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Organisation communiste révolutionnaire (trotskiste)
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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 4 novembre 2006      N° 955


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Aimé Césaire et la Lettre à Maurice Thorez

Il y a cinquante ans, Aimé Césaire rompait avec le parti communiste français et donc aussi avec sa fédération martiniquaise. Il devait ensuite fonder le PPM (Parti progressiste martiniquais). Dans la «lettre à Maurice Thorez», secrétaire général du Parti Communiste français, datée du 24 octobre 1956, il explique les raisons de sa rupture. Il y dénonce la politique «stalinienne». C’était aussi dans l’air du temps depuis le rapport de Kroutchev au 20ème congrès du Parti communiste de l’URSS, devenu célèbre depuis, qui critiquait une partie des méthodes staliniennes. Ce rapport ne remit cependant en question ni les pratiques ni la politique de la bureaucratie stalinienne.
Césaire dénonçait aussi dans sa «Lettre» les gouvernements, tant soviétique que ceux des pays de l’est inféodés alors à Moscou, ces «bureaucraties coupées du peuple, les bureaucraties usurpatrices et dont il est maintenant prouvé il n’y a rien à en attendre et qui ont réussi la piteuse merveille de transformer en cauchemar ce que l’humanité à longtemps considéré comme un rêve : le socialisme». Il critiquait aussi vertement le parti communiste français et «sa mauvaise volonté à condamner Staline et les méthodes qui l’ont conduit au crime». Et, au congrès du Havre, dit Césaire «nous n’avons vu qu’entêtement dans l’erreur, persévérance dans le mensonge».
Les critiques d’Aimé Césaire portaient aussi sur le peu d’intérêt et d’attention des partis inféodés au stalinisme envers les peuples de couleur, les peuples colonisés et singulièrement envers les peuples noirs.
Ces critiques de Césaire semblaient sonner juste si on s’en tenait aux dénonciations de la politique stalinienne, vue de Moscou ou de Paris, au sein du PCF, mais justement Césaire ne s’en est pas tenu là et finalement dans sa lettre il a rejeté aussi le communisme après avoir dénoncé le stalinisme, ou tout au moins la forme édulcorée et viciée du communisme que représentait le PCF stalinien. Mais en tant qu’intellectuel, il eut la possibilité de retrouver la voie du véritable communisme, qui lui était absolument accessible, mais il a alors choisi de ne pas le faire. Ce qui le maintint dans une sorte de position nationaliste «progressiste» située entre le nationalisme en cours dans les pays ex-coloniaux et le réformisme des sociaux–démocrates et des partis staliniens. La dégénérescence de l’Etat ouvrier issu de la révolution d’octobre et personnalisée par Staline a induit en URSS et dans le monde entier une politique qui n’avait plus rien à voir avec la politique des révolutionnaires communistes telle que l’avaient enseignée Marx ou Lénine et telle que l’avaient entamée les révolutionnaires de la révolution d’octobre.
La bureaucratie soviétique a usurpé le pouvoir au cours d’une évolution commencée à partir des années 1923-24, en liquidant toute une génération de révolutionnaires. Elle dirigea une politique entièrement tournée vers la satisfaction de ses privilèges et boycotta les possibilités révolutionnaires de par le monde, les noyant parfois dans le sang comme en Hongrie. En même temps, elle enchaîna les partis communistes du monde entier à une politique de subordination totale à Moscou. Tout en jouant du prestige et de l’exemple de la révolution d’octobre, de l’influence qu’elle a eue sur les travailleurs du monde, la bureaucratie soviétique soumit ces partis à une politique qui aboutit à dévoyer l’énergie des travailleurs vers des voies de garage dans bien des pays.
L’une des nombreuses conséquences néfastes de cette politique fut l’abandon d’une véritable politique communiste révolutionnaire dans le mouvement stalinien international, l’absence de perspectives réelles, offertes aux peuples colonisés et singulièrement aux peuples noirs.
