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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 18 novembre 2006      N° 956


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USA
Bush perd sa majorité

Le jeudi 9 novembre, les Démocrates ont remporté les élections sénatoriales nord-américaines en gagnant 51 sièges sur 100. Le mardi précédent, les Démocrates avaient obtenu 227 sièges sur 435 à la chambre des représentants.
Pour la première fois depuis douze ans, les démocrates contrôlent donc les deux chambres du Congrès. Les Républicains (Parti de Georges Bush) ont été désavoués en grande partie à cause de la guerre en Irak.
Doit-on croire pour autant à l’arrêt immédiat et automatique de la guerre?
Le seul changement a été la démission du Secrétaire d’Etat à la défense, Donald Rumsfeld. Bush a fait sauter ce fusible pour faire croire qu’il tient compte du résultat des urnes. Mais seraient bien naïfs ceux qui se feraient des illusions sur un changement de politique dans l’immédiat. Entre le parti démocrate et le parti républicain, il n’y a guère de différence idéologique. Ce sont «deux partis uniques». Une fraction des démocrates «dite centriste» (37 parlementaires), a peur que l’arrêt de la guerre soit la cause d’un échec pour le futur candidat démocrate aux élections présidentielles de 2008.
De plus, bien que G. Bush reconnaisse sa défaite, il n’a cependant rien à craindre de l’opposition, avec qui il a l’intention de travailler de concert. Il faut se rappeler, que les républicains ne sont pas les seuls va t-en guerre.
Bill Clinton (ancien Président des USA et démocrate), n’a pas hésité en son temps à cautionner des bombardements de trois types à Bagdad en Irak: frappes dites chirurgicales, frappes ponctuelles et frappes massives, sans compter l’embargo qui a fait encore plus de victimes parmi les femmes, les enfants et les vieillards.
Le Parti républicain et le Parti démocrate ont toujours cherché à jouer sur la fibre patriotique. Aujourd’hui, il s’agit de punir les «Etats-voyous» et de venger quiconque s’attaque à l’Amérique ; et bon nombre de démocrates comme de républicains partagent ce point de vue.
Depuis le 11 septembre 2001, au nom de la lutte contre le terrorisme international, le gouvernement multiplie les contrôles et les programmes de surveillance généralisés dans les avions, les banques, les supermarchés, sur Internet.. et partout. L’Etat US bafoue les libertés et les droits individuels au nom de la sécurité nationale et internationale. Ce n’est pas demain qu’un gouvernement alternatif démocrate s’en privera. Si demain, la guerre doit cesser en Irak ce ne sera pas de l’initiative unilatérale d’un gouvernement républicain ou démocrate mais uniquement sous la pression du mécontentement de la population aux USA.
En tout état de cause et quelles que soient les raisons, ce ne sont ni les Bush ni les chefs démocrates qui décideront de se retirer d’Irak mais les conseils d’administration de Coca Cola, Général Motor et autres Ford et compagnies pétrolières, bref les puissants groupes capitalistes, véritables dirigeants de la «démocratie américaine».



