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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES - Samedi 2 décembre 2006 N° 957
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À la Une
ÉditorialLes uns dirigent toute l’économie, les autres nous soûlent de paroles
(En guise d’Editorial nous publions ci-dessous le texte d’Arlette Laguiller, destiné aux entreprises)
La semaine dernière, la direction de Volkswagen, la plus grande entreprise d'automobiles d'Europe, a annoncé que, sur les 5 400 salariés de son usine de Bruxelles, en Belgique, elle n'en gardera que 1 500. 3 900 travailleurs et peut être plus, vont se retrouver au chômage du jour au lendemain.
"Une catastrophe nationale", a affirmé le Premier ministre belge qui, une fois sa déclaration faite, est passé à autre chose, sans rien faire pour empêcher cette catastrophe. Les travailleurs belges ont des raisons de se souvenir d'un autre Premier ministre, français celui-là et socialiste, Jospin, qui avait accepté la fermeture de l'usine Renault de Vilvorde, sans rien faire non plus, il y a très exactement dix ans. Pourtant, à l'époque, l'Etat était encore actionnaire majoritaire de Renault.
L'annonce faite par Volkswagen fait suite à d'autres tout aussi catastrophiques pour les travailleurs. Il y a un mois, c'est le PDG du trust Peugeot-Citroën qui annonçait la suppression de 10 000 emplois. Et, derrière ces grandes entreprises d'automobiles, combien de sous-traitants, combien d'équipementiers, suppriment des emplois ou ferment carrément des usines, de Faurécia à Thomé-Génot, en passant par Delphy, TRV ou Vistéon?
La direction de Peugeot avait invoqué, en guise de justification, la stagnation des ventes depuis un an.
Mais, pendant les années précédentes, lorsque les ventes comme le cours des actions en Bourse montaient en flèche, celles de PSA comme de la plupart des constructeurs d'automobiles, cela n'a profité qu'aux actionnaires, pas aux travailleurs. Au contraire, c'est par leur fatigue et au détriment de leur santé que les chaînes de production tournaient plus vite. Alors, pourquoi faut-il que ce soient eux, et eux seuls, qui paient pour le plafonnement des ventes depuis un an?
On nous dit que c'est le marché et qu'il faut qu'une entreprise s'adapte à ses fluctuations. C'est comme cela que les patrons justifient la flexibilité des horaires et des effectifs. Mais pourquoi faut-il que ce soit l'emploi des travailleurs ou leur salaire qui soit flexible? Pourquoi pas les dividendes des actionnaires? Cela devrait être sur leurs dividendes passés et présents, c'est-à-dire sur le profit accumulé pendant les années où les ventes allaient bien, qu'il faudrait prendre de quoi faire face aux périodes où les ventes vont moins bien, en répartissant le travail entre tous mais sans toucher aux salaires.
Les entreprises de l'automobile continuent à faire du profit. Les actionnaires ne sont pas sur la paille. Mais on licencie, on accroît le chômage pour faire plus de profit avec moins d'ouvriers.
Et c'est toute l'économie qui fonctionne comme cela. A côté des grandes entreprises de l'automobile, combien d'autres qui licencient dans les secteurs les plus variés: de Corsair aux sous-traitants d'Airbus, en passant par Thomson, Duralex ou les bas Dim?
Les conseils d'administration des grandes entreprises représentant les intérêts de quelques poignées de riches actionnaires exclusivement préoccupés par leur profit ont le droit souverain de décider du salaire, de l'emploi, de leurs travailleurs et des conditions d'existence de leurs familles. L'accroissement du chômage, l'extension de la précarité et tous les maux qui en découlent pour la société viennent de leurs choix.
Le gouvernement de droite qui dirige le pays depuis quatre ans est ouvertement à leur service. Rien qu'en cela, il montre qu'il est l'ennemi direct des travailleurs. Mais quel crédit les classes populaires peuvent-elles accorder à la gauche lorsqu'elle promet le changement? Comme par le passé, elle ne s'en prendra pas à la mainmise du patronat sur l'économie. Elle nous soûle aujourd'hui de paroles d'espoir, mais elle ne fera rien, demain, contre le chômage, rien contre les bas salaires et la précarité, rien contre l'appauvrissement continu du monde du travail.
Nouvelle mobilisation des salariés de la MAIF contre la “nouvelle donne sociale”
Trois syndicats, à savoir la CGT, la CFDT et FO ont appelé à une journée de grève le 22 novembre dernier, jour d’une paritaire avec la direction pour discuter de ce projet. Cela fait déjà plusieurs rencontres et il n’y a aucune avancée malgré la forte mobilisation du 2 octobre dernier. La direction fait comme si elle n’entendait pas les salariés et conserve toujours les mêmes propositions, à savoir augmentation de l’amplitude d’ouverture des bureaux du lundi au vendredi de 8h00 à 19h30 et le samedi de 8h00 à 17h30 et cela sans augmentation de l’effectif actuel, modification du système de rémunération avec introduction du salaire au mérite. Dans un communiqué adressé au personnel, la direction justifie sa position par le contexte concurrentiel actuel. Mais lorsque la CGC qui continue à discuter lui demande de faire des projections des horaires en tenant compte de l’effectif actuel, elle reste très floue et refuse d’entrer dans les détails sous prétexte que tous les sites ne seraient pas concernés. En réalité ce que veut la direction de la MAIF c’est que les syndicats lui signent un chèque en blanc avec un accord cadre et ensuite elle serait libre de faire comme elle veut selon les sites.