Mais les carences, les tromperies, les déviances monstrueuses du mouvement stalinien donneront très souvent des prétextes à de nombreux intellectuels pour rejeter le communisme, après qu’eux-mêmes eurent accepté toutes les trahisons, méandres et turpitudes du parti stalinien auquel ils avaient appartenu ! Ce fut le cas d’Aimé Césaire. C’est en s’appuyant sur ce qu’il appelle la «singularité de notre situation dans le monde» (celle des hommes de couleur), que le chantre de la négritude en arrive en fait, à rompre avec les idées communistes elles-mêmes, quoiqu’il en dise.
Il écrivait : «Je me suis souvent posé la question de savoir si dans des sociétés comme les nôtres, rurales, comme elles sont, des sociétés de paysannerie, où la classe ouvrière est infime et où par contre, les classes moyennes ont une importance politique sans rapport avec leur importance numérique réelle, les conditions politiques et sociales permettaient dans le contexte actuel, une action efficace d’organisations communistes agissant isolément ( à plus forte raison d’organisations communistes fédérées ou inféodées au parti communiste de la métropole… L’impasse où nous sommes aujourd’hui aux Antilles, malgré nos succès électoraux me paraît trancher la question».
Césaire exprimait là une idée très souvent reprise par les intellectuels tiers-mondistes, à savoir que dans les pays sous développés, la faiblesse numérique de la classe ouvrière ne lui permet pas de jouer un rôle politique révolutionnaire. Ils concluaient qu’une révolution socialiste y était impossible et qu’il fallait d’abord une révolution rassemblant toutes les classes contre l’impérialisme et le colonialisme et que ce n’est que lors d’une deuxième étape que la classe ouvrière pourrait diriger une révolution socialiste.
Cette prétendue théorie avait été déjà et depuis longtemps popularisée dans le mouvement stalinien par ses «théoriciens», par Staline lui-même, pour étouffer dans l’œuf par exemple la révolution ouvrière chinoise en 1927 et les révolutions ouvrières dans les pays sous développés. Pourtant l’exemple de la révolution ouvrière d’octobre 1917 avait bien prouvé qu’une classe ouvrière extrêmement minoritaire par rapport à la paysannerie pouvait prendre la tête de la révolution démocratique et établir son pouvoir avec l’alliance des paysans pauvres.
Césaire déclarait encore dans sa «lettre»:
«En tout cas, il est constant que notre lutte, la lutte des peuples coloniaux contre le colonialisme, la lutte des peuples de couleur contre le racisme est beaucoup plus complexe- que dis-je – d’une toute autre nature que la lutte de l’ouvrier français contre le capitalisme français et ne saurait en aucune manière être considérée comme une partie, un fragment de cette lutte».
Pour les communistes révolutionnaires, dans les peuples de couleur comme dans les peuples des nations dominantes on retrouve les mêmes classes sociales : la bourgeoise - qu’elle soit «nationale» ou «inféodée à l’impérialisme»- la petite bourgeoise et le prolétariat, même «infime». Et, soit dit en passant, la classe ouvrière des pays du Tiers-monde, depuis 50 ans est de moins en moins «infime». On assiste au contraire à une prolétarisation croissante dans les pays du Tiers-monde depuis la lettre à Thorez, il y a cinquante ans.
Et que dire par exemple de la classe ouvrière noire des USA ? Minorité opprimée s’il en est. Ce prolétariat noir est placé au cœur du plus grand pays capitaliste du monde et donc à même de jouer dans l’avenir un rôle révolutionnaire majeur. Que dire de la classe ouvrière d’Afrique du sud, le pays le plus industrialisé d’Afrique noire ?
La classe ouvrière des pays sous développés, et la classe ouvrière noire constituent bien une fraction du prolétariat mondial, même dans les pays faiblement industrialisés. En quoi la lutte des travailleurs noirs serait-elle d’une «toute autre nature que celle de l’ouvrier français contre le capitalisme»? Elle peut être plus ou moins spécifique selon les cas mais absolument de «même nature» c'est-à-dire s’opposant aux capitalistes et à leur société. Et cela même si cette lutte s’oppose aussi à l’oppression impérialiste, au colonialisme et au racisme. Ces derniers traits, conséquence de l’oppression capitaliste mondiale peuvent être un puissant levain pour l’action révolutionnaire. Aux communistes ensuite de diriger les explosions sociales qu’ils engendrent périodiquement vers une lutte de classe et de les lier aux luttes de la classe ouvrière internationale. L’évolution du capitalisme lui même en facilite l’action par l’immigration généralisée dans les pays industrialisés et la mixité raciale de plus en plus importante qu’elle favorise.