Novembre 1956: l’expédition de Suez

Il y a cinquante ans, le 29 octobre 1956, en accord avec la France et la Grande Bretagne et sans l’aval des USA, les troupes Israéliennes pénétraient en Egypte et se dirigaient vers la zone du canal de Suez. Le 5 novembre c’est au tour des aviations, des marines et des soldats des deux puissances européennes d’entrer dans la danse. Les parachutistes sautent sur la zone. Cette attaque concertée a pour but de contrer la nationalisation du canal de Suez que Nasser vient d’opérer en Egypte. Elle entend aussi éventuellement renverser Nasser au pouvoir depuis 1952 et redonner le contrôle du canal à la société universelle de Suez dominée par les capitaux anglais et français.
Les trois agresseurs intervenaient pour préserver les intérêts de leurs bourgeoisies respectives. Ils voulaient tous éliminer Nasser pour éteindre l’espoir qu’il avait fait naître dans le cœur des peuples de la région.
Israël, qui poursuivait son implantation en Palestine, avec la bénédiction des puissances occidentales, désirait éliminer les Fedayins qui menaient des raids contre lui à partir de l’Egypte. De plus Nasser venait de recevoir des armes de la Russie. Il devait les détruire avant que l’armée égyptienne sache les utiliser. La France et surtout l’Angleterre voyaient d’un très mauvais œil le renversement par des jeunes officiers de la marionnette Farouk qu’ils avaient placé sur le trône d’Egypte. Ces jeunes officiers dont l’un des chefs est Nasser s’appuient sur le sentiment national de la population pour prendre plus de libertés vis à vis des puissances impérialistes. Ces derniers commencent par prendre des mesures de rétorsions économiques ce qui oblige Nasser à se retourner vers la Russie pour assurer son approvisionnement en armes et avoir un soutien technique. De plus il nationalise au début de 1956 le canal de Suez, mesure très populaire au sein de la population égyptienne qui vit revenir dans le giron national une partie de son territoire. Le premier ministre anglais Eden et les bourgeois qu’il représente ne peuvent l’accepter. C’est par le canal de Suez que transitent tous les transferts entre l’Angleterre et ses colonies et ex-colonies d’Orient dont l’Inde. Il faut que le canal revienne sous contrôle européen et que Nasser soit chassé du pouvoir.
La France a un motif supplémentaire de vouloir l’élimination de Nasser. Ce dernier soutien matériellement et moralement la rébellion qui se développe en Algérie contre elle.
Devant la supériorité militaire des assaillants, l’armée égyptienne doit reculer. Port Saïd est incendié. La population, armes à la main fait face aux soldats européens. Mais l’Egypte doit capituler.
La Russie qui fait face à une insurrection en Hongrie et une montée de mécontentement en Pologne menace de bombarder Londres et Paris avec des armes nucléaires si les assaillants ne se retirent pas d’Egypte. L’effet est immédiat d’autant qu’on annonce que la Russie masse des troupes en Syrie.
Les USA et leur président Eisenhower, font pression sur la France et l’Angleterre pour qu’elles se retirent. Chose faite le 15 novembre. Leurs troupes sont remplacées par des casques bleus de l’ONU qui se déploient dans la zone du canal. En mars 1957 les derniers soldats israéliens quittent l’Egypte.
C’est la fin d’une période. Le leader du monde capitaliste n’est plus l’Angleterre ou la France c’est définitivement les USA.
Même s’il a été militairement vaincu, Nasser apparaît aux yeux des masses du Moyen Orient comme un leader capable d’affronter les puissances impérialistes et les obliger à reculer. Le problème des USA dans l’immédiat dans cette région du monde est de contenir le mécontentement populaire. Les USA armeront, subventionneront les régimes de Jordanie, d’Iran, d’Irak, d’Arabie Saoudite. Ils interviendront au Liban et en Jordanie pour mater tous les mouvements populaires du Moyen Orient.