Il n’empêche que sur le plan national, la mobilisation du 22 novembre a été particulièrement forte car le personnel est très mécontent. Une manifestation a eu lieu à Niort au siège, rassemblant plus de 500 salariés qui sont allés d’abord dans la salle où se déroulait la paritaire avec la DRH et la seule CGC pour essayer d’interrompre la réunion et se sont rendus aux portes de la salle du Conseil d’Administration dire aux administrateurs ce qu’ils pensaient de ce projet. Une lettre a été distribuée aux sociétaires pour expliquer le projet de la direction. Cette dernière a réagi vivement en apprenant que les syndicats interpellaient les sociétaires car il ne faut pas oublier que la MAIF est une mutuelle dont les dirigeants sont des enseignants qui sont souvent eux-mêmes des syndicalistes. Mais ils n’aiment pas que l’opinion publique ait connaissance de ce qui se passe dans l’entreprise, ceci pour leur image de marque.
En Guadeloupe, la CGTG a relayé le mouvement et environ 50 % du personnel a fait grève. Ce qui est dommage c’est que cela faisait moins que la dernière fois car pour certains employés il faut encore attendre que les négociations avancent. Par contre en Martinique le mouvement a été un succès car tout le personnel a fait grève y compris l’encadrement.
Suite à cette journée de mobilisation particulièrement forte (dans certains sites il y avait 90 % de grévistes, 70 %, 50 %) les salariés ont tenu à exprimer leur mal-être, leur colère et leur refus du projet de la Direction Générale. Cette dernière a accepté une rencontre avec les organisations syndicales en précisant que tout était négociable et qu’elle acceptait de mettre l’accord cadre de côté alors qu’au début elle clamait que cet accord n’était pas négociable. Ce qui prouve bien pour ceux qui pensent que c’est trop tôt de faire grève, que c’est le moment et qu’il faudra encore bien plus pour faire reculer réellement la direction et lui faire ravaler son projet qui est en réalité un véritable recul social.
Nouvelle victoire sur le plan judiciaire pour les salariés des banques AFB
Suite à la longue grève des banques AFB du 16 décembre 2003 au 12 mars 2004, certains salariés de la BNP et de la BFC syndiqués à la CGTG avaient déposé un dossier au Conseil des Prud’hommes pour obtenir le remboursement des jours de grève. Le tribunal avait déjà estimé que la Convention Collective des banques n’avait pas été dénoncée régulièrement et que cela constituait une voie de fait. C’est avec raison que les salariés se sont battus pour obtenir gain de cause. Mais l’AFB prenant prétexte de la signature de l’accord de fin de conflit estimait qu’elle ne devait pas payer les jours de grève et avait gagné en première instance.
L’affaire est passée devant le Cour d’Appel de Basse-Terre qui a débouté l’AFB et donné raison aux salariés le 13 novembre dernier. Pour le moment la décision de la cour d’Appel ne concerne que les salariés de la BNP. L’AFB devra rembourser tous les jours de grève prélevés et c’est une grande victoire pour tous les grévistes. Le tribunal n’a pas accordé des dommages et intérêts mais la somme de 400 € au titre de l’article 700.
On se rend compte que chaque fois que les salariés ont saisi le tribunal pour leur convention collective ils ont gagné car en réalité l’AFB ne respecte aucune procédure, s’estimant trop puissante et refusant de négocier sérieusement avec les organisations syndicales.
De plus l’AFB a subi un autre revers devant la Cour d’Appel de Paris qui a confirmé la demande de droit d’opposition suite à l’accord signé par des syndicats minoritaires en Martinique et en Guyane. La CGT, la CFTC et la CGC avaient fait valoir leur droit d’opposition et se sont retrouvés face à l’AFB, la CFDT et FO (signataires de l’accord). La cour d’Appel a encore une fois débouté l’AFB qui estimait que le droit d’opposition n’était pas recevable.
A l’annonce de ces deux décisions de justice, l’AFB a écrit aux syndicats en Guadeloupe pour leur dire qu’elle maintenait la convention locale de 1977 jusqu’au 31 octobre 2007 au lieu du 31 décembre 2006 et qu’elle aurait toute l’année 2007 pour négocier une convention qui tienne compte des spécificités locales. Ce n’est pas encore la victoire, mais jusqu’à ce jour l’AFB faisait mine d’oublier qu’elle avait dénoncé la convention en 2005 et qu’elle aurait dû commencer des négociations avant le 31 décembre 2006. Mais c’est la détermination des salariés qui leur permet jusqu’à ce jour de bénéficier de leur convention qui est bien plus avantageuse que la convention nationale.
En tout cas c’est une belle leçon pour tous les non grévistes qui n’y croyaient pas. Seule la lutte paie!
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