’ils se fichent bien de causer la mort d’un ou deux citoyens en brûlant quelques autobus ici ou là! Vont-ils y gagner quelque chose? Probablement rien, à part d’assouvir leur haine des flics! Parce que pour faire bouger quelque chose dans cette société lourde, conservatrice, de grands, moyens ou petits possédants pétris d’égoïsme, il faut faire bien autre chose qu’incendier des bus et y faire brûler des usagers, ce dont se moquent nos politiciens! Il faut avoir un poids social et menacer le cœur même de la société, c'est-à-dire sa production de marchandises, donc son argent! C’est le seul point sensible des possédants!
Mais pour en arriver là, il faut un autre niveau de conscience que le simple désir de se venger ou de se tailler une zone «libérée» de flics pour se livrer à de petits trafics. Il faut penser à l’avenir, le sien et celui de tous ceux qui vivent dans les mêmes conditions. Il faut une pensée tournée vers l’action collective et la reconstruction d’une autre vie.
Martinique
Idex-Energie-Antilles. Les travailleurs ne se laissent pas faire
Depuis plusieurs mois les travailleurs de Idex Energie Antilles sont en conflit avec leur direction. Cette entreprise installée en Martinique est une filiale française appartenant au groupe Idex Sas. Elle comprend une cinquantaine de salariés en Martinique, et est aussi implantée en Guadeloupe et Guyane.
Sa mission est d’entreprendre des installations de climatisation mais aussi de faire la maintenance du matériel dans diverses administrations de l’île. A savoir, la Région, des hôpitaux, la préfecture, le palais de justice, le centre pénitencier de Ducos mais aussi des écoles et bureaux de l’administration. Dans cette entreprise comme dans beaucoup d’entreprises de Martinique, la plupart des gros chefs ne sont pas originaires des DOM. Et ce n’est pas le fait d’un hasard, car le directeur d’Idex Energie Antilles veut avoir la mainmise sur tout ce qui se passe, en ayant sous sa coupe des gens bien liés à lui, des sortes de petits chefaillons. Et s’il y a un originaire des DOM qui devient chef, la direction joue au paternaliste et essaie au préalable de l’amadouer en utilisant un langage anti-syndical. Et quand une petite minorité mord à l’hameçon, elle se fait manipuler par le directeur. Mais cela ne marche pas à tous les coups.
Mais le vase a débordé quand le directeur a fait venir de métropole un nouveau chef de service sans demander l’avis du comité d’entreprise, représentant l’ensemble des travailleurs. Malgré plusieurs réclamations des ouvriers affirmant qu’il y a des techniciens sur place qui ont les compétences pour occuper ce poste, ce têtu a toujours fait la sourde oreille.
Alors pour mettre ce monsieur à la raison, les travailleurs ont dû débrayer les 2, 3 et 4 octobre montrant ainsi à la direction qu’ils savent utiliser leur arme pour se faire entendre, c’est à dire la lutte. Du coup, elle a été obligée de reconnaître qu’un technicien sur place avait les compétences pour occuper ce poste. Elle a dû accepter mais en le mettant en période d’essai pour 15 jours, comme si elle ne connaissait pas l’expérience de ce technicien travaillant depuis belle lurette dans l’entreprise.
Derrière ce petit jeu se cache quelque chose. Voilà ce que disent les travailleurs de l’entreprise et ceux qui sont organisés dans le syndicat CGTM: «la direction ne veut pas mettre à ce poste un des nôtres parce qu’elle ne l’aura pas sous sa coupe, pour que tous les bénéfices que fait Idex sur notre dos ne soient pas connus du personnel. Ces chiffres, elle a toujours refusé de nous les donner». Les travailleurs sont vigilants, parce que la direction a plus d’un tour dans son sac.
Appel de la CGTG pour une journée d’action le 7 novembre
La CGTG appelle les travailleurs à une journée d’action le 7 novembre prochain et le rassemblement est prévu à Basse-Terre.
Il s’agit de dénoncer les attaques incessantes des patrons dans différentes entreprises du secteur privé (MGPS, UCPA, Aides à domicile, plantations de banane, Chambre d’Agriculture, etc.). En ce qui concerne le secteur public, il y a les menaces qui pèsent sur les salaires avec la suppression de la prime de vie chère dite «40 %» et la grève des ATER (attachés temporaires d’enseignement et recherche) est là pour nous le rappeler. Le gouvernement cherche un biais pour supprimer cette prime pour l’ensemble des fonctionnaires et ceux du secteur privé qui ont une prime de vie chère seront également concernés. Le dossier du transfert des compétences suscite aussi de nombreuses inquiétudes. Une partie de la Fonction publique (les personnels TOS, DDE, DAF, DRAC, DSDS), sera bientôt transférée vers les collectivités locales alors que les moyens financiers ne suivent pas. Dans le secteur de l’éducation nationale, il y a eu le licenciement de 9 travailleurs sur 17 de la MGIEN (mission générale d’insertion de l’éducation nationale). Tout cela parce que le recteur accepte de gérer la pénurie et le fait sur le dos des travailleurs.
La situation dans la fonction publique hospitalière n’est pas meilleure et l’on constate les effets des dernières réformes. L’Etat veut réduire les dépenses pour le service public pour mieux servir les patrons en leur distribuant de plus en plus de subventions.
Pour toutes ces raisons, la CGTG appelle à une journée d’action le 7 novembre, cependant les dirigeants de ce syndicat affirment être conscients qu’il faut préparer d’autres luttes avec l’ensemble des travailleurs et des organisations syndicales.
Les motifs de se battre sont nombreux ; les travailleurs, en profitant de chaque occasion de se mobiliser, pourront moralement se renforcer et se donneront les moyens de créer le rapport de force nécessaire pour faire reculer le patronat.
Guadeloupe
Les ATER toujours en lutte
On se souvient que, depuis le 29 septembre, les enseignants d’université dits ATER (attachés temporaires d’enseignement et de recherche) avaient commencé un mouvement de protestation contre le non paiement des 40%. Les professeurs et étudiants avaient rejoint cette protestation exigeant que cette prime leur soit appliquée puisqu’elle existe pour l’ensemble des travailleurs de la fonction publique.
A l’heure où nous écrivons, les ATER sont encore mobilisés dans le bâtiment des services centraux de l’Université. Le 24 octobre, un courrier du Chef de cabinet du Premier ministre indiquait que si les responsables de l’Université souhaitent que les ATER et les lecteurs touchent les 40 %, ils doivent le demander au ministère. Il apparaît clairement que l’université avait admis la suppression de ces 40% à partir de septembre 2006, sans en informer les concernés. La décentralisation le lui permettait.
Les ATER, en colère, ont parcouru toutes les administrations de Guadeloupe (les écoles, les mairies, La Poste, les impôts…). Ils y ont distribué des tracts, discuté avec les fonctionnaires de la position du gouvernement sur les 40 %. Ils ont manifesté avec l’Intersyndicale lors de la démonstration de l’UGTG le 27 octobre. Ils envisagent de manifester le 7 novembre avec la CGTG, cette fois avec le soutien des étudiants.
Le collectif a voté la reprise des cours le lundi 30 octobre dans un geste vis à vis des étudiants, toute l’année risquant d’être compromise. Mais ils restent en lutte jusqu’à obtenir que les 40 % soient maintenus pour ceux qui signeront leur contrat à partir de 2007.
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