Dieudonné veut dédouaner Le Pen

Lors de la fête "Bleu blanc rouge" –renommée "convention présidentielle"- du Front national au Bourget, le samedi 11 novembre, Jean-Marie Le Pen s’est retrouvé nez à nez avec l’ex-candidat à la présidentielle Dieudonné. Il semble même que les deux hommes se soient serré la main. Dieudonné a expliqué qu’ il était venu « se faire un avis "citoyen" hors de toute "diabolisation".
Il a précisé que «Ce n’est pas du tout un appel à voter Jean-Marie Le Pen", ajoutant "Je suis pour l’apaisement entre communautés". "Dans ce climat de tension extrême, il est important de discuter, plutôt que diaboliser les gens. Ouvrons le dialogue".
"Je ne suis a priori hostile à rien. Aujourd’hui je suis dans une démarche d’ouverture", a-t-il dit. "J’ai été à la fête de l’Huma" et "j’irai demain là où on m’invite (...) Nous allons nous balader un peu partout".
"Nous ne pouvons pas être candidat. Les 500 signatures, ça demande quelques moyens que je n’ai pas, donc on s’est dit: on va aller écouter et on va réagir sur le site Internet baptisé "la banlieue s’exprime “!
Mais précisément quand on l’écoute sur le dit site, il a toujours le même ton vis-à-vis de Le Pen qu’il veut dé-diaboliser. Ses éloges sur celui-ci ne manquent pas!
On se souvient que Dieudonné s’était fait remarquer pour des propos outranciers dirigés contre les commémorations de ce qui est appelé «l’holocauste»: les atrocités et le génocide commis par les nazis, durant la deuxième guerre mondiale, contre les juifs.
Dieudonné opposait l’importance de ces commémorations au peu de cas fait de la traite négrière et de la mise en esclavage des Africains.
A plusieurs reprises, pour de tels propos Dieudonné a été taxé d’anti-sémitisme. Il avait suscité l’hostilité des milieux juifs nationalistes sionistes ou/et d’extrême droite. Mais il bénéficiait d’une certaine sympathie dans les milieux d’immigrés noirs ou arabes et auprès de certains qui dénoncent l’agression violente et permanente de l’Etat d’ Israël contre les Palestiniens.
Mais un tel personnage habitué à faire des «coups médiatiques» peut évidemment faire «tout et n’importe quoi». Y compris d’aller serrer la main d’un Le Pen, dirigeant d’un parti d’extrême droite notoire. Les opinions des partisans ou membres de ce parti les situent dans une extrême droite raciste, anti-sémite, anti-ouvrière. Les propos anti-immigrés, anti-ouvriers, anti-grévistes (récemment contre les cheminots en grève!) etc. de ce parti et de son chef ne sont ignorés par personne.
Dieudonné le savait et c’est en toute connaissance de cause qu’il a choisi de se rendre à cette fête du FN et d’y rencontrer son dirigeant. Sa conduite est évidemment opportuniste et irresponsable, car elle ne peut que semer la confusion parmi les gens qui le regardent, le soutiennent ou l’écoutent. Il ne fait là rien qui puisse éclairer les luttes des opprimés et exploités, si tant est que cela le préoccupe, car il sème la confusion. Ce genre de personnage qui s’appuie sur les sentiments ou ressentiments existant dans une partie de la population opprimée ne peut en aucun cas être considéré comme fiable. Fantaisiste sur scène, Dieudonné l’est tout autant en politique (puisqu’il prétend en faire!).
Mais à vouloir dédouaner ou dé-diaboliser Le Pen, homme politique qui est très clairement l’adversaire, même l’ennemi, des classes pauvres et des couches opprimées Dieudonné montre aussi à quel point il fait ses coups en se moquant complètement des sentiments et des opinions de ceux à qui il s’adresse. Mais son dernier «coup médiatique» risque bien de le déconsidérer définitivement. Au fond, ce ne sera qu’une comète politique, une de plus, qui se perdra dans la nuit de l’oubli.



Il y a cinquante ans la cour suprême des Etats Unis abolissait la ségrégation dans les bus