Il y a 50 ans la révolution Hongroise

Les années 50 ont été marquées par la «guerre froide» qui opposait les Etats-Unis et l’URSS. Chacune de ces deux grandes puissances, au sortir de la deuxième guerre mondiale, pour asseoir sa suprématie tient sous sa coupe d’autres peuples. Deux grandes zones d’influence sont ainsi créées par les accords dits de Yalta et chacune des deux grandes puissances y fait régner l’ordre ! La Hongrie se trouvait donc dans la zone contrôlée par l’URSS.
Le pouvoir qu’y exerçait un certain Rakosi, assisté du nommé Gero, était tout simplement une dictature et le parti stalinien qu’ils dirigeaient sous les ordres de Staline et de la bureaucratie soviétique servait à transmettre dans la population les ordres et méfaits de cette dictature.
Mais le 20 et 21 octobre 1956, une révolte contre la dictature stalinienne polonaise et contre une oppression maintenue avec l’aide des troupes soviétiques fut déclenchée en Pologne. Les travailleurs hongrois apprirent la nouvelle, et les débats sur la liberté sont relancés par la jeunesse, la prétendue déstalinisation officielle ne suffit plus, elle veut la liberté de la presse, l’abolition de la peine de mort, l’abolition des cours obligatoires de «marxisme». Les jeunes voulaient en finir avec les gendarmes et les bureaucrates, changer la direction du parti et veulent Imre Nagy, vétéran du parti, symbolisant le «communisme libéral ou national», chef de file de l’opposition, en qui ils se faisaient d’ailleurs beaucoup d’illusion, comme la suite va le prouver.
Cette liste de 16 revendications circule et trouve un soutien très large dans la jeunesse. Dès le 22 octobre, cette résolution- programme de la jeunesse de Budapest réclamait outre le changement de direction du parti, le retrait immédiat de Hongrie de l’ensemble des troupes soviétiques, le jugement des criminels politiques, la réorganisation de la vie économique, etc.
Un appel à manifester fut lancé le 23 octobre. Malgré l’interdiction, tout Budapest fut dans la rue aux cris de «la liberté ou la mort». Mais quand les hommes de l’AVH (police politique hongroise) tirèrent sur la foule, ce fut le début de l’insurrection, les travailleurs s’armèrent, les soldats leur ouvrirent les portes des casernes, des barricades se dressèrent, des unités de l’armée passèrent dans le rang de la révolution, tout Budapest se battait. En moins de 24 heures, la révolution hongroise avait éclos.
L’appel aux troupes russes et la proclamation de la loi martiale n’y changea rien, la bataille continua, s’amplifia sans cesse. Même les appels au calme de Nagy promu chef du gouvernement demeurèrent vains. Les ouvriers sortis des usines marchèrent armés vers la ville, des tracts furent distribués aux soldats soviétiques. La répression ne fit qu’attiser la flambée de colère, les travailleurs hongrois montèrent à l’assaut des blindés russes. Dès le 24 au soir, pratiquement aucune unité hongroise n’obéissait au gouvernement, ne combattait les travailleurs révolutionnaires aux côté des AVOS (hommes de l’AVH) et des russes.
La grève générale déclenchée dès la nouvelle de l’intervention russe, avait permis aux ouvriers hongrois de retrouver les formes de l’organisation prolétarienne : la grève s’était immédiatement traduite par la constitution de conseils ouvriers (soviets) qui prirent en main la gestion du pays. Dans la nuit du 24 au 25 octobre, les insurgés maîtres de l’émetteur radio annoncèrent qu’ils avaient pris le pouvoir et exigeaient «un nouveau gouvernement». Les conseils ouvriers fleurirent partout dans le pays et prirent le contrôle en s’occupant des problèmes de la population, de son ravitaillement par exemple. Ils abolirent les organisations «communistes» du gouvernement, autorisèrent la distribution des terres aux paysans. Les garnissons russes se retirant, ce furent les comités nationaux révolutionnaires, élus dans les entreprises, qui dirigèrent les régions, assistés d’un comité militaire qui prenait leurs ordres.
Dans toutes les villes de Hongrie, prirent naissance des conseils ouvriers. Tous présentaient les mêmes caractéristiques : élus par les travailleurs dans le feu de la grève générale insurrectionnelle, ils assuraient le maintien de l’ordre et la lutte contre les russes et AVOS, ces mouchards, tortionnaires, arrogants et tout-puissants qui avaient concentré sur eux pendant dix ans la haine de tout un peuple. Des milices d’ouvriers et d’étudiants armés ont dissout les organismes du parti communiste, épuré les administrations qu’ils ont soumis à leur autorité. Ces conseils ouvriers étaient l’expression du pouvoir des ouvriers en armes.
Même l’armée russe fondit dans le brassier de la révolution ; stationnés dans le pays depuis des mois, beaucoup se battirent du côté des révolutionnaires hongrois.
L’utilisation de cette armée devenant de plus en plus difficile, le 28 octobre, on annonça le retrait des troupes soviétiques et la création d’un nouveau gouvernement.
Les travailleurs hongrois par l’intermédiaire de leurs conseils ouvriers avaient donc réussi à vaincre les forces de répression, et à faire plier le gouvernement en place. Mais celui-ci ne faisait que reculer pour mieux sauter. Car les conseils ouvriers avaient une faiblesse : il manqua aux travailleurs hongrois les perspectives politiques qu’aurait pu fournir un parti ouvrier révolutionnaire. En effet les ouvriers hongrois avaient pris en main l’organisation du pays, mais le pouvoir politique était resté aux mains du même appareil.
Même si à sa tête il avait placé Nagy, que les travailleurs réclamaient et dont la nomination n’était destinée qu’à tenter de tromper les masses révoltées, rien n’avait changé sur l’essentiel. Imre Nagy ne fut que la couverture à l’abri de laquelle Gerö, maître de l’appareil stalinien, continua à mener la politique des bureaucrates du Kremlin. Les travailleurs n’avaient aucun contrôle sur le nouveau gouvernement qui allait rassembler ses forces pour mieux écraser la révolution. Et les propres conseils ouvriers des travailleurs, faute d’une direction politique communiste, ne se transformèrent pas en nouveau pouvoir centralisé cherchant à abattre l’ancien et à le remplacer.
Celui-ci entama donc une reprise en main brutale de la situation. Le «retour de bâton» commença par la venue de troupes russes fraîchement débarquées (choisies à l’Extrême-Orient de l’URSS et peu aptes à fraterniser avec les insurgés !) et par la proclamation de la loi martiale.
C’est au nom du nouveau gouvernement que les AVOS et les blindés russes vont mitrailler les insurgés. Le courage des ouvriers hongrois sera pourtant exemplaire, la bataille continuera, s’amplifiera sans cesse, malgré la répression et les appels à déposer les armes. Et, malgré la supériorité écrasante de leur armement lourd, les Russes prendront plus d’une semaine avant de faire cesser toute résistance militaire organisée. Ce sont surtout les ouvriers, les communistes, les jeunes (de 14 à 20 ans) qui se battirent partout dans Budapest avec de vieux fusils, des mitraillettes, des cocktail Molotov, contre les divisions blindées russes.
Les travailleurs hongrois se sont battus pour le socialisme sous la direction de leurs conseils, jusqu'à ce qu’ils soient submergés par les blindés russes et écrasés par les bombes.
La victoire des conseils ouvriers, dans un premier temps, était apparue comme un péril mortel à la bureaucratie de l’URSS, pour son propre pouvoir de bureaucrates usurpateurs. La répression qui s’en suivra sera à la hauteur de la peur ressentie par la bureaucratie russe : exécutions, arrestations, déportations vont suivre sans pour cela altérer la volonté révolutionnaire des masses qui poursuivra la gr ève générale, et les conseils ouvriers renforceront leur rôle. Ce seront la faim, le froid, l’absence de ravitaillement, qui auront raison de la mobilisation des travailleurs.
Dernière révolution ouvrière, la plus proche de nous, depuis la période révolutionnaire ouverte par la révolution russe de 1917, la révolution hongroise est un espoir pour l’avenir, elle illustre l’énorme potentialité qui existe dans la classe ouvrière, sa grande capacité à lutter pour construire un monde nouveau.