Le 13 novembre 1956, la Cour Suprême des Etats-Unis déclarait inconstitutionnelle la ségrégation dans les bus. Cette première grande victoire obtenue par les militants des droits civiques entraîna d’autres luttes et d’autres victoires encore plus importantes.
Il faut savoir qu’aux Etats-Unis dans les années cinquante régnait encore la ségrégation entre Blancs et Noirs. Dans les bus, les 4 premiers rangs étaient réservés aux Blancs et s’il n’y avait pas de place, le Noir devait obligatoirement céder sa place à un Blanc. Mais le 1er décembre 1955, dans l’Etat d’Alabama, dans la ville de Montgomery, Rosa Parks une couturière de 42 ans refusa de céder sa place à un Blanc malgré les injonctions du chauffeur du bus. Elle fut arrêtée et condamnée à une amende de 15 dollars selon les lois ségrégationnistes en vigueur dans l’Etat.
Cet incident révolta les Noirs et fut à l’origine d’un important mouvement de boycott des bus. Il fut le point de départ du plus grand mouvement de masse de l’histoire des Noirs américains. Dès le 5 décembre, les pasteurs et d’autres responsables créèrent la MIA «Association pour le progrès de Montgomery » et en confièrent la présidence à un jeune pasteur du nom de Martin Luther King. Ce dernier organisa le boycott des bus et les Noirs marchèrent durant 381 jours. Un système de transport parallèle fut quand même mis en place et les chauffeurs de taxi noirs furent solidaires en acceptant de faire payer le même prix que le bus, à savoir 10 cents. Ce boycott toucha la compagnie de transport des bus au porte monnaie car les Noirs représentaient 75 % de la clientèle. Le 4 juin 1956, la Cour Fédérale de district condamna la ségrégation dans les bus. Le maire de Montgomery fit appel de la décision et s’adressa à la Cour Suprême. Cette dernière confirma la décision de la Cour Fédérale et déclara la Ségrégation dans les bus inconstitutionnelle.
Rosa Parks qui fut à l’origine du mouvement devint au cours des années suivantes un véritable symbole, Martin Luther King prit la direction du mouvement de résistance en appliquant la tactique de la non- violence comme Gandhi l’avait fait en Inde.
Des mouvements multiformes, souvent des sit-in furent organisés dans plusieurs villes du Sud. Il s’agissait par exemple d’aller en grand nombre dans des bars qui pratiquaient la ségrégation mais sans violence, c'est-à-dire sans riposter aux attaques de la police ou des racistes du Sud. Le boycott de la chaîne de magasins Woolworth fit plier les capitalistes. Ce furent les commerçants les premiers qui s’alarmèrent et tentèrent de négocier. En décembre 1960, la cour suprême ordonna la déségrégation des gares qui assuraient les liaisons inter-états. Mais même avec les lois, les militants durent se battre avec acharnement contre les militants du Ku Klux Klan (organisation de racistes qui terrorisaient, tuaient, pendaient des Noirs, brûlaient leurs maisons en toute impunité). Ce mouvement se développa et reçut l’aide de la police raciste.
Martin Luther King organisa de grandes marches de protestation et mobilisa la population noire. Le point culminant du développement du Mouvement des droits civiques fut, le 28 août 1963, la marche sur Washington qui rassembla 250 000 personnes. Et c’est à l’issue de cette marche que Martin Luther King prononça son célèbre discours « I have a dream » (je fais un rêve). La lutte des Noirs fut particulièrement féroce dans le Sud où nombre d’entre eux furent assassinés. Martin Luther King sera lui-même assassiné le 4 avril 1968. Mais le mouvement ne s’arrêta pas pour autant. D’autres militants plus radicaux firent leur apparition, comme ceux du «Black power», Stokely Carmichael, Rap Brown et surtout Malcom X avec le mouvement des black Muslims. Lui, va prôner l’auto défense et s’opposer à la non violence. Il fut également assassiné, en 1965. Les « black Panthers» par la suite avec Bobby Seale, Huey Newton imposèrent l’auto défense armée dans bien des ghettos. Eux aussi seront impitoyablement réprimés, tués, emprisonnés.
Aujourd’hui, même si bien des discriminations de fait demeurent, même si la discrimination sociale reste très forte, les Noirs étant restés tout en bas de l’échelle sociale dans leur grande majorité, la ségrégation légale a disparu. Les Noirs ont aussi réussi à imposer par leur lutte qu’on les respecte, respect relatif certes, mais important tout de même, et sans commune mesure avec la manière dont ils étaient traités il y a cinquante ans.